ART. V. — DÉSINFECTION DU MATÉRIEL CHIRURGICAL
Les instruments et les objets qui servent au traitement des malades sont parfois une cause d'infection, de transmissiondemaladies,d'empoisonnements. 11 y aquelques années, un certain nombre de cas de syphilis transmise par le cathétérisme de la trompe d'Eustache, dans le cabinet du même médecin auriste, ont causé une grande émotion dans le monde médical. Une sonde en argent, et à plus forte raison une sonde en gomme noire ou en caoutchouc, peuvent déterminer une fermentation indéfinie de l'urine dans la vessie, en transportant dans ses orifices ma! lavés
(i) E. ValIiD, Sur la de'sinfeetion par Vair chaud. Rapport i la S^ eiété de médecine publique et d*hyyiène professionnelle [Bulletin de /« Société, 1878, T. 1. 354.)
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une petite quantité de ferment ammoniacal, provenant d'un cathélérisme antérieur clicz un malade atteint de catarrhe purulent de la vessie. Récemment encore, au Congrès international de Londres, M, Tarnicp (1) attirait l'attention sur le danger des sondes vésicales mal nettoyées. « Les sondes dont je me sers, dil-il, sont en caoutchouc rouge et, avant leur usage, plongées dans une solution phéniquée. C'est là une précaution indispeniiablc; avant d'y recourir, j'ai vu deux cas de mort par néphrite consécutive à une cystite, par suite de l'usage d'un cathéter mal nettoyé. •
Les stylets, les trocarts mal lavés et souillés de pus altéré, peuvent introduire dans une plaie, dans une cavité pleurale, le poison scplique ou l'infection purulente. L'opération de la saignée pratiquée avec une lancette malpropre a causé parfois des phlébites graves, etc. Il est inutile d'insister ; ces exemples prouvent la nécessité d'une désinfection préalable, minutieuse, Jes instrumenta destinés aux opérations ou aux pansements.
Toutes les fois qu'il est possible, le flambage est une excellente mesure. Bien n'est plus facile que de passer un stylet d'argent ou une sonde cannelée dans la flamme d'une lampe à alcool ou d'une simple bougie, immédiatement avant de sonder une [ilaic. Les instruments plus délicats doivent être plongés ou lavés dans une solution concentrée d'acide phonique, ou dans l'huile phéniquée (10 pour 100). Jamais une tlioracenlése ne doit être pratiquée sans avoir fait pasjer plusieurs fois un pareil mélange àtraversles aiguillesou les trocarts, autrement on s'expose à transformer un épanchcment séreux en épanchemenl purulent.
Les éponges deviennent facilement une cause d'infection des plaies ; leur nettoyage, leur désinfection «si difficile. Après chaque pansement, une éponge devrait toujours être
(1) TroMKtions of Ihe inUraaIiOHat médical Cffn jrfM, Lan Jon, 18£1,
SIC DÉSIIfFECTTOIf
plongée dans une solution de permanganate de potasse» millième, et lavée à plusieurs reprises dans des soIqU» nouvelles. Certains chirurgiens gardent en permanence les éponges plongées dans des solutions phéniquées fortes (à 8 p. 100), et expriment ce liquide au moment même de les porter sur une plaie. Le lavage peut encore se faire avec une solution de chlorure de zinc à 5 pour 100, c*esi le moyen le plus économique, le plus simple et le plus sur.
Il est même préférable de supprimer les éponges ei de les remplacer par des plumasseaux d'ouate, de filasse, de jute, d'oakum (étoupe de vieux cordages goudronnés). Ces matières premières sont presque sans valeur, et sont jetées dès qu'elles ont servi à laver la plaie d'un malade. L'éponge peut encore être remplacée par l'irrigateur, qui lave les plaies sans les exposer à des contacts dancrereui.
Les canules d'instruments doivent être également Tobjet d'une attention sérieuse ; elles ont souvent été accusées d'avoir transmis des infections puerpérales en servant successivement à plusieurs accouchées. Aujourd'hui, dans beaucoup de services d'accouchement, chaque femme a sa canule pour injection ; quand la femme est guérie ou morte, on détruit la canule, ou bien on la désinfecte en la soumettant, comme les éponges, à l'action des liquides que nous venons d'énumérer.