DÉSINFECTION DE L'URINS ET DES SELLES, ETC. S
la cause (le l'infecUon et la fièvre putride qui en résulte. La véritable gangrène pulmo)iaire cnuse l'em poison nement du malade et une gène extrême pour les autres patients couchés dans b salle. M. Bucquoy (1) a obtenu une désinfection efficace par l'adiiiinislration de potions contenant 2 grammes d'alcoolaturc d'eucalyplus. La créosote de bois (30 centigrammes à 1 gramme par jour, diluée dans l'huile ou la glycérine), la térébenthine, tes balsamiques agissent dans le même sens; les inhalations de vapeur d'eau chargée de résine de bourgeons de sapin, de goudron, d'acide phéniquc, d'iode métallique, de camphre peuvent aussi être employées. Cannai faisait respirer de très petites quantités de chlore, se dégageant insensiblement du chlorure de chaux, pour corriger l'odeur fétide des cavernes ehe^ les phthisiqitcs. Dans des cas semblables, Piorry ne craignait pas de recommander l'inhalation de vapeurs iodées, et administrait des vomitifs pour évacuer le contenu putréfié des excavations pulmonaires.
Dans lu phthîste en effet, l'excavation pulmonaire n'est qu'un abcès interne et plusieurs médecins se sont avisés d'appliquer à l'ulcère tuberculeux du poumon le pansement antiseptique de Lister. D'après le D' Sinclair Coghill (2), le but à remplir dans ce cas est triple ; 1° diminuer les sécrétions ; S" faciliter l'évacuation des liquides purulents déjà amassés dans l'excavation ; 3° désinfecter l'air qui circule dans la cavité et dans les bronches, à la fois pour empêcher la résorption des liquides altérés ou pulridcs, et aussi pour prévenir la dissémination des germes morbides et virulents que certains supposent contenus dans les sécrétions tuberculeuses. M. Sinclair Coghill se sert d'un masque buccal, en forme de cuvette ou d'en-
(!) Bucqiioy, La pUarètte, daiu ta gangrène pulmonaire, [ilém.de la Soc. méit. dei Hôpit. T. Xil. 1873, p. 59.]
(2) D' Sinclair CoghMI, Aniiteplie inhalation l (Briliih médical Jeuraat, ÏH mai 1681, p. 841,! gintrala de médeeini, jaillst lB8t, p. 8B.)
ns DÉSINFECTION NOSOCOMIALE.
tonnoir, composé de deux enveloppes perforées à la faoon d'un crible entre lesquelles on interpose de Touale. Gel inhalateur est fixé devant la bouche par des cordons élastiques attachés aux oreilles. La plaque de coton est imbibée plusieurs fois par jour de 10 à oO gouttes d'une solution antiseptique; l'expiration doit se faire exclusivement par le nez, l'inspiration exclusivement par la bouche ; il suffit de deux séances d'une heure chaque jour pour s'habituer à ce mécanisme. M. Coghill emploie comme antiseptique l'acide phénique (1 sur 40), la créosote, le thymol, Tiode, en combinaison avec Féther sulfurique et l'alcool rectifié.
Dans les cas de bronchorréc fétide, de gangrène pulmonaire, de fièvre de foin, cette méthode de désinfection peut rendre de véritables services. L'agent désinfecrant est porté directement sur le siège du mal; mais il faut qu'il soit volatil et sans action irritante sur les voies respiratoires. MM. Williams (1), Wilson Hope (2), Carrik Murray (3) paraissent avoir obtenu en ces derniers temps de bons effets de l'emploi de ce traitement antiseptique dans un assez grand nombre d'affections pulmonaires. On ne doit pas oublier toutefois que beaucoup de ces substances sont irritantes, et peuvent provoquer la toux, des hémoptvsies, des irritations trop vives.
MM. ChiaramelH et vSemmola (4) ont employé riodoforme dans les affections chroniques broncho-pulmonaires, afin d'empêcher la putréfaction des sécrétions accumulées dans l'organe malade. Mais les auteurs prescrivent ce
(1) D*- Williams, Pulmonary phtlmis treated autitepiicaUy, {Briti^ médical Journal, 23 juillet 1881, p. liO.)
(2j D-- Wilson Hopc, Inlnlation in phthisis. (Ihilish médical Jourmly 16 juillet l«81, p. 81.)
(3) D-- Carrik Murray, Anliseptic ireaimeni of liing-diseases. (British médical Journal, 25 juillet 1881, p. 121 ; 22 octobre 1881, p. 665.)
(4) ChiaramelH, Anuali ciiuica, junvi.r 188% et Lyon méditai^ 5 mars 1882, p. 362,
DÉSINFECTION DE L'URINE ET DES SELLES, ETC. sto
médicament par la voie stomacale, sous forme de pilules :
lotloforme 10 rcDliftrammes.
Coudr» lie lytoporic 50 —
Thri()a*c q. a.
faites 10 piJulcs ilonl on iircotl 3 à S par jour.
L'ioJoforme qui est très volatil s'élimine par le poumon ; l'action sur cet organe est sans doute ainsi moins irritante que si l'on recourait aux inhalations directes.
En CCS dernières années, Schuller (1), Rokilansky, ont fait grand bruit des résultais excellents qu'ils auraient obtenus par des inhalations répétées de bcnzoate de soude dans le traitement de la phtliisic pulmonaire. Au moyen d'un pulvérisateur, on poudroyait une solution contenant K grammes de benzoate de soude pour 100 grammes d'caii; la quantité de benzoate consommée ne s'élevait pas à moins de 30 à 60 grammes par jour ! le traitement devait être coniinué pendant plusieurs semaines sans interruption. Les auteurs partaient de celte hypoilicse que la bactérie tuberculeuse découverte et cultivée par Klebs cl Reinstadler (â) est détruite par le bcnzoate de soude ; il fallait donc saturer le ponmon et l'organisme entier avec cet agent réputé antivirulcnt, afin de [wursuivre le nionas lubercttlosiim partout où il s'était accumulé. L'engouement produit par la publication des travaux de Rokitansky et de Schuller a clé de courte durée, et ce mode de traitement, cette désinfeciion des tuberculeux, paraît être déjà abandonné, au moins comme traitement spécifitjue.
Nous avons déjà signalé (p. 199) les succès que l'on prétend avoir obtenus en Allemagne par l'application directe et l'ingestion stomacale du benzoate de soude dans les
(I) Schuller, Ueber Impftubtreulote, [Ành. fur exper. Polhol. 1S79.) |2) \. Reinstadler, Utbtr ImpfluborctUoi.itArth. far exp. Poift. juillol 1679 p. !Û3, et Rtiuu d'hygiiiu, 1880, p. BU.)
cas de diphtérie bien caractérisée. La question est encore à rétude, mais Tefficacité du remède paraît être réelle.
Nous mentionnerons enfin à cette place, comme complément de la désinfection interne, les lavages de V estomac à Taide de la pompe gastrique ou du simple tube en caoutchouc armé d*un entonnoir. Ces lavages peuvent être fait avec de Teau simple ou de Teau de Vichy, avec des solutions de chloral, d'acide borique ou salicylique, de permanganate de potasse et d'acide phénique quand l'estomac renferme des parasites (sarcines) ou des matières putrides. Ces lavages ont donné de bons résuliats à MM. G. Séc, Labbé, Beaumetz et à nous tous dans les dyspepsies putrides, dans la dilatation stomacale avec inertie.
MM. Lécorché et Talamon (1) considèrent les embarras gastriques fébriles non comme des inflammations catarrhales de l'estomac, comme des fièvres typhoïdes avortées, mais comme de véritables fièvres saburralcs. Pour eux, il s'agit d'une sorte d'intoxication par des matières gastrointestinales mal digérées, en voie de fermentation putride. Quand l'intoxication est aiguë, rapide, à haute dose, la fièvre est intense, parfois à type rémittent ou intermittent; c'est la fièvre gastrique ou saburralc ; quand l'intoxication se fait lentement et à petite dose, c'est l'embarras gastrique prolongé, caractérisé par l'odeur fétide de l'haleine, les enduits saburraux, les gaz fétides. Le traitement, basé sur cette hypothèse pathogéniquc, doit naturellement consister en évacuants, en lavages directs ou indirects de l'estomac, dans l'emploi du charbon, etc. Si cette conception pathogéniquc est fondée, l'emploi des désinfectants internes pris par la voie stomacale trouverait ici une indication évidente.
On sait que pour M. Bouchardat (2) les condiments et
(1) Lécorché el Talamon, Eludes médicales faites à la Maison municipale de santé, 1 vol. in-8", 1881, p. 584. l«; Bouchardat, Traité d'hygiène publique et privée, 1881, p. 290.