‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 79 sur 138 · PLAIES VENIMEUSES OU VIRULENTES · texte numérisé non relu

PLAIES VENIMEUSES OU VIRULENTES

dans la veine 50 centigrammes de venin au dixième. Lorsqu'on attendait que les accidents d'empoisonnement fussent bien établis, quand déj^ il y avait des contracture», des troubles respiratoires et cardiaques, l'injection dans la veine de 3 à 4 grammes de la solution de permanganate au 100* arrêtait les accidents et prévenait la mort. Celle-ci avait toujours lieu quand on n'injectait pas le permanganate. On se demande, toutefois, commentle permanganate, qui .se décompose immédiatement au contact des matières organiques, peut conserver son efficacité; lorsqu'il est injecté dans une veine ; il est impossible d'admettre qu'il épuise son action en détruisant le venin contenu dans le sang de la veine, puisque des accidents généraux, contractures, troubles respiratoires, attestent la dissémination du poison dans le torrent circulatoire et dans les centres nerveux. Tbéoriquemcnt et chimiquement, l'action du permanganate dans la seconde série d'expériences est donc incompréhensible ; l'action locale, au contraire, s'explique très naturellement, bien que des expériences contradictoires laissent encore la question indécise.

Plaies, inoculations, morsures virulentes, etc. — Quand le virus suspect est capable d'engendrer une maladie mortelle, l'indication urgente est de détruire les points inoculés à l'aide do fer n)ugi A blanc, en ayant soin de cautériser profondément et de dépasser les limites de la plaie apparente. Mais la région rend parfois cette opération difficile et dangereuse, à la face notamment, surtout quand il y a doute sur la réalité de l'inoculation. Dans des cas exceptionnels, on pourrait à la rigueur se contenter de réchauffement à un degré qui ne détruit pas sans retour la vilaiilé des tissus. M, Davaine a montré qu'une lein|iératurc do 50" C. suflit pour tuer en quelques minutes les bactéridies adultes , et qu'un marteau de Mayor, plongé dans de l'eau à-j- ^l"' maintenu pendant

VaLLIN. — UËStNF£CtA:iTS. S3

954 DËSIIfPECTlON NOSOGOMIALE.

4/4d*heure sur la peau au niveau d'une vésicule charbonneuse, arrêtait souvent les progrès de rînfcctîoti et empêchait la mort. Ce qui semble vrai de la pustule maligne ne Test peut-être pas des autres virus ; c'est donc une ressource à laquelle on ne peut jusqu'à présent acconlor qu'une médiocre confiance. La destruction des tissus por les acides minéraux énergiques, acides sulfurique, nitrique, ou par les caustiques potentiels, ne paraît avoir aucun avantage sur le fer rouge : Faction est plus lente et plus douloureuse. L'action de Tacide phénique, de rauimoniaque, est tout à fait incertaine et insufOsante, au moins quand il s'agit de virus redoutables.

Quand l'absorption a déjà fait pénétrer le virus dans les tissus à une certaine profondeur, les injections sous-cutanées de solutions iodées ou phéniquées au voisinai^'-e de la tumeur peuvent encore neutraliser le \irus. Chaque jour en quelque sorte fait connaître de nouveaux succès obtenus pai* cette ingénieuse méthode qu*a découverte et préconisée M. Da vaine.

Nous nous contentons de donner ici la formule des liquides injectés :

Iode mclalliquo Ià2 grammes.

lodiiro do potassium 2 .'i 4 grammes.

Eau simple i litre.

On en injecte 20 à î><> gouttes, plusieurs fois par jour, tout autour du point suspect.

L'action de Tiode est peu irritante, et la dose d'iode lK)urrait sans doute être notablement élevée. C'est surtout dans la pustule maligne que ce moyen a été employé ; on pourrait sans inconvénient l'essayer dans des cas de morve, de farcin, peut-être de rage. M. Davaine faisait administn^r à la fois des solutions iodées à Tintéricur, en potions et en lavements. M. Verneuil a obtenu les mêmes succès par l'injection d'une solution phéniquée dans les tissus œdématiés au voisinage de la pustule maligne.

PLAIES VENIMEUflES OU VIRULENTES. ias

De même, au début, l'infection par les wt>«« chancrelleux ou HjjphiUtique , et dans ce dernier cas, les accidents d'ititiixicalion peuvent être conjurés par la cautérisation prématurée du point d'inoculation. Actuellement, la destruction des tissus par le for rouge ou les caustiques minéraux i-estc le seul moyen efficace. Il y aurait cependant le plus grand intérêt à neutraliser le virus sur place sans détruire les tissus; dans le cas de chancre mou, par exemple, n'est-il pas pivababie que l'ulcère, accident purement local, ne se propage que par Tinfection en quelque sorte Incessante des bourgeons qui tendraient à la cicatrisation, par le fait du virus que sécrète la plaie? Si l'on pouvait neutraliser le virus ou le suc déjà virulent des jeunes cellules on obtiendrait sans doute une cicatrisation rapide. La teinture d'iode, l'acide sulfurique relativement concentre, l'acide sulfureux liquide, la solution forte do Bublimé, que nous avons essayés dans cette vue diéorique, ne nous ont donné jusqu'ici aucun résultat avantageux.

MM. Jcannel de Bordeaux, et Rodetde Lyon, ont, après Ricord, essayé l'emploi de certains liquides désinfectants ou réputés abortifs, destinés à détruire le virus aU monicnt même de l'inoculation, immédiatement après le coït suspect. Ces auteurs proposaient de rendre obligatoire dans chaque cabinet des maisons publiques la présence d'un flacon rempli du liquide préservatif; une instruction im primée aui'ait invité les visiteurs à faire usage de cette ablution. Indépendamment des difflcultés pratiques d'application, il faudrait trouver un liquide dont les propriétés désinfectantes fussent bien démontrées. M. Rodet a vu tas points inoculés être préservés, t2 heures après l'insertion du virus, par l'application du liquide suivant:

Eau dtslilléo • . ■ . M graminM.

Porclilorurc lie fïr. ....... j

Acids cilriqas . | 4 ||rana)M<

Acido rlilorliydrique \

350 DÉSINFECTION NOSOCOMULE.

Hais il s*agit là autant d'une cautérisation que d*une désinfection locale. M. Jeannel a conseillé la solution suivante, destinée à des lavages prophylactiques :

Alun crislallisé 13 frammes.

Sulfate de fer 1 gramme.

Sulfate de cuivre i gramme.

Alcoolé aromatique 60 centigrammes.

Eau i litre.

L'action est sans doute ici bien plutôt astringente que véritablement désinfectante.

C'est également comme désinfectants et comme abortifs que certains agents ont été proposés et méritent d'être employés dans les affections diphthéri tiques. M. Cousot(l) a récemment préconisé, dans les cas de diphthérie gutturale, non seulement le badigeonnage ou la pulvérisation au fond de la gorge avec une solution de tannin au iO», mais encore l'injection, par chaque fosse nasale, d'un mucilage de gomme contenant le 10* de son poids de tannin. D'après lui, la face postérieure du voile du palais est un siège fréquent de fausses membranes méconnues, et la diphthérie ne devient mahgne que par la puUulation de protorganismes dans les fausses membranes situées sur un point quelconque des voies respiratoires. Les succès obtenus par cette méthode paraissent exceptionnels, et Tauteur les attribue à l'action du tannin sur les microbes des enduits couenneux. Nous croyons avec lui à l'utilité des injections vraiment désinfectantes par les narines pour atteindre Tarrière-cavité des fosses nasales ; mais un grand nombre de substances nous paraissent au moins aussi avantageuses que le tannin. Nous faisons d'ordinaire injecter au fond de la gorge, avec un irrigateur, 5 ou 6 Htres par jour d'une solution saturée d'acide borique ou d'acide salicylique, do chloral à 2 0/0, ou d'acide cifri(jue

(1) Goiisot, La diphthérie et son traitement {Bulletin de VAcad, royale de méd. de Belgique, 1881, T. XV. p. 477.)

PLAIRS VENIMKUSES (HI VrSULENTES. Xil

à I il 2 0/0. Dans rintorvallp.on badigcniiiK! lespjipticsavec dos colliiUiiros chargés dos mêmes substances. Ces liquides pureiacnl antisoptiques ou désinrectants nous ont paru avoir un cITct bien plus avantageux que les caustiques : niu-atc d'argenl, acide dilorhydrique, etc.

Il i*st une autre maladie locale où la désinfection de la plaie est une nécessité, non seulement dans l'intérêt du patient lui-inéine, mais afin de prévenir la propagation et la prolongation de l'épidémie: c'est la pourriture d^liâpital. OutiNî le fer rouge, les acides, les caustiques, on emploie souvent avec succès dcu.\ agents qui semblent désinfecter la plaie plutôt que la cautériser : le camphre et l'iodoforme Ce dernier participe sans doute des propriétés de l'iode, son congénère ; son action sur les plaies n'est pas seulement stimulante ; dans les cas de pourriture d'hôpital ou nous l'avons employé avec des succès marqués, l'iodoforme nous a paru posséder de réelles propriétés neutralisantes et désinfectantes. Il en est de même de la bouillie de camphre et d'alciK)!, dont on couvre les plaies scrpigineuses el dont M. le D' Kctter a obtenu d'excellents effets en 1811.

La sueur fétide des pieds est notablement atténuée par l'introduction dans les chaussures de poudres à la fois antiseptiques el absorbantes. M, le D' Debout (1) a expérimenté sur les soldats d'un bataillon de chasseurs à pied le. mélange suivant : on sature une certaine quantité de plâtre ; (|uand ce plâtre est desséché, on le pulvérise et on en mélange deux parties avec une partie de plâtre anhydre ; ce derniei' donne à la poudre la propriété absorbante, tandis que le plâtre éteint lui enlève l'inconvénient de durcir el de faire corps dans la chaussure. On ajoute à 95 parties de cette poudro 3 à 3 parties de coaltar (goudrctn de houille), ou même de goudron de bois. Une certaine

11) \}' Debout. Emploi de la poudre de Corne et Demeaux iptitrt et coelfar), eoalre la bronthydroêe ou traatpiratieu fétide de* pied». [Trav. duCoM. d'kyg. de Rouen en 18TB, p. M.)

358 DÉSINFECTION NOfiOGOMIALB.

quanlitii de cotte poudre était chaque matin donnée aux hommes atteints de cette infirmité ; le succès fut manifeste et rapide.

I^*od<^ur fétide est principalement causée par la décomposition putride de la sueur, en particulier de la leucine que cette sueur contient et qui, d'après M. Ch. Robin, se transformerait en valérate d'ammoniaque. On comprend donc que remploi des antiseptiques et des absorbants, en prévenant cette décomposition, empêche la mauvaise odeur. Le goudron pourrait être remplacé avec avantage par de Tacidô phénique, salicylique ou borique. En Allemagne, on emploie avec succès dans Tarmée la poudre suivante : acide salicylique, 3 grammes; amidon, 20 grammes ; talc en poudre, 87 grammes. La poudre de tannin ou de tan donne également un assez bon résultat.

M. Armai ngaud (1) a obtenu dans des cas très rebelles un succès complet en injectant tous les 2 jours sous la peau d'un point quelconque du corps (F épaule), de 2 à 4 centigrammes par jour de nitrate de pilocarpine. La médication est violente, la salivation est considérable, mais la sueur et la fétidité des extrémités inférieures ont, paraitil, été complètement supprimées pondant toute la durée du traitement. La désinfection a aussi été obtenue, dans ces cas de sueur fétide, par renveloppement exact des pieds bien lavés, avec des bandelettes de sparadrap. Nous croyons {[um encore ce qui agit, c'est rocclusion, c'est-à-dire l'obstacle à la pénétration des protorganismes de Tair capables d'amener la fermentation des produits sécrétés. Il doit se produire, en outre, desniodi(icationsde la circulation capillaire, comme dans les expériences sur les animaux avec les enduits imperméables.

Nous ne dirons qu'un mot de certaines affections parait) Armaingttud, Sur Vemploi deê injectiotm hypodermiques de nitraU de pilocarpine dam la iueur félide despiedi. {GazeUe heèdamadaire^ Toi. 18, 1881, p. iOl.)

DESINFECTION EXTERNE. SM

sitaire-i localisées, dont le médecin doit poursuivre la dé- RÎHfeclion : les maladies parasitaires du cuir chevelu, de la barbe el des parties pileuses (teignes, mentagre); de l'épiderme du tronc et des membres (pityriasis vereîcolor), de la gule. Les moyens à employer pour empêcher la persistance et la propagation de la maladie i-enlrent, par extension, dans la classe des désinfectants: enlèvement mécanique du parasite (épilaiion, frictions contre la galo), emploi des préparations de sublime, de souTrc, de turbith nitreui:, d'acide borique, d'huile de cade et de goudron, de teinture d'iode. Il nous suffit de faire cette énumération pour montrer quel rôle juuent les désinfectants dans la théra|icutiquc de ces maladies.

Page 1