De la canelle en poudro et en sorte
iO. Des gousses do v.inille ;
SI. Deux cigares de la Havane;
Si. Une souris Tirante dans une rage avec du lard.
On avait eu soin de glisser des bandes de papier do tournesol entre les feuillets des livres, sous l'édredon, le tapis. A 10 heures du matin, ou alluma le soufre ; à midi, la combustion était terminée; dans le corridor on percevait une odeur de soufre assez marquée, mais non gênante, et qui ne provoquait pas la toux. L'air de la chambre était irrespirable et les vapeurs étaient si épaisses qu'on pouvait à peine distinguer les objets. On ouvrit la fenêtre, et il s'en échappa un nuage de vapeurs qui cependant n'incommodèrent pas les habitants du voisinage. Au bout d'un quart d'heure, on put entrer dans la chambre sans que la respiration fût gênée, et voici dans quel état se trouvaient les objets déposés.
VjtLLIX. — DtSIXriUTAKTS. 17
;Be DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
La peinture des murs était intacte ; le rasoir était depoli en un point, comme si on avait soufflé l'haleine chaude sur le métal ; le tranchant avait parfaitement conservé son fil, résultat qui a lieu de nous surprendre, car dans toutes nos expériences les objets en fer poli ont été fortement détériorés. La sonnette et la pièce d'or étaient intactes ; les pièces d'argent avaient de petites taches ; l'épaulette exposée aux vapeurs sulfureuses fut comparée avec l'autre épaulette qui avait été mise à l'abri ; la première sentait le soufre, mais n'était en rien altérée. Les coupons de soie et d'étoffes n'étaient nullement endommagés. Le tapis de pied avait été à demi roulé et l'on avait placé au centre quelques feuilles de papier de tournesol ; ce papier était à peine rougi, ce qui prouve que l'action de l'acide sulfureux n'avait pas pénétré les parties profondes ou cachées, et que par conséquent les matières infectieuses ou suspectes logées aussi profondément n'auraient pas été sensiblement désinfectées. L'on verra plus loin que dans les expériences répétées par nous en 188i, le papier de tournesol caché au centre de paquets volumineux et serrés était cependant très fortement rougi par l'acide. De même les bandes de papier de tournesol placées par Pettenkofer entre les feuillets des livres (sans doute reliés), n'étaient rougies que jusqu'à une certaine distance du bord des pages ; la partie centrale n'avait pas été atteinte par SO^; il eût sans dou(e fi l'action de l'acide se prolongeât quali-e heures au lie deux heures, pour que le livre fiil atUiquc dans I profondeur. Dans nos expériences personnelles, qat rapportons plus loin, nous avons noie la i tréme de l'acide snlfincux, et trouvé qua tournesol devenait ii^irraitcnniru nni loppements les plus »<ii;^]u;i]\, au i toffes et de tissus iiès fciiés.
Les substances alinienlair
sulfureux, mais elles n'avaient pas sensiblement perdu leurs qualités, et elles furent consommées par les membres de la commission sans aucune répugnance. La soufris fut trouvée morte dans sa cage, et elle ne revint pas à la vie quand on Texposa au grand air. Pettenkofer en conclut que le soufre n'altère pas les objets usuels et ne rend pas les aliments nuisibles. Ne sait-on pas d* ailleurs qu'on soufre le vin sans inconvénient? Hoppe-Sejier a observé, pendant la guerre franco-allemande, qu'en exposant aux vapeurs de soufre des caisses contenant du pain destiné aux troupes, on arrêtait l'altération de ce pain, sans altérer en rien ses qualités. Quant aux meubles, étoffes, objets de valeur, on peut dire qu'ils ne sont pas détériorés d'une façon bien appréciable.
L'emploi des vapeurs de soufre convient très bien d'après lui, pour désinfecter les vaisseaux, et en particulier pour empêcher la propagation des maladies infectieuses, du cho* léra, de la fièvre jaune, et tout spécialement de celle-ci, qui bien plus que le choléra se propage par la voie des navires. Le principe infectieux de la fièvre jaune parait d'ailleui's à Pettenkofer se détruire plus facilement que celui du choléra. Pettenkofer recommande donc les fumigations de soufre comme le meilleur moyen de désinfecter l'air contenu dans les espaces du navire, ainsi que tous les objets mobiliers, les parois, les matériaux, etc., mais l'acide sulfureux devient insuffisant pour désinfecter l'eau corrompue de la cale ; il en faudrait des quantités énormes pour que la dilution fût efficace.
Les vapeurs de soufre, outre la destruction des principes morbides, a encore l'avantage de débarrasser le navire de tous les parasites, et en particulier des rats, des cancrelats, etc., qui d'ordinaire les infestent.
A la suite de ce premier rapport, le Ministre de la marine fit faire des expériences nouvelles, dont Pettenkofer donne le détail, sur deux navires, le vaisseau cuirassé Kaiser^
160 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
et une canonnière, le Sperber. Ces expériences , faites en 1875, confirmèrent pleinement celles qui précèdent, et donnèrent d'excellents résultats pratiques , bien que la quantité de soufre employée ne dépassât pas- dix grammes par mètre cube. Sur le Sperber, les objets métalliques des appartements ou des machines prirent une légère teinte noire uniforme que le frottement faisait facilelement disparaître. Ce développement inusité d'hydrogène sulfuré resta inexpliqué, et paraît ne s'être produit qu'accidentellement. Sur le Kaiser, où l'on n'employa également que 10 grammes de soufre par mètre cube , les rats et les souris qui ravageaient la batterie fumigée ne furent point trouvés morts ; ce qui prouve ou bien que la quantité de soufre était insuffisante, ou bien que ces animaux avaient trouvé des issues pour s'échapper.
En résumé, d'après Pettenkofer, les fumigations sulfureuses sont praticables sur les navires ; il n'y a à craindre ni les incendies, ni l'altération des matériaux ou des objets de service usuel. Il vaut mieux faire l'opération quand les hommes sont descendus à terre (sur le Cracker on fit les fumigations pendant que l'équipage faisait à terre une partie de cricket). La durée de l'opération doit être au moins de 2 à 3 heures, pour obtenir une désinfection complète. En cas de nécessité, on peut laisser les hommes à bord pendant l'opération.
Pour les gros navires, à plusieurs ponts superposés, il faut faire durer les fumigations de 6 à 10 heures, surtout dans les entreponts où couchent les hommes. Le soufre brûle d'ailleurs fort lentement, à moins qu'on ne le divise en plusieurs foyers qu'on enflamme dans des vases multiples; il est désirable que chaque foyer ne contienne pas plus de 1 kil. 500. Cette dernière quantité nous paraît trop considérable, même pour les espaces très vastes qui existent dans les flancs d'un navire de guerre. II vaut mieux réduire ces foyers et en multiplier le nombre.
AcrDE SULFUREUX. ki
Le D' Mehihausen a confirmé par des recherches personnelles les résultats obtenus par Pcttenkofer. Dans une chambre de KO mètres cubes il a fait brûler 1 kil. de soufre (soit 20 grammes par mètre cube), en plaçant le vase plein de fragments de soufre au milieu d'un autre vase rempli d'eau pOur éviter l'incendie. On avait laissé dans la chambre des punaises, des insectes, des verres de montre et des vases contenant de l'urine putréfiée et de l'eau chargée de vers, de bactéries, de vibrions, etc. Au bout de 1 heures, on ouvrit la chambre. Tous les animalcules avaient péri ; les liquides contenus dans les verres de montre étaient acides. L'urine contenue dans un verre à réactif laissait apercevoir des vibrions animés de mouvements très vifs. Les objets métalliques, les glaces, tes boutons de cuivre des portes, les rideaux de damas bleu, n'étaient nullement endommagés. Si on calcule que le soufre coûte 45 centimes le kilog., on trouve que la désinfection revient à moins de 1 centime 19 millièmes par mètre cube.
On peut considérer la désinfection ici comme complète, car la persistance de la vie des vibrions au sein d'une très grande quantité d'urine (sans doute une centaine de grammes) est inévitable, par la dilution extrême dans le liquide et par la petite quantité de gaz acide sulfureux correspondant au périmètre du vase et à la surface libre de l'urine.
Le D' Mehihausen a voulu voir si l'on pouvait obtenir encore do bons effets avec une dose moindre de soufre. Dans la même chambre, cubant \S mètres cubes, il a fait brûler 500 grammes de soufre, soit 10 grammes par mètre cube. Au bout de 16 heures, on trouva que quelques insectes étaient morts; d'autres, et parmi eux les punaises, vivaient encore. Les liquides putrides avaient une réaction très acide; les mouvements et toute trace de vie y étaient éteints. Il semblerait donc cette fois que la dose de 10 à 18 grammes est suffisante pour tuer les petits animaux, les insectes et la plupart des protorganismes.
262 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
En traitant du mode d'application des fumigations d'acide sulfureux, nous montrerons qu'un de nos collègues de l'armée, le D' Czernicki, en opérant dans les salles de la caserne du Palais des Papes, à Avignon, a trouvé qu'il était nécessaire d'atteindre la dose de 35 grammes de soufre par mètre cube, pour détruire complètement les rats, souris, punaises, etc., cachés dans les fissures ou les recoins des parois.
Le travail le plus récent et peut-être le plus complet sur la valeur désinfectante de l'acide sulfureux est celui du ïf Wolffhûgel de Berlin (1). Nous renvoyons à l'article où nous traiterons de la Désinfection des locaux et des vêtements, pour un grand nombre de détails d'application traités dans le mémoire de l'auteur avec l'assistance du ly Koch. M. Wolffhiigela fait un grand nombre d'expériences sur la résistance des protorganismes à l'action de l'acide sulfureux. En opérant dans une grande cage de verre, avec une atmosphère contenant jusqu'à 6 volumes d'acide sulfureux, au bout de 96 heures d'exposition, les spores du sang charbonneux desséchées n'avaient pasperdula possibilité d'ensemencer des liquides de culture et faisaient mourir en 24 heures une souris inoculée. Les spores charbonneuses desséchées pouvaient encore se euh i ver sur la gélatine après un séjour de 25 heures dans une chambre bien fermée, de 33 mètres cubes, où l'on avait dégagé 10 volumes d'acide sulfureux pour 100 volumes d'air !
La destruction de toute vitalité est plus facilement obtenue quand les produits en expérience sont humides au lieu d'être desséchés, mais Wolffliûgel leur a néanmoins trouvé une résistance surprenante. Dans une cage en verre, il dégageait un mélange représentant 4 volumes et demi d'acide sulfureux pour 100 volumes d'air, et au bout
(1) Wolffhûgel, Ueber deii Werlh der schwefligen Saure al* DeiinfeetiontmiUel. (Miltheilungen ans dem Kaiserlichen Gcsundheilsamte, T. I, Berlin, 1882, p. 224 ei Revue d'hygiène, mars 1882.)
de 24 heures cette ppoportion n'était descendue qu'à 3 volumes, ce qui prouve que la caisse fermait hermétiquement. On plaça dans la cage des fils de soie chargés de spor- i charbonneuses puis desséchés, de la terre de jardin riohe en spores, etc. On remplit la cage de vapeur d'eau et on y laissa séjourner ces objets pendant 24 heures pour les rendre humides. Au bout de ce temps, on fit arriver le gaz acide sulfureux dans la cage, dans la proportion indiqué*^ ci-dessus ; au bout de 24 heures, les «pores charbonneuses avaient perdu toute activité, mais la terre riche en spores pouvait, non sans peine, réussir à ensemencer des liquides de cultures.
En recommeni^ant l'expérience dans une chambre bien close, de 26 mètres cubes, le résultat fut bien diRl^nt. On introduisit 18,56 volumes de gaz acide sulfureux pour 100 volumes d'air ; au bout de 25 à S5 minutes, l'air n'en contenait plus que 4 volumes, et que 1 ,8 au bout de 3 heures ; l'acide s'était diffusé à travers les porosités de la muraille, ou avait disparu par les fissures. De nombreux échantillons de terre de jardin avaient été cachés à des profondeurs variables sous les plis d'une bande de flanelle enroulée. Au bout de 24 heures, la terre n'avait été nullement désinfectée ; mais les spores charbonneuses imprégnées dans un paquet de fils de soie rendus humides avaient perdu toute vitalité.
Dans une cage en verre, on plat,'a de la terre charbonneuse, de la terre de jardin riche en spores, etc. Après un séjour de 24 heures dans un atmosphère contenant 10 volumes d'acide sulfureux pour 100, beaucoup de spécimens restaient intacts et ijouvaient ensemencer des liquides de culture; toutefois, de la terre charbonneuse qui avait été humectée d'eau fut trouvée complètement désinfectée.
M. WolffUiigei conclut de ses expériences que l'acide sulfureux, même à la dose de 10 volumes pour 100, dose qu'il est déjà très difficile d'atteindre dans la pratique, est
164 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
un désinfectant qui ne donne pas de sécurité, surtout quand les objets suspects ne sont pas complètement humectés d'eau.
Contre des expériences bien faites, on ne peut rien objecter. Toutefois, nous ferons remarquer que la résistance extraordinaire que l'on constate aux doses très élevées d'acide sulfureux est surtout le fait de spores qui ne sont nullement pathogéniques : spores du bacillus subtilis du foin, de la terre de jardin, etc. ; au contraire, les spores charbonneuses sont généralement détruites beaucoup plus facilement. Ce sont ces derniers éléments qui nous intéressent le plus, et il n'est pas prouvé que les protorganismes pathogéniques aient la même résistance extraordinaire à l'action de l'acide sulfureux. D'autres expériences, citées plus haut, démontrent heureusement que l'acide sulfureux, à doses moyennes, détruit l'inoculabilité de beaucoup de virus. C'est là le fait à retenir ; il ne faut pas, en raison de certaines exceptions que nous ne contestons pas, trop rabaisser la valeur désinfectante de l'acide sulfureux, qui est en réalité l'un des agents les plus efficaces, les plus économiques, les plus facilement applicables que nous connaissions.
C'est par l'acide sulfureux que les sulfites ont des propriétés antiseptiques manifestes; nous n'avons donc pas à en parler ici. Il en sera question au contraire à propos de la pratique de la désinfection, et particulièrement en ce qui concerne les sulfites de soude et de magnésie, auxquels Polli attribuait jadis une grande valeur comme désinfectants ou neutralisants internes.
Le sulfite de soude a été recommandé en ces dernières années par Minich, de Venise (1876), comme très peu coûteux, nullement irritant, et comme un antiseptique assez efficace. On peut l'employer en pulvérisations ou en irrigations pour laver les plaies, aux doses suivantes ;
Salfite de soude. 100 f^rammes.
FUHIGATIOIilS D'ACIDE NITRIQUE, tiljcfnna SO gr»nuat».
On a proposé un moyen économique, parait-il, d'obtenir rapidement de grandes quantités d'acide sulfureux. On place au milieu de la chambre à désinfecter un baquet contenant du bisulfite de chaux sur lequel on verse de l'acide chlorhydrique. Depuis que l'acide anhydre a pris un râle important dans plusieurs industries, on a cherché à l'utiliser comme source de vapeurs sulfureuses désinfectantes, mais le prix en est encore beaucoup trop élevé (5 à 6 francs lo kilogramme), pour que son emploi soit réalisable dans la pratique de rhygiène.
F[;migatio>'s d'acide nitrioue. — Voici dans quelles conditions Smith découvrit ou du moins appliqua les fumigations acides qui ont gardé son nom.
Sur la fin de l'hiver n80, une épidémie de lièvres malignes se manifesta parmi les Espagnols prisonniers qu'on avait transportés à Winchester. Le D' James Carmichael Smith, médecin de rh6pital de Middiesex, y fut envoyé par la Chambre des communes pour désinfecter l'hôpital. C'est là, probablement, que Smith employa pour la première fois les vapeurs nitriques ; toutefois, il tomba malade lui même avant, dit-il, d'avoir découvert les moyens de prévenir la contagion. Mais c'est surtout sur plusieurs pontom ou navires de la flotte anglaise, ravagés par le typhus en 1195 et 1199, que Smith et son auxiliaire, le D' Menzies, réussirent à obtenir une désinfection très efficace par ces fumigations acides. Le 24 juin 180â, la Chambre des communes, sur une pétition de Smith, volait en faveur de ce savant, à titre de récompense nationale et d'indemnité, une somme de 3,000 livres sterling (125,000 francs). Nous n'avons pas à rappeler les protestations, d'ailleurs courtoises mais très vives, de
266 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
Guyton-Morveau (1), qui revendiquait pour lui-même la priorité de la découverte du pouvoir désinfectant des fumigations acides en général ; il n'était pas encore question du chlore. Voici comment on opéra sur le vaisseau hôpital YUniotty à Sheerness, en novembre 1195.
c On fit chauffer du sable fin dans une marmite de fer ; on en remplit des capsules de terre ; dans chacune de ces capsules on enfonça une tasse à thé, contenant 12 à 13 grammes d'acide sulfurique concentré. Quand Tacide eut atteint un degré de chaleur ^convenable (?), on y ajouta peu à peu une égale quantité de nitre pulvérisé. On remua le mélange avec une spatule de verre jusqu'à ce que la vapeur se dégageât en abondance. Ces capsules furent portées dans tous les quartiers par des infirmiers et des convalescents, qui les posèrent de temps en temps sous les lits des malades et dans tous les endroits où Ton pouvait soupçonner de l'air putride. La fumigation fut ainsi continuée jusqu'à ce que tout l'espace des entreponts fût rempli de cette vapeur, qui paraissait comme un épais brouillard. »
Le D' Menzies, qui présida à ces opérations, ne manque pas d'observer qu'il fallait procéder avec grandes précautions. Pendant le transport des capsules, un grand nombre de malades étaient pris de toux violente. Il ne dit pas malheureusement si, indépendamment de cette toux, il ne survint pas des inflammations bronchiques graves chez ceux qui avaient respiré ces vapeurs, t Tous les linges et vêtements de malade furent exposés, autant que possible, à ces vapeurs pendant la fumigation. Les linges sales furent plongés immédiatement dans l'-eau froide, étendus sur le pont jusqu'à ce qu'ils fussent presque secs, et exposés à la fumigation avant d'être envoyés au blanchissage. •
(1) L.-C. Guyton-Morveau, Traité des moyenit de désinfecter Vair, de prévenir la contagion et d'en arrêter le progrés; â*édit. arec planches, Paris i805. 1 roi. io-S* de 441 pa^s.
FUMIGATIONS D'ACIDE NITRIQUE. an
L'auteur ne dit pas si ces effets px linges étaient altérés par ces vapeurs nitriques.
Pour désinfecter le vaisseau hôpital VVnion, le D' Menzies dépensa pour la première fumigation, qui avait lieu le matin, environ 14 onces (330 grammes) d'acide sulfurique et autant de nitrate de potasse, le tout réparti dans 21 capsules dissémmees dans les différentes parties du navire ;
lî cip'ules pour la funiii;atinn du ponl inréricur, tO pour celui du miliru,
i pour la rhambrr d< i orCcicre,
3 pour cille dos marins,
i pnur 11 lavoir
Total. SI
Une seconde fumigation était faite le soir ; mais comme tout était fermé, et qu'on n'avait pas la même facilité pour introduire de nouvel air, on jugea qu'il n'était pas nécessaire d'employer la même quantité de capsules. On ne dépensa donc que la moitié des quantités indiquées plus haut. Ces fumigations furent ainsi répétées pendant 8 autres jours ; non seulement personne n'en éprouva la moindre incommodité, mais le D' Menzies observa encore qu'en même temps la malignité de la maladie diminuait. L'odeur, qui était horrible dans les cliambres où s'entassaient les typhiques, disparut coniplètcmcnl. « L'espérance commença à reparaître sur tous les visages. » Le D' Keir, qui a lui aussi été chargé d'appliquer la méthode sur les vaisseaux anglais, insiste dans son rapport (1796) sur ce fait, que par le procédé de Smith la fumée est blanche, qu'elle n'est pas suffocante, qu'elle a même une odeur fort agréable, qu'elle diffère complètement des vapeurs rougoâ- 1res, suffocantes d'acide hypoazotique qui se produisent lors de la dissolution des métaux par l'acide nitrique. Ce n'est qu'à la fin de l'opération, lorsqu'on donnait un trop grand
368 UKSISFECTASTS ES PART1CULIEH.
coup lie feu, qu'il s'élevait quelques vapeurs rouges, alors
très désagréables et nuisibles.
Il est difficile de ne pas être frappé par les résultats que Camichael Smith obtint en 1180, dans tette épidémie de typhus qui sévil à Winchester parmi les prisonniers espagnols gardés î^ur les pontons. Le tableau suivant parle mieux que toute description.
FUMIGATIONS D'ACIDE HYPOAZOTIQUE. Ms
dents graves observés de nos jours par les médecins qui ont voulu employer les fumigations dites nilreuses.
L'on voit qu'en somme Smith ne versait sur le nitrate de potasse qu'une petite quamilé d'acide sulfurique à la fois, et qu'il disséminait S*! capsules, ne contenant chacune que 4i grammes d'acide sulfurique, dans la vaste étendue d'un vaisseau servant d'h<)pital à la flotte anglaise et à la flotte russe; il est certain que les expérimentateurs modernes ont employé des doses beaucoup plus considérables d'acide, et que les vapeurs irritantes se dégagent à flot dans les salles qu'ils désînfeclcnt.
Nous attribuons aujourd'hui l'action principale dans cette opération à l'acide hypoazotiquc dont les vapeurs rutilantes sont suffocantes et ont un pouvoir destructeur considérable. Guyton-Morveau croyait au contraire, comme la plupart des hygiénistes de son temps, qu'il fallait éviter la production de ces vapeurs rutilantes, dont la valeur désinfectante lui paraissait plus faible et qu'il reconnaît être tout à fait irrespirables et dangereuses. Dans son Traité, ilpoui^ suit avec Odier de Genève une longue discussion de priorité sur le procédé à froid et à l'air libre, qui permet de faire des fumigations nitriques, * sans aucun mélange de gaz nilreux > (p. 119). Les Anglais ont conservé dans une large mesure l'usage des fumigations à l'aide de l'acide nitrique. Ils ne paraissent pas craindre autant que nous l'action corrosivc de ces vapeurs sur les muqueuses des personnes et sur les objets matériels. La difTérence tient sans doute à la différence du mode d'emploi, aux doses d'acide décomposé, et aussi à la confusion trop grande de l'acide nitreux (AzO*) avec l'acide hypoazotiquc.
Fumigations mtkeuses ou d'acide uvpoazotique. — Quand on verse de la tournure de cuivre dans un mélange d'eau et d'acide azotique, il se dégage du bioxyde d'azote qui, en enlevant de l'oxygène à l'air, se transforme en ces vapeurs
tro DËSINFBCTANTS EN PABTUUUER.
ruUlatites cl suffocantes, caractéristiques de l'acide liypoazotiqnc. L'instabilité des coiuposés oxygénés de l'azote est extrême, et jusqu'ici e'csil h l'flcidc hypoazotiqtic que l'on b donne le plus d'HtlciUion au point do vuft de l'appiicatiun à la désinfiTtion. De» travaux tout récents do MH. <lininl et l'iili^l s>-iiibleiit au contraire prouver que le véritable acide nitri'ux (A/,0') jouit des propriétés désiiiTectantt» les plu» activcR à des doses extrëmemtint faibles, incapables d'impressionner les animaux et l'hominc d'une fai,'on gênante ou dangereuse; il agirait à la fa(;on de l'ozone, et de faibles quantités arrêteraient les fermentations, stériliserairait les liquides de culture, etc. L'acide hypoazotjqui;, au contraire, qui accompagne trop souvent l'acide nitreux, meraii un agent incommode et dangereux. Le savant directeur du laboratoire municipal nous a fait assister à de curieuson expériences sur ce sujet; ses recherches ne sont pas encore terminées au moment où ces feuilles s'impriment, mais, dans la seconde partie de net ouvrage (Dési.\fectios ihu lxtwnks), une noie do MM. Gir^iid c[ Pnbsi fi-ia connaître les résul tais auxqui'ls ils' siirii niitM''-. rt luiiparcil fort iiigéùicux
FIMIGATIONS D'ACIDE HTPOAZOTU|UE. S7I
bioxyde d'azote, en présence del'oxygène de l'air, régénère aussitôt l'acide liypoazotique (AzO* + 0':^AzO*), et le même cercle recommence tant qu'il reste dans le local des substances organiques à détruire et de l'oxygène libre. C'est un phénomène analogue à celui qui se produit dans les chambres de plomb , pour lii formation de cet acide nitrosulfurique dont MM. Girard et Pabst ont proposé remploi pour l'assainissement des matières de vidange.
Dans un rapport lu à l'Académie des Sciences en IHIi, Payen (I) dit qu'on s'est accordé à placer l'acide hypoazotique au premier rang des agents destructeurs des germes infectieux. * Dans son action rapide, ce composé se réduit lui-même à l'élat de bioxyde d'azote neutre, qui emprunte aussitôt à l'air ambiant de l'espace k désinfecter, deux équivalents d'oxygène pour se reconstituer à l'état de vapeur nitreuse, et reconquérir toute son énergie première ». Voici les précautions que formulait Payen dans le rapport cité plus haut :
< Il faut calfeutrer soigneusement avec des bandes de papier collé tous les joints des croisées et dés portes, avant de produire l'acide hypoazotique. Pour chaque lit, pour l'espace correspondant, soit environ 30 à 40 mètres cubes, on emploiera : eau i litres ; acide azotique ordinaire du commerce, t,300 grammes; tournure ou planure de cuivre, 300 grammes. On aura disposé d'avance pour ces quantités autant de terrines d'une contenance de 8 à <û litres, qu'il y aura de lits ou de capacités de 30 à 40 mètres cubes dan:) le local ; on versera dans chaque terrine l'eau et l'acide ; puis, en commençant par la terrine la plus éloignée de la porte, on placera successivement et sans précipitation les 300 grammes de tournure de cuivre enfermés dans un sac de papier grossier. La porte du local sera entièrement close,
(I) Payen, Oitinfrction 4tt locaux afftctéi, pendant le tifgt de Poriïi aux penomiet elleinle* de maladUi eoHlagieuitê. {Complet rmifi», 6 mars
272 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
et les choses seront laissées dans cet état pendant 48 heures. La réaction chimique donnera lieu à de Tazotite de cuivre et à du hioxyde d'azote qui se transformera en vapeur rutilante. Après 48 heures, on entrera dans le local avec Tappareil Galibcrt, qui permet, par sa provision d'air, de pénétrer dans tous les endroits pleins de gaz dangereux, insalubres ou toxiques, et d'y séjourner même un quart d'heure ; on ouvrira les fenêtres ; cette ventilation éloignera toute vapeur nitreuse. > L'emploi d'un appareil Galibert, recommandé par Payen, n'est vraiment pas pratique; il est en général facile d'établir un large courant d'air en ouvrant du dehors les portes et même les fenêtres, et de ne pénétrer dans le local que lorsque toutes les vapeurs se sont dissipées.
M. J.-Lane Notter (1) donne la supériorité aux fumigations dites nitreuses pour la désinfection des chambres de malades, mais la dose qu'il emploie est considérable. Pour une chambre de 53 pieds cubes (1 mètre et demi de capacité), il place 2 onces (56 grammes) de copeaux de cuivre, dans 50 centimètres cubes d'acide nitrique concentré, soit 0,35 d'acide nitreux pour cent volumes d'air. Un vase contenant 100 centimètres cubes d'infusion de bœuf remplie de bactéries, fut laissé pendant 48 heures dans cette chambre d'expérience; au bout de ce temps, il n'y avait aucune trace de putréfaction, l'activité des bactéries était diminuée, tandis que la décomposition était très avancée dans le même liquide abandonné dans une chambre non fumigée.
Avec de telles doses, il n'est pas étonnant que l'action antiseptique soit produite. Mais qui songerait à faire agir 3 litres d'acide nitrique pur sur 3 kil. 360 de copeaux de cuivre pour désinfecter une chambre cubant 100 mètres! Nous regrettons que M. Lane Notter, dont les deux mémoires sont d'ailleurs faits dans un excellent esprit, n'ait
(1) D' J. Lanc Noiicr, On the expérimental study of diiinfectanU, [The Dublin Journal of médical icience^ n* 114, V juin 1881, p. 508.)
FUMIGATIONS D'ACIDE UVPOAZOTIQUE. s73
pas tenu compte des proportions des désinfectants expérimentés. Les doses qu'il emploie sont du reste identiques avec celles indiquées par Payen.
Les fumigations d'acide hypoazotique sont très dangereuses. H, Angus Smith dit avoir observé trois cas de mort par l'exposition à ces vapeurs, alors cependant que celles-ci n'impressionnaient pas les sens d'une façon assez désagréable pour avertir les hommes du danger qu'ils couraient. Gubler nous racontait qu'en 1811, à la suite de l'épidémie de variole qui ravagea Paris, on avait voulu désinfecter plusieurs salles de l'hôpital Beaujon par les fumigations hypoazotiques; plusieurs personnes qui avaient pénétré sans précaution dans les salles après l'opération et avant que la ventilation eut dissipé complètement les vapeurs acides, furent prises de bronchites généralisées très graves.
Un médecin allemand, Tandler (1), a observé un cas de bronchite grave, produite par le dégagement d'acide hypoazotique, chez un industriel qui préparait du cirage en versant de l'acide nitrique sur de la limaille de fer; les vapeurs qui se dégagèrent immédiatement de la bonbonne remplirent la salle; l'ouvrier continua à séjourner dans la pièce pendant une demi-heure, et il présenta le jour même les symptômes d'une bronchite capillaire généralisée, qui d'ailleurs se termina par la guérison. Tiindler a réuni trois autres observations de bronchite grave par l'action de ces vapeurs, observations relatées par Sucquet, Charier et Desgranges. La violence des accidents lui a paru telle qu'il se demande s'il faut l'imputer seulement k la généralisation extrême de la bronchite, ou si l'on ne doit pas invoquer un véritable empoisonnement, une action spéciale du gaz sur ie système nerveux par l'intermédiaire du sang directement altéré. Ces fumées sont d'autant plus dangereuses
(1] Tandler, Zur Ciuuiitik der durcit Einalhtaung unlerialpelenaarr Dampfe htrvorgeritfeatn Brenehitm. {Arcli. f. Htilkundt, T. XIX, p. SSt, et Rtviie ih^gUne, 181<J, p. lU.)
274 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
qu'elles ne provoquent pas immédiatement la toux comme celles d'acide sulfureux ; les observations qui précédent sont une preuve de son action insidieuse. Dans les chambres de plomb qui servent à la fabrication de Tacide sulfurique, il se dégage parfois des torrents de fumées rutilantes au moment où les ouvriers y jettent, pour les laver, de l'eau sur les cristaux d'acide nitro-sulfurique qui se forment dans ces chambres. Les ouvriers employés dans ces usines présentent souvent des inflammations graves et suraiguès de la muqueuse respiratoire, ayant une telle origine.
Ces fumigations altèrent promptement les tissus, les métaux ; leur action est par conséquent très énergique sur les miasmes, les poussières suspectes, les composés organiques en décomposition : malheureusement, cette causticité même restreint les conditions d'emploi de l'acide. 0. Réveil, dans son mémoire sur les désinfectants, fait un grand éloge de cet agent; mais il nous semble qu'il en parle plus en chimiste qu'en praticien, et qu'il n'a pas assez tenu compte des difficultés et des dangers que présente cette opération ; elle doit être réservée pour les locaux entièrement vides, et dont le matériel a été enlevé.
Il est évident que la pratique usitée de nos jours n'est en rien comparable avec celle de Smith ; nous avons vu que ce dernier faisait ses fumigations nilreuseSy pendant que les malades restaient couchés dans leur lit, et cependant il n'observait ni accident, ni malaise chez les individus soumis à ces inhalations. Il évitait au plus haut point la formation d'acide hypoazotique ; en tout cas, la quantité de ce gaz était très minime. 11 obtenait cependant une désinfection véritable ; peut-être produisait-il sans le savoir de l'acide nitreux (AzO^), car il signale l'odeur agréable que dégageait l'opération, et en suivant les expériences de MM. Pabst et Girard, faites avec l'acide nitrelix obtenu des cristaux des chambres de plomb, nous avons constaté une odeur aromatique, éthérée, accompagnant le dégagement
FUWGATIONS D'ACIDE CaLOftHYDRIdLE. 315
do cet acide. Il serait désirable que les expériences de Smith fussent reprises, en employant exactement les formules et les doses indiquées par le praticien anglais.
Les seules expériences récentes, à notre connaissance, sont celles du médecin américain Stcrnberg, en 1881. Ce médecin, dans ses études comparatives sur les divers désinfectants, a vu que 1 volume de vapeurs rutilantes dans 100 volumes d'air stérilisait le virus vaccin après 6 heures d'exposition; 1/2 volume pour 100 sufRt pour rendre stérile de l'urine chargée de bactéries et pour la rendre incapable de fertiliser de l'urine de culture, mais 1/4 de volume pour 100 n'a pas de pouvoir désinfectant. Le même résultat a été exactement obtenu avec le gaz acide sulfureux. Le chlore, l'acide nitreux, l'acide sulfureux ne sont d'après lui désinfectants qu'à la dose 1 p. 100 dans l'air.
FtiHicATioNs d'acide cHLORiirDRiQL'E. — Cc quo. Guyton- Horveau considérait comme son plus beau titre de gloire et comme un immense bienfait rendu à l'humanité, ce qui lui valut en 1808 la récompense très haute d'oflicier de la Légion d'honneur, ce qui fut toute sa vie l'objet d'un conflit avec Smith, c'est la découverte de l'action désinfectante des fumigations acides, et en particulier d'acide muriatique simple, c'est-à-dire d'acide chlorhydrique.
Héme en 1803, la confusion était telle entre deux termes en apparence semblables, que dans le procès-verbal des médecins du lazaret de Marseille, lors d'une apparition de la iièvre jaune sur plusieurs navires venant d'Espagne et d'Elrurie aux mois d'octobre et novembre 1804, il est dit qu'on fit usage du parfum suivant la méthode de Guytoti- Morveau; or, le rapport mentionne expressément qu'il s'agissait simplement d'un mélange d'acide muriatique et d'acide sulfurique, qui ne peut dégager du chlore.
Au contraire, Desgenettes, dans un rapport communiqué à la première classe de l'institut, le IS messidor an Xlli, dit que depuis un an il a • continué de faire dans l'hôpital
276 DÉSINFECTANTS EN PARTICUUER.
militaire de Paris, des fumigations de gaz acide muriatique oxygéné, suivant le procédé et la méthode de M. Guylon-Morveau » ; il est probable que Desgenettes voulait parler des fumigations de chlore, ce corps étant alors désigné sous le nom d'acide muriatique oxygéné. Nous verrons un peu plus loin comment la ressemblance apparente de ces deux expressions a introduit une confusion que Guyton-Morvcau a en quelque sorte acceptée et que Topinion publique a consacrée.
Les premiers travaux de Guy ton -Mor veau portèrent sur remploi des fumigations acides comme agents désinfee* tants. Guyton partait d'une idée théorique : il pensait que les vapeurs très expansibles de Vacide chlorhydrique pouvaient saisir Tauimoniaque, qu'il considérait comme le véhicule des miasmes odorants, et les abandonner ainsi à leur propre pesanteur. Les fumées blanches que Tacide chorhydrique forme dès que Ton débouche au voisinage un flacon d'ammoniaque, lui avaient sans doute inspiré cette théorie. C'est en 1173 qu'il fit la première application publique et solennelle de son procédé.
Les caves sépulcrales de la principale église de Dijon (Saint-Étienne), se trouvant remplies à la suite de l'hiver de 1773 qui n'avait pas permis d'ouvrir la terre gelée des cimetières, l'infection de ces souterrains puis de l'église devint insupportable; On avait tout essayé sans succès. Le 6 mars 1773, il fit verser deux livres d'acide sulfurique concentré sur 6 livres de sel marin ; un réchaud plein de cendres chaudes devait échauffer peu à peu le bocal contenant le mélange. Le lendemain, on ouvrit les locaux, où il n'y avait plus vestige de mauvaise odeur. L'année suivante, il désinfecta de même et avec succès l'hôpital de Dijon, où régnait le typhus; Vicq d'Azyr fit purifier de la sorte les étables des villages que ravageait une épizootie presque générale dans le midi de la France. La fumigation guytonienne par le sel marin et l'huile de vitriol, fut una-
ACIDE CHLORBYDRIQUE. 37)
nimement conseillée par l'Académie des sciences, les États du Languedoc, le Conseil de santé des armées et de la flotte, de nSO à 180B.
Le procédé employé par Guyton-Morveau pour désinfecter les vaisseaux ouverts à l'aide de l'acide murialique ordinaire (Fumigations d'acide clilorhydriquc) est le suivant : Pour une capacité de 350 mètres cubes, il emploie les doses ci-dessous :
Sel mariD 300 gramiiiei.
Acida ralfuriqae A, &)• Baume. . . . 340 —
Si on veut obtenir un dégagement successif de vapeur, on affaiblit l'acide sulfurique en l'étendant d'un volume égal d'eau, et l'on ne verse ce mélange que peu à peu, par intervalles. Au lazaret de Marseille, on plaçait dans des capsules de l'acide chlorhydrique au lieu de sel, et l'on y versait de l'acide sulfurique. Pour un navire de 100 à 200 tonneaux, on employait 360 grammes d'acide chlorhydrique et 180 grammes d'acide sulfurique ; pour un appartement de 10 mètres de c6té (sic), la dose était : acide chlorhydrique 300 grammes, acide sulfurique ISO grammes.
( Ces doses sont pour servir dans le moment que ces appartements ou locaux sont occupés.... En cas de maladie contagieuse, il faut avant d'habiter ces lieux doubler la quantité de chaque dose, et tenir pendant trois jours consécalifs les portes et les fenêtres exactement fermées. Ces parfums, ajoute le rapport, sont administrés deux fois par jour, et pendant 8 jours, aux équipages, passagers et bâtiments de provenance suspecte. »
Guyton-Morveau vante l'expansibilité extrême des vapeurs d'acide chlorhydrique, qui pénètrent dans toiiies les fissures et atteignent les parties les plus élevées des édifices, ce que ne peuvent faire les vapeurs d'acide nitrique. Il paraîtrait, d'après ses observations, que ces vapeurs chlorhydriques , complètement abandonnées aujourd'hui,
178 DÉSINFECTANTS EN PARTICUUER.
n*étaient pas aussi irritantes qu'on pourrait le croire à priori. Nous ne pouvons admettre cependant que les doses employées au lazaret de Marseille fussent inoffensives pour les hommes habitant les locaux.
Smith, comparant la valeur des fumigations chlorhydriques et nitriques, a tenu pendant un quart d'heure un oiseau dans un récipient de 881 pouces cubes, rempli de vapeurs chlorhydriqucs ; il rapporte que Toiseau en sortit aussi agile qu^auparavant. Lui-même s'enferma avec un collaborateur dans une chambre de 36 mètres cubes, pour juger par euxmêmes de rimpression que pouvaient faire les vapeurs de cet acide ; la dose d*acide n'est pas indiquée, mais elle devait être très forte, car les vapeurs obscurcissaient les objets, comme dans l'emploi de Tacide nitrique. Smith et son aide disent : t Nous trouvâmes ces vapeurs plus poignantes et plus irritantes que celles de Tacide nitrique. Elles nous firent un peu tousser ; mais pourtant nous n'en fûmes pas bien incommodés, et elles n'excitèrent point en nous ce sentiment de constriction et de suffocation que produit Tacide sulfureux. »
Le Conseil de santé, après trois épreuves dans divers hôpitaux, conclut (14 pluviôse, an II) c que ce procédé peut être exécuté sans inconvénient et avec le plus grand avantage dans les salles habitées par les malades. Odier, de Genève, dit bien avoir éprouvé que l'odeur du gaz muriatique est désagréable aux habitants des salles, qu'elle provoque la toux chez les malades atteints de la poitrine, ce que Ton comprend sans peine.
Ces fumigations chlorhydriques sont à tel point abandonnées et oubliées aujourd'hui, que personne ne connaît plus par expérience leur efficacité, leurs avantages, leurs inconvénients. Il serait bon de les expérimenter de nouveau, au moins pour les locaux non habites; leur action désinfectante parait très énergique, si Ton en juge par une expérience citée par Guyton-Morveau :
CHLORE. — CHLORURES, ETC. ns
« Le D' Cabanellas, lors de la terrible épidémie de l'Andalousie, en nSO, ayant exposé à la vapeur de l'acide muriatique simple, pendant 16 jours, des morceaux de chair très fétides, il n'y eut pas la plus légère trace d'odeur putride. »
Chlore. — Le chlore gazeux aune densité très élevée: un litre de gaz chlore pèse 3", 16 ; un litre d'eau, à la température de 4- 80° C, en peut dissoudre 3 volumes, soit 9*',48 de chlore; à -\- IT C, il en dissout 2 volumes 42. soit ']*','Î4. Pour obtenir un litre de gaz chlore, il faut traiter par l'acide chlorhydrique en excès S grammes au moins de bioxyde de manganèse du commerce.
Le chlorure de ckatix sec du commerce, quand il est récemment préparé, doit marquer au moins 90 degrés chlorométriques (il en pourrait à la rigueur marquer 110), c'est-à-dire que un kilogramme de chlorure sec doit pouvoir dégager au minimum 90 litres de chlore gazeux. Dans le commerce ordinaire, le chlorure de chaux sec ne contient souvent que 80 et même T3 volumes de chlore, soit 250 grammes de chlore gazeux par kilogramme; il est donc prudent dans la pratique des opérations de l'hygiène de ne compter que sur ce dernier chiffre.
Le Codex désigne sous le nom de chlorure de chaux liquide une solution qui se prépare d'après la formule suivante :
Chlorure da ebanx lec. .
Le chlorure de soude ou d'oxyde de sodium, hypochlorite de soude, ou liqueur de Labarraque, contient également deux fois son volume de chlore gazeux et marque 200 degrés chlorométriques.
Veau de Javelle, ou hypochlorite de potasse, est une solution incolore, parfois colorée en rose avec du caméléon minéral pour lui donner l'aspect commercial. Elle contient
280 DÉSINFECTANTS EN PARTICUUER.
très souvent de Thypochlorîte de soude et un excès de carbonate de potasse. L'eau de javelle forte du commerce marque 18 degrés à Taréomètre de Baume. .Bien qu'elle soit plus spécialement réservée pour le blanchiment des étoffes, elle peut avantageusement être employée comme désinfectant. L'instruction du préfet de police, en date du 23 novembre 1853, concernant les moyens d'assurer la salubrité des habitations, recommande l'emploi de Teaa de Javelle étendue dans 100 fois son poids d'eau, pour laver les tuyaux des eaux ménagères, les parties dallées ou pavées , les cours , les escaliers. L'emploi du chlorure de chaux (hypochlorite), dit-elle, aurait l'inconvénient de laisser à la longue un sel hygroscopique (chlorure de calcium), qui entretiendrait une humidité permanente, contraire à la salubrité.
Les travaux modernes permettent de se rendre compte de l'action désinfectante du chlore : il décompose l'hydrogène sulfuré, Thydrogène phosphore, l'ammoniaque et les matières organiques volatiles, en s'emparant de leur hydrogène; l'acide chlorhydrique, qui résulte de la combinaison du chlore et de l'hydrogène, peut aussi neutraliser une certaine quantité d'ammoniaque; enfin, le chlore étant volatil se répand dans toutes les parties de l'atmosphère, et va pour ainsi dire à la rencontre des gaz méphitiques. Quand on introduit du chlore dans une éprouvette contenant de l'hydrogène sulfuré, le volume du mélange diminue, et les parois intérieures se recouvrent de soufre; cette faculté déshydrogénante du chlore explique très bien son application à la désinfection de l'air souillé par les produits de la décomposition putride, puisque celle-ci s'accompagne presque inévitablement de formation d'hydrogène sulfuré.
De même, la propriété du chlore de blanchir et de décolorer les tissus ou les objets, s'explique par la tendance du chlore à soustraire à ces corps l'hydrogène qui entre dans
CHLORE. — CBLORIKES, ETC. m
leur composition. C'est de la même façon, c'est en les décomposant par la soustraction <le leur hydrogène, c'est en les détruisant, que le chlore désinrecte; il «st vraisemblable qu'il détruit réellement les miasmes; malbeureusement, nous ne savons pas bien quelle est la constitution chimique de ces miasmes.
L'action du chlore est double : le chlore se combine avec l'hydrogène et forme des produits nouveaux, presque certainement inofTensifs ; d'autre part, l'oxygène, devenu libre par la décomposition de l'eau, se dégage k l'état naissant, et a sous cet état une activité, un pouvoir oxydant qui contribue pour sa part à la destruction de la matière suspecte. Lors de l'emploi des hypochlorites, l'acide hypochloreux n'est mis que peu à peu en liberté, par l'action de l'acide carbonique de l'air; il se fixe donc sur la soude une certaine quantité d'acide carbonique, et cette dernière source d'altération de l'air confiné tend aussi à diminuer par l'emploi des hypochlorites.
La présence de l'aeide carbonique dans l'air est indispensable pour provoquer le dégagement du chlore contenu dans les chlorures, et assure l'action désinfectante de ceux-ci. D'Arcet et Gaultier de Claubry ont fait voir qu'en faisant passer de l'air putride, privé par les alcalis caustiques d'acide carbonique, à travers du chlorure de chaux sec, cet air n'était pas désinfecté; dès qu'on supprime le flacon laveur, l'acide carbonique passe, décompose l'acide hypochloreux et la désinfection a lieu.
Dans les locaux habités, cette action lente et continue de l'acide carbonique assure un dégagement insensible, continu et supportable de chlore. C'est là un des avantages du chlorure de chaux, dont l'odeur est moins vive, moins sufTocante, et dont le transport à l'état pulvérulent est beaucoup plus facile que celui des acides nécessaires aux fumigations directes de chlore.
Dans les expériences comparatives faites par M. Fer-
282 DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
mond sur les latrines de la Salpètrière en 1858, on employait par jour 3 kilogrammes de chlorure de chaax sec, délayés dans environ 10 seaux d'eau; ce lait de chaux était projeté dans les fosses de manière à humecter la plus grande partie possible de leurs surfaces intérieures ; Topération fut continuée chaque jour pendant un mois. Dans les premiers jours, au moment où Ton jetait le liquide dans la fosse ou sur le sol et les parois des cabinets, il se développait d'épais nuages blanchâtres, dus à la formation d*une abondante quantité de chlorhydrate d'ammoniaque ; ces vapeurs cessaient de se former au bout de quelques jours, alors que Tcxcès d'ammoniaque avait disparu, infiltré dans répaisseur des murailles, des matériaux poreux, ou accumulé dans la fosse.
Cette réaction se produit souvent, il est nécessaire d'en donner Texplication. Le chlore ne se combine pas directement avec Tammoniaque ; mais celle-ci est en partie décomposée par le chlore en hydrogène et en azote. Le premier de ces corps se combine avec le chlore pour faire de Tacide chlorhydrique , lequel à son tour s'unit avec Pammoniaque pour constituer le sel ammoniac ou chlorhydrate de cette base. Une certaine quantité d'azote reste libre, mais ce gaz est sans odeur.
Le chlore, par cela même qu'il décompose rapidement les sels d'ammoniaque, détruit ou altère les engrais ; cette action est très manifeste quand on verse sur les fumiers du chlorure de chaux ou une base alcaline; il se développe en même temps un gaz très acre. Les chlorures ne doivent donc pas être employés, quand on veut ménager les matières fertilisantes. En outre il y a inconvénient à mélanger le chlorure de chaux aux laits de chaux qui servent à blanchir les murailles, parce qu'il se forme alors un chlorure de calcium déliquescent.
Liebig (1) a prétendu que l'usage fréquent du chlore dans
(t) Robert-Angus Smith, Loeo eitato, p. 49.