‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 48 sur 138 · III. Dose nécessaire pour empêcher le développement · texte numérisé non relu

III. Dose nécessaire pour empêcher le développement

quasi-spontané dans du bouillon cuilj des germes de bactéries contenus dans l'air.

IV. Dose nécessaire pour empêcher le même dévelpppement spontané dans du bouillon cru.

Chaque série de résultats se compose de deux parties désignées par les lettres A et B: A indique la dose qui tue les bactéries proprement dites, ou les empêche de continuer à se développer, quand on les transporte dans un liquide nouveau qu'on veut infecter. B indique la dose qui a détruit la vitalité des spores persistantes, des corpuscules-germes, en lesquels se résout d'ordinaire une bactérie qui disparaît.

L'on sait quelle est la résistance aux agents extérieurs, mécaniques et chimiques, de ces corpuscules-germes dont Tyndall (1) et M. Pasteur ont montré le rôle ei l'importance. Il importe peu que la bactérie soit détruite, si elle laisse derrière elle une graine, un germe capable de la reproduire. La petitesse de ces germes est telle, que les plus forts grossissements sont souvent incapables d'en démontrer la présence ; la réaUté de leur existence n'est démontrée que par le succès ou l'insuccès de l'inoculation du liquide qui les contient, suivant que ce liquide en a été ou non complètement débarrassé par la filtration pneumatique à travers un disque de plâtre.

M. Pasteur a montré que certaines de ces spores, surtout quand elles sont desséchées, résistent à l'ébullition, à la putréfaction, à l'action d'acides énergiques, etc. Pour s'assurer que leur vitalité n'était pas définitivement éteinte, Jalan de la Croix, comme Bucholtz et Kûhn, portait dans le liquide de culture le plus favorable et le mieux approprié, une goutte du liquide où les bactéries qu'on venait

(1) Tyodall, Further researches on the deportment and vital resUtanee of putrefactive and infeetive gertnSt from a phytical point of view, (Pkilosophical Transactions of the Royal Society, — Vol.i67 th. p. 149 & 206.)

Valux. — Désinfectants. 8

(le détruire par une dose d antiseptique avaient dû laisser leurs i^erines; le succès de cet ensemencement était la meilleure preuve «jue la semence n'avait pas cessé de vivre.

Les tableaux (jui précédent montrent de la façon la plus nette (jne jKjur détruiiiî sans retour la vitalité, ou pour mieux dire, la reproductibilité, la reviviscence des spores, il faut (les doses d'agent antiseptique bien plus fortes que I)()ur déduire les mouvements et arrêter le développement des bactéries. Les doses efficaces les plus faibles sont celles qui empêchent du bouillon frais de se peupler de bactéries, quand on y verse quelques gouttes de bouillon contenant déjà des bactéries en plein développement. La dose doit être déjà un [)eu plus forte pour empêcher, dans du bouillon frais, le développement spontané do bactéries par les germes que l'air peut contenir.

Les spores provenant des bactéries développées spontanément dans le bouillon abandonné à Tair, sont plus facilement déti'uites que les spores provenant de bactéries du bouillon, transportées volontairement dans un liquide semblable où plus tard on a ajouté une dose d'antiseptique. Nous retrouvons là ce fait d'accoutumance des bactéries et de leurs spores au milieu dans lequel elles sont nées ; nous aurons Toccasion de citer plus loin ces faits remarquables, étudiés en ces dernières années dans les solutions phéni(iuées et salicylées; ils montrent (|u'en augmentant progressivement la dose d'acide |)hénique dans un liquide chargé de bactéries, on arrive à faire vivre ces dernières dans une dilution qui ferait instantanément périr les bactéries, et peut-être leurs germes, si on les y portait d'emblée, sans cette espèce d'accUmatement lentement

ménage.

Au point de vue de Thygiène, c est-à-dire de la pratique, on ne peut entrer dans toutes ces distinctions : il faut avant tout assurer le succès; il est donc nécessaire d'adop-

' en général poiu* chaque substance antiseptique la dose

BICHLORURE DE MERCURE. il5

maximum, celle qui, même dans les conditions les plus défavorables, donne toute garantie contre les chances de décomposition et contre le développement de protorganismcs. C'est la dernière colonne du tableau précédent qu'il faut surtout retenir; c'est elle que nous viserons quand nous chercherons à déterminer la valeur relative des divers agents antiseptiques. Nous allons voir que nous n'acceptons pas, sans réserve, les résultats inscrits dans ce tableau.

Sublimé corrosif ou biculorure de mercure. — Une partie de ce sel se dissout, à la température ordinaire, dans 15 parties d'eau; il est très soluble dans Talcool, dans les solutions d'acides sulfurique, chlorhydrique, nitrique, qui ne le décomposent pas; au contraire l'ammoniaque le précipite immédiatement (précipité blanc). C'est un antiseptique très puissant. Malheureusement, il est très toxique; une dose de o centigrammes par jour produit déjà des accidents d'empoisonnement. Depuis Chaussier, il est d'un emploi répandu pour conserver les cadavres, les préparations anatomiques, les herbiers, les bois de construction et d'ébénisterie, etc. C'est un parasiticide énergique, on l'emploie journellement contre les maladies parasitaires du cuir chevelu, de la peau et même cpntre les helminthes.

On pourrait dire que c'est l'antiseptique par excellence, si sa toxicité ne limitait pas singulièrement ses applications pratiques ; il détruit rapidement la vie de tous les organismes vivants, et ses solutions, même très diluées, se peuplent difficilement de ces algues microscopiques dont il est si malaisé de préserver les médicaments liquides : Billroth, Bucholtz, Haberkorn, Kûhn, dans les travaux que nous avons déjà cités, ont démontré par des expériences très rigoureuses la valeur antiseptique du sublimé.

Wernitz (1) a étudié Taction du sublimé sur les ferments non figurés, la pancréatine, la ptyaline, le levain de la bière, etc. Les solutions à 1 p. 13,000 et même à 1 p. 65,000 empêchent l'action de la pancréatine et de la ptyaline ; il faut des doses concentrées, celles de 1 p. 1,166 et même de 1 p. 120, pour détruire Taction de la pepsine et de la pré. sure. Les observateurs qui précèdent ont presque toujours vu des dilutions à 1 p. 20,000 amener la destruction de toutes les bactéries en plein développement dans le liquide, et cette faible dose n'est pas incompatible avec l'emploi hygiénique d'un agent réputé justement toxique. Voici le détail précis des conclusions de Jalan de la Croix, qui diffèrent en somme assez peu de celles des autres observateurs.

Pour empêcher la pullulation des bactéries dans du bouillon où l'on a versé quelques gouttes de bouillon rempli de bactéries, il faut dans le premier liquide, une dose de sublimé égale à 1 p. 25,000, et le retour des germes à la vie n'est empêché que par la dose de 1 p. 12,750. Les bactéries, en pleine culture dans du bouillon, sont détruites par la dose de 1 p. 6,500, et la vitalité des germes contenus dans ce bouillon n'est définitivement anéantie que par la dose de 1 p. 1,250. Dans du bouillon cuit, il faut une dose de 1 p. 12, 750, et dans le bouillon cru une dose de l p. 7,168 pour empêcher le développement de bactéries par l'exposition à l'air libre. La reproductibilité des germes est détruite dans le bouillon cuit par la dose de 1 p. 6,500, tandis que les germes du bouillon cru ne sont définitivement stérilisés que par la dose de 1 p. 2,525: c'est donc cette dernière dose qu'il faudrait considérer comme nécessaire pour désinfecter sûrement un liquide suspect.

C'est bien plus à titre d'antivirulent qu*à titre d'antiseptique, que M. Davaine (2) a montré récemment l'efficacité

(1) Iwan Wernitz, Ueher die Wirkung der Antiseptica auf ungeformte Fermenle;\ndiUg. Dissert. Dorpat 1880.

(i) Dataine, Recherches sur le traitement des maladies charbonneuses chez Vhomme. (Bulletin de VAcad. de Méd,, 17 juiUet 1880, p. 557.

BICHLORURE DE MERCURE. m

du bichlorure de mercure dans la pustule maligne. M. Davaine a dû descendre jusqu'à la dilution extrême de 1 p. 160,000 c'est-à-dire de un gramme de sublimé dans 160 litres d'eau, pour trouver la dose qui ne détruit pas la virulence de la sérosité charbonneuse ; avec la dose de 1 p. 150,000, le virus n'est déjà plus inoculable; Tiode métallique seul conserve contre le virus charbonneux son action neutralisante à une dose aussi faible. Dans toutes les expériences, la durée du contact du sang charbonneux avec la solution de sublimé avait été de une heure environ. A des doses aussi faibles, il est impossible d'invoquer l'action caustique de l'agent ; les médecins de la Beauce font fréquemment usage de la solution de bichlorure de mercure contre la pustule maligne ; ils incisent les parties œdématiées, et appliquent sur la plaie la solution mercurique. En présence de tels résultats, on est en droit de se demander avec M. Davaine, si l'on ne peut pas expliquer dorénavant Faction antisyphilitique de la liqueur de Van-Swicten.

Adoptant toujours le principe de retenir de préférence le chiffre qui assure la préservation dans les circonstances les plus défavorables, nous voyons que la dose de]l p. 2,500, c'est à-dire de un gramme de sublimé pour 2 litres et demi du mélange total, est relativement assez faible. La liqueur de Van -Swieten (1 p. 1000), dont Tusage est journalier, suffit en somme pour tous les cas où Temploi du sublimé comme antiseptique n'aurait pas de contre-indication ; c'est une ressource précieuse pour le pansement accidentel et peu prolongé de certaines plaies sanieuses de peu d'étendue.

Le sublimé ne peut, évidemment et dans aucun cas, être utilisé pour la conservation des substances alimentaires ; on ne peut songer à l'injecter, sous forme de liquide de lavage, dans les vastes cavités contenant des liquides putrides ; mais son utilité est merveilleuse pour la conservation des cadavres et des pièces anatomiques. Il faut toutefois tenir compte des décompositions qui se produisent si

facilement dans les solutions de sublimé, par les composés amlnoniacaux et les bases alcalines.

Chlore. — Le chlore détruit bien plus les mauvaises odeurs qu'il n'en prévient le développement ; c'est un désinfectant, un anti virulent plutôt qu'un antiseptique. Cependant il parait agir très efficacement pour détruire les protorganismcs qui vivent dans un liquide, ou pour empêcher la pullulation, dans un milieu de culture approprié, des bactéries qu'on y transporte directement ou que Tair y amène.

Les résultats obtenus par Jalan de la Croix dépassent ceux que nous aurions pu espérer, et placent le chlore immédiatement après le sublimé parmi les agents qui sont mortels pour les protorganismcs. Toute culture dans le bouillon est empêchée par une dilution à 1 p. 30,208, c'està-dire que dans du bouillon contenant un gramme de chlore gazeux dilué dans 30 litres d'eau, il n'est pas possible de faire développer des bactéries portées directement avec quelques gouttes d'un bouillon de culture. Le mènce effet est obtenu par l'hypochlorite de chaux à la dose de 1 p. 11,135. La dose de 1 p. 22,768 tue les bactéries en plein développement dans le bouillon ; celle de 1 p. 22,800 empêche le développement spontané de bactéries dans le bouillon cuit laissé à l'air libre, et celle de 1 p. 15,606 dans le bouillon cru placé dans les mêmes conditions. Avec l'hypochlorite de chaux, il faut des doses plus fortes, soit 1 p. 3,720 à 1 p. 3,148, et, fait étrange ! 1 p. 286 pour empêcher le développement spontané des bactéries dans le bouillon cru.

Pour détruire les germes, il faut des doses beaucoup plus fortes, qui varient entre 1 p. 431 et 1 p. 4,911 pour le chlore, et de 1 p. 100 à 1 p. 500 pour le chlorure de chaux. Ces résultats sont très favorables et nous surprennent un peu; il nous semble indispensable de soumettre à un nouveau contrôle les expériences d'ailleurs très expli-

Page 1