CHLORE. - CHLORURES, ETC
Nous trouvons heureusement, dans des travaux récents, des expériences plus rigoureuses qui restituent au chlore la valeur relative au moins qu'il mérite. La vérité se trouve entre l'optimisme de Guyton-Morveau et le pessimisme de MM. Renault et Reynal, et nous verrons que le chlore ne mérite vraiment • ni cet excès d'honneur ni cette indignité ».
Déjà Gerlach avait admis les propriétés neutralisantes du chlore contre le virus morveux. M. Peuch, professeur de police sanitaire à l'École vétérinaire do Toulouse, a repris récemment cette question; il l'a résolue d'une façon positive par des recherches assez rigoureuses (1). Dans un ballon où se dégageaient des vapeurs de chlore, on suspendit une capsule contenant du jetage morveux. Au bout d'un quart d'heure, le virus fut recueilli et inoculé àune;1nesse; les plaies d'inoculation se cicatrisèrent et aucun symptôme de morve ne se manifesta. Comparativement, on inocula à une chienne du virus de même provenance i]ui n'avait pas été désinfecté : les plaies d'inoculation s'cntlammèrent, les ganglions sous-glossiens se tuméfièrent; la chienne devint manifestement morveuse, et ce qui le prouve, c'est que le pus provenant de sa plaie d'inoculation, transporté sur une nouvelle ânesse, transmit la morve à ce dernier animal.
Nous ne méconnaissons as.surément pas la valeur des expériences de M. Peuch, mais quand on en lit le détail dans le mémoire original publié dans le Lyon médical, on voit qu'on leur a donné une signification exagérée. On en peut simplement conclure, selon nous, que les vapeurs de chlore sont capables de détruire la virulence du liquide morveux; mais le fait important, au point de vue de la pratique, est la question de dose. Or, la dose, dans l'expérience citée, est vraiment e.\agéi-ée, et à moins de mettre
(I) Peuch. Hôte tur l'action antivirulenti du chtort etiet hgpeekloriUi aUalitu. {Lffon médical, 3 ociobra IBTft p. 154.)
s» DÉSINFECTANTS EN PARTICULlEll.
en doulc l'action chimiqui! du chlore sur les matières organiques, il éLail impossible que le virus ne fÛl pas dètruil. Voici lu texte même du mémoire de M. Peuch :
( Dans UTi liallori de la capacité de deux litres, j'ai mis 30 grammes de peroxyde de manganèse et versé par-dessus 150 grammes d'acide chlorhydrique ; ce mélange a été agile, puis cliaufTé légèrement, et le dégagement de chlore est devenu bien manifeste. J'ai introduit alors dans ce ballon une très petite capsule de porcelaine.... aui deux liei-s rcmiilic de jetage morveux. J'ai laissé le chlore agir pendant un quart d'heure. Au bout de ce temps, le jetage morveux.... était transformé en une sorte de magma épais et lilancliâlrc... qui fut, séance tenante, inoculé à une àncîisc de dix mois, assez vigoureuse, mais épileptiquc. »
Nous reconnaissons, avec M. Peucii, qu'en un quart d'heure tout le peroxyde de manganèse n'avait pas décora- ITOsé l'aL'idc chloiliydriquc, mais il n'est pas moins vrai que 30 grammes d'oxyde de manganèse dans une capacité de -1 liiivs. r,,iTr>| |,-iii h TM V\\>vj.r.\mm<-^ d'owde et
CHLORE. — caLURi;RES, ETC. 191
une demUheurc, en agitant à plusieurs reprises. L'animal inoculé avec ce mélange n'a nullement été incommodé. L'expérience est faite dans de meilleures conditions; il n'en faudrait conclure que ceci, à savoir : qu'en délayant 1 kilogramme de chlorure de chaux sec dans 9 litres d'eau simple, on obtient un mélange avec lequel on peut laver avec grand profit cl désinfecter les mangeoires, râteliers, stalles d'écuries, etc. souillés par le jctage morveux.... frais.
Bousquet avait anciennement expérimenté l'action du chlore sur le vaccin ; il était arrivé à des résultats négatifs, 11 avait employé du chlorure d'oxyde de sodium fourni par Labarraque et par Boullay, en augmentant graduellement la dose du clilorm-e jusqu'à avoir parties égales de vaccin et de liquide ; dans 13 expériences, le vaccin lui avait semblé conserver toutes ses propriétés, et il en concluait que le chlore n'a sur ce virus aucune action neutralisante. Mais plus tard, en Ig-iS, il reconnut avec une grande sincérité qu'il avait mal vu.
t Lorsque je commençai mes expériences, dit-il, j'y metlais trop de iirécipitation ; plus tard, je me ravisai. Je portai le vaccin et le chlorure sur une plaque de verre, je les agitai longuement avec la pointe de la lancette, afm de leur donner le temps d'agir l'un sur l'autre; l'expérience (l'inoculation) ainsi faite ne m'ayant donné aucun résultat, je conclus avec la même franchise et avec plus de raison que les chlorures décomjKisent, neutralisent le vaccin. » Nous allons voir que des recherches récentes et rigoureuses confirment cette dernière opinion.
Le D' John Dougall déposait sUr une plaque de verre un mélange à parties égales de vaccin et de glycérine neutre ; il laissait la plaque pendant trente-six heures sous une cloche de verre, où du chlorure de chaux, placé dans une soucoupe, dégageait des vapeurs abondantes de chlore. DoUgall s'assura que le mélange vaccinal prenait rapidement une réaction acide, et que l'inoculation était stérile, comma
292 DÉSINFECTANTS EN PARTIGUUKR.
toutes les fois que le vaccin, sous Tinfluence de tout autre agent, devenait acide.
Le D' Baxter a repris récemment ces recherches. Dans des tubes capillaires gradués, il recueille une quantité déterminée d'un même vaccin liquide; il mêle celui-ci soit à son volume d'une solution chlorée exactement titrée, soit à son volume d'une solution salée (NaCl à 0,5 p. 100). Sur le même enfant, il fait au bras droit 3 piqûres avec le vaccin dilué dans l'eau simplement salée, à l'autre bras 3 piqûres avec le vaccin désinfecté et conservé pendant quelques heures dans des tubes à vaccin scellés à la lampe. Les détails très minutieux du mélange des liquides et de la préparation des tubes sont longuement décrits dans le mémoire.
Voici ce que Baxter a observé :
Il n'y a pas de différence dans les résultats obtenus avec les deux vaccins, tant que la lymphe reste alcaline et tant que la proportion du chlore libre dissous dans le liquide inoculé ne dépasse pas 08% 140 pour 100; sur huit enfants, vingt-quatre piqûres avec le vaccin dilué donnent vingt et une vésicules, tandis que sur l'autre bras, les vingt-quatre piqûres avec le vaccin désinfecté- ne donnent que dixsept vésicules ; la différence est insignifiante, et Ton peut dire que le vaccin a conservé son activité. Au contraire, quand on élève la proportion du gaz chlore à 08%163 pour 100 volumes du liquide inoculé, aucune des 3 piqûres ne donne de vésicule, tandis que sur l'autre bras, les 3 piqûres avec le vaccin dilué donnent trois vésicules.
De plus, avec cette proportion de chlore, la lymphe vaccinale devient manifestement acide, et ce caractère est décisif pour Baxter comme pour Dougall. On voit donc que pour neutraliser sûrement le vaccin, il faudrait que la proportion de chlore dissous dans le mélange total fût au moins de 0,20 pour 1 00 ou 2 grammes pour 1 ,000. Ajoutons,
CHLORE. - CHLORl'RBS, ETC. SU
comme terme de comparaison, que la liqueur de Labarraque pure contient au moins 2 volumes ou 6 grammes de chlore par litre ; il suffirait donc, pour neutraliser le vaccin, d'une solution au tiers de cette liqueur.
Ces résultats ne diffèrent pas très sensiblement de ceux qui ont été obtenus, il y a quelques années, par le docteur Mecklemburg ; toutefois ce dernier indique, pour neutraliser le vaccin, une proportion de chlore un peu plus forte. Après avoir soumis, sous une cloche en verre, pendant plusieurs heures à des vapeurs saturées de chlore, un mélange à parties égales de vaccin et de glycérine, il trouva que les inoculations réussissaient parfaitement. En mêlant à parties égales du vaccin pur et Vaqua oxymuriatica de la pharmacopée de Berlin (solution de chlore à 4 grammes p. 1,000), les vésicules se développaient encore normalement. Mecklemburg n'indique pas aussi minutieusement que Baxter les conditions matérielles de ses expériences, de sorte que nous ne pensons pas que les premières infirment les secondes. De son côté, Hoffmann (i), directeur de l'Institut vaccinal de Berlin, a plus récemment confirme les résultats obtenus par Baxter.
Hais si l'on étudie l'action du chlore sur le vacciil, ce n'est pas assurément dans la pensée de l'utiliser pour détruire ce précieux virus. On suppose assez justement que, de l'action d'un agent désinfectant sur le vaccin, on peut induire son action sur le virus varioleux. Or, dans une salle ou dans des effets d'habillements souillés par des varioleux, ce virus ne se rencontre guère que sous forme de particules desséchées qui pourraient être moins facilement impressionnées par le chlore.
Baxter a fort bien compris la valeur de cet argument, et il a expérimenté l'action de cet agent sur du vaccin parfaitement desséché. Voici comment il a opéré :
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Une solution aqueuse saturée de chlore remplissait le tiers (l'une bouteille à large ouverture; à la face inférieure du bouchon de liège, on fixait les petites aiguilles d'ivoire qui servent le plus souvent en Angleterre à conserver le vaccin et à Tinoculer. La pointe d'ivoire chargée de vaccin desséché restait plongée, pendant un temps variable, dans cette atmosphère saturée de chlore; on la retirait ensuite du flacon en la laissant encore au repos, et ce n'est que deux ou trois jours plus tard qu'on s'en servait pour faire trois piqûres à un bras ; comparativement, on piquait l'autre bras avec des aiguilles chargées du même vaccin, mais non désinfectées. On opérait de la même façon pour l'acide phénique et l'acide sulfureux.