IODE. - BROME
encore très actif, et dont l'inoculation était constamment mortelle, M. Davaine trouva en 1813 que la neutralisation complète cL'iit obtenue eu diluant I gramme d'iode métallique dans 10 litres du liquide virulent. Il ne s'agit ici bien entendu que de l'action locale et directe de l'iode sur le virus, m vaso, ou à la rigueur au point qui vient d'être inoculé. Au contraire, quand on fait ingérer des solutions iodées à un sujet qui a été antérieurement inoculé, l'aclion préservatrice fait complètement défaut, ainsi que l'a constaté M. Colin {d'Alforl) en ISIS. Mais il s'agit ici de désinfection inlerno, et les conditions d'expérimentation ne permettent plus de juger par là la valeur de tel ou tel désinfectant.
Il serait à désirer que les recherches de M. Davaine sur la valeur neutralisante de l'iode fussent reprises pour la plupart des virus. En 1S80, nous avons essayé l'action de cet agent sur le virus du chancre mou : chez des malades du service de notre collègue et ami, M. Mathieu, des chancres dont la nature bénigne venait d'clre constatée par le succès de l'auto-inoculalion, furent pansés avec de la charpie imbibée de teinture d'iode; le lendemain une nouvelle inoculation fut tentée, el réussit celle fois encore. Chez quelques autres malades dans des conditions analogues, du pus de chancrclles fut recueilli dans un verre de montre, mélangé avec une petite quantité de teinture d'iode, el inoculé le lendemain ; il n'y eut pas de succès, mais le pus recueilli dans la même séance et gardé dans un autre verre de montre sans addition d'iode resta également inerte ; de sorte qu'il n'est pas possible d'attribuer l'insuccès de l'inoculation à l'action de l'iode. Ces expériences sur le virus vénérien sont d'ailleurs difficiles et ne peuvent être tentées que très rarement; il n'est donc pas étonnant qu'elles n'aient pas encore donné un résultat positif.
sot DÉSINFECTANTS EN PARTICULIER.
Oxygène. — L'oxygène est le comburant par excellence; comme le feu, il brûle et purifie la matière organique; cette action est d'autant plus marquée, que la proportion d'oxygène est plus grande ou que son renouvellement est plus rapide, et d'autre part que le contact de Toxygène avec la matière combustible est plus immédiat et plus multiplié; Taccès libre de la lumière et de rélectricitc activent sans doute d'une façon très énergique toutes ces décompositions chimiques.
L'oxygène est le grand purificateur dans la nature. Tout ce qui multiplie la surface de contact entre les substances nuisibles et l'oxygène, agit dans le sens de la désinfection. Les corps les plus poreux, comme le charbon, ou les plus finement divisés comme la terre sèche pulvérisée, ont un pouvoir désinfectant qui peut à la rigueur se mesurer par l'étendue du contact ou de l'abord de l'oxygène. Les corps poreux sont donc des pourvoyeurs d'oxygène, ils accélèrent le mouvement de décomposition, et d'autre part empêchent le dégagement rapide, à l'extérieur, des éléments volatils ou des gaz qui résultent de la putréfaction. L'eau courante, agitée, battue par l'air au milieu des obstacles qu'elle rencontre sur son cours, devient dans une certaine mesure désinfectante i)ar la provision d'oxygène qu'elle renouvelle sans cesse. L'eau la plus aérée, celle qui tient en dissolution 11 à 12 centimètres cubes d'oxygène par litre, n'en contient bientôt plus que 1 à 2 centimètres cubes, parce que cet oxygène, en se tixant sur l'azote de h\ matière organique dissoute, tend à transformer celle-ci en nitrates inoffensifs. Il est évident que si Teau peut incessamment reprendre, par Tagîtation, Toxygène dont elle a été appauvrie, la transformation de la matière organique en nitrates sera beaucoup plus rapide, et seront évités ainsi les dangers des produits intermédiaires de tranformations, acides butyrique, caproïque, etc., en général toxiques.
UXYG^e. 303
Quand il pleut, la pluie se charge d'ordinaire d'un excès d'oxygène, et non seulement celte pluie lave mécaniquement le sol, mais encore elle le purifie à l'aide de l'excès d'oxygène, de Toxygènc allotro|)ique ou de l'ozone qu'elle a dissous. Mais cet effet bienfaisant ne se produit pas partout; là où les populations humaines sont condensées, lorsque l'air est souillé par des émanations industrielles de toutes sortes, par les fumées des usines, etc., l'ozone disparaît; la pluie qui tomhc n'a plus dès lors ce pouvoir oxydant qui purifie le sol et facilite l'assimilation par les plantes des principes fécondants de la terre cultivée. Aussi, l'air de la campagne est-il plus purifiant, il désinfecte mieux par exemple une chambre de malade, que l'air de la ville.
Il est donc parfaitement exact que la ventilation, le hbre accès de l'air, est un excellent moyen de désinfection. En veniilant largement une chambre souillée, en laissant l'air circuler librement jour et nuit, [mr les fenêtres tenues ouvertes, on ne dilue pas sim[ilemeni le virus, on n'en dissémine pus les éléments de la même manière qu'avec vu balai on dissémine, on éparpille la [Kiussière qui recouvre le sol ; la ventilation renouvelle incessamment le contact de l'air, par conséquent de l'oxygène avec les substances organiques oxydables ; die détruit leur agrégation chimique et par conséquent leur virulence. La ventilation est tout à fait comparable ii l'agitation, à l'aération de l'eau souillée, qui en courant et se brisant en cascade, renouvelle sa provision d'oxygène, et transforme les niatii> res azotées en azotates.
On comprend dès lorH que l'exposition à l'air, que la ventilation soit d'autant plus efficace (|uc l'air est plus pur, qu'il contient plus d'oxygène allotropique, phis d'ozone. On en poun-ait trouver une nouvelle i)rcuve dans ce fait que c'est à ta campagne, sur le pré, qu'on réussit le mieux ù blanchir les toiles, la cire, etc. ; ces opérations, comme aussi
904 DÉSINFECTANTS EN PARTICUUER.
le rouissage à la rosée ou rosage, seraient peutrétre moins rapides, moins complètes, s'il était possible de les pratiquer dans les étroits espaces libres qu'on rencontre au milieu des grandes villes.
Cette action puissante de Toxygène de l'air a jadis été at* tribuée à la rosée du matin, sans qu'on en comprit bien le mécanisme. C'est une des plus anciennes pratiques de la désinfection que le sereinage, c'est-à-dire l'exposition prolongée au grand air, en plein champ, ou dans les endroits découverts. Renault a démontré par des expériences la réalité de cette action neutralisante de Texposition à l'air sur un certain nombre de virus (1).
Les récents travaux de M. Pasteur peuvent aider à expliquer ces faits, et prouveraient que Taction de l'oxygène n'est pas aussi directement chimique qu'on le pensait. 3f . Pasteur, pour ne citer que la septicémie, admet qu'il y a plusieurs sortes de septicémies et de vibrions septiques. Ces derniers, non seulement peuvent vivre sans air (anaérobies), mais encore ils sont tués et toute viruletice disparatiy par le contact de Vair prolo7igé pendant plusieurs heures. Toutefois, dans une couche épaisse de liquide septique, les vibrions des zones profondes sont protégés du contact de l'air et restent préservés par les organismes ou leurs dé- . bris qui forment une pellicule superficielle. En outre, le vibrion septique en se désagrégeant se réduit à Tètat de corpuscules-germes, qui peuvent vivre très longtemps dans l'eau, ou dans Fair à l'état de poussière. Sous cet état, ce germe est presque inattaquable par l'air, par les liquides corrosifs et coagulants tels que les acides minéraux; il résiste à une température de 100 degrés et même à une ébullition prolongée; dans des conditions de milieu convenable, au contraire, il reproduit facilement le vibrion septique. C'est cette action destructive de Tair qui cxpli-
(1) DÉsixFECTiox, de Reynal {Dictionnaire vétérinaire de Boaley ei Reynal).