DÉSINFECTION DR LTBINE ET DES SELLES, ETC
Les nculralisatils sont indispensables dans les cas de fièvre typhoïde, tie choléra, de dysenterie, et en général de toute maladie infeclieuae. Le chlorure de chaux en poudre désodorise mal, il substitue une odeur à une autre, mais il doit décomposer la matière organique; il peut être employé, nous lo croyons cependant bien inférieur au chlorure de zinc. L'acide sulfurique dilué au vingtième (3tl grammes |Kir litre d'eau) pour le rendre plus maniable et moins dangereux, dénature 1res bien les matières ; nous en Taisons un emploi habiluel dans la fièvre typhoïde. Une certaine quantité de ce mélange (iSO grammes) doit toujours être versée par avance dans le bassin ou la chaise pei-cée destiné au malade. 11 ne nous a pas semblé que les matières ainsi traitées fussent cajtables d'altérer les tuyaux de chute ou de conduite; l'acide est en grande partie et nipidemcnl neutralisé par l'ammoniaque des fosses,
M. John Doug;dl(l)préconise au plus haut point l'emploi de l'acide chlorhydrique dilué à I sur 20, pour désinfecter les selles typhoïdes; il fait verser par avance un verre de ce mélange dans le bassin vide destiné au malade; on le renouvelle après chaque selle. On a reproché à ce moyen d'altérer les bassins métalliques, les garnitures des \va ter-ci osets. M, Dougall a montré par de très nombreuses expériences que ces craintes ne sont pas fondées. Il cite l'exemple d'un malade alteint de lièvre typhoïde qui, pendant 3 semaines, avait au moins 10 selles en 24 heures; pour désinfecter ces selles, on usa pendant ce temps 3 litres d'acide chlorhydrique pur sous forme de solution à I [jour 20, et ce[>endant les appareils et garnitures des waler-closels dans lesquels on versait incessamment les matières n'élaient nullement endommagés. Il a fait en outre des expériences directes : il plaça des morceaux de
I0B by acii. (BritUh MtdUal Journal
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laiton, de cuivre, de plomb, de fonte, mesurant chacun 2 pouces de surface, dans un liquide représentant 1 partie d'acide chlorhydrique pur et 19 d'eau simple; ils y séjournèrent pendant 24 heures. Au bout de ce temps, on les pesa exactement, et la comparaison avec le poids initial montra que le laiton, le cuivre, le plomb n'avaient subi aucune altération; le fer seul avait perdu 4,33 pour 100 de son poids. Dans nos cabinets d'aisances, les tuyaux en fer ou en fonte ont une grande épaisseur ; ils soni placés dans les parties inférieures, loin de Torifice de chute, et les solutions acides sont, quand elles y parviennent, tellement diluées dans l'eau de lavage et les traversent si rapidement, qu'elles ne peuvent dégrader véritablement ces pièces métalliques.
Sans méconnaître la valeur des arguments de M. John Dougall, nous croyons que la dose de 1 pour 20 est fort élevée, et qu'on no peut considérer comme une chose indifférente qu'un morceau de fer perde, dans le mélange désinfectant, près de 5 pour 100 de son poids en 24heures ! La solution au centième serait peut-être suffisante, quoique nous n'ayons fait aucune expérimentation directe sur sa valeur neutralisante.
On a conseillé le permanganate de potasse comme désodorisant et neutralisant : mais les doses à employer dans ce cas sont énormes; il faut qu'après la désinfection obtenue il reste un excès do permanganate disponible et non décomposé; aussi Dougall a-l-il calculé qu'au prix commercial de la liqueur de Condy, il faudrait dépenser par an 260,000 francs pour désinfecter à l'aide du permanganate les selles typhoïdes dans un hôpital où il y aurait en moyenne 30 cas présents de fièvre typhoïde. C'est donc un désinfectant auquel on ne peut recourir que dans des cas exceptionnels et dans les familles aisées. La dose à employer par jour nous parait être deux litres d'une solution contenant au moins 2 grammes de
DÉSINFECTION DE L'URINE 3Sa
permanganate à l'état solide par litre d'eau non distillée. L'acide phénique, très généralement usité, est cfTicace, mais à la condition qu'on emploie des doses fortes : 1 litre par jour d'une solution à S pour 100, ce qui ne Tait pas moins de 30 grammes par jour pour un malade ! On serègled'ordinairesur l'odeur, et l'on emploie presque toujours des doses illusoires. Il y aurait avantage à recourir dans ces cas à l'huile lourde de houille, qui coûte bon marché, est un désodoranl et presque certainement aussi un neutralisant des matières infectantes. Il suffirait d'en verser 100 grammes mêlés à un litre d'eau dans chaque bassin, afin que les matières qui y seraient successivement déposées fussent toujours recouvertes de la couche oléagineuse et légère qui surnage le liquide.
En résumé, dans les cas oîi il faut à la fois détruire l'odeur et la virulence, nous croyons qu'on doit donner la préférence au chlorure de zinc ou à l'huile lourde de houille. Les ustensiles qui servent aux malades, et en particulier les urinoirs, les rases de nuit, s'imprègnent fréquemment d'une odeur ammoniacale insupportable, dans les hûpitaux, et même dans les habitations particulières, les tables de nuit contractent au bout d'un certain temps une odeur repoussante, surtout quand elles servent à des malades atteints de paralysie ou de catarrhes chroniques de la vessie. Quand le nettoyage n'est pas complet, quand il reste la moindre parcelle de ferment urinaire, l'urine s'altère en moins de 2i heures, et nous nous .sommes assuré que l'on impute parfois à un état pathologique de la vessie, ce qui n'est qu'un véritable ensemencement de l'urino émise. La moindre Tissure des vases, surtout quand ils sont poreux, recèle le ferment ammoniacal. L'acide chlorhydiiquc, dilué au dixième, dissout rapidement les dépùts urinaircs, et détruit en même temps la matière organique ; les odeurs les plus tenaces disparaissent par ce moyen. La décence, non moins que l'hygiène, devrait imposer Vjillw. — 1)e>i:(fecta:its. M
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comme une règle la désinfection des tabler de nuit, à chaque changement de malade dans les hôpitaux. L'imprégnation du bois est extrême, surtout quand ces meubles sont fermés, et elle résiste aux lavages les mieux faits. Dans notre service, nous obtenons la désinfection de ces tables en y faisant brûler 4 ou 5 grammes de fleurs de soufre dans un godet en fer, en ayant soin de ne pas fermer complètement la porte du meuble. Toute trace de mauvaise odeur disparaît et les germes de la fermentation de Turé»* sont complètement détruits, car du jour au lendemain Turine du même malade cesse d'être putride au réveil. Userait facile d'ailleurs d'enduire Tintérieur du meuble d'uno couche de paraffine, par le procédé que nous indiquons plus loin, pour rendre le bois imperméable aux gaz et aux émanations fétides.
Trois cas peuvent se présenter : 1** les locaux sont complètement inhabités; 2** ils sont habités, mais le ma- /aâe peut les quitter momentanément; S"* le malade ne peut quitter la chambre ou la salle.
DÉSINFECTION DES LOCAUX NON HABITES. — LorSqu'UH lo-
cal a été souillé par le séjour prolongé de personnes ou de malades, à plus forte raison en cas d'épidémie ou de maladie transmissible , un excellent moyen de désinfection et d'assainissement consiste dans Véxmcnaiion complète et prolongée des bâtiments. Les salles de rechange, les services d'alternance dans les hôpitaux sont à ce point de vue une ressource précieuse; un hôpital n'est salubre qu'à la condition de tenir toujours en réserve plusieurs salles inoccupées, qui se reposent et se purifient, après avoir fonctionné plusieurs mois ou une année d'une façon active et incessante. La même règle
DESINFECTION DES LOCAUX. 3>n
est applicable à certaines parties d'une habitation particulière.
Dans ces cas, les fenêtres, les portes, doivent être tenues largemenl ouvertes le jour et autant que possible la nuit : le soleil et l'air doivent y entrer librement, incessamment. Les variations de sécheresse et d'humidité, de chaleur et de fraîcheur y activent les oxydations, les réductions, la destruction des matières organiques. On sait que l'ozone fait absolument défaut dans l'air des chambres et des maisons habitées; l'éktignement des habitants fait reparaître l'ozone, c'est-à-dire l'oJtygène actif, l'élément par excellence de la purification et delà désinfection. L'on a cité quelques exemples de salles d'h6pital, où la maladie épidémique, pourriture d'hôpital, infection purulente, érysipèle, a reparu après un chômage de quatre ou six mois. Il est presque certain qu'on s'était contenté d'évacuer la salle, mais qu'on n'avait pas pris le soin de la ventiler, de l'insoler, de l'aérer largement et d'une façon presque continue afin d'éviter la stagnation dans les lis.sures ; la désinfection et l'assainissement ne s'obtiennent qu'à ce prix.
11 est dilticile de fixer la durée du chômage; cette durée varie avec la saison, le degré d'infection, la nature des maladies antérieures. Dans des conditions ordinaires, en été, quand l'épidémie ou la souillure a été moyenne dans un hôpital, l'évacuaiion doit durer au minimum trois mois, elledevraitpresque toujours être continue pendantsix mois. Dans une habitation particulière, la durée peut varier de 15 jours à 3 mois. C'est d'ailleurs une occasion pour gratter ou laver les murailles, les plafonds, les planchers. Si les murs sont enduits de peinture, celle-ci peut être seulement lavée à la potasse ; il est préférable d'appliquer une nouvelle couche; c'est un moyen de boucher les fissures dans lesquelles peuvent être accumulés des germes morbides ou des insectes parasites.
388 DÉSINFECTION NOSOCOMIALE.
Les papiers de tenture, dans les appartements particuliers, doivent être renouvelés toutes les fois que la chambre a été occupée par un malade atteint d'une de ces affections transmissibles, graves à raison de leur parasite, et qu'il existe dans Tappartement des personnes susceptibles de la contracter : diphthérie (enfants), infection puerpérale (femmes en couches) ; ces papiers sont un réceptacle dangereux de germes morbides et d'odeurs désagréables. L« anciens papiers doivent être préalablement arrachés. Dans un mémoire lu à la Société de médecine publique (I), nous avons mentionné des exemples d'infection manifeste de Tair des chambres, et d'accidents faisant craindre l'explosion d'une épidémie de fièvre typhoïde, par la superposition de 10 à 12 épaisseurs de papiers de tenture successivement renouvelés; la colle de pâte accumulée entre ces couches avait subi la fermentation putride et était remplie de vers. Les peintres emploient fréquemment pour fixer les papiers à la muraille de la colle de farine ou d'amidon en pleine décomposition, surtout pendant l'été; nous avons observé un cas d'empoisonnement léger par ces émanations putrides, et nous avons proposé d'incorporer dans cette colle, comme dans l'enduit gélatineux destiné aa\ plafonds, une petite quantité d'acide borique ou salicylique qui empêcherait cette décomposition, soit au moment de l'application, soit postérieurement.
Dans les chambres particulières de malades, dans les cas moins graves, on pourrait se contenter de pulvériser contre les papiers qu'on ne veut pas renouveler, des solutions d'acide phénique à 2 pour cent, ou de chlorure de zinc à 10 ou 20 pour mille.
- Dans les habitations collectives où l'on conserve encore la pratique du badigeonnage, il est nécessaire de gratter soigneusement l'enduit ancien avant d'appliquer le nou-
(l)ValIiD,/>«< accidents produits par le$ papiers de tenture récemment appliqués (Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1880, p. 481).
veau. Tout le monde connaît les chiffres incroyables (40 à 54 pour 100) de matières organiques trouvés dans ces enduits par Kuldnian, Kirchner et Chalvet. Sans doute il faut faire la part de l'albumine ou de la gélatine introduites dans le lait de chaux ou de craie pour le rendre plus adliérent; mais on comprend que cette couclie extraordinairement poreuse retienne toutes les matières organiques dissoutes dans la vapeur d'eau et les buées souvent fétides qui se condensent sur les murailles refroidies. En outre, ces surfaces rugueuses retiennent, beaucoup plus qu'une paroi vernie et luisante, les particules solides, les débris d'épiderme, le pus desséché, les poussières suspectes, <]ui flottent en si grande abondance dans les salles de malades. Rien ne prouve mieux la nécessité de gratter exactement les anciens enduits, que le fait suivant relaté par Deger (Bah der Kraiikenliaiiser, p. 20à) : 2 ouvriers contractèreni la variole pour avoir gratté et renouvelé les enduits de chaux, dans la salle des varioleux de l'hôpital général de Munich; la salle était cependant restée inoccupée pendant un an.
On a prétendu que l'enduit à la cliaux, qui reste caustique pendant quelque temps avant d'être saturé par l'acide carbonique de l'air, est un excellent moyen de désinfection des murailles, parce que les matières albuininoïdes forment avec l'hydrate de chaux, des composés insolubles et inoftiiaaih. Ccblanekimetit n'aqu'un effet superficiel etpeudumble; en supposant qu'il détruise les matières organiques suspectes qui sont à la surface même de la muraille, il n'a aucune action sur les miasmes dont les matériaux poreux sont impi-égnés et parfois saturés. 11 importe toutefois de faire une distinction ; on confond trop souvent le lait de chaux, qui est très adhérent, se fendille peu, n'a [tour ainsi dire pas d'épaisseur, avec le mélange de craie, d'eau cl de colle qui sert à Paris à faire le badigeonnage. Ce dernier encrasse les murs d'une couche poreuse, épaisse, qui est un réceptacle d'impuretés ; il se fissure, s'écaille rapi-
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dément, et donne issue de la sorte aux principes morbifiques qui pourraient être accumulés dans les porosités ou les interstices de la muraille. Ces enduits doivent disparaître des habitations collectives, des casernes, à plus forte raison des hôpitaux ; une exception pourrait à la rigueur être faite en faveur du lait de chaux proprement dit, à la condition qu'il soit renouvelé tous les trois mois au moins. Il y aurait peut-être avantage à incorporer dans le lait de chaux, avant l'application, certaines substances antiseptiques telles que Tacide borique à la dose de 1 kilogramme pour 1 hectolitre de lait de chaux ; cet acide ne coûtant guère dans l'industrie que 2 francs le kilogramme, on voit que la dépense serait minime; reste à savoir si le procédé est technologiquement applicable.
Les boiseries non peintes, les planchers doivent être brossés avec de la potasse et du savon , puis humectés d*une solution phéniquée ou de chlorure de zinc à î pour 100. Le simple lavage des parois (murs , plafonds , sol) à grande eau est un moyen de désinfection très puissant et qu'il ne faut pas négliger, quand le mode de construction et d'installation des salles le permet. L'on sait qu'au pavillon modèle établi par M. Tarnier à la Maternité de Paris, dès qu'une nouvelle accouchée quitte la chambre, • après guérison simple comme après décès, on lave immédiatement la cellule à l'aide d'une pompe à forte pression. On inonde d*eau pure le plafond, les murs peints à l'huile et vernis, le sol en ciment ou en mosaïque; on lave à grande eau le lit, les sièges, la table, la baignoire, en un mot tout ce qui existe dans la chambre et qu'on a eu soin de faire revêtir d'enduits imperméables. Ce lavage en grand parait ne pas être étranger aux succès que M. Tarnier a obtenus dans son nouveau pavillon.
D'autre part, nous avons entendu raconter à M. le professeur Brouardel le fait suivant : alors qu'il était chargé, en 1810-71, d'un service de varioleux à Thùpital improvisé
DÉSINFEICTIUN DES LOCAUX. 39i
du quai de Javelle, it recul l'ordre d'évacuer immédiaicment CCS varioleux et de tenir l'hôpital tout prêt pour recevoir les blessés à la suite d'une sortie imminente des troupes assiégées. Pressé par la nécessité, et craignant que les blessés annoncés ne contractassent la variole en séjournant dans l'atmosphère où venaient de vivre plusieurs centaines de varioleux, M. Brouardcl employa le moyen suivant: A l'aide de ses infirmiers, il fit lancer avec une pompe une grande quantité d'eau simple sur les murs, te sol, les parois ; tout le matériel fut également lavé a grande eau pendant près d'une journée, après que les varioleux eurent éléévacués. Malgré le bref délai accordé (12 heures), et l'absence de tout désinfectant chimique, les nouveaux soldats introduits dès le lendemain dans l'hùpital restèrent complètement indemnes ; aucun d'eux ne contracta la variole dans les semaines ou les mois qui suivirent.
Quand la nécessité est moins urgente, il est préférable de laver toutes les parois avec un légère dissolution de chlorure de zinc (3 à 10p. 1000), de chlorure de chaux (à 3 p. 100), d'acide phénique (2 p. 1000), ou avec une lessive de potasse ou d'eau seconde.
Mais il faut bien le reconnaître, ce sont là des moyens incertains, des demi-mesures. Il est plus sûr, plus rapide, plus économique dans la plupart des cas de recourir aux fumigations qui pénètrent partout, qui détruisent non seulement les mauvaises odeurs, mais encore les germes virulents ou les miasmes que les locaux peuvent contenir.
I-e moyen le plus héroïque est, sans contredit, la fumigation [Kir l'acide hypoazotique, par les vapeurs dites ni- Ireuses. Toute la matière organique est détruite chimiquement, la purification est complète et rapide. D'après Payen, pour chaque lit et pour l'espace correspondant, soit environ 40 mètres tubes, on emploie le mélange suivant ;
Eau 2 litres.
Acide azotique du commerce 1,300 grammes.
Tournure ou planure de cuivre 300 —
(Voyez pour le détail de l'opération, page 271.)
II est incontestable que les quantités sont énormes; les étoffes, les objets métalliques ou de toute sorte qui seraient laissés dans la pièce seraient corrodés par les vapeurs acides. Même au bout de 48 heures, il est dangereux d'entrer dans la chambre close où a été pratiquée une telle fumigation, et avant d'y pénétrer, il faut du dehors ouvrir plusieurs issues à Tair et laisser s'établir une large ventilation. Des accidents très graves, mêmes mortels, pourraient résulter d'imprudences commises à ce point de vue parles hommes chargés de cette opération. Ce mode de désinfection doit donc être sinon abandonné complètement, au moins réservé aux cas très rares où l'infection aurait été excessive, où les locaux seraient absolument nus , ne craindraient aucune altération par cet agent chimique, et où l'on pourrait laisser pendant plusieurs jours la salle se ventiler largement et se débarrasser de toute vapeur, avant d'y placer des hommes sains ou malades.
La plupart des inconvénients et de ces dangei*s peuvent être évités par l'emploi de Vacide niireux proprement dit. MM. Ch. Girard et Pabst ont trouvé il y a quelques années un moyen pratique et peu coûteux de produire à volonté Tacide nitreux, et ont basé sur ce procédé plusieurs méthodes applicables à l'hygiène.
« La source d'acide nitreux qu'ils emploient (1) est l'acide sulfuriquc nitreux, ou cristaux de chambres de plomb, combinaison cristallisée d'acide sulfurique et d'acide nitreux, qui, traitée par l'eau, se décompose en ses éléments. Mais l'acide azoteux ne peut exister à Tétat concentré; il se décompose en acide hypoazotique et en
(1) Note inédite do H. Pabst.
bioxydc d'azote : au contraire, si la décomposition des cristaux est très lente, on peut diffuser l'acide nitreux dans des quantités d'air considérables, et alors il se présentera avec SCS propriétés habituelles et voisines de celles de Tozône.
« L'acide azoteux a des propriétés oxydantes très énergiques ; il brûle toutes les matières organiques en poussières ou en vapeurs; il combui-e presque tous les gaz, sauf l'hydrogène ; l'acide sulfurique le relient en combinaison jus(]U'au moment où l'air humide, ou les gaz, échangeront leur vapeur d'eau contre une quantité proportionnelle d'acide nitreux. L'acide sulfurique agit donc comme réservoir distributeur, en quelque sorte, mais il exerce encore une autre action importante ; il dissout les vapeurs combustibles que renferme cet air ou ce gaz, et les cède à l'acitle nitreux dissous, de sorte que ce dernier agit d'aboi'd à l'étal liquide, puis à l'état gazeux, sur les molécules qui auraient échappé à la première action.
» L'acide azoteux est connu depuis longtemps comme l'un des plus puissants antiseptiques, au même titre et sur le même rang que l'ozone et l'eau o.\ygénée. Il existe en proportions très minimes dans l'atmosphère, dont il est un des agents de purification naturelle, on a trouvé que ia quantité d'acide nitreux et d'ozone, dans l'air, étaient augmenlée après les orages ou les eflluves électriques ; en dehors de ce cas, on ne connaît pas de mode de formation de l'acide nitreu.\ ; l'ozone parait exister dans l'oxygène dégagé dos parties vertes des plantes.
« Les germes de toute nature sont également détruits par l'acide azoteux : si l'on introduit dans des ballons de Pasteur des liquides fcrmentesctbies, qu'on fasse le vide par ébullition, et qu'on laisse rentrer l'air en le faisant passer (l'abord sur du coke imprégné d'acide nitreux, l'air même chargé de germes se montrera inerte dans le ballon. Pour charger l'air de germes, on peut puiser cet air dans un
Ml DÉ&INPECTIUN NOSOCOHIALE.
flacon renfermant des pellicules de mycodermes, ou dfô poussières que l'on a préalablement essayées par voie d'ensemencement : en agitant les flacons, l'air se charçe suffis;* m ment de germes; on peut aussi cultiver du penicilUum glauciim dans une assiette, et quand il a bien fructifié, arroser les parties vertes : les spores sont projetés avec une petite explosion, et reoiplissent l'air (pK l'on peut aspirer ensuite.
< Uans les cas où il s'agit d'assainir des espaces clos el
Appareil pour produire ks vapeurs nilrmsM ou l'élhcr niirrui. (L« l'Iochfl Tigurêc ici no sert qu'ï rccuoïltir Ii-s vapeurs pour uno exnc-
dont la ventilation est difficile, nn a songé à introduire dans cet air, par voie de diffusion tente, des vapeurs d'acide azoteux qui brûlent les matières organiques là o(i la lumière ne peut arriver : par e\rniplc, dans les caves e( ma-
(I) la Urtinfeetioa par ta atyitet iiUreiu {La Salure, 21 mui 1881 n*4IG, p. 38e.)
gâNins, les cales de navire, les chambres de malades, les cabinets d'aisances, etc. On produit cet acide azoteux au moyen d'un appareil composé d'un vase en grès verni, contenant un vase poreux, analogue aux burettes des piles, que l'on remplit d'acide sulfurique nitreux (cristaux des chambres de plombou sulfate de nitrosyle). Entre les deux réservoirs, on verse une couche de 1 à 2 centimètres d'eau. L'acide traverse lentement le vase poreux, et se décomposanl au contact de l'air humide qu'il y trouve, il donne peu à peu des vapeurs d'acide nitreux qui se mélangent à l'air. *
Ce procédé a été appliqué dans une cave ou couraient deux lapins et qui contenait une tinette filtrante dont les vidangeurs avaient laissé tomber le contenu sur le sol. Un vase poreux de 40 cenlimètres de haut a eu raison de ces causes d'infection. Le même système de désinfection a été appliqué à la Morgue, et dans les voitures municipales servant au transport des malades h Paris. Quoique beaucoup moins irritantes que celles d'acide hypoazotique, les vapeurs d'acide nitreux ne peuvent guère être utilisées que dans les locaux non habites.
L'on pourrait également avoir recours aux fumigations d'acide ohlorhydriquc qui ont fait tout d'abord la réputation de Guyton-Morvcau. Ce dernier pour une capacité de 100 mètres cubes, employait les proportions suivantes :
Sel marin ■ ■ Si grammes.
Acide sulfurique a 66 H . 68 —
Proportion qui parait très faible; on mélange rapidement et l'on se retire. Au lazaret de Marseille, pour une capacilé de 100 mètres cubes on versait 300 grammes d'acide chlorhydrique sur 130 grammes d'acide sulfurique ; on doublait la dose quand les locaux étaient inoccup ;s.
Ces fumigations, caustiques et dangereuses quand les doses sont fortes, sont aujourd'hui tombées en désuétude,
39G DÉSINFECTION NOSOGOMIALE.
au point que nous ne connaissons peut-être pas assez les ressources qu'on en pourrait tirer.
Elles ont été généralement remplacées par les fumigations de chlore et par celles de soufre.
Ces dernières nous paraissent malgré tout mériter le premier rang. Nous ne reviendrons pas sur les critique? dont elles ont été Tobjet de la part de Wernîch^de GàrtMr et Schotte (voy. p. 253). Un grand nombre d'expériences, auxquelles nous .avons joint les nôtres, montrent qu'à dose suffisante, Tacide sulfureux provenant de la combustion du soufre détruit la mauvaise odeur, les miasmes, les virus, les parasites (punaises), les petits animaux tels que souris, rats, etc. Les cadavres de ces animaux jonchent le sol ; il faut craindre toutefois qu'ils ne se putréfieni dans les trous ou les points inaccessibles, où la mauvaise odeur seule révèle leur présence.
La question de dose est encore controversée, ainsi que nous l'avons montré dans la première partie de ce livre (p. 262). Au point de vue pratique, nous croyons qu'il faut distinguer deux cas.
Le plus souvent, la dose de 20 grammes de soufre par mètre cube est suffisante, surtout quand rocclusiondes locaux est facile, que les joints des portes et des fenêtres ne sont pas très mauvais. Après avoir lu le récit des observations nombreuses faites en ces derniers temps par MM. Czernicki, après avoir fait par nous-mêmes un grand nombre d'expériences, c'est à ce dernier chiffre de 20 grammes par mètre cube que nous nous arrêtons pour les cas ordinaires. Mais quand les locaux ont été infectés par des épidémies graves : fièvre puerpérale, septicémie, pourriture d'hôpital, variole, il nous semble nécessaire d'atteindre la dose de 30 grammes par mètre cube. Nous rap|)elons qu'en brûlant 16 à 20 grammes de soufre par mètre cube on détruit déjà l'inoculabilité de plusieurs vinis, en particulier du vaccin desséché, du plus morveux, etc. :
DËSDIFECTION VES LOCAUX. 397
ce résultat est obteou quand la proportion de gaz acide sulfureux dans l'atmosphère égale 1 0/0. Un kilogramme de soufre, en brûlant, dégage près de 700 litres d'acide sulfureux, de sorte que cette quantité suffit pour une petite chambre de 60 mètres cubes. Le tableau suivant indique les quantités et proportions de SO^ fournies par la combustion du soufre dans un mètre cube.
Voici comment l'on doit procéder à cette opération. L'acide sulfureux est très diffusible, it pénètre profondément dans les porosités des tissus et même des murailles; il faut donc empêcher qu'il ne se diffuse trop promptement, soit à travers les tissures des plafonds, des planchers, des