‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 49 sur 138 · CHLORE · texte numérisé non relu

CHLORE

cites de M. Jalan de la Croix, car nous verrons que Taction antivirulente du chlore est relativement restreinte, et qu'elle est notablement inférieure à ce que feraient présumer les chiffres rapportés ^ci-dessus. Nous renvoyons d'ailleurs pour toute cette question au chapitre Anti virulents.

Le D' Mehlhausen (1), médecin général et directeur de rhôpital de la Charité à Berlin, fut chargé, comme membre de la Commission allemande du choléra, de faire des expériences sur la valeur des divers désinfectants. Il a expérimenté surtout Taction du chlore.

Exp. 1. Dans une chambre de 31 mètres cubes, n'ayant qu'une fenêtre fermant assez mal, on obture les fissures delà fenêtre et de la porte en y clouant des bandes de feutre ; on place dans la chambre : un cobaye, un certain nombre de mouches et de guêpes dans des poches en gaze, des puces dans un long cylindre de verre qu'on laisse ouvert, des vers de la farine, de gros vers de viande putréfiée, enfin deux grands verres de montre avec de l'eau dans laquelle grouillent des espèces nombreuses d'infusoires, l'anguillule fluviatile, des rotifères.

On y porte ensuite, dans une terrine de terre, 740 grammes (20 grammes par mètre cube) de chlorure de chaux, avec un peu d'eau, puis on y verse 1,100 grammes d'acide chlorhydrique ; on mélange avec un bâton de bois, et quand le dégagement du gaz est très actif, on ferme avec soin les issues. Au bout d'une demi-heure, on sentait une forte odeur dechlore dans le corridor. Au bout de 9 heures, on ouvre la chambre, après avoir d'abord ventilé l'antichambre. Tous les animaux étaient encore vivants ; les mouches seules paraissaient mortes, mais elles n'étaient qu'étourdies, car le lendemain elles volaient parfaitement. L'eau des verres démontre qui avait, avant l'expérience, une réaction neutre,

(1) D*^ Mehlhausen, Yersuche uber Deêififection getchloêsener Ràume^ (Berichtder Cholcra-Kommission, 1879. 6* H., p. 335.)

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avait maintenant une réaction acide ; quelques gouttes de nitrate d'argent y produisent un abondant précipité de chlorure; tous les parasites sont inanimés. Les 140 grammes de chlorure de chaux avaient fourni 185 grammes, soit 59.611 centimètres cubes de gaz chlore, soit encore i litre 6i 3 centimètres cubes de gaz chlore par mètre cube d'espace, mais il n'estpas douteux que le chlorure de chaux n'avait pas dégagé tout le chlore qu'il contenait; enfm, une certaine quantité de gaz s'était échappée parles fissures de la porte et de la fenêtre. La quantité, de chlorure de chaux et d'acide dépensés avait coûté environ 65 centimes.

Exp. 2. Mêmes conditions que dans la première. Aux animaux indiqués ci-dessus, on ajoute des punaises ; on remplace l'eau putréfiée par de l'urine en fermentation et remplie de bactéries. La dose de chlorure est doublée : 40 grammes par mètre cube ; il a dû se dégager 350 grammes, soit 119,534 centimètres cubes de gaz chlore, ou 3 Ut. 225 cent, par mètre cube.

Au bout de 8 heures, on ouvre la chambre ; la quantité de gaz est telle, qu'elle provoque la toux. Le cobaye est mort ; les mouches, les puces, les punaises sont mortes aussi ; les autres animaux de l'expérience précédente ont cette fois encore résisté. Dans l'urine, devenue acide, les bactéries et les spirilles ont conservé leurs mouvements. La dépense a été environ de 1 fr. 20c.

L'on pouvait reprocher à ces expériences que le dégagement du chlore ne s'était pas fait complètement, parce que Von ne pouvait remuer incessamment le mélange^ ce qui est une condition indispensable pour le dégagement continu du gaz. Le D*" Mehlhausen employa alors un autre procédé.

Exp. 3. On mêle parties égales de sel marin et de peroxyde de manganèse, avec deux parties d'acide sulfurique étendues dans une partie d'eau, et Ton chauffe. Ce dernier détail serait très difficile dans la pratique commune de

CHLORE. i»t

la désinfection. Pour une chambre de 31 mètres cubes, on a donc employé :

500 gr. de peroxyde de manganèse. 33,6 centimes.

500 gr. de chlorure do sodium. . 12,5 —

1,000 gr. d'acide sulfuriquo pur. . 37.5 — ^

Soit 2,2 centimes par mètre cube.

On avait placé dans la chambre de l'urine remplie d'animalcules et de bactéries, desselles dysentériques infectes et contenant beaucoup de bactéries ; les liquides étaient dans des vases très plats. Au bout de 20 heures, on ouvrit la chambre. Celle-ci ne sentait que faiblement le chlore. Quelques animalcules étaient seulement engourdis, mais redevinrent très actifs à Tair libre. Les liquides étaient très acides. L'urine n'avait qu'incomplètement perdu son odeur fétide.

Exp. 4. Le D' Melhausen a fait une dernière expérience dans une chambre de 48 mètres cubes. Dans un ballon de verre, il a mis 600 grammes de bichromate de potasse, 3 kilogrammes d'acide chlorhydrique pur» d'une densité de 1,16; en chauffant, on fit dégager 405 grammes ou 130,650 centimètres cubes de chlore gazeux ; il y avait donc ^2 lit, 72^ centimètres cubes de chlore par mètre cube. L'expérience montra que cette proportion est suffisante pour tuer tous les animalcules, les puces, les vers, les bactéries, les vibrions. Ce procédé opératoire est d'ailleurs long, coûteux, très difficilement praticable ; il coûterait près de 4 centimes (3 c. 15) par mètre cube de l'espace à désinfecter.

En résumé, les fumigations de chlore sont assez peu avantageuses et bien inférieures à celles d'acide sulfureux. Le dégagement du chlore se fait incomplètement quand on ne remue pas incessamment, ou qu'on ne continue paS à chauffer le mélange ; or, ces opérations sont tout à fait impossibles dans la pratique ordinaire de la désinfection.

lia ANTISEPTIQUES EN PARTICULIER.

La facilité du soufrage, au contraire, est un avantage précieux, qui s'ajoute à son efficacité, en même temps que la dépense est 4 ou 5 fois moindre (9 millimesau lieu de 3 c. 15 par m. c).

Jeanncl cite un fait qui tendrait à prouver que le chlore gazeux, au moins aux doses faibles, engourdit les germes et microphytcs, qu'il suspend leur activité et leurs mouvements, mais sans détruire définitivement leur vitalité. A la suite d'une discussion avec Devergie {Union médicale y 28 septembre 1811) et pour prouver que le chlore n'avait qu'une action limitée, il prépara un mélange d'eau et de vibrions sur une plaque de microscope, et l'exposa à des vapeurs de chlore ; les vibrions restèrent bientôt immobiles; mais si, peu après, il exposait la plaque à des vapeurs ammoniacales pour neutraliser le chlore, puis gardait les bactéries sous une cloche et dans un verre de montre plein d'eau, il voyait reparaître peu à peu les mouvements des bactéries et des vibrions.

• Les expériences de Sternberg (1), à Washington, concernant l'action du chlore sur les infusoires et les protorganismes, montrent que la résistance de ces derniers est assez grande. Dans une chambre à expériences cubant 10 litres, on plaçait 28 grammes de chlorure de chaux; ce n'est qu'au bout de une heure et demie qu'on voyait cesser les mouvements des bactéries contenues dans une goutte d'infusion de viande putréfiée, alors que le verre de montre contenant ce liquide était directement exposé aux vapeurs de chlore. Sternberg ne considérait les mouvements comme définitivement arrêtés que lorsque, au bout d'une heure d'exposition à l'air libre, ils n'avaient pas reparu.

Nous ne croyons pas utile d'insister à cette place sur l'action des chlorures et des hypochlorites, dont il sera parlé au chapitre des neutralisants. Nous devons ce-

(1) Sternberg, loco cUato, p. Î19.

pendant une mention à quelques composés du chlore, dont l'action est particulièrement antiseptique.

Chlorure de sodium ou sel marin. — Le chlorure de sodium ou sel marin ne peut être complètement passé sous silence ; ses solutions, sous forme de saumure, servent à conserver journellement les viandes, le beurre, etc. Les salaisons entrent pour une part importante dans notre alimentation, surtout à la campagne, sur les navires et dans les armées en expédition. Le sel ne conserve les viandes qu'en les dépouillant d'une partie de leurs sucs ; la saumure devient parfois le siège de décompositions organiques, encore mal connues (ptomaïnes ?) ou de pro torganismes parasites, et M. Goubaux amontré qu'elle pouvait dans certains cas acquérir un haut degré de toxicité. C'est assez dire que le sel marin est un antiseptique dont l'emploi hygiénique est limité.

Pringle, dans son Traité sur les substances septiques et antiseptiques y a trouvé au sel marin une vertu antiseptique si faible, qu'il l'a considéré comme le n" 1 de l'échelle des corps expérimentés. Il va même plus loin, et dans une autre partie de son livre (expérience XXV), il prouve que le sel marin a la propriété de hâter la putréfaction : à la dose de 10, 15 et même 20 grains, pour 2 gros de viande de bœuf et 2 onces d'eau maintenue à 38<> C, le sel amollit, dissout la viande, et par une vertu septique, en favorise la digestion ! Il cite d'autres auteurs qui ont admisla nature « putréfiante » du sel marin!

Chlorure de zinc — Il en est autrement du chlorure de zinc qui, non seulement est absorbant, désodorant, comme tous les sels métalliques, mais encore jouit de propriétés antiseptiques très sérieuses; peut-être même devrait-on le ranger à un bon rang dans la classe des neutralisants. C*est donc un agent dont l'étude mérite une attention particulière. Il est inutile de rappeler que c'est un sel caustique,

déliquescent ; il est connu des hygiénistes anglais et allemands sous le nom de liqueur de Burnett. Cette liqueur n*est guère que le sel à l'état déliquescent.

Parkes dit (p. 400, édit. 1818) que dans chaque drachme fluide de liqueur de Burnett (le drachme troy, dont il s'agit, pèse S^^So) il y a 25 grains de chlorure de zinc (soit 1«^,62), soit environ 46 pour cent du poids total. Le Codex français et Y Officine de Dorvault donnent la formule suivante de la liqueur de Burnett d'après la pharmacopée anglaise :

Chlorure do zinc fondu 100 parties.

Eau dislillôe 200 —

On ajoute à Feau distillée environ 3 parties d'acide chlorhydrigue concentré, pour dissoudre Toxyde de zinc que contient toujours co excès le chlorure anhydre fondu. Ce liquide marque 1,33 au dcnsimôtro (16<* de Beau me) .

En face de ces divergences et de celles que Von trouve dans les livres allemands, nous avons demandé des renseignements précisa notre ami, M. IcD"" de F. Chaumont, professeur d'hygiène et de chimie appliquée, à l'École militaire de Netley, et nous extrayons de sa lettre les passages suivants :

« Notre Pkarmacopeia reconnaît uno solution de chlorure de zinc de 366 grains par once, soit à 82 pour cent ; en voici la formule d'après la formule de l'ancien Codex du collège de Dublin :

Eau et acide chlorhydrique, de chaque 1 litre 134 c. c; mêlez et ajoutez peu à peu à 454 grammes de feuilles de zinc dans une capsule en porcelaine. Chauffez jusqu'à dissolution du métal. Filtrez et ajoutez ^He^S.ï de chaux chlorurée (chlorinated lime). Réduisez le tout à 2 pintes (le texte dit par erreur 1 pinte). Refroidissez, mêlez avec une once de craie préparéo, secouez de temps en temps pendant 24 heures. Enfîn filtrez et conservez dans une bouteille bien bouchée. La densité est de 1,593.

Le Codex de Dublin ajoute : Le fluide de Burnett a une densité de 2,000.

Cette foiTOule, ajoute M. de Chaumont, donne exactement 366 grains par once, soit 82 pour 100, comme je Tai dit plus haut. Cependant la densité ne répond guère aux chiffres de Kremers, selon qui une

densité de 1,5336 répond à 92,4 de chlorure pour 100, soit 404 grains par once.

Tai trouvé dans notre laboratoire un échantillon de Bumett's fluid, dont mon ami M. Notter s'esl servi pour ses expériences. La densité en est de 1,5302, et M. Notter me dit qu'il a trouvé par Tanalyse 300 grains de chlorure par once, soit 09 pour 100. Sur la bouteille se trouvent les indications suivantes :

Pour purifier les chambres de malades , les salles d'hôpital, les workhouses, les prisons, les fabriques, les salles

do typhiques, les lieux encombres, } 1 p. de Fluid pour 100 d'eau, les enlro-ponts et les cales de navires, pour enlever la mauvaise odeur des tables de nuit

Pour desinfecter les égouts et les latrines, 1 p. de Fluid pour 200 d*cau.

Ce sont là peut-être les chiffres dont W. Roth s*est servi.

L'on trouve en outre dans la Toxicology de Woodman et Tidy : « La solution de Bumett varie de force, de 205 à 230 grains par once, soit 47 à 53 pour 100. •

Vous savez que le o Burnett's fluid » était primitivement breveté ; le brevet est maintenant déchu, et je ne crois pas qu'on en ait publié textuellement la formule. »

On voit d'après ces longs détails, que Ton ne sait pas encore exactement, même en Angleterre, quelle est la composition du liquide dejBurnctt. Les anglais emploient en définitive une dilution étendue de BurneWs fluid représentant 1 gramme de chlorure de zinc cristallisé pour 50 grammes d*eau quand il s'agit de désinfecter les salles de malades, et une dilution à 1 gramme pour 100, quand il faut désinfecter les égouts et les latrines. Ce n'est là qu'une indication sommaire, car on ne dit pas en quelle quantité ce mélange est nécessaire pour désinfecter par exemple un litre ou un hectolitre d'eau d'égout.

Il serait vraiment désirable qu'on renonçât à ces dénominations de convention, et qu'on adoptât une désignation unique. Pour les usages ordinaires de l'hygiène et de la désinfection, il est impossible d'avoir ce sel à Tétat sec et cristallin; comme la quantité d'eau hygrométrique varie,

on ne sait jamais exactement quelle quantité de sel on emploie. On comprend donc la faveur qu*a dans le public anglais la liqueur de Burnett, qui contient la moitié de son poids d'eau. Il vaudrait peut-être mieux adopter une solution-mère au 10*, exactement titrée, et que dans tous les pays on appellerait la solution décime de chlorure de zinc. Par le fait, c'est ce qui existe en Angleterre, où dans le commerce et Tindustric, on vend un liquide qui contient 2 parties de liqueur de Burnett pour 8 parties d'eau ; ce n'est pas autre chose qu'une solution décime ; cette dernière dénomination aurait l'avantage d'être comprise de tout le monde.

On trouve depuis quelques années dans le commerce de Paris un liquide désinfectant, vendu sous le nom d'eau de Saint-Luc, qui n'est pas autre chose qu'une dissolution très concentrée de chlorure et de sulfate de zinc impur , provenant sans doute d'un résidu d'usines de produits chimiques. Nous avons prié un de nos collègues, agrégé de chimie au Val-de-Gràce, de bien vouloir en faire l'analyse quantitative. II y a trouvé, outre le chlorure de zinc, une petite proportion d'oxyde de fer, d'acide sulfurique, de matières organiques, parfois de l'acide pyroligneux. Ce liquide neutre ou faiblement acide marque 1,613 ou 16^,7 au densimètre de Baume; l'analyse chimique contrôlée par divers procédés y a révélé la proportion énorme de 11 de chlorure de zinc sur 100 parties du liquide. C'est donc une solution caustique qui ne doit être employée qu'étendue d'une grande quantité d'eau. Il ne faut pas oublier, en effet, que le chlorure de zinc, connu sous le nom de caustique de Canquoin, est Tun des plus puissants escharotiques employés par les chirurgiens .

En 1815 et en 1876, des expériences dirigées par Pettenkofer et Mehlhausen furent faites sur plusieurs navires de la flotte allemande, pour déterminer la valeur désinfectante du chlorure de zinc. La densité de l'eau de cale

était de 1011 à 1035, la réaction légèrement alcaline. Les expériences furent faites, par les grandes chaleurs de Tété de 1813, dans une chambre au midi, par une température de-f 20* à -f 30* centigrades. Le chlorure de zinc fut employé sous forme de liquide de Burnett; d'après les renseignements qu'ont bien voulu nous donner M. von Pettenkofer et M. D' Wenzel, médecin général de la marine allemande, ce liquide contenait 50 à 60 p. 0/0 de chlorure de zinc. Avec la proportion de une partie de liquide de Burnett pour 100 parties d'eau de cale à désinfecter, on obtint rapidement un précipité gris, floconneux, que surnageait une eau jaunâtre, assez limpide. A la surface de celle-ci se formait une pellicule plus ou moins épaisse, soluble dans Téther. La réaction et Todeur d'hydrogène sulfuré ou de graisse rance disparurent rapidement ; la vie des protorganismes parut éteinte, la réaction devint nettement acide. Au bout de quatre semaines, le mélange restait sans changement. Avec la proportion de 1 partie de liquide de Burnett pour 1,000, l'odeur d'acide sulfhydrique et de graisse rance ne disparaît pas, mais la première diminue, à tel point que le papier d'acétate de plomb ne se noircit plus. Avec la proportion de 2 pour 1000, soit un kilogramme de sel cristallisé par mètre cube d'eau, disparition complète de l'odeur sulfhydrique, diminution encore plus grande de l'odeur de graisse rance ; même état au bout de 14 jours.

On remplit un réservoir enfer d'eau de cale corrompue,, on y ajouta la solution de chlorure de zinc dans la proportion de o pour 100, on plongea dans ce mélange des manches à pompe, des plaques de caoutchouc, du laiton et du fer poli. Au bout de 4 semaines, toutes ces pièces étaient intactes, aussi bien que la paroi interne du réservoir ; on observait toutefois quelques traces d'oxydation sur les métaux polis, au niveau même où s'arrêtait le liquide qui les baignait.

Le chlonire de zinc, a donc paru à Pettenkofer et à la Commission allemande du choléra, avoir une action sûre et rapide pour détruire la putréfaction des eaux de la cale Jes navires ; quand Taltération est très prononcée, la proportion de 1 à 2 de chlorure de zinc cristallisé pour 1000 est suffisante. Le dépôt formé par le chlorure de zinc est peu cohérent, poreux, léger, se déplace facilement par le jeu des pompes, avantage que n'a pas celui formé par Thydrate de chaux. C'est au chlorure de zinc que la Commission du choléra a donné la préférence pour la désinfection de Teaa des cales.

La chlorure de zinc est employé sur une très grande échelle et avec le plus grand succès par les chirurgiens français, anglais et allemands, pour les pansements antiseptiques. C'est ainsi que Lister, pour ramener à l'état normal les plaies fongueuses et les fistules, pratique d'abord une sorte de raclage, puis fait une injection avec une solution antiseptique très puissante, contenant 8 grammes de chlorure de zinc pour 100 grammes d'eau. Socin, de Bâle, lave même les plaies récentes avec cette solution caustique, mais on ne peut nier que le chlorure de zinc, à ce degré de concentration, agit bien plus comme escharrotique que comme désinfectant ou antiseptique. Ce qui le prouve, c'est que les plaies ainsi touchées se recouvrent d'une pellicule blanchâtre. C'est seulement pour les pansements rarement renouvelés au voisinage des orifices naturels, que cette solution au 10' et même à 12 p. 100 mérite réellement, d'après M. Lucas- Championnière, d'être considérée comme antiseptique ; Lister a souvent recours à ce mode de pansement. Dans beaucoup d'autres cas, on peut se contenter des solutions à 1 ou 5 pour 100, et l'on peut encore les diluer bien davantage.

L'un des procédés de Sucquet pour la conservation des cadavres, consiste dans l'injection par la carotide primitive ou la crurale, de 8 litres environ de solution aqueuse

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de chlorure de zinc marquant 40 degrés à 1 aréomètre de Baume.

Le chlorure de zinc qui est à la fois désodorant et antiseptique mériterait d'être plus employé encore qu'il ne Test pour la désinfection des eaux vaseuses; il est inodore : il ne donne pas de décoloration désagréable ; son prix n'est pas excessif; la solution à 2 pour 1000, et dans certain? cas à 2 pour 100, paraît être très efficace.

Chloral. — Les propriétés antiseptiques du chloral ont été étudiées depuis 1811, par Pavesi de Mortara en Italie, en France par Follet, Personne, Dujardin-Beaumetz et Ilirne en 1812. Ces auteurs ont reconnu que des solutions de chloral à 4 pour 100 empêchent les fermentations sucrées ; avec des solutions de 4 à 10 pour 100, on conserve la viande, le lait, Turine, pendant plus d*un mois à Tabri de toute altération.

C'est Carlo Pavesi qui, en Italie, a préconisé le plus hautement remploi du chloral comme désinfectant, pour la préservation, contre les parasites, des tissus de laine et des fourrures, des grains, des farines, des cocons de vers à soie. Cet auteur pense même que c'est un agent utile pour l'assainissement des salles d'hôpital, des navires infectés.

M. Dujardin-Beaumetz et son interne M. Hirne (1) ont commencé, dès 1812, des séries d'expériences sur les propriétés antiputrides et antifermentescibles des solutions de chloral. Des solutions sirupeuses d'acide quinique impur, d'albumine, des urines, du lait, de la colle de pâte de farine, des liquides contenant de la chair musculaire broyée, furent partagés en deux portions; Tune fut additionnée d'une certaine quantité de chloral, et au bout de plusieurs mois il

(1) Dnjardin-BeaDmetz et Hirne, Des propriétés anUpuirides et antifermentescibles des solutions d'hydrate de chloral et de leur application à la thérapeutique. {Bulletin de la Société méd. des Hôpit.j 11 aYril iS13, p. 134.)

Vallin. — Désinfectants. 9

laO ANTISEPTIQUES EN PARTICULIER.

n'y avait aucune trace de putréfaction ; l'autre moitié^ non additionnée de chioral, devint rapidement infecte.

L*hydrate de chioral est souvent acide et contient une cer* taine quantité de chlore ; on pourrait donc être tenté d'imputer à ces deux réactions l'action antiputride du chioral. MM. Beaumetz et Hime ont placé 20 grammes de viande hachée dans un liquide formé de 100 grammes d'eau distillée et de 2 grammes d'hydrate de chioral chimiquement pur; le flacon conduisait les gaz et vapeurs dans un appareil à boules de Liebig, contenant du nitrate d'argent, destiné à déceler les moindres traces de chlore. Le mélange fut maintenu pendant 34 jours dans une étuve chauffée à -f- 38* centigrades. Au bout de ce temps, la solution de nitrate d'argent était restée intacte, le mélange n'avait aucune odeur et ne contenait pas de bactéries ; la viande n'était pas al^ térée. Il est difficile d'imaginer une expérience plus convaincante. Dans un autre cas, des fragments de muscle de bœuf, plongés dans une solution de chioral à i pour 100, paraissaient encore tout à fait inaltérés au ))OUt de 5 mois.

Toutefois, le chioral ne s'oppose pas à la fermentation de la levure de bière; dans deux expériences faites par les auteurs, une solution de glycose, de levure de bière, de sel ammoniacal, d'acide tartrique, contenant un gramme de chioral, fut portée à l'étuve, et il se dégagea rapidement une quantité d'acide carbonique qui troubla l'eau de baryte.

En résumé, MM. Beaumetz et Hirne ont conclu de leurs expériences encore peu nombreuses, que la proportion de 1 de choral pour 100 de liquide ou de matière putrescible est suffisante pour arrêter ou empêcher la fermentation ; ils ne savent pas jusqu'à quel chiffre peut descendre le minimum de la dose nécessaire ; une seule expérience leur a montré que un gramme de chioral ne suffisait pas pour empêcher l'altération de 1,000 grammes de lait. La dilution au centième est d'ailleurs peu irritante, et peut très utilement servir à panser les plaies gangreneuses ou fétides^

ALUN. m

Le ly Francesco, en 1862, a même modifié des ulcères iiH vétérés par des pansements avec une solution de chloral à 5 p. 20; mais ici, il s'agit bien plus de cautérisation que de désinfection.

M. Beaumetz a obtenu de beaux succès dans des cas de plaies gangreneuses, par le pansement avec la solution au centième. Dans les cas d'empyème avec fétidité de la cavité pleurale, M. Beaumetz et M. Martineau ont employé avec avantage la solution de chloral au centième, additionnée 4e 4 à 5 cuillerées à bouche d'alcoolé d'essence d'eucalyptus par litre (l'alcoolé d'eucalyptus est composé avec: huile essenUelle d'eucalyptus, 10 grammes; alcool, 1 litre). Les auteurs n^got jamais observé d'accident par l'injection dans la plèvre de ces doses élevées de chloral ; dans queK ques cas, des maMes accusent seulement une sensation debrûlure. L*injectioo sous la peau d'une solution forte de chloral (1 p. 10) n'empêche nullement la mort des lapins après l'inoculation de virus septique, résultat d'ailleurs prévu.

J. Personne a essayé de donner (1) une explication ingénieuse de l'action antiseptique du chloral. D'après lui, le chloral se combine avec les matières protéiques, avec l'albumine, le contenu du sarcolemme» pour former un composé imputrescible qui parait être un composé défini. J. Personne a utilisé cette propriété du diloral de former avec les matières albuminpïdes des composte bien définis ; à l'aide de solutions au dixième, il a pu conserver, embaumer des cadavres d'animaux, des oiseaux, etc.

Alun. — Les propriétés antiputrides de Talun ont été, dès la plus haute antiquité, utilisées pour le tannage, la préparation des peaux, les embaumements et la conserva^ tion des cadavres. Les applications hygiéniques de Talun

(1) J. Personne, L'tution du chloral tur Ui matières albuminMm» (Bulletin Acad, de Mid. Séance da 10 fétrier 1814 et Gazette hebée* madaire t874, p. 97.)

proprement dit sont trop restreintes pour que nous y insistions. Il en est autrement de deux composés d*dlumine, qui méritent une attention spéciale.

Ghloralum ou chlorure d'aluminium. — On préconise beaucoup en Angleterre, depuis quelques années, un agent désinfectant auquel on donne le nom de chloralum, formé sans doute des mots chlore et aZummmm. Fleck, de Dresde, a analysé le produit qui se vend sous ce nom, et lui a trouvé la composition suivante :

Eau 82,32

Chloniro d^aluminium 13,70

Chlorure do plomb 9,15

Chlorure de cuivre • . 0,10

Chlorure de fer 0,42

Chlorure de calcium et pUtrc 3,11

La composition varie d'ailleurs suivant les provenances. M. le D' Henri Blanc (1) a cru avoir trouvé dans cet agent un antidote du choléra et un désinfectant énergique. La composition de ce sel le ferait ranger plutôt parmi les absorbants, à côté des chlorures de fer, de plomb, etc,, bien plus que parmi les véritables désinfectants. Le professeur Wanklyn (2), de Londres, lui attribue une grande efficacité comme désodorant, et le proclame très supérieur à ce point de vue au chlorure de chaux. De même, Dougall, après une expérimentation sérieuse, a constaté qu'il arrête les décompositions putrides, qu'il prévient la production des protorganismes plus sûrement que la plupart des autres antiseptiques. Comme il est inodore, peu coûteux, non volatil, il le croit d'un emploi très utile pour laver es effets contaminés, pour désinfecter les égouts et le matériel hospitalier souillé par les malades.

(1) Blanc, Personne, Paulier, Note» sur U chloralum, {Gazette hebdomad,, p. 717, 751. 762, et Union médicale, octobre et norembre 1873 )

(2) Waoklyn, The action and relative value of dieinfec tante, {Britiih Médical Journal, sept. 1873, p. 275.)

CHLORALUM. ACÉTATE D'ALUMJNE. 133

Toutefois les expériences plus récentes du D* 0* Niai (1) ne justifient pas ces appréciations. Même en ajoutant 1 partie de chloralum pour 2 parties de matière organique, il a trouvé les animalcules abondants dès le 5* jour; l'odeur putride commence à être très nette le 7* jour. Avec le chlorure d'alumine, les résultats ne sont pas beaucoup meilleurs : les animalcules sont abondants et l'odeur est infecte avant le 10' jour, quand la proportion de chlorure est de 1 pour 6 ou 8 de matière organique ; même avec une partie de chlorure pour 4, 2, 1 parties de matière organique, on n'évite pas l'odeur infecte de la putréfaction .

Il faut reconnaître que depuis quelques années, son emploi a été beaucoup abandonné en Angleterre même. On a essayé de le remplacer par le cupralum^ association de sels de cuivre et d*alun, mais sans beaucoup plus de succès.

Acétate d'alumine. — Sous le nom de mordant de rouge des indierineurs, on connaît dans le commerce une substance incristallisable, qui a d'ordinaire l'aspect d'une masse gommeuse, et qui n'est employée qu'à l'état de solution. On l'obtient d'ordinaire par la double décomposition de l'acétate de baryte et du sulfate d'alumine. Bqrow (2) la prépare, pour les usages externes , en mélangeant 20 grammes d'alun avec 30 grammes environ d'acétate de plomb. Ce liquide est employé dans les raffineries de sucre pour empêcher la décomposition du sang des animaux, ce qui a conduit à l'essayer pour la désinfection des plaies gangreneuses et fétides, et pour modifier les sécrétions morbides de l'organisme.

L'action antiseptique de l'acétate d'alumine est très

(1) 0*NiaI, The relative potoer of tome reputed anlieepHc agenii, {Army médical Report for 1811 ; Loodon, 1873. p. 203.)

(2) Burow, Action de V acétate d^alumine dans diverseê maladiee, Deuttche Klinik., 1857 et Gazette médUaU^ 1858, p. 472.;

puissante. Gannal l'a utilisée dans un des nombreux liquides qu'il a préconisés pour l'embaumement et la conservation des cadavres ; il injectait dans la carotide 3 ou 6 litres d'une dissolution d'acétate d'alumine à 18° de l'aréomètre de Baume, et le cadavre ainsi préparé se conservait parfois pendant 5 à 6 mois. Plus récemment, Burow, de Kônigsberg, et Billroth ont proposé de remplacer, dans le pansement de Lister, l'acide pliénîque par l'acétate d'alumine; quelques expériences leur avaient montré que ce se! détruit rapidement les bactéries, et eo prévient aisément le développement dans les liquides.

Kiilm a cherché à mesurer à ce point de vue sa valeur antiseptique, et il a trouvé que, suivant les liquides de culture (infusion de pois ou de blanc d'ceuf), la dose de 1 p. 5,000 à i p. 8,000 était suflîsante pour empêcher le développement des bactéries. L'un des élèves du professeur Dragendorff, de Dorpat, M. Schwartz, a vu lui aussi que la dose de 1 p. 3,000 empêchait le développement de louie bactérie dans le liquide de Buchoitz- Pasteur.

D'après Wernitz, l'acétate d'alumine serait sans action

bactéries par la dose de 1 p. 4,268 pour le bouillon cuit, et par la dose de 1 p. 6,310 pour le bouillon cru; les germes sont détruits dans le premier cas par la dose 1 p. 931, dans le second par celle de 1 p. 478. C'est donc la dose de 1 pour 1,000, on à la rigueur de 1 pour 500, qui semble devoir être acceptée, quand on veut avoir la certitude de détruire toute vitalité in açtu et in passe dans les matières suspectes.

Voilà assurément des résultats très favorables ; il est peu d'antiseptiques qui aient une action plus énergique, et l'acétate d*alumine est une substance inoffensive, nullement toxique. Il y aurait donc lieu de retirer de Toubli un agent aussi utile, qui a eu une grande vogue en France, il y a une quarantaine d'années, et qui parait un peu abandonné aujourd'hui. Les efforts tentés par Billroth et par Burow, en Allemagne, pour introduire ce sel dans le pansement antiseptique, mériteraient d'être poursuivis en France. Burow l'a même employé à l'intérieur ; il préparait une solution dont une once environ représentait un gros (sic) d'acétate d'alumine ; à la dose de 60 gouttes, il l'expérimenta sur lui-même, il éprouva une chaleur de la région épigastrique, des vertiges, de la céphalalgie. L'acétate d'alumine pris à l'intérieur, ne semble avoir aucune action comme désinfectant.

Acide sulfurique. — Les acides énergiques comme l'acide sulfurique, l'acide nitrique, l'acide chlorhydrique, etc., sont assurément des antiseptiques, puisqu'ils peuvent empêcher la putréfaction et la fermentation des matières organiques; mais leur action antivirulente, neutralisante, destructive, l'emporte tellement sur leur action antiseptique, que nous renvoyons plus loin leur étude.

L'acide sulfurique, en particulier, est un antiseptique qui a été parfois utilisé dans Tindustrie. En Allemagne, on enduit d'une couche d'acide sulfurique concentré

le l)ois qu'on doit ficher en terre ou dans F eau. Cet acide non seulement carbonise la surface du bois, mais de plus il forme, entre lui et la flbre ligneuse, une combinaison qui le garantit parfaitement contre les influences extérieures ; en outre, il prévient la pourriture provenant du développement, à rintérieur du bois, de végétations cryptogamiques, etc. A Chemnitz, on emploie cette sorte de peinture depuis longtemps, avec un succès remarquable, pour pilotis de ponts, boisage de mines, pieux, échalas, etc. Les frais sont très minimes, car Facide n'a besoin d'être appliqué qu'en couche très mince ; on préfère cette méthode au goudronnage, comme plus efTicace et plus économique (Girardin).

Acide sulfureux. — L'acide sulfureux est surtout un antivirulent, et à ce titre il sera étudié plus loin, mais il jouit naturellement de propriétés antiseptiques dont il importe de dire ici quelques mots.

L*acide sulfureux est un des antiseptiques les plus anciennement connus ; il a servi de tout temps au mutage des vins ; on emploie aussi la combustion d'une mèche soufrée pour la conservation des sucs de pommes, de poires, de coings et autres jus sucrés. Parfois on remplace les vapeurs d'acide sulfureux par l'addition au liquide^ de 80 centigrammes de sulfite de chaux par litre : les acides du suc s'emparent de la chaux, et le gaz sulfureux est mis en liberté. Il sert encore depuis longtemps à con» server, pendant tout l'hiver, les pulpes de betteraves, les légumes herbacés (oseille, laitue, asperges), les pommes de terre, et autres racines aqueuses, qui éprouvent pendant la période de janvier et avril, dans les silos et magasins, une fermentation dont la conséquence est une grande diminution de poids et de qualité (Girardin).

Dans les fabriques de sucre de betterave, on lave les sacs, les ustensiles, les récipients en usage, dans des solu-

AQDE SULFUREUX. 137

lions de sulfite de soude ou de chaux, pour détruire tout germe de fermentation.

Au point de vue de Thygiène, il est incontestable que remploi de cet agent est un précieux auxiliaire contre Taltération des ressources alimentaires, et contre les accidents engendrés par les matières en décomposition. Depuis longtemps, on a essayé de conserver des viandes fraîches d'Amérique destinées à Timportation, soit en les exposant à des vapeurs d'acide sulfureux, soit en les plongeant dans les solutions de cet acide, ou d'hyposulfites alcalins. Récemment encore, le Conseil d*hygiène du Vaucluse faisait un rapport assez favorable (1878), sur un procédé de conservation des viandes, à l'aide d'une solution d'hyposulfitede soude et d'azotate de potasse. En 1880, la Commission centrale des Comités de salubrité de Bruxelles constatait le bon état de conservation de viandes fraîches,, exposées aux vapeurs d'acide sulfureux dans l'appareil Guérette.

Le procédé Sucquet de conservation des cadavres consiste dans l'emploi d'hyposulfite de soude en injection dan& les vaisseaux, associé avec du chlorure de zinc. M. Edouard Robin a préconisé depuis longtemps, dans le même but,, l'emploi du mélange de sulfite et d'hyposulfite de zinc.

L'acide sulfureux, même à très faible dose, détruit le» insectes, les protorganismes et les miasmes contenus dans» l'air, dans l'eau, etc. Nous nous bornerons à relater ici les résultats des expériences qui ont été faites exclusivement au point de vue antiseptique ; nous renvoyons pour ce qui concerne les virus au chapitre Neutralisants. Wernitz a trouvé que l'action de la pepsine, de la ptya- Une, de Tinvertine, de la diastase était empêchée par l'acide sulfureux en dilution dans l'eau, à des doses (en* poids) variant de 1 p. 1,317 à 1 p. 8,600; quant à 1» myrosine et à Témulsine, leur action est annulée par la dose extrêmement faible de 1 p. 21,000.

M. Jalan de la Croix a trouvé les résultats suivants : la dose de 1 p. 6,418 empêche du bouillon de viande de se remplir de bactéries, quand on y verse quelques gouttes d*un autre bouillon où pullulent ces organismes ; mais les germes contenus dans ce bouillon ensemencé ne sont définitivement stérilisés qu*après avoir subi Faction de la dose 1 p. 223. Les bactéries en plein développement dans du bouillon sont tuées par la dose 1 p. 2,000 et leurs germes ne sont détruits que [par 1 p. 273. Du bouillon cuit, laissé à Tair libre, ne se laisse plus envahir spontanément par les bactéries quand il contient 1 p. 8,500 d'acide sulfureux, et les germes développés dans ces conditions ne sont détruits que par la dose 1 p. 422. Pour le bouillon cru, les doses sont 1 p. 12,649 et 1 p. 135.

Polli a montré que Facide sulfureux et les sulfites empè^ chent et arrêtent toutes les fermentations connues, même celles qui résistent à l'acide arsénieux, à Tacide cyanhydrique, à l'acide phénique; il en a fait la base d*une médication spéciale à la fois des affections externes et des affections internes {Voy. DÉsiNFEcxioN interne).

Acide arsénieux. — L'acide arsénieux est un antiseptique puissant; mais sa toxicité extrême rend son emploi presque impossible dans la pratique de l'hygiène et de la prophylaxie. Trinchina de Naples, en 1834, Gannal, en France, faisaient entrer l'acide arsénieux en forte proportion dans les liquides servant à l'embaumement des cadavres. La solution de Gannal contenait souvent 125 grammes d*acide arsénique et six kilogrammes de sulfate d'alumine^ pour 6 litres de liquide qu'on injectait dans la carotide. Mais aujourd'hui, Tordonnance royale du 21 septembre 1836 interdit l'emploi de l'arsenic pour l'embaumement des corps, le chaulage des grains, etc.

L'on sait, en effet, que pour détruire les parasites cryptogamiques 'qui, en certaines années, envahissent les

céréales, les cultivateurs ont parfois recours à Taspersion du grain avec une solution d*acide arsénieux. Cette méthode de conservation'des grains destinés aux semences, ou chaulagCy avait déjà été prohibée par une loi rendue en 1786, à cause du danger qui en résulte pour le gibier, les volailles qui peuvent manger le grain, et pour Thomme qui, à son tour, mange ces animaux. Il n*y a donc pas lieu d'utiliser dans la pratique les propriétés antiseptiques très puissantes des acides arsénieux ou arsénique.

Acide borique. — L'acide borique se présente sous forme de lamelles blanches, minces, très légères, d'aspect nacré et brillant, d'un goût presque nul, très faiblement acide. L'eau en dissout 4 grammes par litre à + 20*, et

2 grammes seulement à -{- lO^". Le borate de soude ou borax se présente sous forme de cristaux peu sapides, très solubles, puisque une partie du sel se dissout dans douze parties d'eau froide.

L'acide borique ne parait pas avoir d'action toxique sur l'organisme humain. LeD' Capelli, directeur du Manicomede Frégionaja, a administré à plusieurs aliénés des doses journalières de 4 grammes d'acide borique pendant 23 jours, et de 2 grammes durant 45 jours, sans observer aucun dérangement de la santé des malades . Il a noté que sur ces sigets Turine se maintenait acide pendant plusieurs jours, au lieu de subir la fermentation ammoniacale et de devenir alcaline et infecte. L'acide borique passe rapidement dans l'urine ; il s'y métamorphose en plusieurs combinaisons salines, qui ne détruisent nullement ses propriétés antifermentatives. Son administration par l'usage interne parait donc indiquée dans les cas de catarrhe vésical, avec fermentation ammoniacale et intravésicale de l'urine. MM. Félix Guyon et Guéneau de Mussy ont surtout retiré d'excellents effets de cette administration par l'estomac, de 2 à

3 grammes par jour d'acide borique, chez des vieillards dont l'urine et la vessie ne pouvaient être désinfectées. Dans

liO ANTISEPTIQUES EN PARTICULIER.

un cas, communiqué par le D' Ayr (de Turèi) àPoUi (1), un jeune soldat avala par erreur une fiole contenant 25 grammes de borax dans 300 grammes d'eau, et destinée à des gargarismes ; cette dose énorme fut parfaitement tolérée, et n'amena aucun inconvénient,

M. le professeur de Cyon, de Saint-Pétersbourg, a fait ingérer à des chiens des doses journalières de 6 grammes de borate de soude, sans que ces animaux parussent en rien incommodés. Herzen en Italie, Panum à Copenhague, ont également établi par des expériences cette tolérance et cette immunité. Neumann (2) de Dorpat, dit avoir fait ' ingérer à des chiens de 15 kilogrammes, des doses journalières de 5 à 6 grammes, sans accidents appréciables. A des doses plus fortes survenaient des vomissements, de la diarrhée, du refroidissement. Ferkel aurait même fait ingérer à des chiens de 2 à 3 kilogrammes, des doses journalières de 2 grammes d*acide borique sans effet appréciable.

En résumé, le biborate de soude, à la dose de 4 à 8 grammes par jour paraît pouvoir être impunément supporté, au moins pendant un certain temps, par un homme adulte. Ce serait peut-être aller trop loin d'affirmer dès à présent que des doses, même beaucoup moindres de ce sel, soient incapables de déterminer des troubles de la nutrition ou de la santé, après un usage journalier continué sans interruption pendant un grand nombre d*années. C'est un feit qu'une longue expérience est seule capable de résoudre.

C'est M. Dumas qui a le premier pressenti, plutôt encore que démontré, la valeur antiseptique de l'acide borique et des borates; sa communication à l'Institut (2 août 1872) a été le point de départ d'un grand nombre de recherches

(i) Giovanni Polli, Des propriétét antifermentatives de Vaeide borique et de ses applicatioru à la thérapeutique, Paris, A. Delahaye 1877.

(2) J« Neumann. Experimentelle Untersuchungen uber die Wirkung de BoreùLt:, {Archiv fur experimentelle Pathologie^ 20 mai 1881, p. 148.)

et d'applications à Thygiène, au point de vue surtout de la conservation des denrées alimentaires.

M. Dumas signalait à TAcadémie des sciences Taction exercée par le borax sur la fermentation du sucre par la levure : il montrait que le borax retardait non seulement Taction de la levure, mais Taction fermentative d'autres substances analogues appartenant au groupe de la diastase. La solution de borate de soude coagule la levure de bière, et le liquide qui surnage le caillot n'est plus capable de transformer le sucre ordinaire en sucre interverti, comme il arrive toujours quand on emploie Teau de la levure de bière. M. Dumas s'est assuré que la solution de borax neutralise : 1"* l'action de l'eau de la levure sur le sucre (fermentation alcoolique) ; V Faction de la diastase sur Tamygdaline, qui fournit Tessence d'amandes amères (fermentation amygdalique) ; S** l'action de la diastase sur la fécule (fermentation diastasique) ; 4<» l'action de la myrosine, substance qui, dans la farine de sénevé, produit l'essence de moutarde (fermentation sinapique) ; S"" Taction de la pepsine sur la fibrine.

Ces expériences ont attiré Tattention de nombreux expérimentateurs sur l'action antiseptique de l'acide borique et des borates. Nous réunirons l'étude de ces deux agents, bien que Taction antiseptique de l'acide soit bien plus manifeste que celle de la plupart des borates ; nous avons constaté cette différence pour l'acide salicylique et les salicylates.

Dans un pli cacheté déposé à l'Institut en 1856, M. Jacquez avait déjà signalé l'action puissante du borax pour la conservation des matières animales. En plongeant des morceaux de chair dans une solution de borax à 5 p. 100, il les retirait au bout d'un mois de séjour, au mois d'août, dans un parfait état de conservation. Des injections faites dans le système vasculaire du lapin avec la même solution boratée, mélangée d'une autre solution à

142 ANTISEPTIQUES EN PAUKUUER.

10 p. 100 de borate ammoniacal, permirent di^ conserver ces cadavres pendant plusieurs mois sans altération*

Hertzen, en 1874, SchifT, Bizzari ont obtenu les mêmes effets avec les solutions indiquées ci-dessous :

Eau 86 grammes.

Biborate de soude 8 —

Acide borique S —

Nilre 3 —

Sel marin 1 —

Dans cette formule de Hertzen, le sel marin et le nitre ont l'avantage de conserver aux tissus leur couleur rose et fraîche.

Le liquide de Bizzari est aussi efficace et moins coûteux :

Eau 170 grammes.

Biborate de soude 6 —

Acide chlorbydrique • . . • S ^

L'acide borique a été employé pour conserver le lait, les boissons alimentaires, la viande, etc. Les propriétés antiseptiques de cet acide ont été confirmées dans une circonstance singulière. En 1875, on découvrit un gisement de borate de soude dans la Californie méridionale ; au cours des explorations, on rencontra le cadavre d'un cheval enfoui dans cette terre chargée de borax. Bien que l'époque de Tenfouissement remontât à plus de quatre mois, et malgré les fortes chaleurs de cette région et de la saison (parfois 45'' centigrades), le corps n'exhalait pas de mauvaise odeur ; les chairs avaient Tapparence de celle d'un animal fraîchement tué, le poil était souple et parfaitement adhérent à la peau (Académie des sciences, 28 février 1876).

M. le D' Bedoin a présenté à l'Institut, en 1876, des échantillons de viande conservés dans des solutions satu* rées de borate de soude ; tandis que de la viande maintenue dans de l'eau simple était putride, et que le liquide

était rempli de microzoaires , le fragment immergé dans la solution boratée était intact, inodore et on n'y trouvait aucune trace d'organismes vivants.

M. Bouley a résumé dans un rapport très intéressant^ au Comité consultatif d'hygiène (1) les effets du borax sur la conservation des denrées alimentaires, et les faits qui démontrent son innocuité au point de vue de la santé publique. Au Conseil d'hygiène et de salubrité du département de la Seine, dans sa séance du il juin 1878, M. Péligot avait proposé d'autoriser des industriels à vendre des viandes conservées par un procédé qui consiste à saupou* drer ces viandes (2'', 50 par kilogramme) avec un sel, dit de con8ef*vey qui contient moitié de son poids de borate anhydre. Le Conseil, toutefois, n'avait pas adopté les conclusions de M. Péligot ; il avait pensé que, c dans l'état actuel de la science >, on ne peut afBrmer que le borate de soude puisse être mêlé sans inconvénients aux matières alimentaires. M. Bouley a cru que, depuis un an de pratique, la preuve de l'innocuité du borax pour la conservation des denrées alimentaires pouvait être considérée comme acquise ; il a proposé au ministre d'autoriser l'emploi de cet agent antiseptique, et le Comité a adopté cette opinion le 5 mai 1819.

En Suède, on emploie sous le nom d'aseptine une solution aqueuse d'acide borique, qui réussit très bien à prévenir et arrêter la putréfaction de la viande. Gahn^ Nystrôm, Sundevall ont retiré de bons effets de cet agent pour les usages domestiques.

Pour le pansement des plaies, l'acide borique a l'avantage de n'être ni caustique ni irritant : la solution saturée, qui ne contient que 4 grammes pour 100 grammes, ne détermine aucun sentiment de cuisson, même quand on

(I) H. Bouley, Rapport mr f usage alimentaire du ul de conserve, {Recueit des Travaux du Comité eonêuUatif d'hygiène publique. T. VIII, 1879, p. 350.)

lU ANTlSEPlrQUES ES PARTICDLIEB.

l'applique sur une plaie récente : c'est le moins irrilant de tous les antiseptiques. Gomme il a l'avantage de ne pas être toxique, l'injection borique peut être abandonnée sans inconvénient dans des cavités closes ou dont l'évacuation est difficile. En plongeant du coton, de la ouate, du Ihit, dans une solution saturée à chaud d'acide borique, et en faisant sécher les tissus ainsi imprégnés, on obtient des garnitures de pansement qui désinfectent très bien les liquides pathologiques à mesure qu'ils sont sécrétés. Les cristaux d'acide borique sont soyeux, souples, ils ont l'apparence d'un duvet, et ne blessent ni la peau ni même les plaies. On peut même recouvrir directement les plaies qui dégagent des mauvaises odeurs, les surfaces excoriées de la peau qui, dans le cas d'anasarque, laissent suinter une sérosité que la chaleur putréfie rapidement ; nous en avons dans ce dernier cas fait un usage utile; on peut les panser avec le mélange suivant ;

Ariiie borique I

l'ararfiiio [ àrl 1 partie.

Cira blaDPhB \

la bière, Turine humaine normale, l'urine diabétique, le lait, le mélange d'œuf et d'eau, le sang de bœuf défibriné, la chair musculaire, les débris d'animaux. Comparativement, il a examiné l'effet antiseptique produit sur les mêmes substances par des quantités égales de sulfite et d'hyposulûte de soude, de sulfite de magnésie. Voici les résultats de ses expériences :

On remplit cinq verres de la capacité de 50 centilitres chacun, avec de la bière de Vienne ; l'un est gardé comme type, sans aucun mélange ; dans lés quatre autres on ajoute séparément, et dans chacun d'eux, 1 gramme d'acide borique, 2 grammes de borate de soude, 2 grammes de sulfite de soude, 2 grammes d'hyposulfite de soude. On abandonne les liquides à eux-mêmes, exposés à l'air, à une température de -j- 1 S** à -j- 18*. Au bout de quinze jours, la bière contenue dans le premier verre est complètement trouble, recouverte d'une couche de moisissures, et exhale une odeur acide très caractérisée. La bière additionnée de borate de soude et d'acide borique est encore limpide sans aucune sorte d'odeur. De même, la bière mélangée avec Thyposulfite de soude est limpide, tandis que des pellicules légères de moisissures s'étalent à la surface de la bière mêlée au sulfite de soude.

En remplaçant, dans une expérience analogue, la bière par du lait frais, on constate que déjà, au troisième jour, le lait sans mélange du sel antiseptique est coagulé, recouvert d'une couche de crème caillée, d'où s'exhale une forte odeur d*acides lactique et butyrique. Cette altération s'accroit avec rapidité, en sorte qu'au quinzième jour ce lait se convertit en un magma grumeleux jaunâtre tout bosselé, et revêtu d'une moisissure verte et rouge. Par contre, dans les verres renfermant du lait additionné d'acide borique et de borax, celui-ci se trouvait encore liquide, con servant l'odeur et la saveur du lait frais, ne présentant à la surface qu'une couche très légère de crème.

Vallin. — Désixfectams. 10

Au bout de trente jours, le lait mélangé avec Tacide borique restait encore dans les mêmes conditions ; mais le lait additionné de borate de soude, quoique toujours liquide, commençait à montrer quelques taches de moisissures s'épanouissant sur la pellicule de crème. Dans les deux autres verres, les laits mêlés au sulfite et à Thyposulfite de soude avaient conservé leur état liquide pendant cinq à six jours, puis ils s'étaient coagulés, la couche de crème de la surface supérieure devenant grumeleuse ; après quinze ou vin^ jours , les moisissures se développaient, avec des émanations odorantes d'acides lactique et butyrique.

Le professeur Manetti, directeur de la fabrique de fromage de Lodi, a publié en 1814, en Italie, un mémoire dont voici les conclusions :

l"* L'addition dans le lait, de Tacide borique et du borax en proportions modérées et déterminées, loin d'offrir aucun inconvénient, facilite la bonne fabrication du fromage parmesan et du beurre.

2^ Ces agents pharmaceutiques permettent de retirer du lait, pendant Tété, une quantité notable de beurre, sans nuire en aucune façon à la fabrication du fromage.

3"* Dans ces conditions il est utile, nécessaire même, d'unir au borax une petite dose d'acide borique.

4"* La quantité de borax et d'acide borique, indispen- :6able pour la conservation du lait affecté à la fabrication •du fromage parmesan, doit varier avec les causes plus ou -moins actives qui favorisent son altération • D'ordinaire, pour 1 hectolitre de lait, on peut évaluer les doses à 40 grammes de borax et à 10 grammes d'acide borique.

K"* L'addition de ces produits peut se faire lorsque le lait est déjà versé dans la chaudière, ou mieux encore, on doit les dissoudre dans une quantité de liquide et les mélanger au lait immédiatement après la traite (Lodi, 20 juin 1814).

ACIDE BORIQUE. t47

tlomme le borate de soude produit des réactions légèrement alcalines, on pouvait peut-être objecter que, dans les expériences précédentes, la coagulation du lait dépendait plus de la base du sel en question que de son acide. Il était facile de réfuter l'objection, en rappelant l'action antiferonentative de Tacide borique employé isolément. Mais PoUi •a répondu à ces arguments par les expériences suivantes : il versa dans deux verres contenant la même quantité •de lait, d'une part, 1 gramme de borate de soude, et de l'autre, 2 grammes de carbonate de soude. Au bout de cinq jours, le lait mélangé au carbonate de soude était déjà coagulé, commençant à exhaler l'odeur de l'acide lacdque, pendant que l'autre restait toujours liquide et incolore.

De son côté M. Béchamp, dans la séance de l'Académie des sciences de Paris {Comptes rendus^ 7 octobre 1872), rapporte qu'il a expérimenté séparément l'action du borax et de l'acide borique sur des solutions titrées de sucre pur, mêlées à une quantité déterminée d'infusion aqueuse de levure. Cette eau de levure, que M. Béchamp appelle zytnasey possède la propriété d'ifltervertir le sucre, ainsi que le démontre la réaction de la liqueur cupro-potassique. D'après les résultats obtenus, ce savant croit devoir conclure que le bicarbonate de soude s'oppose à Tinterversion du sucre ^vec plus d'énergie que le borate de soude, et aussi que l'acide borique n'est nullement la cause de l'influence exercée par le borax dans la fermentation. Le résultat des expériences précédemment décrites sur le lait, la bière et les urines diabétiques^ prouve, au contraire, que le pouvoir antifermentatif réside dans l'acide borique et non dans la base alcaline du borax.

L'urine normale, traitée par l'acide borique, se maintient limpide, sans odeur, sans réaction acide, pendant 15, 20 -et jusqu'à 30 jours (en été). Quand la dose administrée au malade a été un peu forte, après avoir versé dans l'urine

quelques gouttes d'acide sulfurique pour décomposer le borate qui pouvait s'y être formé, si Ton traite ensuite par l'alcool le résidu desséché, on peut obtenir, en enflammant cet alcool, une belle flamme de couleur violette, qui caractérise la présence de l'acide borique.

L'adjonction d'acide borique à un liquide fermentescible agit mieux que l'adjonction du borax. PoUi avait été frappé de ce fait, que l'acide borique peu soluble dans l'eau (1 p. 50 à froid), était cependant plus actif que le borate de soude à saturation, bien que 1 gramme de borax se dissolve dans Imparties d'eau. De même l'addition d'acide borique à l'état solide et de cristaux pulvérisés produit un effet plus complet et plus durable que l'addition de la même quantité d'acide dissoute dans un véhicule convenable.

Jalan de la Croix n'a fait porter ses expériences que sur le biborate et le salicyloborate de soude; il n'a point déterminé la valeur antiseptique de Tacide borique, et nous sommes étonné de lire qu'elle lui parait plus faible que celle des borates en général, au moins pour la conservation des viandes. Ce résultat est en contradiction avec les recherches de Polli et de tous les autres observateurs.

Schwartz a fait tout récemment des expériences avec le borate de soude, sur les bactéries de l'infusion de tabac cultivées dans le liquide de Bucholtz-Pasteur ; il a trouvé que la limite d'action préservatrice n'était atteinte que par des dilutions à 1 p. 150. Kiihn a constaté qu'il fallait une dilution 3 fois plus concentrée pour empêcher le développement des bactéries de l'infusion de pois, cultivées dans le liquide de Bucholtz. Wernitz a montré que à 1 p. 100, la solution de borax agit également bien sur Témulsine, la myrosine, la diastase,la ptyaline; au contraire une dilution à 1 p. 1,000 suffit pour influencer le ferment de la présure, et celle de 1 p. 3,580 pour rendre inactif le ferment de rinvertine. Jalan de la Croix a trouvé qu'il fallait les proportions suivantes de biborate : pour empêcher le dévelop-

pement des bactéries du bouillon de viande dans du bouillon de viande ensemencé, il faut la dose de 1 p. 62, et pour détruire les corpuscules germes inoculés dans le liquide en ces conditions, la dose de 1 p. 14 est encore insuffisante. Pour détruire dans du bouillon les bactéries bien développées, il faut 1 p. 48, et pour tuer tous les germes, la dose de 1 p. 12 n*est pas encore assez forte.

La dose de 1 p. 30 empêche le développement spontané des bactéries dans le bouillon cuit abandonné à Tair libre, et celle de 1 p. 101 dans du bouillon cru, différence qui ne se comprend pas bien. Pour détruire tous les germes dans ces conditions, la dose de 1 p. 14 ne suffit même pas.

Le travail le plus récent sur l'action de Tacide borique est celui que Neumann a fait à Dorpat, dans le laboratoire du professeur E. Sommer (1). Neumann a vu la viande et le lait se conserver d'autant plus longtemps que Ton élevait davantage la dose d'acide borique pur :

La viande reste fraîche,

dans uno solution à X/t pour 100, pendant 8 jours.

— — 1 — 100, — il —

— — 4 — 100, — ïl —

Dès le 16* jour, des moisissures apparaissaient dans la solution. Pour assurer la conservation du lait pendant plusieurs jours (environ 8 jours), M. Neumann a trouvé qu'une proportion d*acide borique égale à 1 ou 2 sur 1,000 était suffisante.

La dosé de 2 à 4 grammes par 100 grammes de liquide est donc, en général, nécessaire pour tuer les bactéries et en prévenir le développement dans le liquide lui-même ; toutefois, le borax qui a tant d'avantages au point de vue de la pratique, reste presque sans action contre les germes ;

(1) J. Neumann, ExperimenUUe Untersuchêugen Hàer die Wirkung dêf Borsaure, (Àrchiv fur experimenteUe Pathologie^ 80 mai 1881, p, 148.

ceux-ci ne sont qu'engourdis, ils ne sont pas détruits, et ils reprennent leur activité quand on les transporte dans un milieu de culture favorable. Heureusement qu'il est facile de maintenir constamment les germes, dont on suppose la présence, au contact de la solution boratée qui ne per* met pas leur développement.

M. Pasteur recommande les solutions de borax comme d'excellents moyens de désinfection des mares souillées par les protorganismes du charbon et des différents virus bactériformes.

M. le professeur Félix Guyon fait un usage journalier,, pour le pansement des plaies, de plumasseaux d'ouate humectés d'une solution saturée d'acide borique ; les malades supportent parfaitement ce topique inodore, non irritant, inoffensif, et qui ne tache ni le linge ni les mains. Ce topique est entré dans la pratique journalière de la chirurgie, et il mérite d'y garder une bonne place.

Jusqu'à présent, on n'a pu donner une explication satisfaisante du mode d'action de l'acide borique ; ce n'est ni un coagulant, ni un oxydant direct, ni un caustique, etc . Le docteur Pavesi, de Mortara, a montré qu'une solution aqueuse concentrée de borate de soude jouit de la propriété d'engendrer de l'ozone. On le démontre par la prompte coloration que subit à son contact le papier réactif à la teinture de gayac. C'est peut-être à Tozone que le borate emprunte ses propriétés à la fois antiseptiques» antifermentatives et désinfectantes; mais n'abuse-t-on pas un peu, depuis quelques années, de l'intervention de l'ozone?

Le borate de soude, le biborate d'ammoniaque participent des propriétés antiseptiques de l'acide borique. Le biborate d'ammoniaque, en particulier, a été utilisé pour injection conservatrice des cadavres. En 1859, des expériences ont été faites avec ce sel, au Val-de-Grâce, et nous avons foit nous-mème l'autopsie, en août 1859, d'un cadavre qui

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