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ART. II. — PLAIES VENIMEUSES OD VIRULENTES

Le but qu'on poursuit est dilïérent quand la plaie recèle ou quand elle sécrète des produits venimeux ou virulents: pendant un certain temps le virus reste localisé au point d'insertion ; en détruisant celui-ci (destruction des piqûres venimeuses, du point d'inoculation des virus chancreux, morveux, rabique, charbonneux), on prévient ou l'on arrête l'imprégnation de tout l'organisme. Nous avons déjA montré les progrès qu'ont fait faire à cette question les expériences modernes sur la neutralisation des virus en

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dehors de Torganisme. Avant tout, en pareil cas, il faut agir promptement. Nous croyons donc utile de rapprocher dans un tableau rapide les ressources qui s'offrent au médecin : 1° dans les morsures ou les piqûres venimeuses ; â*» dans les inoculations ou les plaies virulentes.

Piqûres ou biorsures temmevses. — M. le D'A. Gautier (1) a récemment étudié la nature du venin des serpents et raction véritable des substances réputées alexipharmaques (oXlçeiv, repousser; <p«f[xaxov, venin). Pour lui, la substance active des venins est une matière analogue aux alcaloïdes et comparable aux ptomaïnes cadavériques ; elle n'est pas déti*uile par l'action prolongée du ne température de-)-125**C.,ce qui la distingue des virus et des matières albuminoïdes. M. Gatrtier a mélangé diverses substances réputées alexipharmaques avec des doses connues de venin dissous dans Teau; au bout d'un temps déterminé, il injectait le mélange, par des piqûres sous-cutanées, à des oiseaux qu'un milligramme de venin pur tuait constamment en 10 à 12 minutes. 11 a obtenu les résultats suivants :

Le tannin enraye Taction du poison, il ne l'annule pas ; l'oiseau meurt en 66 minutes. — Le nilrale d'argent modère et ralentit notablement l'action du venin, mais il ne l'empêche pas entièrement ; mort au bout de plusieurs heures. — Les essences de térébenthine, de menthe, de thym, de camomille, de valériane, de girofle, d*ail, les alcools, phénols, aldéhydes, hydrocarbures, éthers, sont sans action. — V ammoniaque a une action presque nulle ; la mort a lieu au bout de 2:2 à 24 minutes, au lieu d'avoir lieu au bout de 10 à 12 minutes ; le carbonate de soude et de potasse est aussi inefficace.

Au contraire, d'après M. Gautier, les alcalis fixes caustiques ont une véritable action spécifique sur les venins.

(1) A. Gautier, Sur le venin du Naja tripiidians [Cobra capello de Vlnâe), (Bulletin de V Académie de médecine^ % juillet 1881, p. 947\

l'LAlES VENlIlErSKS Ol,' VIRULENTES. 3.-.1

« Lorsqu'on alcalinise le venin par ane solution de jetasse ou de soude cau^^iique, saturant par cenlimétre cube <5 milligrammes d'acide sulfurique, le venin perd son erficacité. Après avoir saturé exactement l'alcali, et sans fdtration préalable, l'oiseau peut recevoir 1 milligramme et f milligramme et demi de venin, sans qu'il en riisultc autre chose qu'un peu de fatigue, de tristesse et d'essoufflement, dont il revient bientôt. L'action des alcali?^ fixes caustiques, à très faible dose, cstd'autant plus remarquable que l'ammoniaque libi-e et les carbonates alcalins ne peuvent y supplf';er, et que la saturation de l'alcali avant l'injection ne fait plus rcnaitrc l'efficacité du venin. L'action des alcalis sur le venin est presque immédiate. La thérapeutique de l'enipoisonncment s'en suit : lier le membre au-dessus de la morsure, et faire pénétrer, en l'injectant dans la plaie, une petite dose de potasse caustique étendue. »

Ce n'est donc pas de l'ammoniaque qu'il faut avoir sous la main quand on craint les piqûres de ce genre; c'est uii petit flacon contenant pour iO grammes d'eau environ 20 centigrammes de potasse à l'alcool, c'est-à-dire une solution qui n'est nullement caustique ; il suffirait d'en faire pénéti'er quelques gouttes dans la plaie. Si l'expérience confirme CCS données, M. Gautier aura fait une découverte très importante cl dont les applications sont nombreuses ; car il est vraistïmblable que l'action de la potasse Cit aussi efficace contre les piqAres des autres serpents venimeux, en particulier contre celles de la vipère, qui est commune dans notre pay.s.

L'ammoniaque paraît, au contraire, avoir une efficacité réelle pour désinfecter, neutraliser le venin des insectes, pourvu qu'on ne se contente pas de verser sur la plaie une goutte d'ammoniaque qui se volatilise rapidement. En expérimentant sur deî piqûres de frelon, el en maintenant un petit tube rempli d'ammoniaque renversé

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sur la plaie, M. Colin d'Alfort a prévenu le gonflement et les autres accidents. Le venin des insectes est généralement acide, tandis que le venin des serpents est neutre; il se pourrait donc que Tefficacité de Fammoniaque tînt dans le premier cas à la neutralisation des venins acides.

M. le D' de Lacerda (de Rio-Janeiro) (1) a expérimenté avec succès, en 1881, l'action alexipharmaque du permanganate de potasse. La solution aqueuse de permanganate de potasse, injectée sous la peau au voisinage du point mordu par le serpent le plus venimeux, neutralise sûrement d'après lui l'effet du venin. Les expériences ont été faites avecle venin du bothrops, dont la morsure cause toujours de graves déso^ dres. Le venin recueilli dans du coton et correspondant à de nombreuses morsures du serpent, était d'abord dilué dans une petite quantité d'eau distiller»., soit 8 à 10 grammes d'eau ; ensuite on remplissait une seringue de Pravaz avec cette solution et l'on en injectait la moitié dans le tissu cellulaire de la cuisse ou de l'aine des chiens. Une ou deux minutes après, quelquefois plus tard, on injectait à la même place une quantité égale d'une solution filtrée de permanganate de potasse à 1/1 00^ Les chiens examinés le lendemain ne montraient aucun signe de lésion locale; tout au plus y avait-il une très petite tuméfaction localisée aux environs de la piqûre de la seringue, sans irritation ni infiltration d'aucune espèce. Cependant, ce même venin qui avait servi à ces expériences, étant injecté sans contrepoison sur d'autres chiens, a produit toujours de grandes tuméfactions locales, des abcès plus ou moins volumineux avec perte de substance et destruction des tissus.

Le même résultat fut obtenu par l'injection d'un centimètre cube de la solution de permanganate de potasse dans les veines, une demi-minute après qu'on avait injecté

(1) De Lacerda, Sur le permanganate de potaêse employé comme antidote du venin du serpent {Comptes rendus de V Académie det sciences, séance da 12 septembre 1881).

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