‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 66 sur 138 · ACIDES SULFURIQUE, NITRIQUE, ETC · texte numérisé non relu

ACIDES SULFURIQUE, NITRIQUE, ETC

les acides chlorhydrique, nitreux, acétique, sulfureux, (etc.) doivent être considérés comme de véritables désinfectants, quelle que puisse être d'ailleurs leur vertu antiseptique.

Nous avons cherché dans les expériences de Baxter, de Braidwood et Vacher, le contrôle de cette opinion, et nous en avons trouvé la confirmation. Dans huit de ses expériences, Baxter mêle du chlore à de la lymphe vaccinale, sans détruire Firioculabilité de cette lymphe, qui conserve une réaction alcaline ; en augmentant le titre de la solution chlorée, il arrive à détruire complètement la virulence, et il note que la réaction de la lymphe ainsi désinfectée était devenue acide. Il semble donc que le chlore ne neutralise les virus qu*à condition de les rendre acides ; Dougall croit que le chlore décompose l'eau du liquide, l'hydrogène sert à former de l'acide chlorhydrique, pendant que Toxygène se dégage à l'état libre. D'ailleurs, dans les expériences de Baxter, de Mecklenburg, les virus divers traités par les acides acétique, sulfureux, sulfurique, chromique, ne sont vraiment neutralisés que lorsqu'ils présentent euxmêmes la réaction acide.

M. John Dougall a préconisé l'action neutralisante de l'acide nitrique sur les selles suspectes, les déjections pathologiques.; il recommande les solutions étendues de cet acide (1/20) pour désinfecter les vêtements et linges souillés par les malades. Nous renvoyons pour l'appréciation de la valeur de cet agent, au chapitre spécial consacré à la désinfection des vêtements.

Davaine(i) a traité par de petites doses d'acides chlorhydrique/ sulfurique et chromique, du virus charbonneux ou septiquc très dilué, mais dont une goutte introduite sous la peau d'un cobaye, suffisait pour amener rapidement la mort. Il a vu la virulence être définitivement détruite et le

(1) Davaine, Recherches relatives à l'action des substances antiseptiques êur le virus de la septicémie, (Gaz. méd.,idH^ p. 44. yote lue à la Société 4ê biologie, 10 janvier 1874.)

VaLUH. — DÉSlNFECTA^iTS. 16

i4a NEUTRALISANTS EN PAKTICUUER.

liquide cesser d'être inoculable par les doses suivantes de ces acides :

Viras charbonneux. Virus seplique.

Acide chlorhydrique 1 pour 3.000

— sulfuriqud 1 pour 5,000 1 pour 1,500

— chromiquo 1 pour 6,000 1 pour 3,000

Nous croyons devoir faire quelques réserves sur TactioD de Tacide sulfurique, aux faibles doses indiquées ci-dessus ; dans plusieurs expériences que nous avons faites sur le virus septique et sur le virus de la chancrelle, les doses de 1 pour 1,500 n*ont que retardé dans le premier cas, et dans le second cas elles n*ont pas empêché Tinoculation des virus ainsi traités.

Dans ses expériences sur les antiseptiques, Jalan de la Croix a bien trouvé que des doses d'acide sulfurique de 1 pour 5,000 à 1 pour 3,350 étaient suffisantes pour détruire les bactéries adultes dans du bouillon, ou pour empêcher celui-ci de se remplir de bactéries par l'abandon à l'air libre ; mais on est étonné des doses reconnues nécessaires pour stériliser défmitivement les corpuscules-germes qu'abandonnent les bactéries adultes tuées par les solutions faibles d'acide sulfurique. Pour empêcher une goutte de bouillon contenant des corpuscules-germes, de fertiliser un liquide de culture (bouillon) dans les meilleures conditions de température, il faut que la liqueur contenant ces germes ait été additionnée d'une partie d'acide sulfurique pour 100» à 200, et même dans un cas pour li parties. C'est là un exemple de la résistance extraordinaire que les corpuscules-germes présentent parfois aux agents de destruction les plus énergiques. Â part ces cas exceptionnels, nous verrons cependant que l'acide sulfurique est un excellent agent désinfectant, surtout pour les selles des typhoïdes, des cholériques, et dans tous les cas où on les suppose capables de contenir des principes infectieux ou virulents.

ACIDE SULFUREUX. U:t

L* Acide ghromique parait avoir également une grande efRcacité comme agent destructeur de virus. Mais il feut le considérer plutôt comme un caustique que comme un désinfectant et antivirulent; son prix élevé, son action^ corrosive, limitent d^ailleurs singulièrement son emploi aui point de vue de Thygiène et de la désinfection.

AcroE SULFUREUX. — L'acidc sulfureux, obtenu par là combustion du soufre à Fair libre, vient presque au premier rang des véritables désinfectants. Nous avons déj^ montré dans Thistorique que son efRcacité a été reconnue * et célébrée dès la plus haute antiquité. Nous rappellerons très rapidement quelques-uns des caractères de Tacide sulfureux, ceux du moins qui ont un intérêt particulier au point de vue de la désinfection.

Un litre de gaz acide sulfureux pèse près de 3 grammes . (2^,90); ce gaz C£t extrêmement soluble dans Teau, dont . 1 litre dissout 50 litres de gaz, soit 145 grammes d'acide ^ par litre d*eau. Un kilogramme de soufre en brûlant à l'air dégage environ 700 litres de gaz acide sulfureux ; pour obtenir 10 litres de ce gai, il faut brûler complètement^ 15 grammes de fleur de soufre. M. Marty, professeur de^ chimie au Val-de-Gràce, a vu dtns ses expériences que dans • un mètre cube d'air bien clos, on ne peut brûler que 68 gram-» mes de soufre, formant 47 litres ou 136 grammes d'acidesulfureux ; à partir de ce moment, la combustion cesse et le soufre s'éteint de lui-même. Mais, dans un local habi-* table, les Assures permettent toujours un renouvellement' de l'air, et Gzernicki (^ a du réussir à faire brûler dans les > salles de la caserne d'Avignon jusqu'à 800 grammes de soufre par mètre cube; toutefois, une l^re couche de: soufre sublimé recouvrait les murs et le sol.

L'on connaît l'odeur piquante, aigrelette de l'acide sul--

(I) Czernïcki, Noteiur Vasêainisêement du quartier du PdUtU^ à Avignon^ au moyen de V acide êulfkreux. (Rec, det mém. de méd. et de pharm, mHit,^ . Bée. 1880, T. 36% p. 5I3J

S44 NÇUTRAUSANTS EN PARTICULIER.

ftireux ; ce gaz provoque la toux, et peut déterminer des irritations très violentes de la gorge et des bronches ; il est absolument irrespirable plutôt que toxique. Il décolore les tissus, il peut même en diminuer la solidité à doses concentrées, quand les objets exposés sont mouillés ou humides. F. Hoffman a fait voir que les vapeurs d'acide sulfureux à l'état sec ne décolorent pas une fleur desséchée ; de même si l'on soumet à ces vapeurs de la farine de moutarde bien desséchée, cet acide n'empêche pas l'eau de dégager l'essence de moutarde ; l'effet contraire se produit dès qu'on fait dégager ces vapeurs sulfureuses en présence d*une humidité suffisante.

Bien que les vapeurs du soufre soient utilisées depuis une époque très reculée, il est surprenant de voir à quel point, même à l'époque actuelle, en 1882, on est peu fixé sur sa valeur désinfectante. Rien ne montre mieux la nécessité de ne baser nos opinions et nos appréciations en pajreille matière que sur des expériences rigoureuses ; c'est en ces dernières années seulement qu'on a commencé à entrer dans cette voie.

Lorsqu'on fait brûler du soufre au contact de l'air, il se produit constamment une quantité notable d'acide sulfurique résultant de l'oxydation de l'acide sulfureux. C'est et acide sulfurique qui, lorsqu'on se sert de houilles pyriteuses, détruit si rapidement les chaudières des machines à vapeur ; c'est à lui qu'il faut attribuer la rouille et le dépoli des objets en fer, qu'on observe dans les chambres désinfectées par la combustion du soufre.

Comme l'on éprouve quelquefois une certaine difficulté à enflammer le soufre, surtout quand il faut allumer rapidement un grand nombre de foyers dans une chambre à désinfection, on a remplacé le soufre par un mélange qui était très usité autrefois dans les lazarets et qui avait la composition suivante :

AODE SULFUREUX.

Soufra en fleur 8 partîi».

NilralE de potasse 3 —

Nou3 avons pensé que ce mélange, aujourd'hui abandonné, devait donner naissance à une quantité beaucoup plus grande d'acide sulfurique, et nous avons prié notre ami, H. Marty, de doser l'acide sulfurique produit dans les différents modes de combustion du souft^. Le tableau dela page suivante, confirme cette hypoUièse.

D'après le docteur A, Wolff, lors de la peste de Moscou en l"]"]!, les médecins russes obtinrent de faire sur la valeur désinfectante de l'acide sulfureux l'expérience suivante qui leur parut concluante : dix pelisses ayant été portées par des pestiférés pendant leur maladie, furent exposées à une forte fumigation de soufre et de salpêtre ; dix criminels condamnés à mort furent obligés de s'en vêtir ; aucun de ces malheureux ne gagna la peste (Guyton-Morveau, p. 335). Nous ne trouvons plus ,de nos jours une telle expérience concluante ; il ne faut pas toutefois lui enlever toute valeur; l'on a vu, par la dernière peste d'Astrakim, à quel point la peste est contagieuse même par les objets matériels contaminés, et il est assez vraisemblable que si aucun des dix condamnés en expérience n'a été atteint, c'est que la fumigation de soufre avait complètement détruit le principe virulent contenu dans tes vêtements.

N'est-il pas curieux de voir Guyton-Morveau, pour qui les fumigations acides sont les désinfectants par excellence, ne conserver que les fumigations d'acides chîorhydrique et nitrique, et écarter avec dédain l'acide sulfureux : i Son évaporation spontanée, dit-il (p. 149, édition 1805), quoique très incommode pour l'odorat, n'a qu'une action lente et peu eflïcace sur les corps qui y sont exposés. > Il faut reconnaître que les expériences faites par Guyton-Morveau sur l'aeide sulfureux et dont il donne le détail dans son livre sont peu explicites et médiocrement combinées.

.SId

NELTRALISANTS EN PARTICIUER.

Quantités tTacide sulfurique produites dans la combustion

du soufre.

EXPiRimct.

Atee (lear de soafre

ordinaire

aoi lavée et

non dettéchée.

Poid. de. .ub»unee..l Av«»« J* «»mb«.iioD.

\ Après la oombos lion.

DifCéreoee

Poids du «>ufr6. . { Avant la combustion.

f Après lacombastion.

Soufre brûlé

Acide sulfurique produit

SO* réduit du sulfate de baryte obtenu. .

Ce qui donnnerait pour un mètre cube d'air :

Soufre enflammé . •

Soufre brûlé

Acide sulfurique produil

BXPiniENCE.

Atee flear de soafre

ut n^à

3 ^milles, et

nitrate de

potasse

i framme.

Aougall et Baxter ont au contraire montré la puissance

neutralisante de l'acide sulfureux sur les différents virus

inoculables. Tous deux exposaient pendant dix minutes,

dans de Tair saturé de vapeurs sulfureuses, des pointes

d'ivoire chargées de vaccin desséché. Au bout de ce temps,

vce vaccin neutralisé était inoculé par trois piqûres au bras

•d'un enfant non vacciné, tandis qu'à l'autre bras, dans la

.même séance, on faisait trois piqûres avec des pointes

i dMvoire chargées du même vaccin, mais non exposées au

: soufre ; ces dernières piqûres étaient toutes suivies de bou-

i tons parfoitement développés , les piqûres de l'autre bras

étaient stériles. Malheureusement la dose d'acide ou de

AClIffi SULFURECX. 117

soaft^ brûlé n'est pas mentionnée ; cette fois, par exception, Baxter nous laisse dans l'incertitude.

Le docteur Sternberg(l), chirurgien de l'armée des Ëtats- Unis, a repris ces expériences d'une façon ingénieuse et «vec une précision plus grande. L'auteur disait brûler une quantité déterminée de soufre dans une caisse en bois d'une capacité de 10 litres. Il soumettait aux vapeurs ainsi produites, du vaccin liquide déposé dans un verre de montre; il laissait le vaccin pendant douze heures au contact du gaz; le lendemain on inoculait des enbnts nouveau-nés sur an bras avec du vaccin neutralisé, sur l'autre bras avec une portion du même vaccin, mais gardée soigneusement à l'abri de tout agent chimique.

Du vaccin liquide fut laissé pendant 12 heures dans l'appareil où l'on avait brûlé 3 centigrammes de soufre, soit 34 centimètres cubes de gaz pour 10 litres d'air, ou un peu plus de 2 pour 1,000 ; le lendemain ce vaccin ne produisit qu'une fois des pustules, tandis que le vaccin pur inocule à l'autre bras réussit dix fois sur dix à les faire naître. En doublant la dose de soufre, soit 6 centigrammes pour 10 litres, ou 6 grammes par mètre cube et 5 volumes d'acide sulfureux pour 1,000 volumes d'air, et après une exposition du vaccin pendant quatre beures dans cetta atmosphère, le vaccin resta constamment inactif.

Il suffirait donc de faire brûler 5 grammes de souft^ dans un mètre cube pour neutraliser du vaccin liquide! mais ce vaccin se coagule presque immédiatement au contact du gaz sulfureux, ce qui contribue peut-être à détruire ou i pallier son inoculabiUté ; nous verrons d'ailleurs plus loin i quelles graves erreurs peuvent conduire les expériences faîtes dans des espaces d'aussi petite dimension.

(i| W. Sternbcrg, Exp*ri»unfi iitigtui t« teti (k« valiu of eertat» gaieoui and voiatiu derinftetant*. | JVoltoNaJ B«ar4 of Htaltk, Wthinçton, T. I, 11, Ut 37, 1880, p. lie, «ilUJaiUttiasi, p. 91.) VojM aaiii i(«nri ikniàie, 1880, p. 81U.

ut KEimtAUSAITTS EH PAmCLUEB.

Poor désinfecter do vaccin desséché, Sternbei^ a trouvé ipi'il faat Dne dose de soufre DotaMemeot plus forte, soit 16 grammes par mètre cube, ce qui OMTespond à la proportion classique de 1 volume de gaz acide sulfureux pour 100 volumes d'air; à ce point de vue, les résultats de Stemherg confirmât ceux qui ont été obtenus par beaucoup d'autres auteurs.

Baxter expérimenla aussi l'action de l'acide sulfureux sur le virus morveux : il broya dans de l'eau légèrement salée des nodules de poumon m(H-veux ; le liquide, grossièrement filtré, fat mêlé à des proportions divises d'acide sulfureux. Le virus obtenu des mêmes ganglions, mais non soumis à l'action de l'acide sulfureux, amenait ra|Hdement sur des ànons, des accidents mortels dont la nature morveuse était évidente. Au contraire, les inoculaiions restaient sans effet, quand elles étaient pratiquées avec un mélange de 100 grammes de virus dilué, additionné de 1 *',94 de gaz acide sulfiu^ux, soit une solution à 2 pour 100 de cet acide (en poids). Les inoculations restèrent également stériles avec une dilution contenant 40 centigrammes de gaz acide sulfureux pour 100 grammes de virus, soit 4 pour 1,000 (en poids). La neutralisation ne fut pas aussi facilement obtenue avec le poison septique. Baxter »e servait du virus provenant de la cavité péritonéale d'un cobaye ayant succombé à une péritonite infectieuse. Tantôt cette péritonite était primitive : elle résultait « de l'introduction, dans le péritoine, de pus puU'ide, d'exsudation provenant de chiens morts de septicémie artificielle, ou d'exsudation péritonéale d'autres cobayes * ; tantôt cette péritonite était secondaire, t elle était le résultat de l'injection sous-cutanée de produits infectieux provenant d'autres cochons d'Inde » ; dans ce dernier cas, le virus avait traverev* plusieurs générntions d'aniniiiux et sa virulence était beaucoup plus grande. Le liquide péritODiial était chaa^^ microbes ; il était pâle, ou sangui-

noient, visqueux, et parfois tenace à tel point qu'il fallait laver la cavité péritonéale pour le diluer; l'eau de lavage était mêlée au liquide directement recueilli. Le degré de dilution était donc très variable, et les proportions, relatives entre elles, de virus et de désinfectant, devaient être bien moins rigoureuses que dans d'autres expériences du même genre. H. Baxter inoculait toujours comparativemeat deux séries d'animaux, les uns avec du virus pur, les autres avec le virus neutralisé. 11 opéra à peu près exclusivement sur des cobayes, parce que les lapins, dit-il, mouraient parfois soudainement, tandis que d'autres, inoculés avec le même liquide, résistaient, il n'a jamais observé cette inégalité des résultats sur les cochons d'Inde.

Le liquide septique était mélangé avec une quantité biei> déterminée de solution titrée d'acide sulfureux liquide , et après un contact d'une durée variant de 30 minutes à 3 heures, le mélange était injecté sous la peau avec la seringue de Pravaz : mais pour Baxter, la durée du contact n'a qu'une importance insignifiante; car, d'après lui^ la neutralisation est complète au bout de 5 minutes^ pourvu que le mélange ait été intime. Du virus septique„ qui en 34 heures avait amené la mort d'un cobaye, fut mêlé à un égal volume d'une solution d'acide sulfureux, de telle sorte que le mélange total contenait 2 £'',9 de gaz. acide sulfureux pour 100 grammes de liquide; la neutralisation fut complète, car l'inoculation ne produisit aucun accident même local. Au contraire, la mort eut lieu en 40 heures, lorsqu'on eut abaissé la proportion d'acideè Os^.SS p. 100 du mélange total.

L'écart ici est trop considérable entre 6 pour 1000 en. poids et 3 pour 100 en poids; la dose nécessaire est-elle voisine du premier chiffi^ ou du second? En outre, on emploie rarement dans la pratique de la désinfection l'acide sulfureux en solution aqueuse, de sorte que nous ne sommes pas très précisément renseignés sur la quantité du.

•fSO NEUTRALISANTS EN PARTICULIER.

«oufre, par exemple, qu'il faut brûler dans une capacité •déterminée pour neutraliser le virus morveux.

Nous avons eu, en janvier 1881, Toccasion de refaire •ces expériences. Un malade du service de notre collègue, M. Gaujot, au Val-de-Grâce, était atteint d'abcès farcineux multiples, et fournissait un pus inoculable qui, entre les mains de M. le D' Kiener, avait déterminé chez plusieurs animaux, cobayes, chats, etc., des lésions caractéristiques de la morve. Une petite quantité de ce pus, recueillie directement sur le malade et placée dans un verre de montre, Alt exposée pendant 12 heures dans une caisse en bois assez bien ajustée, et représentant très exactement une capacité de 100 litres. Nous fîmes brûler dans la caisse 2 grammes de fleur de soufre, dose équivalant à 20 grammes par mètre cube. Le lendemain le virus Ait inocule à un cobaye qui, trois mois après, était parfaitement bien portant, n'ayant eu ni chancre morveux, ni abcès, ni lésion testiculaire. Un autre animal, inoculé le même jour avec la seconde portion du même pus mise en réserve entre deux verres de montre et à l'abri de toute action chimique, mourait au bout de 2 mois avec les caractères habituels de la morve. Ainsi donc une atmosphère contenant 14 volumes d'acide sulfureux pour 1000 volumes d'air, ou le produit de la combustion de 20 grammes de soufre par mètre cube, a désinfecté, neutralisé du pus morveux à l'état frais et liquide.

La même expérience fut répétée avec du pus morveux desséché ; nous avions imbibé de petits carrés de flanelle avec le pus morveux frais, et nous avions abandonné ces carrés à la dessiccation à l'air libre. Au bout de 10 jours, nous les avons soumis dans notre appareil aux vapeurs provenant de la combustion de 15 grammes de soufre par mètre cube ; l'inoculation resta stérile sur deux cobayes. Nous devons reconnaître toutefois, que d'autres carrés, ainsi imbibés, mais qui n'avaient été nullement soumis à

Taction de Tacide sulfureux, ne fournirent pas de liquide inoculable à un animal de même espèce ; la dessiccation avait peut-être suffi à elle seule pour détruire le virus, comme dans les expériences de M. Galtier. Nous avons fait d'autre part les expériences suivantes :

Du pus provenant d*un abcès symptomatique d*un mal de Pott chez un tuberculeux, fut divisé en deux parts, recueillies et conservées dans des verres de montre. La première moitié fut placée pendant 12 heures dans une chambre en bois cubant 100 décimètres cubes, ne fermant pas hermétiquement, et dans laquelle on fit brûler une quan<tité de fleur de soufre correspondant à 20 grammes par mètre cube; le pus ainsi neutralisé et délayé dans un gramme d'eau fut injecté sous la peau d'un cobaye qui, au bout de 4 mois, était encore bien portant, et fut trouvé exempt de' toute lésion tuberculeuse. L'autre moitié du pus, abandonnée pendant 12 heures dans le laboratoire, sans contact avec Tacide sulfureux, fut délayée dans un gramme d'eau et injectée à un cobaye [qui, le 48* jour, fut trouvé mort, après avoir beaucoup maigri; le foie, la rate, le poumon, le péritoine, étaient criblés de granulations tuberculeuses.

Enfln, chez deux malades atteints de chancres de nature douteuse, nous avons pris du pus et l'avons exposé aux vapeurs d'acide sulfureux (15 grammes par mètre cube); avec le liquide ainsi dénaturé, les inoculations restèrent stériles ; le pus non désinfecté, recueilli le même jour et conservé sur une lancette, à l'abri de tout contact avec l'acide sulfureux, donna au contraire des pustules caractéristiques (1).

(1) Depuis que ces lignes sont écrites, nous avons répété ces expériences sar ane grande échelle, et nous rejetons presque complètement les recherches faites dans des caisses on des espaces très petits. Dans nno caisse de 100 décimètres cubes, même en ménageant des orifices tenus ourerts, le soufre s*cleint souvent avant qu'il en ait pu brûler une quantité correspondant à 10 grammes par mètre cube, tandis que dans une chambre ordinaire, nous avons fait brûler complètement jusqu'à 150 grammes de

S52 NEUTRALISANTS EN PARTICUUER.

Dans ane autre expérience que nous avons faite antérieurement, une dose de soufre de 30 grammes a été nécessaire pour neutraliser du virus septique dont une boule de coton était imprégnée.

Nous n'avons trouvé mentionnée que très peu d'expériences de neutralisation du virus charbonneux par Tacide sulfureux ; il est regrettable que M. Davaine n'ait pas expérimenté ce désinfectant énergique sur le virus septique ou sur le virus du charbon. Renault, dans ses nombreuses recherches restées inédites sur l'action des désinfectants, ne semble pas avoir fait d'expériences rigoureuses avec l'acide sulfureux. Il a employé très souvent cet agent pour purifier les écuries , les objets de toute sorte , les harnachements souillés par le virus morveux, par celui de la péripneumonie, etc. Les fumigations au soufre sont réputées et employées journellement parmi les vétérinaires, comme l'un des moyens les plus puissants de purification dans les maladies contagieuses du bétail; mais nous ji' avons pu trouver des preuves rigoureuses, pour ainsi dire expérimentales, démontrant leur efficacité.

Les expériences qui suivent montrent l'action des différentes doses de soufre brûlé sur les bactéries, les vibrions» les protorganismes des liquides en fermentation.

Deux médecins de la marine allemande, MM. Gartner et Schotte (1), ont consacré un très long et très minutieux travail à cette action de l'acide sulAireux sur les organismes microscopiques. En général, ces auteurs sont un peu pessimistes ; ils cherchent à démontrer qu'il faut

soufre par mètre cube. Dans les caisses on boites d'expërieoce, U se prodoit aa-dessas du soufre enflammé des nuages stagnants d*acide sulfureux qui arrêtent la combustion ; la répartition du gaz acide est très inégale. Nous n'opérons plus que dans des chambres cubant 50 à 60 mètref; nos résultats ne sont pas encore définitifs.

(1) Schotte et G&rtner, Wie viel CarboUàure oder wie viel ichweflige Saure in Gasform iêt nôthig zur Tddtung kleinsUH Lebenêf {ùnUêche Viertelj f. ùff, Gesund. 1880, T. XIÏ, p. 337 à 376 et Revne ^hygiène et dé police êanitaire, 1880, p. 819.)

des doses considérables de soufre pour obtenir une désinfection absolument complète. Ils placent à des hauteurs variées, dans une chambre de 40 mètres cubes, des cupules contenant des liquides de culture ensemencés avec des bactéries ou avec de l'urine putréfiée; puis ils font brûler dans la chambre 600 grammes de soufre, soit ii grammes par mètre cube, ce qui donne 1 volume de gaz acide sulfureux pour 400 volumes d'air; le soufre bràlait dans des vases de terre placés à 1 "^,30 aunjessus du niveau du sol. Au bout de 6 heures, les vapeurs sulfureuses s'étaient assez bien dissipées pour qu'un homme put séjourner et travailler dans la chambre, quoique pendant ces six heures les portes et les fenêtres eussent été tenues bien fermées.

Au bout de 6 jours, les liquides putrides placés aux âges supérieurs restent clairs, ce qui prouve que les bactéries ont toutes élé détruites; au contraire, les cupules placées à la surface du sol se troublent au bout de ii à 36 heures. Il faut 38 grammes de soufre par mètre cube pour que la désinfection soit complète et définitive dans les cupules reposant sur le sol (soit 2 volumes de SO* pour 100 volumes d'air). En plaçant ces cupules sur les planches hautes ou basses d'un placard à demi fermé et situé dans le coin de la chambre fumigée, la désinfection ne fut obtenue qu'en brûlant 92 grammes de souh-e par mètre cube.

Les auteurs ont fait d'autres expériences pour apprécier la résistance A la désinfection des étoffes souillées. On trempait des bandes très épaisses de molleton de laine 'dans des liquides de culture chargés de bactéries. On faisait sécher ces bandelettes, ce qui ne détruisait nullement tes bactéries, puisqu'en trempant ces bandelettes dans un liquide de culture approprié, on ensemençait ce dernier. Ces bandelettes étaient suspendues au milieu de la chambre, à une corde t«ndue à {".SO du sol ; une moitié des bandes était gardée sèche, l'autre moitié, après avoir été séchée.

154 NEUTRAUSAirrS EN iparuculier.

était de nouveau humectée avec un Uqaide qudconque afin d'être soumise à l'état humide aux yftpevs sulfureo ses. Nos auteurs sont arrivés à ce résultat vraÙBMiil im< prévu, que même après avoir subi Faction de TacMl produit par la combustion de 92 grammes par mètre cube les bandelettes humides elles-mêmes troublent le 3* ou k 4"* jour le liquide de culture dans lequel on les plonge. Quand les bandelettes ont été soumises à Tétat de sécheresse à Faction d'une même quantité de soufre, elles troublent les liquides de culture dès le 3"* jour. MM. Gartner el Schotte ont voulu surtout montrer par là que les germes ou les protorganismes, cachés dans les parties les plus profondes des tissus très épais, résistent beaucoup aux fumigations d'acide sulfureux, comme d'ailleurs à tous les désinfectants. Us arrivent presque à mettre en doute la possibilité d'une désinfection certaine et absolue, au moins par les gaz et la vapeur.

Les expériences faites par Wernich de Breslau, à Finstitut pathologique de Berlin en 1877, ne sont pas beaucoup plus rassurantes. Il imprégnait des bandes de laine ou de coton avec des liquides putrides, chargés de bactéries ; il exposait ces bandelettes pendant un temps variable sous une cloche contenant une proportion définie de gaz acide sulfureux et d'air; puis il introduisait, avec les précautions requises, ces pièces suspectes dans des tubes contenant du liquide de culture de Pasteur, parfaitement privé de germes ; le développement des bactéries dans le liquide prouvait que la désinfection n'avait pas été complète. Wernich a constaté les résultats suivants :

Quand les tissus souillés avaient séjourné même plusieurs heures sous une cloche contenant 3,3 volumes d'acide sulfureux pour 100 volumes, ils n'étaient pas désinfectés. Quand la proportion de gaz acide était de 7 ou même de 4 pour 100, au bout de 6 heures de séjour, les tissus étaient devenus incapables d'ensemencer les liquides de culture

et de faire naître des bactéries. Wernich rappelle d'ailleurs avec raison que certains protorganismes peuvent avoir une résistance vitale plus grande que certains autres, et que ces expériences n'ont qu'une valeur relative D'après Wernich^ il faudrait donc, pour désinfecter 1 mètre cube ou 1,000 litres d'air,brùler 60 grammes desoufre,produisant 40 litres de SO', soit 4 p. 100 en volumes.

Ce qui précède semblerait démontrer qu'il faut de» doses beaucoup plus fortes de soufre ou d*acide sulfureux pour détruire sans retour la vitalité des protorganismes de la fermentation, que pour neutraliser la plupart des virus inoculables.

Les expériences de Jalan de la Croix (1) ont été faites avec des solutions de gaz acide sulfureux dans les diversliquides de culture, et il a obtenu plus facilement la mort ou l'arrêt de développement des bactéries dans ces liquides.. Un liquide de culture (bouillon de viande) qui contient 1 gramme de gaz acide sulfureux pour 6,448 grammes de liquide (soit 55 centimètres cubes de gaz acide par litre de liquide), et dans lequel on fait tomber quelques gouttes de bouillon rempli de bactéries adultes, ne permet plus à celles-ci de se développer, et cet ensemencement reste stérile. Des doses plus faibles encore d'acide sulfureux (1 pour 8,000 et pour 13,000) empêchent du bouillon abandonné à l'air de se remplir spontanément de bactéries. Enfin, en ajoutant 1 gramme de gaz acide sulfureux dans 3^000* grammes de bouillon rempli de bactéries adultes, celles-ci. sont tuées et cessent de se développer. Toutefois, il faut ajouter non moins de 1 gramme d'acide dans 135 grammes de bouillon, pour que les corpuscules-germes contenus dans ce mélange et reportés dans un liquide de culture frais, soient incapables de donner naissance à des bactéries,.

(I) Nicolaï Jalan de la Croix, Da$ Verhaiten d&r Bakterien des Fleiêehwatser gegen einige Antiseptica. [Arch» fiir experiment. Patholog.p 20 janvier 1881, T. XIII, p. 175 à 255.)

«86 NEUTRALISAIS EN PARTICULIER.

quand la nouvelle culture est portée (Jjans Tétuve à incubation. Bucholtz avait obtenu cette neutralisation des germes eux-mêmes par des dilutions aqueuses de 1 sur 666 ; mais, dans la pratique, on ne peut guère employer l'acide sulfureux dilué dans l'eau.

Baxter, recherchant dans quelle mesure le gaz acide sulfureux empochait le développement des vibrions de la putridité dans un liquide ensemencé, avait reconnu que pour stériliser les liquides, ceux-ci devaient contenir au moins lsr,35 de gaz acide sulfureux pour 1,000 grammes du liquide total. Au-dessous de cette dose, tous les ballons inoculés furent infestés et se troublèrent. On voit donc que dans les conditions les plus défavorables, une dilution de 1 pour 1000 en poids, soit 4 centimètres cubes de gaz pour 1000 centimètres cubes ou 1 litre d*eau, suffit largement pour obtenir une désin* fection complète, définitive. On ne peut malheureusement conclure de faction des solutions dans Teau, à l'action des dilutions dans Tair ; toutefois, il y a une divergence con* sidérable entre les résultats de Jalan de la Croix, Bucholtz, Baxter d*une part, et de Tautre, entre ceux de Gartner et Schotte.

Au nom de la Commission d'étude des épidémies de choléra dans l'empire d'Allemagne, Pettenkofer a fait, en 1874, des expériences intéressantes sur la valeur des agents propres à assurer la désinfection des vaisseaux, et en particulier sur l'action de l'acide sulfureux. Il opéra dans une chambre située au deuxième étage de la Chancellerie allemande et cubant 27 mètres. La pièce était éclairée par une fenêtre à travers laquelle on pouvait observer ce qui se passait dans l'enceinte ; la pièce n'avait d'autre ouverture qu'une porte bien jointe. On alluma dans la chambre un réchaud contenant 500 grammes de soufre en fragments et en poudre (soit 18 grammes par mètre cube.)

Pour étudier l'action plus ou moins corrosive de l'acide

sulfureux sur les matières premières et les objets servant

aux usages domestiques, on plaça sur une table, au milieu

de la chambre, les objets suivants :

t. Ud rasoir bïuu poli ;

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