HUILES LOURDES DE HOUILLE
tinés à faire un long séjour dans Teau ou rhumidité ; on Tutilise dans certains établissements métallurgiques ou industriels comme combustible, ou pour la fabrication du noir de fumée ; son prix très minime, 10 francs l'hectolitre, en rend Tusage très avantageux pour la désinfection des fosses d*aisances et des amas d*immondices.
M. L. Dussart (1) a communiqué à l'Académie des sciences, en 1874, les résultats favorables des expériences qu*il a faites sur les latrines de la mairie du VHP arrondissement de Paris. Tantôt il projetait Thuile lourde de houille dans un récipient rempli d'urine et de matière fécale: tantôt au contraire il versait une certaine quantité de cette huile dans le récipient vide, qui se remplissait successivement de déjections ; enfm dans d'autres circonstances il versait 3 litres d'huile de houille par mètre cube, dans une fosse d'aisances cubant 40 mètres, dont la vidange n'avait pas été opérée depuis longtemps, et qui répandait des vapeurs ammoniacales très désagréables. Au bout de quelques jours, toute odeur avait disparu, et la fermentation ammoniacale ou putride cessa complètement. M. le D' Emery-Desbrousses a lu en 1880 (2), à la Société de médecine publique, l'exposé des résultats excellents qu'il a obtenus de cette façon dans une caserne de Caen, où les latrines étaient en très mauvais état. A la maison centrale de force de Melun, au pénitencier de Gaillon (Boulogne-sur-Mer), on a eu recours depuis plusieurs années à ce désinfectant pour prévenir et faire disparaître l'insalubrité des latrines. Nous renvoyons à la seconde partie de ce livre (déslnfection des habitations, latrines)^ l'indication du mode d'emploi adopté par nos collègues.
(1) L. Dossart, Sur la propriété antiputride de Thuile lourde de houille, (Union médicale, 22 août 1874, et Comptes rendus de f Académie des sciences, 1874, T. 82).
(2) D' Emery-Ddsbrousses, De la désinfection des fosses d'aisances par fhuilelourde de houille,(Revued: hygiène et depolicesanitaire,i9iiO, p.505.)
Il convient maintenant de jeter un coup d'œil sur quelques autres produits de la distillation de la houille et du bois.
Acide pyroligneux.— L'acide pyroligneux ou vinaigre de bois est Tun des produits de la distillation du bois en vase dos; Facide brut renferme, avec de Tacide acétique, des matières empyreum a tiques qu'une nouvelle distillation dégage ; on obtient alors Tacide pyroligneux dit de bon goût. Il a parfois été employé pour le pansement des plaies de mauvaise nature ou infectes^ contre le phagédénisme, la gangrène, le carcinome ; il agît à la fois comme désinfectant et comme caustique ; il doit une partie de son efficacité à la créosote qu'il contient; il participe donc des propriétés de l'acide acétique et de celles de la créosote ou de l'acide phénique ; son action n'est pas à dédaigner*
Créosote. — La créosote est un autre produit de la distillation des goudrons. Rappelons qu'elle est très peu soluble dans l'eau, que cette insolubilité et son odeur intense limitent nécessairement son emploi en hygiène pratique. C'est Reichenbach (i), vers 1830, qui parait avoir découvert ses propriétés antiseptiques ; après une période d'engouement, la créosote tomba en discrédit, et son emploi resta réservé entre les mains des dentistes, qui s'en servent encore non seulement pour cautériser, mais encore pour préserver de toute corruption les parties malades et les pièces artificielles.
La créosote (qui conserve la r/wir),justifie parfaitement son nom ; c'est le principe de la conservation des jambons soumis au fumage ; on s'en est servi pour conserver des préparations anatomiques, même dans des dilutions très faibles (10 gouttes pour 1 ,000 grammes). Les plantes arrosées avec de l'eau créosotée ont immédiatement péri ; les infu-
(1) Voyez l'excellente monographie de M. E. Labbée, dans le Dictionnaire enejfclopédique des sciences médicales (Créosote).