‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 36 sur 138 · FROID · texte numérisé non relu

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en 1865, et vînt singulièrement troubler, en 1873, les conclusions de ses expériences sur la nature de la fièvre typhoïde.

C'est à tort qu'en ces dernières années, on a cru pouvoir mettre le froid au rang des véritables désinfectants ; en réalité, ce n'est qu'un agent antiseptique. Comme la privation d'humidité, le froid empêche la vie de se manifester; il la suspend, il ne la détruit pas; la sécheresse et le froid, sont les deux principales causes de ce qu'on a appelé le sommeil ou le sileiice des germes, aussi bien en physiologie végétale qu'en pathogénie. La graine du vers à soie peut être conservée deux années, quand on la maintient à une température insuffisante pour l'éclosion des vers, tandis que, par l'incubation artificielle, en toute saison on peut feire éclore ceux-ci. Mais, tandis que la congélation complète détruit sans retour toute vitalité dans les organismes compliqués, sans doute en détruisant leur structure, les organismes les plus élémentaires ont une force de résistance au froid véritablement extraordinaire. Déjà, Cagniard-Latour avait montré que le froid produit par l'acide carbonique solidifié, suspendait mais ne détruisait pas la vitalité de la levure de bière. Frisch (1) employa le même procédé pour étudier la résistance au froid, non seulement des organismes de la putréfaction, mais encore des micrococcus et des bactéries qui prennent naissance dans les liquides pathologiques de l'homme ou des animaux.

Au moyen de l'acide carbonique solidifié, il a soumis des morceaux de viande putréfiée à une température qui est descendue jusqu'à 81 degrés centigrades au-dessous de 0. Au dégel , les bactéries contenues dans cette viande reprirent leur activité et leurs mouvements, et le liquide

(1) A. Frisch, Veber den Einfliui niederer Temperaturen au f die Lebenê fahigkeit der Bakterien, (Influence det basiei températures $ur ta vitalité des bactérie*.) Sitzungsb. der K. Akad. der Wiu. T. LXW, 3- p., p. 257 et Revue d'hygiène 1879, p. 166.

putride, porté sur la cornée d'un lapin, fit naître rapidement une kératite infectieuse. Le même résultat fut obtenu par l'inoculation de sérosité péritonéale, à la suite d'une péritonite puerpérale; cet abaissement extraordinaire de la température ne diminua en rien Tinoculabilité de ce liquide septique. Ce qui semble prouver que c'est bien à la persistance de la vitalité des microbes qu'est due la persistance de la virulence, c'est qu'au moment du dégel, on voit les bâtonnets et les vibrions animés de mouvements assez vifs au moment même où ils se dégagent du glaçon qui les emprisonnait.

M. Pasteur a profité des froids excessifs de l'hiver 1819-80 pour faire des expériences analogues ; ses liquides de culture ensemencés ont repris leur activité après avoir été soumis à un froid de plus, de 30 degrés. Ces faits ruinent donc complètement les espérances chimériques qu'on avait récemment fondées, en Angleterre et en Amérique, sur l'action purificatrice du froid, pour la désinfection des navires en quarantaine.

Au Congrès de Richmond (États-Unis), en novembre 1818, le D"" A. Gibbon et le professeur G. Richardson, de Philadelphie (1), soutinrent une opinion qui avait déjà été mise en avant par le professeur J. Gamgee de Londres, à savoir que le germe de la fièvre jaune était probablement un parasite, et que le froid excessif devait être un moyen facile et très puissant de détruire ce parasite. A la suite d'une conférence de M.Gamgee, àLondres, une dame, enthousiaste et riche, s'était offerte à contribuer pécuniairement à la réalisation de cette idée : un navire frigorifique, mû par la vapeur, muni d'appareils réfrigérateurs extrêmement puissants, devait stationner à la Nouvelle-Orléans et dans les ports recevant des navires infectés par la fièvre jaune.

(i) EffecU offreezing on yellow-fever infection; the case ofihe U, S. S. Plymouth. (The Saniiarian, août 1879, p. 346; el Revue d'hygiène et depolice eanilaire, 1879, p. 353.)

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Le navire frigorifique devait aller se placer successivement auprès de chaque navire suspect, et au moyen de manches ventiiatrices et de pompes, injecter dans leurs flancs une énorme quantité d'air extrêmement froid, de la même manière qu*on injecte de la vapeur surchauffée pour purifier les parois intérieures et la cale des navires souillés. 11 est vrai que ce frigorifique, à Taide de ses appareils puissants et de sa glacière, pouvait fabriquer de la glace destinée aux usages industriels de toute sorte, et même munir les skating-rings d*une véritable piste de glace épaisse!

Les membres du Congrès de Richmond ne connaissaient pas, évidemment, les travaux de A. Frisch, que nous rappelions tout à rheure, sans quoi ils n'eussent pas voté une somme de 200,000 dollars (un million), pour aider à construire un navire frigorifique destinéà aller ainsi porter la désinfection par le froid dans les ports. Le système d'installation parait d'ailleurs ingénieux : le navire portait constamment en lest 40 à 50 tonnes de chlorure de magnésium refroidi à 18 degrés centigrades audessous de 0, et dissous dans un mélange d*eau et de glycérine. Des pompes devaient, au préalable, nettoyer à fond la cale du navire affecté ; pour détruire les matières organiques dont le bois était imbibé, on lançait avec une grande force un jet de ce liquide glacial contre les parois du navire, de manière à le faire pénétrer dans toutes les fissures. On pouvait abaisser la température du liquide jusqu'à 38 degrés centigrades, température à laquelle aucun organisme, prétendait-on, n'était capable de résister. Il paraît que les essais tentés ont démontré que cette projection à haute pression de la solution extrêmement froide de chlorure de magnésium conserve le bois et enlève toute odeur. Mais une expérience très complète et très instructive est venue montrer l'inanité des espérances qu'on fondait sur l'action désinfectante du froid .

Un Steamer de la marine des États-Unis, le Plymouth, de 1,122 tonneaux, de la force de 800 chevaux-vapeurs et portant 222 hommes d'équipage, était arrivé à la fin d'octobre 1818 à Saint-Thomas, où existaient quelques cas de fièvre jaune. Après quelques jours de station dans le port, le steamer repart le 4 novembre en patente nette; mais bientôt 1 cas de fièvre jaune apparaissent à bord, et le navire revient à Portsmouth, où il est soumis à une quarantaine de IT jours ; au bout de ce temps, il est envoyé à Boston, en plein hiver, il est désappareillé, réparé, l'équipage est licencié.

Pendant trois mois d'un hiver rigoureux, du 19 décembre 1818 au 15 mars 1819, par une température qui descendit souvent à 11 degrés centigrades au-dessous de 0, on laissa toutes les ouvertures du Plymouth largement ouvertes ; l'air y accédait librement, l'eau des cales était gelée. Il était difficile de réaliser plus complètement l'expérience proposée par MM. Gamgee, Gibbon et Richardson. Et cependant, le 15 mars 1819 le Plyînouth reprenait la mer ; il avait à peine atteint les latitudes chaudes des Bermudes et de Windwards Islands, que de nouveaux cas de fièvre jaune apparaissaient à bord bien que le navire n'eût touché aucun port suspect de la maladie.

Ce fait aurait à nos yeux une valeur absolue pour prouver l'inefficacité du froid comme désinfectant, si nous ne trouvions des renseignements plus précis dans le rapport que le médecin en chef de la marine a publié sous forme de volume. Non seulement on avait exposé au froid rigoureux de l'hiver de Boston toutes les parties profondes du navire, mais encore on y avait fait brûler, à deux reprises, une quantité de soufre insuffisante à nos yeux pour un navire de cette dimension (100 livres en deux fois). Ces deux moyens, le froid et le soufre, ne pouvaient manquer d'être inefficaces, puisque, par un singulier oubli, on n'avait désinfecté ni les provisions, ni les objets d'ar-

mement ; tout œ matériel avait cie éUbuqmi cernent de janvier, enfermé dans des tassés sous des tentes, et on avait arme de nocveaa k na\ire sans soumettre son matériel i des fami^atjoa^. De même, les hommes de Féquipage allaient éié éSoÊ^futs et avaient séjourné pendant i mois soit i terre, sut s«r en antre navire ; mais ni avant de quitter le PfjmtiH. ni avant de s*y rembarquer, leurs vêlements n'avaient s«fct b moindre désinfection. Tant qœ Ton a sqommê dfw» le climat rigoorenx de Boston, les germes qnî pouvaient être contenos dans ces objets matériels, sont restés incftes et inoffensiCs ; ils n ont Eût reparaitreb maladie qu'an mflfnt où le navire atteignait de nouveau les lones préirofncaks. La coqoe du navire étak d'ailleurs atteinte de «tte ahcratien des bois connue sous le nom de pourriture dôdie. et dans laquelle le bois se réduit en poussière, par un pliénomène qui rappelle Thumification des matières orgnûques au sein de la terre. On comprend que cette akératîon de b charpente d*un navire puisse être, en quelque son^. m terrain de eullure EavoraUe pour b conservation ou b pullulation des germes morbides. Tout cefa atténue un peu ce que le £ait du Phpnouth a d*extraordittaire«ei Ion pour* rait dire d'inouï dans les fastes de b marine.

Sans nier que le froid bit souvent cesser certaines manifestations épidémiques (flévre jaune, peste, etc.), il nous semble donc impossible d'attribuer â cet agent b Bmndre valeur comme désinfectant, tandis qu'il est diflhile de contester ses propriétés antiseptiques. Le seul exemple que nous trouvions signalé d^une neutraUsalion d'un virus par rabaissement de b température, est celui de Mebens qui, en soumettant du vaccin au froid excessif de — Mr C. , Ta vu perdre sa virulence. Mais nous n'avons pu remonter â b source originale ni contrôler ce bit simplement énoncé par Gubler et Bordier (1).

(1) Gobl<H> et Bordier, hf €ii. (Mmtkiim éê iWnyffrfîfr, t«TS, i. •#*,

Soustraction du contact de l'air. — Quand les corps organiques sont soustraits au contact de Tair, ils peuvent se conserver presque indéfiniment à Tabri de la décomposition putride. C'est sur ce fait d'expérience et sur ce principe, que s'est fondée la fabrication des conserves Appert pour les viandes, les légumes et les fruits, soit dans des boîtes en fer-blanc, soit dans des flacons de verre bouchés à Témeri ; c'est ainsi que se conservent les œufs dont la coque a été imperméabilisée par un laitde chaux, etc. La difficulté de l'accès de l'air sous les innombrables bandelettes enduites de résines, à travers les cercueils emboîtés et les chambres funéraires presque hermétiques, explique en grande partie la conservation 30 ou 40 fois séculaire des momies égyptiennes. Par là s'explique aussi le succès des opérations sous-cutanées, et les admirables résultats du pansement ouaté inauguré par M. Alphonse Guérin. Hais, dans tous ces cas, on doit se demander si c'est bien la soustraction du contact de l'oxygène et de l'azote de Tair qui empêche la décomposition des liquides et des tissus, ou si ce n'est pas plutôt la filtration des germes de toutes sortes que l'air renferme presque inévitablement.

Rien ne le prouve mieux que les expériences si curieuses de Tyndall. Le savant anglais rend l'air optiquement pur en badigeonnant les parois d'une petite chambre d'observation avec de la glycérine, laquelle retient les germes et les poussières qui se précipitent en vertu de leur densité ou de l'immobilité absolue de cette atmosphère très limitée; les tubes contenant des liquides putrescibles mais stérilisés parla chaleur, restent indéfiniment à l'abri de toute altération, bien que largement ouverts par leur orifice supérieur au milieu de cette boîte, où il ne reste que de l'air dépouillé de tous ses germes.

Nous croyons que nous sortirions de notre sujet si nous exposions ici les procédés employés par M. Pasteur pour

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