GOUDRON. IG
dictoires pour démontrer définitivement qu*il faut des doses aussi élevées d'acide phénique pour désinfecter une petite salle d'hôpital.
A la vogue inouïe que les succès de Lister ont donnée à l'acide phénique, succède aujourd'hui une sorte de réaction à laquelle il ne faut pas trop céder. L'acide phénique ne mérite ni l'excès de bien, ni l'excès de mal qu'on en a dit; c'est un assez bon antiseptique, nous verrons que c'est un très médiocre antivirulent ; c'est en un mot un désinfectant peu sûr, sur lequel on fera bien de ne pas trop compter dans les cas graves.
Nous n'avons pas à faire ici la description ni l'éloge du pansement de Lister ; nous croyons qu'il ne faut pas attribuer ses succès seulement aux solutions phéniquées, mais à la pulvérisation qui contribue pour sa part à débarrasser l'air mécaniquement des poussières qu'il contient ; à l'occlusion très soignée de la plaie par les agents de protection qui composent l'appareil ; à la propreté extrême qui préside à l'examen des plaies, etc. C'est ce qui explique comment l'acide phénique qui réussit si bien dans le pansement de Lister, donne de si médiocres résultats quand on s'en sert pour désinfecter des matières en décomposition, les matières fécales, les écoulements sanieux, etc.
Goudron. — Les produits de la distillation à l'abri de l'air des matières combustibles végétales ou minérales, ont en général des propriétés antiseptiques très marquées. Le» goudrons de pin, de bois, ont été employés dès la plus haute antiquité; la poix était l'un des principaux ingrédients dans la préparation des momies égyptiennes. Aujourd'hui encore le goudron et ses dérivés sont employéspour empêcher la décomposition des bois, des cordages, des toiles, etc ; le goudron de houille ou coaltar (coal, houille, tor, goudron) que l'on obtient en grande abondance dans les nombreuses opérations industrielles sue
la houille, parait être un antiseptique encore plus puissant.
Tardieu a ainsi résumé Thistorique de remploi du coaltar comme désinfectant, t La propriété antiseptique du goudron minéral avait été reconnue, dès 1815, par Chaumette. En 1833, M. Guibourt, et en 1837 M. Siret, en avaient signalé la propriété désinfectante. En 1844, Henri Bayard avait été couronné par la Société d'encouragement, pour une poudre composée de coaltar, de sulfate de fer, d*argile et de plâtre, dont il faisait des applications à la désinfection. M. Corne prit un brevet dès 1858, pour un mélange fait en quantité précise de plâtre et de goudron minéral. Jusqu*en 1859, ces différents mélanges n'avaient été appliqués qu'à la désinfection et à la solidification des matières animales, pour les convertir en engrais. M. Demeaux parait avoir eu le premier la pensée d'appliquer la poudre de M. Corne aux pansements des plaies fétides. Ce mélange, poudre de Corne et Demeaux, qui jouit de propriétés désinfectantes, . est d'un emploi difRcile ; il en est ainsi de toutes les autres préparations qui contiennent du coaltar. L'utilisation de ce dernier a été rendue plus facile par la saponiflcation^ dont MM. P. Lebeuf et J. Lemaire ont eu l'heureuse idée d'expérimenter les bons effets. »
Nous aurons l'occasion de parler de la poudre de Corne et Demeaux, qui a excité très vivement l'attention des chirurgiens en 1860, et sur laquelle Velpeau (1) a fait à l'Académie de médecine un rapport fort élogieux. Ce mélange en proportions variables de plâtre et de [coaltar, agit à la fois comme absorbant et comme antiseptique : il a rendu des services, il en rend encore ; mais depuis l'extension qu'a pris le système de Lister, il n'a plus qu'un intérêt historique.
M. Dumas, dans une séance de l'Académie des sciences
(!) Vcipeau, Rapport iur les désinfectant. (Bulletin de f Académie de médecine, iSSO-iaeO. T. XXV, p. 430.)