‹ Traité des désinfectants et de la désinfectionChapitre 80 sur 138 · ART. III. — DÉSINFECTION DD BIALAOE · texte numérisé non relu

ART. III. — DÉSINFECTION DD BIALAOE

Ce n'est plus seulemenl une lésion locale qu'il faut désinfecter, c'est le malade tout entier, et nous distinguerons ici la déshifection extei-tie et la désinfection interne.

Dkstnfpxtiok exter.ne. — Nous voulons surtout parler ici dm précautions à prendre contre les individus atteints et convalescents de fièvres éruptives. Lu rougeole, la scarlatine , sont assurément contagieuses, avant même que l'éruption se soit manifestée ; mais alors le médecin ne peut guère intervenir que par l'isolement, et aussi par la désinfection des locaux et des objets en contact ayec le malade. C'est surtout pendant la période de desquamation que le danfçcr d'infection et de transmission peut être conjuré. Dès que l'état du malade le permet, on doit commencer à administrer des bains savonneux pour entraîner les pellicules et les croûtes à demi-détachées ; les cheveux doivent être coupés très courts et le malade se savonnera fortement la tète dans le bain pour détacher les croûtes du cuir chevelu par lesquelles se fait souvent la contagioD.

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Aucun malade guéri d*une fièvre éruptive ne devrait être rendu à. la vie commune avant d'avoir pris au moins trois bains savonneux. Avant la période où les bains peuvent être administrés , il est utile de badigeonner chaque jour les croûtes à demi -desséchées des varioleux avec de Thuilc contenant au moins 5 0/0 d'acide phénique ; le contact n'est nullement douloureux et l'action désinfectante est réelle. Dans la scarlatine, dès le début de la desquamation , pour empêcher la propagation de la maladie dans un hôpital rempli de jeunes soldats venant pour la plupart de la campagne et n'ayant pas eu la scarlatine, nous avons fait frotter la peau des malades, soir et matin, avec de Taxonge dans laquelle était incorporé de Tacide borique (4 0/0). Nous n'avons aucune preuve réelle de l'efficacité de ce moyen, mais la graisse retient sur la peau les poussières supposées virulentes et concourt peut-être à empêcher le refroidissement de la peau régénérée.

Pendant le cours d'une variole confluente, le pus altéré et les sécrétions qui imbibent les croûtes dégagent souvent une odeur infecte : il y a danger à laisser les malades dans un tel milieu. L'acide phénique est impuissant dans la plupart des cas contre cette corruption, et, d'autre part, à cette époque de la maladie où la peau est ulcérée, on 's'exposerait à de graves empoisonnements par Tacide phénique. Les bains tièdes et alcalins, renouvelés chaque jour, produisent tout au moins un bien-èlre inexprimable aux malades ; ils font disparaître cette odeur de souris qui rend le voisinage des varioleux insupportable; ils ne nous ont jamais semblé avoir produit le moindre accident, tout au contraire. Nous ne saurions trop en recommander l'emploi. 11 en est de même des malades au cours ou au déclin de la fièvre typhoïde. Beau disait qu'on doit laver le sang des typhoïdes par des boissons abondantes, leur intestin par des purgatifs et des lavements, leur peau par des ablutions très fréquentes : c'est là, en effet, la véritable désinfection.

DÉSINFECTION INTERNE. m

Sans tloiite les lotionK fmides avec le viiiaifrre Hi'omaiiiiui', Rans<li>i]ie li^s bains ri-iikls agUscut .sur la tcm|>6ratui'c du malailn; ils aj^isscnt cerlainemeiit aUHsi en dcsinfeetatit sa peau, en le débarassanl de toules les souillures qui contribuent à empoisonner h malade el favorisent la formation des p.sc-liarrcs.

DÉSINFECTION iNTEHNK. Lcs idées humorales qui ont longtemps dominé la médecine conduisirent à administrer des médicaments destinés i\ corriger les dyscrasies, la putridité des Imnieuri^.

Les pi'éparations réputées antiseptiques ont joué jadis un grand i-ôle dans le traitement des fièvres adynamiques, putrides, etc., en particulier les acides minéraux (élixirs acides de Ilaller, de Mynsicht, eau de Rabel, esprit de niirc duleifié, etc.); il suflil de parcourir le traité dePringIc sur les Substances septiques et antiseptiques (ITSO), pour juger de la part qu'il attribuait à cette médication et comment il exprKjuait son uction. Cet humorismc doclrinairca fait place à une conception plus positive et plus précise des sources d'infection qui se produisent au cours des maladies. Piorry parait avoir introduit dans le langage médii-al le mot septicémie, qui tient aujourd'hui une si grande place dans la pathologie générale. La forme dont Piorry se plaisiiit a revêtir ses idées a empêché, pendant Séi vie, de i-endro justice à ce qu'il y a de juste et de vraiment physiologique dans beaucoup de chapitres de ses livres ; il a très bien vu le rôle que jouaient les selles putrides des typhoïdes, les sécrétions .sanicuses de Futérus après ruccouchenient ou des plaies chirurgicales dans la pnHliiction de l'empoisonnement seplique. Il proclama l'un des premiers la nécessité des lavages incessants, de la désinfection (les ulcérations intestinales, de la plaie utérine, des foyers puli'ides(cmpyème, abcès parcongesticm, kystes suppuré», etc.) On lui reprocha trop longtemps de faire la méde-

3tii DÉSINFECTION NOSOGOMIALE.

cine du symptôme, et si cette médecine du bon sens a été <4 longtemps dédaignée, c'est que son apôtre la conipn^meitait par Texcentricité de la formule. Larroque, Beau, Billard (1), Blachez, plus tard Hamernyck, Stick, Griesinger, récemment Humbert (2), Ilallopeau, ont insisté sur la nécessité de désinfecter le contenu de Tintestin dans la fièvre typhoïde, pour empêcher la résorption des matières putrides ou septiques par les points ulcérés : purgatifs, douches, lavements fréquents et abondants avec de Tcau pure ou l'acide phénique, la créosote, le permanganate de potasse à 1 0/0, l'acide salicylique, le chloral, Thyposulfite de soude, le bismuth; ingestion du charbon en jKiudre. MM. Maurel (3), Bouchard, Noël. Guéneau de Mussy, Féréol, Maurice Ueynaud, Dujardin-Beaumetz, ont signalé les effets excellents cju'ils ont obtenus en désinfectant lùnsi par des lavages le contenu de l'intestin des typhoïdes. On lira avec intérêt une discussion qui a eu lieu sur ce sujet à la Société médicale des hôpitaux, le 28, février 1880. Nous rappellerons seulement que dès longtemps Monneret conseillait le bismuth à haute dose pour désinfecter l'intestin des typhoïdes, et que, dans le même but, Chalvet préconisait l'ingestion de 3 à 4 cuillerées à café de charbon en poudre (Mémoire académique sur les désinfectants, 1868).

C'est au même ordre de faits qu'il faut rattacher le traitement de la variole par le salicylate de soude préconisé par M. Baudon (4). Dans le cas de variole très confluante, ce médecin a réussi à éviter l'odeur infecte de la période de suppuration <»t les accidents de résorption qui Taccom-

(1) Bill.'ird, De Cinfluence des matières putrides de fintettin 9ur la marche des fi^vret lyphoïdet. (Gazette des hâpitatur, 10 janvier 1860.) (i) Humbcrl. Élude sur la septicémie intestinale. (Thèso, Paris, 1873.)

(3) Maurel, De la désinfection des selles par le charbon. {Socièié de thérapeutique, 2.T Wvrirr 1880, el Gazette hebdomadaire, M marn 188«, p. 171.)

(4) Baudon, Du traitement de la variole par le salicylate de soude, (Bulletin de thérapeutique, 30 uovombro 1881, p. 448.)

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pagnent souveni, par le traitement suivant. Avant le début de la suppumlîon, il (couvre trois fois par jour le visage et les mains avec le mélange suivant :

Cold crenm 100 grammes.

gallTjlalo «tu BOUile 6 —

Pui'h, 00 saupoudre In peau ainsi dralssiit, avec ;

Tulf 100 grammes.

Acide salirylique 6 —

l.e« pustules saffaissent trèti rapidement, la deseiecation se fait réellement à ecc, el il y a ccKsalion à la fois de l'incommodité et des dangers de l'empoisonnement sepliijue.

Beaucoup de médecins e\pliqurni encore la fréquencp des abcès du foie, à la suite de dysenléric chronique, par la résorptinn dos séerétinns sepliijues qui baignent la muqueuse ulcérùe, et par le transport de ces matières jusqu'aux brandies intra-hépatiques de la veine porte. La déainl'ectioii des sécrétions intestinales ne doit-elle pas être une pmn'cupation cunstanlo pour les praticiens qui admettent cette patliogénic '/

Ce n'est pas seulement le contenu de l'intestin qu'on se propose do désinfecter, ce sont les liquides on circulati(m, c'est le sang lui-même, dans lequel on suppose contenu l'élémeni patliogénique primitif on secondaire.

Di\jà, en 1860 et lN6t, Pidli amimuniquait h l'Institut lombard ses premières rocherelies Sur les maladies par ferment morbifique et leur traitement par l'acide sulfureux el les sulfites; il admettait que certaines maladies avaient pnur origine et pour cause de:^ processus chimiques analogues à ceux que l'on observe dans la fermentation des substances organiques. Ces maladies, que le premier il dénomma nymotiques, devaient être combattues par des agents thérapeutiques anti - fcrmentatifs. Ce fut d'abord et presque exclusivement aux sulfites alcalins et terreux que Polli recourut. Cette médication, à laquelle

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s'attache son nom, doit être résumée à cette place soit d'après ses propres travaux (1), soit d'après Toxposé très complet qu'en a fait M. Constantin Paul (2).

Polli croyait avoir trouvé l'agent anti-fermentatif par excellence dans les sulfites ; en étudiant leur mode d'action intime, il arriva h cette conclusion : qu'ils exercent une action anti-fermentative non pas seulemr»nt c parce qu'ils sont toxiques et fermenticides, non pas parce qu'il deviennent des oxydants ou des corps réducteurs, mais par leur action sur l'agrégation moléculaire des matières orjç^aniques fermentescibles ou décomposablcs. Les sulfites rendent la complexion chimiijue desdites matières plus résistante et lui permettent de ne pas se laisser attaquer par les agents ordinaires de décomposition, parmi lesque/s marchent en première ligne les ferments. »

On trouvera sans doute cette explication un peu vague, mais le fait expérimental est positif. Polli a constaté que l'acide sulfureux et les sulfites empêchent ou arrêtent toutes les fermentations connues, sans exception, même les fermentations saligéniques et sinaptasiques que Tacide arsénieux et l'acide cyanhydrique n'empêchent pas, même les fermentations diastasique, pepsiniquc, ptyalinique, que n'arrête pas l'acide phénique. L'acide sulfureux ne peut être toléré par les poumons, tandis que les sulfites de magnésie, de chaux, de soude et leurs hyposulfites sont bien tolérés, passent dans la circulation à l'état de bisulfites et finalement de sulfates ; 5 grammes de sulfite de magnésie contiennent 1 litre de gaz acide sulfureux pur.

Il a commencé par établir l'innocuité de l'administration

(1) G. Polli, Dm propriétés anti-fermenlatires de Vaeide borique et de tes applications à la thérapeutique, (Paris, Dclahayc, 1877, in-8* de 34 pages.)

(2) C. Paul, De V action physiologique et thérapeutique des sulfites et des hyposulfites, (Bulletin de thérapeutique, 1865, T. LXIX, p. 145, 1»3, 241.)

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des tliwcs lilcvôcs de sulfites : en expérîmcnlant sur luimême et sur plusieurs ci)llégues de bonne vulont«, il a vu que l'on supporte îiiipunémcnl la dose de 10 à 15 grammes de sulfite de magnésie par jour, à 3 grammes par prise, avec la pi-ccaulion indispensable de boire beaucoup d'eau pure ou sucrée, mais exempte de tout acide. De même, la dose de 2U à 24 grammes de sulHte de soude en solution aqueuse j)lus ou moins édulcorée, prise en cinq fois en vingt-quatre heures, peut être continuée sans inconvénient [larunnduiie pendant plusieurs jours de suite. L'iiyposulfite de soude ou de magnésie, à la dose de 13 à 20 grammes pur jour, a un ctTel purgatif qui peut être utilisé dans certains cas. Ces sels, même à haute dose, ne .sont donc nullement toxiques.

Polli a remarqué sur les cadavres des animaux soumis à l'action des sulfiles que leur sang, leur urine, avaient une gi'aiide résisl^mcc à la putréfaction; sa propre urine, recueillie pendant le temps où il ingérait des doses de sulfites, ne subissait la fermentation ammoniacale, en plein été, que plusieurs jouis après celle des personnes qui n'avaient pas pris ces sels.

Polli a expérimenté, ou d'autres mikiecins ont employé sur son conseil, les sulfites dans les maladies suivantes : fièvres éruplives, érysipèle, fièvres paludéennes, typhus et fièvres typhoïdes, pyohémie, septico-hémie , fièvres puer-, pérales, infections consécutives aux piqûres anatomiques, pansemcntdes plaies de inauvai.->e nature, etc. Dans une épidémie de variole, observéeà l'hôpital de Milan, t sur 22 cas des plus graves traités par ma méthode, dit Pulli, 18 ont guéri ! » L'on trouvera dans le travail critique de M. Cônetantin Paul la substance des observations de Polli ou de ses adeptes. Cette lecture, nous devons l'avouer, n'entmine pas la persuasion. Nous vojoiis, par exemple (oh.serv. 'il à 30*), que de deux chiens dans les veines desquels on injecte du pus putride, celui <iui a pris pendant 3 jours avant

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rinfection Une dose énorme (6 grammes pour un poids (k 6 kil.) de suHîto de soude, est convalescent au bout de huiî jours; mais l'animal à qui Ton a fait la même injection c. qui n'a pas pris de sulfite de soude ne guérit pas muin<, seulement avec quehpies jours de retai-d. Chez 8 cliicm. on a inoculé du pus morveux : T sont morts. Sur 8 autres chiens qui ont pris avant ou après cette inoculation des doses fortes de sulfite, 4 seulement moururent, les 4 autres guérirent. Dans la fièvre typhoïde les suew nous paraissent fort incertains.

On doit reconnaître (jue le résultat a été bien inférieur à celui qu'espérait Polli. Aussi le savant milanais avait-il, dans les dernières années de sa vie, renoncé presque cumplètement aux sulfites; il les avait remplacés par l'acide borique, dont la supériorité lui paraissait incontestable. Voici les principales raisons sur lesquelles s'appuyait f^a prélcrence :

Le sulfite et l'hyposulfite de soude, dissous dans Teau et exposés à l'air libre, absorbent l'oxygène et se convertissent peu à peu en sulfate de soude ; c'est pour cela que les propriétés antizymoticiues de ces sels diminuent rapidement jusqu'au point de disparaître tout à fait; au contraire, l'acide borique ne s'altère pas à l'air.

L'acide borique et les borates alcalins, n'absorbant pas Toxygène, n'en dépouillent pas le sang, et ne sont, par conséquent, ni réducteurs ni désoxydants comme les sulfites et les hyposulfites, dont l'usage prolongé entraîne quelqiitv fois la nécessité d'avoir recours aux oxydants et aux ferrugineux pour vaincre l'anémie qu'ils ont produite.

Les borates alcalins n'étant pas décomposés par les acides faibles, tels que l'acide carbonique, l'acide acétique, Tacidc citrique, l'acide tartrique, (jui font partie d'un grand nombre de boissons communes, la solution de ces borates peut être édulcorée par des sirops agréables accompagnés d'acides végétaux. L'usage des sulfites et des byposulfites, au con-

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traire, est incompatible avec le mélange d'acides libres, (]iid(|ue faibles qu'ils soient (limonades, fruits acidulés). Ces acideK, en effet ppov(Miuenl le dcgagement de l'acide sulfureux et la précipitation du soufre. Tout au contraire, le borate de soude, alors même qu'il serait décomposé par )ea acides faibles et donnerait ainsi naissance à de l'acide borique libre, n'en deviendrait que plus actif.

L(; borate de .soude ut l'acide borique n'ont pas une action sensiblement purgative; leur action est pluiùt diurétique. Aussi, on peut employer ces agents, même à liante dose, sans produire aucun déi-angeraent intestinal, ce qui n'arrive pas toujours avec les sulfites et principalement avec les hyiiosulfites alcalins.

Le borate de soude n'ayant qu'une saveur alcaline très faible, tout en élant sensiblement soluble dans l'eau (12 parties d'eau dissolvent t partie de sel), on peut l'administrer en solution étendue, édulcorce avec un sirop aromatique quelconque qui masque complètement la saveur du sel et qui permet ainsi d'en faire une bf»isson fort agréable. L'acide borique étant peu soluble dans l'eau (2 pour 100), et n'ayant presque aucune saveur, on peut le donner en poudre, mélangé au sucre, ou en pastilles, ou même sous forme d'éiixir, ce qui fait que des personnes fort délicates et mémo les enfants le supportent irès bien.

Le sulfite de soude s'associe parfaitement au sirop de réglisse; mais les aurres sirops communs ne peuvent en masquer le goût désagréable. Le sulfite de magnésie, en raison de sa faible solubilité dans l'eau, doit être administré à l'état solide et on ne peut en supporter le mauvais goût qu'en le prenant soit en poudre avec beaucoup d'eau, soit en granules. L'byposulfitc de soude a une saveur franchement salée et amère, qu'il est indispensable de mitiger par quelques gouttes d'une essence aromatique. Enfin, le borax et l'acide borique se trouvent partout et k très bon marché, ce qui n'a pas lieu pour les sulfites ; la dose journalière pour

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un adulte, de 15 à 20 grammes de borate de soude ou de 4 à 5 grammes d'acide borique, ne coûte que quelques centimes, ce qui est un avantage précieux pour les pauvres, pour les hôpitaux et la médecine à la campagne.

PoUi, qui était plus chimiste que praticien, a fait expérimenter remploi interne du borax dans un grand nombre de cas de fièvre intermittente, de fièvre typhoïde, de fièvre par pyohémie, de fièvres puerpérales et miliaires, d'affections catarrhales de la vessie avec urines putrides et ammoniacales, d'érysipèle, etc. On donnait aux malades 6, 10, 15 grammes de borate ou 4 grammes d'acide borique par jour. Les médecins qui ont fait ces expériences dans plusieurs des hôpitaux de Milan et de Tltalie ont annoncé des résultats que Polli trouvait démonstratifs, mais qui nous paraissent encore très contestables, à n'en juger que par les citations reproduites dans son mémoire de 1877.

En Russie, le Conseil médical, sur la proposition du professeur de Cyon, a recommandé l'emploi interne du borax jusqu'à la dose journalière de 12 grammes, comme désinfectant et antiseptique interne pour annuler les effets des maladies infectieuses, telles que typhus, variole,diplithérie, peste, etc.

M. Hallopeau a montré quelle importance il faisait jouer à la désinfection interne dans le traitement de la fièvre typhoïde. M. Vulpian, en présentant ce travail à l'Académie de médecine (21 juin 1881), ajoutait ce qui suit : € Cette méthode de traitement a en vue évidemment d'agir sur l'agent infectieux de la fièvre typhoïde. Aujourd'hui on s'accorde généralement à i)enser que cet agent s'introduit dans l'économie par les voies digestives. On peut regarder comme n'étant pas inadmissible l'hypothèse d'après laquelle cet agent serait formé de microbes spéciaux, s'arrètant et se multipliant dans la dernièn» partie» dr». l'intestin grêle, contribuant tout au moins à la production des lésions locales de l'intestin et à la formation des matières septiques

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absorbées dans celle région du tube digestif. Si cctie hypothèse est vraisemblable, ne fait-on pas fausse route dans les essais nouveaux de traitement que l'on lente de nos jours? Ne devrail-on pas chercher avec persévérance à trouver des substances qui, douées de propriétés antiseptiques, pourraient sans être entièrement détruites ou sans avoir été absorbées auparavant, parvenir jusque dans l'iléon et agir l;i sur l'agent infectieux typhique? J'avais espéré me mettre dans ces conditions en prescrivant l'iodoforme ; mais cette substance est peu antiseptique, et elle est absorbée plus facilement que je ne le croyais. Mais on pourrait essayer d'autres substances, le chloral insoluble, certains sahcylates, tels que le salicylate de bismuth, peut-être des phénates. Il y a, suivant moi, des efforts persévérants à faire dans cette voie. »

€ L'indication principale, dans la fièvre typhoïde, dit également M. Ilallopeau {!), serait d'agir par un médicament spécifique sur le principe infectieux qui en détermine l'évohuion, comme on agit par le sulfate de quinine sur le miasmn palustre et par le mercure sur le contagc syphilitique. »

Sans ehcrchers'ilestbien démontré que le sulfate de quinine agit sur le miasme palustre et le mercure sur le eonlage syphilitique, la comparaison nous |»arait acceptable; le problème n'en est pas moins difficile à résoudre : comment atteindre le principe infecli'-ux de la fièvre typhoïde. II semble cependant que le contage typhoïde réside plus particulièrement dans les selles, et que celles-ci soient fréquemment l'agent de transmission de la maladie. On peut donc espérer agir utilement sur le malade lui-même et sur l'entourage qu'il menace, en cherchant à neutraliser la virulence hypothétique de ces matières.

fl) Hallopcau, Du (railement di la pèere lyplioïde par le catome', le lalicylale de towU et le lulfale de quinine. (.Sac. me'if. ilft h/lpitaux avances ilu 13 août ISH) et du SB mai 18S1, et Union mé.licale, IStil.)

no DÉSINFECnOIf IfOSOCOMIALI::.

Depuis plus de 10 ans, un certain nombre de médecii» avaient employé Tacide phénique ou la créosote, soit en lavements, soit en potions (5 ou 6 gouttes de créosoie oo 15 à oO centigrammes d'acide phénique par jour), soit en injections hyi)odermiques d'une solution d'acide pliéniqoe cristallisé ou de phénate d'ammoniaque. Les résultais obtenus ont jusqu'ici été incertains ; MM. Pécholier (1), Morache, Skinner (2), paraissent avoir constaté une h'gère amélioration par l'emploi de doses très faibles de créosote oo d'acide phénique. M. D.:clat dit remporter des succès merveilleux par les injections sous-cutanées fréquemment répétées de phénatcs alcalins. MM. Claudot, Desplats, Van Oye. Raymond, en 1880 et 1881, ont vanté les bons effets de l'acide phénique dans la fièvre tyi>hoïde, mais c'est en partie à l'action antipyrétique de l'acide qu'ils attribuent ces succès relatifs. Nous n'oserions préconiser les doses e.vtrao/'ciînaires de 8 à 12 grammes par jour d'acide phénique que M. Desplats administre en un grand nombre de lavemetils dans la fièvre typhoïde ; nous avons peine à comprendre qu'il ne produise pas d'empoisonnements. L'emploi de l'acide phénique paraît rationnel dans la fièvre typhoïde, mais le résultat ne nous semble pas jusqu'ici avoir été très manifestement avantageux.

Notre collègue et ami, M. Villemin, emploie en ce moment l'acide borique à la dose de 4 grammes par jour, en potion, dans les fièvres typhoïdes graves; mais il est encore impossible de formuler une opinion sur le résultat obtenu.

Dans les cas de septicémie puerpérale commençante, M. Siredey administre par les voies digesttves de l'acide phénique à la dose journalière de 60 cent, à 1 gr., en ayant soin de donner le médicament sous la forme pi-

(I) Pccholicr, Sur let indications du traitement de la fièvre tfiphoide par la eréoiote ou V acide phénique. [Montpellier médical, juillet I8T4.}

(f) Stoph. SkiDner, On tke traitement of euterie fevér by the um o/ internai ùiiinfection, (ThePraetitionnerjiepuuïihwe 1873.)

DÉSINFECTION WTEBSE. 371

lulairc suivante :aci(Ifi phénique 10 centigramme-i, gomme arabique, poudre de réglisse et savon, (\. s., pour 1 pilule. Sous riiiiluencp de celte médication, les lochies perdent rapidement leur fôiidilé, les frissons diminueril et disparaisseiu, la lempéraïun? hyperfébrile tombe, etc.; le savant médecin de rhr>pital Lariboisiérc a obtenu de la sorte des succès pour ainsi dire inespérés. C'est un encouragement à tenier celte médication dans les cas de septicémie chirurgicale ; l'iiisucoês des expériem:es faites par Picol de Tours sur les animaux, par l'ingestion de silicate de soude dans les cas de sejiiicéuiie provo(|uée, ne doit pas éloigm-r des lentalives du même genre avec des agents très variés.

Chaiiffanl (1) a vanté les effets de l'acide phénique pris à l'intérieur dans les cas de vanole grave, à la dose de SO centigrammes à I gianime par jour : d'autres cliniciens n'en oit tiré aucun avantage, et, nou^>méme, après l'avoir essayé sans succès pendant un épidémie de variole, nous y avons renoncé.

Depuis que l'on a démontré la présence de bacilles spéciitux dans le sang e.i dans les élémenls cellulaires des lésions chez les lépreux, l'acide phénique a été administré chez ces malades à la dose progressive de \ gramme, répartie en 10 pilules de 10 centigrammes, continuée pendant plusieurs semaines; M. Itesnier et plusieurs auteurs allemands ont obtenu de la sorte des améliorations sérieuses; nous avons complètement échoué dans un cas de lèpre hyperesihésitpic, malgré la continuation de la dose de i gramme pendant plus de deux mois.

La rage a été combattue par l'injection d'une solution de chloral dans les veines ; ces opérations tentées par M. Oré, de Bordeaux, n'ont pas donné de résultats bien encourageants. En toutcas, l'on pourrait d'après lui injecter par jour

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jusqu'à 20 grammes de ehloral, pourvu que la dilution soit au moins de 1 sur 5 d'eau, et qu'on n'injecte pas plus de 5 grammes à la fois de la solution dans le torrent circulatoire!

Dans toutes ces tentatives, même dans la dernière, c'est bien la désinfection interne qu'on poursuit ; on suppose qu'un agent neutralisateur détruira le principe morbide au sein de l'économie, de la même manière que le mercure est supposé capable de détruire le virus syphilitique dans l'intimité des tissus ou les liquides du corps vivant.

Cette conception, hypothétique -sans doute mais parfaitement rationnelle, a pris une grande extension en ces dernières années, et M. Davaine est entré résolument dans cette voie. Après avoir commencé par étudier l'action neutralisante d'un grand nombre d'agents réputés désinfectants sur la plupart des virus, il a été conduit à employer, dans un cas urgent et presque désespéré de charbon chez riiomme, la solution de teinture d'iode iodurée en lavements, en injections hypodermiques au voisinage de ja pustule maligne, en boissons abondantes et diluées. Nous ne voulons pas revenir sur ce point qui a déjà été traité (page 300), et qui concerne à la fois la neutralisation à l'extérieur et à l'intérieur de l'organisme. Le nombre des succès obtenus parcctteadministration interne de l'iode est aujourd'hui assez considérable. M. Colin d'Alfort (1) a contesté la valeur et la signification de ces résultats : il a inoculé tout d'abord à l'oreille d'animaux une gouttelette de sang charbonneux, puis immédiatement après il a injecté sous la peau du flanc 1 centimètre cube d'une solution aqueuse d'iode iodurée, renfermant 2 milligrammes et plus d'iode métallique par centimètre cube; au bout de 24 heures, l'animal était mort avec tous les signes du charbon. L'expérience prouve que l'iode pénétrant en même temps que

(2) Colin, VIode est-il un agent antivirulent? (Bull, de CAcad. de méih 12 jadY. 1875, p. 48.)

le virus charbonneux dans les voies générales de l'absorption n'a pas réussi à neutraliser ce dernier ; mais il est vraisemblable qu'en faisant des injections multiples dans le tissu cellulaire sous-cutané autour du point inoculé, on réussirait mieux à détruire le virus qui n'a pas encore infecté tout l'organisme et qui n'a produit qu'une infection locale.

Les physiologisttis et les praticiens commencent à entrer dans cette voie expérimenlale. Depuis les travaux de Pastcur.deCliauveim, de Toussaint, depuis que l'on sait à quel point les différences des milieux de culture modifient la vitalité cl l'activité des microbes palhogénétiques, on est autorisé à recherclier, au moins chez les animaux, l'action des désinfectants, des neutralisants internes dans chaque maladie virulente et inoculable. Puisqu'un abaissement de la température centrale des poules- rend celles-ci inoculables aux bactéries charbonneuses que tuait la température normale des oiseaux {-\-ii°C.), il n'est pas absolument impossible qu'un abaissement considérable de la température du sang de l'homme atteint de maladie infectieuse, arrêté ou suspende le développement d'au(rcs microbes.

MM. Talamon et Derignac (1) ont vu chez un malade atteint de charbon les bactéries filiformes disparaîtra» du sang après inhalation de deux ballons d'oxygène en Hlicures et être remplacées par un nombre inaccoutumé de spores. l,es auteurs se demandent s'il faut considérer ce résultat comme un fait heureux, prouvant que les bactéridies ne pouvaient se développer dans le sang plus oxygéné, ou si au contraire ce développement des spores doit être regardé comme la conséquence d'une multiplication plus active de la bactérie aérobie au contact de l'oxygène. Le malade étant mort, il .serait oiseux de disserter dès à présent sur la signification d'un tel phénomène ; mais il

Ij TalainoD el Derignac, Revut maijufttî de mfiteine, 1H81, p. 408.)

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