CHLOROFORME. SOS
1 gramme de sang frais, la putréfaction était retardée jusqu'au 8* jour en ajoutant 6 gouttes d'alcool à 86* , tandis que dans le sang pur cette putrescence apparaissait le S"* ou le 4* jour. Quand la pulvérisation avec Talcool à 86"* a lieu sous une cloche, Timputrescence se maintient presque indéfiniment dans les cupules remplies de sang frais et recouvertes de plusieurs doubles de tarlatane.
Ces expériences sont en accord parfait avec le résultat du pansement des plaies par les irrigations d'alcool ; Bataillé, Nélaton, Maurice Perrin, ont montré quels succès on obtient par cette méthode, non seulement pour les plaies exposées, mais encore pour le lavage des cavités qui ont contenu du pus altéré ou des liquides putrides.
Il est incontestable que l'alcool est le meilleur véhicule '' des ' antiseptiques ; et même, les expérimentateurs n'ont ' pas toujours tenu assez compte de la part d'action qiii re- ; venait à l'alcool dans lequel ils faisaient dissoddre les substances en expérience, parfois moins actives qiie l'alcool lui-même.
Chloroforme. — On connaît la belle expérience faite en 1878 par M. Schlœsing, le savant directeur de l'École
» d'application des. tabacs, et par son collaborateur M. Mûntz. QujGind on: fait filtrer, lentement des eaux d'égouts à travers uqe couche de terre , végétale, l'azote contenu dans* ces eaux se nitrifle complètement et se retrouve daps le liquide filtré à l'état d'azotates ; mais quand on fait passer à travers cette couche de terre filtrapte- des vapeurs de chloroforme, la nitrifîcation est interrompue pendant un
, certain temps, et Ton trouve encore de l'azote organique dans l'eau filtrée. M. Miintz a démontré que le chloroforme
^ paralyse tous les organismes fonctionnant comme ferments :
.les levures, le myçoderma aceti^. les vibrions des fermentations putrides, etc. La nitrifîcation; se fait très proba blement par l'intermédiaire de .protorganjsijaes capablesdo transporter l'oxygène de Tâip sur tes' matières erga-
niques et de les brûler dans le sens chimique du mot ; le chloroforme suspend sans doute la nitrification en suspendant la vie des organismes nitrificateurs.
Les expériences faites en ces dernières années semblent montrer cependant que cette action antiseptique du chloroforme n'est pas aussi puissante que les recherches de MM. Schlœsing et Mûntz pouvaient le faire croire. Ce n'est guère qu'à la dose relativement très forte de 1 p. 100 à 1 p. 130 que les bactéries déjà développées sont détruites, et qu*on en prévient le développement, soit spontané, Boit après inoculation. Pour produire la stérilité complète des germes, il faut d'abord les avoir fait séjourner dans un liquide [contenant environ parties égales d'eau et de chloroforme. La grande volatilité du chloroforme et sa disparition assez rapide des liquides où on a essayé de le dissoudre, expliquent sans doute en partie ces résultats peu satisfaisants. Il faut reconnaître en outre qu'au point de vue de l'hygiène, le chloroforme est un antiseptique qui a un intérêt très médiocre.
Éther azoteux ou AzoTiTE d'éthyle. — M. Peyrusson(l) présentait à l'Académie des sciences, le 28 février 1881, une série d'expériences prouvant, suivant lui, l'action désinfectante et antiseptique de l'éther azoteux ou azotite d'éthyle. A vrai dire ce n'est pas sur ce corps même que M. Peyrusson a opéré; l'éther nitreux est un corps connu seulement des chimistes, d'une préparation dangereuse et difficile, très volatil, qui bout à -\- 32^ et par conséquent ne peut être utilisé dans la pratique de l'hygiène à l'état de pureté. On peut le remplacer, à ce point de vue,
(1) Peyrusson, De remploi de V azotite d'éthyle pour auainir Ut locaux contaminés et comme prophylactique des maladies pestilentielles et coutagieuses. (Comptes rendus de V Académie des seienees^ séance du 9 août 1880.) Du même: De taetion des vapeur» d'azotite d^éthyle sur les impuretés qui sont dans Cair, Mémoire présenté à l'Académie des sciences, le 18 février 1881. {Journal de la Société de médecine de la Haute- Vienne^ avril 1881, p. 53 et nov/embre 1881, p. 162.)
ÉTHER AZOTEUX. fffi
par un mélange de 400 parties d'alcool et de 100 parties d'acide azotique ; ce mélange dégage insensiblement des vapeurs d'azotite d'éthyle ou éther nitreux, d'une odeur très agréable d'éther ou de chloroforme.
M. Peyrusson a constaté que cet azotite d'éthyle ou éther azoteux éthylique, en vapeur, communique à Taîr les réactions de Tozone, et que de plus il est complètement inoffensif. Il en a conclu que cet agent pourrait sans doute être utilisé pour purifier Fair des locaux habités ; et, théoriquement, les décompositions chimiques qu'il subit font supposer qu'il est plus efficace encore que l'ozone luimême pour détruire les impuretés qui peuvent se trouver dans l'air; l'expérimentation directe confirme ces données.
Dans une première série d'expériences, M. Peyrusson n'a opéré que sur l'atmosphère, en évitant tout mélange direct de l'éther azoteux avec la matière organique fermentescible. Il a placé dans des bocaux de trois litres de capacité, de la viande, du sang, des solutions sucrées, des œufs battus ; puis il a introduit dans ces bocaux de petits flacons débouchés, contenant un peu d'éther azoteux mélangé à l'alcool, ou simplement le mélange d'alcool et d'acide azotique. Les bocaux étaient alors couverts, mais non exactement bouchés, afin d'éviter une évaporation trop rapide de l'éther ; l'atmosphère ainsi limitée représentait assez bien les conditions dans lesquelles se fait la désinfection de l'air d'un appartement. Voici le résultat de ces expériences :
Dans un premier bocal-témoin, la matière organique (œufs battus) a été simplement abandonnée à elle-même, sans aucun désinfectant: au bout de 4 jours, l'odeur d'œufs pourris était manifeste ; au bout de 10 jours, elle était insupportable. Dans un deuxième bocal, où l'on avait introduit un flacon contenant du chlorure de chaux humide, l'odeur du chlore était très forte, mais l'altération des œufs était, le 6' jour, aussi marquée que dans le bo-
a08 ANTlSEPTiUUES EK PAKTICULIER,
cal-tiimoin. Enfin, on plaça au fond d'un bocal prî-paré de même sorle un petit flacon contenant de l'azotîte d'é- Ihjie mélangé d'alcool. Cette fois, la conservation des œufs battus fut complète pendant les trois premiers mois que dura l'expérience. Il ne se produisit aucune autre odeur que celle très douce et très faible de l'azotite d'éthyle, Non seulement il n'y eut aucune trace d'altération, mais la coagulation elle-même n'eut pas lieu et l'œuf resta exactement dans l'état où il avait été mis.
Pai' comparaison, M. Peyrusson fil circulerdans unautre bocal un courant d'air ordinaire, pénétrant lentement au moyen d'un tube de 1 centimètre de diamètre; ce tube était traversé par deux fils de platine communiquant avec une [lolitc bobine ; des décharges obscures, partant continuellement entre les deux fils, chargeaient l'air d'ozone. Dans ces conditions, la putréfaction fut retardée de huit jours ; au bout de ce temps, elle commença, mais ne marcha que lentement et progressivement.
Des expériences plus pratiques furent faites à l'hôpital de Limoges :
ÉTHER AZOTEUX. 209
100 mètres cubes d'air, dans des capsules en porcelaine qui seraient disséminées dans les salles et qu'on pourrait à la rigueur placer sur des vases d*cau chaude. »
La communication de M. Peyrusson à l'Académie des sciences nous fit espérer qu'on pourrait trouver dans l'éther azoteux un désinfectant à la fois puissant et inoffensif. • Nous avons institué de notre côté une série d'expériences que nous allons exposer; on verra que le résultat n'a pas complètement répondu à nos espérances.
1° Nous avons commencé par rechercher dans quelle mesure ce mélange, pur ou dilué, altère les tissus vivants, les étoffes, les métaux. A l'état pur, il altère profondément la couleur des étoffes, un morceau de soie violet a été taché en gris jaunâtre, un tissu de coton rouge a été fortement jauni; une houppe de laine garance a pris une couleur jaune-brun havane, caractéristique d'ailleurs de l'action de l'acide azotique sur les tissus animaux ; la solidité des tissus ne paraît pas diminuée. Dilué au dixième, c'està-dire en ajoutant à 1 volume du mélange acide 9 volumes d'eau, les mêmes effets se sont encore produits, mais à un moindre degré. A la dilution de 1 sur 50 .et de 1 sur 30, la laine rouge ne subit aucun changement de coloration.
Le mélange d'acide et d'alcool, dilué à 1 p. 10, a un goût acide qui est supportable à la langue ; nous n'avons pas essayé l'effet de cette dilution sur les plaies ; elle doit produire une légère cuisson. Le titre de l'acide azotique se trouve en effet porté à 1 sur 50, tandis que les lotions qu'on pratiquait autrefois sur les plaies sanieuses avec les solutions d'acide azotique ne contenaient au plus que 10 grammes d'acide azotique sur 1000 d'eau.
Les vapeurs qui se dégagent du mélange initial ont une action sur les métaux ; dans une chambre où se produisait un dégagement assez modéré d'éther azoteux , nous trouvâmes le lendemain que les surfaces polies des objets en fer (clefs, ciseaux), étaient devenues ternes, brunes, cou-
Vai.u>. — Désinfectants. 14
SIO AîtTISEPTIOLES ES PABTICILIER.
vertes d'une mime oouche de rouille. Ces vapeur-s om d'ailleurs une odeur assez agréable, rappelant à la fois l'éthcr et le chloroforme.
2* Pour expérimenter l'action imtanie ou loxi<iuc de rètber azoteux, nous avons opéré sur des oiseaux, aiiimau.v d'ordinaire très sensibles, que nous avons enfermés dans une caisse à paroiii pleines, en bois, cubant exactement 100 décimètres cubes, et munie de deux fenêtres opposéos, fermées avec du tissu à larges mailles (Ijnon, toile à cataplasmes). Dans cette enceinte, nous plaçâmes dans deux verres à boire mesurant 3 ccntiinêlres de diamètre et couverts d'un tissu à larges m<iilles, 30 grammes du mélange. Les uiseaux vécurent pendant trois jours bien portants dans cette atmosphère dont l'odeur était fragranie. Le soir du 4* jour, les deux oiseaux qui unebeurc avant étaient très vifs et mangeaient bien, furent trouves morts. Il n'est pas douteux qu'ils aient été asphyxiés par l'élher azoteux. Mais la surface d'êvapoi-alion de cet éther était énorme ; elle était de 41 centimètres carres pour 100 décimètres cubes, ce qui équivaut, pour une petite chambre cubant 30 mètres, à la surface d'évaporalion que fournirait une cuve plate, de l"","!.^ de diamètre, contenant une nappe d' éther azoteux de quelques centimètres d'épaisseur.
Évidemment, il ne viendrait à l'esprit de personne d'empiovcr un désinfectant exigeant une aussi énrirnio >iiirrucej d'évaporalion. En outre, les oiseaux se tenaient habituolloj ment iMM-chés sur lii toile recouvrant les vases vl se Inju^ valent ainsi direrlenient exiMjsés aux vapeurs d'cilM nitivux. Il n'est <(oiir pas surprenant que, dans ces cooj ditîons excessives, ils aient succombé.
Dans les exi>ériences que nous avons faiifs chambres occupées par des honmics et par noiii^ il ne nous a |)as semblé que ces vapeurs fussent irril.inl<! encore moins toxiques, aux doses usuelles et pratiquer. 1
3' Dans deux chambres qui dégageaient une odotir fS
ÉTHER AZOTEUX. 211
(le renfermé, mais non fétide, nous avons placé dans chacune une assiette contenant 30 grammes du mélange: révaporation était achevée au bout de 2 heures, et Topération fut renouvelée au bout de 8 lieures, au commencement de la nuit. Le lendemain. Ton pouvait gentir encore une très légère odeur aromatique d'éther, mais l'odeur fade avait disparu, et ne reparaissait pas quand on avait tenu les fenêtres fermées pendant plusieurs heures. Dans une autre chambre, occupée depuis longtemps par un malade alité, et dont Todeur était beaucoup plus forte mais cependant non encore fétide, le renouvellement pendant 36 heures de mêmes doses d^éther azoteux ne produisit pas de désinfection bien évidente.
Nous n'avons donc pas obtenu le bon effet observé par M. Peyrusson, dans les salles de l'hôpital de Limoges. Et cependant la surface d'évaporation était large et suffisante : 314 centimètres carrés pour une (opacité de 50 mètres cubes. Dans les deux cas, les objets en fer ou en acier poli furent trouvés couverts d'une couche de rouille fort désagréable.
» Nous renouvelâmes cette expérience dans d'autres conditions. Dansunecaissc cubant 100 décimètres cubes, nous pla<;i\me5 un vase de nuit contenant des selles d'un malade atteint de diarrhée de Cochinchine, dont l'odeur était horrible. Nous y introduisîmes en même temps deux verres, mesurant chacun 3 centimètres de diamètre, et renfermant chacun 30 grammes du mélange azoteux ; le lendemain il restait encore dans les verres une partie du liquide qui n'avait pas eu le temps de s*évaporer; l'odeur était d'une fétidité insupportable ; on peut dire qu'elle n'avait pas été sensiblement atténuée par Téther azoteux. Et cependant la surface d'évaporation de Téther était énorme et équivalente à celle qu'aurait donnée un vase de 1"\15 de diamètre, dans une petite chambre de 30 mètres cubes.
i** Les résultats sont plus satisfaisants au point de vue
de Taction antiseptique. Dans des flacons de 2 litres de capacité, nous avons introduit au mois de mai et suspendu au bouchon, des morceaux assez volumineux de viande fraiche ; au fond du vase, nous placions un petit godet en verre, ne mesurant que 3 centimètres de diamètre, et à demi rempli du mélange désinfectant. Au bout de six semaines, révaporation n'a diminué que d*une façon minime la hauteur du mélange, le flacon étant hermétiquement bouché; et cependant, au mois de décembre suivant, le morceau de viande ne présente pas encore la moindre fétidité. Le tissu est ferme, décoloré, il a sa consistance normale, et n'exhale qu'une odeur agréable d'éther.
Un autre morceau de viande a été abandonné à Tair dans un verre contenant un peu d'eau pour empêcher la dessiccation. Au bout de trois jours, la putréfaction était complète et l'odeur insupportable. Le morceau de viande en pleine putréfactiort fut suspendu au bouchon d'un flacon de verre, au fond duquel on versa une cuillerée de mélange désinfectant; le lendemain l'odeur putride avait presque complètement disparu, et pendant plusieurs jours en tenant le flacon habituellement bouché, c'est à peine si, en flairant de très près le morceau jadis putride, on percevait une odeur désagréable.
S*» Dans les cas qui précèdent, les tissus organiques n'avaient pas été mis en contact direct avec le liquide ; on les avait simplement exposés aux vapeurs d'éther. Cette fois, des dilutions du mélange primitif furent faites aux titres suivants : 1 sur 50, 1 sur 100, 1 sur 200, 1 sur 300. Des fragments de viande fraiche furent plongés dans ces dilutions. Au bout de 3, i, 5 jours, le liquide était trouble, acidulé, renfermant une très grande quantité de corpuscules de ferment, sans mycélium ; puis, il devint visqueux, et se couvrit rapidement de moisissures. La putréfaction et la fermentation n'ont donc pas été sensiblement retardées par les doses qui précèdent.
ÉTHER AZOTEUX. 213
Au contraire, dans une solution à 1 sur 10, des fragments de viande conservent depuis plus de six mois une consistance et une odeur normales ; le grain de la viande est un peu plus accusé par le gonflement du tissu connectif qui entoure les faisceaux musculaires, il y a une certaine corrugation du tissu musculaire, mais il n'y a aucune trace de décomposition. D'ailleurs, on conserve journellement les parties destinées aux dissections, le cerveau, etc., dans des solutions d'acide azotique ayant à peu près le même titre, et ces expériences ne pouvaient rien nous apprendre de nouveau.
Nous n'avons pas eu la facilité d'expérimenter l'action de réther azoteux sur les virus, sur les plaies, etc.
Nous n'avons pas à examiner si les vapeurs qui se dégagent du mélange agissent par l'ozone, par l'acide azoteux (ce qui est probable), ou par un corps spécial, l'azotite d'éthyle. En restant sur le terrain pratique, et dans les conditions où il nous a été loisible d'expérimenter, nous arrivons aux conclusions suivantes :
1*» Le mélange de 400 parties d'alcool et 100 parties d'acide azotique, dilué au dixième (1 partie du mélange pour 10 parties d'eau), altère fortement la couleur des tissus de soie, de laine, de coton : la dilution à 1 sur 30 ne l'altère plus. La dilution à 1 sur 10 est encore assez fortement acide au goût : l'acidité est agréable à 1 sur 30.
2** Les vapeurs dégagées par le mélange primitif rouillent les objets polis en fer et en acier, même quand la quantité de mélange évaporé est médiocre.
3° Dans des conditions normales, usuelles, quand la surface d'évaporation ne dépasse pas 20 centimètres de diamètre pour une chambre de 50 mètres cubes, les vapeurs ne sont pas désagréables, elles ne paraissent ni irritantes, ni toxiques pour l'homme.
4^ Ces vapeurs ont fait disparaître d'une manière assez sensible l'odeur fade de renfermé, non fétide, d'une cham-
il4 ANTISEPTIQUES EN PARTICULIER.
bre occupée par un malade. Mais une autre chambre, dégageant une odeur vraiment désagréable, n'a pas été désinfectée. Même à doses très fortes (une surface d'évaporation de 1"*,15 de diamètre pour une chambre de 50 mètres cubes), l'odeur dégagée par des selles très fétides dans une enceinte close n'a pas été diminuée.
S** Les vapeurs dégagées par le mélange, au sein d'un vase bien fermé, empêchent presque indéfiniment toute trace de putréfaction dans des morceaux volumineux de viande fraîche, par une chaleur continue de plus de 20"* centigrades.
6*» Les mêmes vapeurs font disparaître l'odeur de la viande en pleine putréfaction.
7*» Les solutions du mélange d'acide azotique et d'alcool ne conservent à l'abri de la fermentation les fragments de viande qu'on y laisse plongés, que si la solution ne descend pas au-dessous de 1 sur 10 ; cette conservation persiste longtemps ; elle est parfaite au bout de plusieurs mois.
En résumé, la désinfection par l'éther azoteux ne paraît pas avoir d'avantages très marqués, et reste au-dessous de ce que la théorie permettait d'espérer.
Depuis que ces lignes sont écrites, nous avons reçu une thèse de la Faculté de Bordeaux, et consacrée à l'azotite d'éthyle, par M. Guillaumet (1), de Limoges. L'auteur, qui paraît être un habile chimiste, a reproduit dans cette monographie les communications très précises et très scientifiques de M. Peyrusson ; nous sommes forcé de reconnaître qu'il y a peu ajouté. La thèse, après beaucoup de horsd'œuvre et de lieux communs sur les microbes en général, ne relate que deux ou trois expériences personnelles, assez
(!) J,- A. Guillaumet, De l'azotite d'éthyle et de son emphi médical comme antiseptique et désinfectant, thèse pour le doctorat en médecine, Bordeaux, 1881, n» 3. — Peyrusson, Des germes morbides et de leur deMruction au moyen des vapeurs d'azotite d'éthyle, communication à la Société de médecine delà Haute-Vienne, le 7 mars 1881. {Journal de la Société de médecine de la Hitute-Vienne, ^vriH88I, p. 83)
ËTUER AZOTEUX. 215
sommaires, et qui ont été faites directement avec Tazotite d'éthyle pur, préparé par M. Guillaumet. Nous y voyons qu'un pansement chirurgical infect, à la suite d'une résection des malléoles, a été arrosé avec un mélange de 10 grammes d'azotited'éthyle et 20 grammes d'alcool : pendant 3 heures, Fodeur infecte a été notablement diminuée ; le topique paraît n'avoir causé aucune douleur, mais on ne dit pas si le mélange était arrivé au contact direct de la plaie, ni quelle part il faut faire à l'action de l'alcool. Dans une salle de malades, dans des conditions d'exiguïté et d'insalubrité incroyables (194 mètres cubes pour 14 infirmes !), l'auteur plaça le soir 4 soucoupes contenant chacune 30 grammes d'azotite d'éthyle étendu de 80 grammes d'alcool. Le lendemain matin, la salle était beaucoup moins infecte que d'habitude.
Cette question reste donc à l'étude, elle est étroitement liée à celle de l'acide azoteux ; elle mérite d'intéresser les hygiénistes et les chirurgiens, et les succès obtenus par M. le D' L. Bleynie de Limoges, en tenant en permanence, dans la chambre des accouchées, un verre rempli d'azotite d'éthyle, sont assez encourageants.
Nous ne pouvons que mentionner les propriétés antiseptiques qui ont été attribuées ou reconnues à la fuchsine, à l'essence de mirbane, à la benzine, à la naphtaline, à l'essence d'amandes amères, au sulfure de carbone, au protochlorure et à Tazoture de carbone, à la liqueur des Hollandais, à Tacide cyanhydrique, à la quinine, au chlorure de baryum, à la racine de garance, à l'infusion de café, etc. La liste des antiseptiques est interminable, surtout de ceux dont l'action est peu marquée et l'application difficile ; il suffit de signaler les principaux.