SECTION II
Nécessité et avantages de la Politesse.
Après que Midiel-Auge eut passé plusieurs jours à donner, sur une statue, ce qu'il appelait un léger degré de grâce à un membre et d'énergie à un autre, un gentilhomme lui lit remarquer que ce n'étaient que des minuties indignes d'une aussi grande attention. ** Des minuties très-certainement," répliqua-t-il ; " mais les minuties font la perfection, et la perfection n'est pas une minutie." Cette observation peut parfaitement s'appliquer à la politesse, laquelle consiste en une foule de petites choses, telles qu'un regard, le ton de la voix, une bonne parole, une action obligeante, une marque de satisfaction et de gratitude pour un service reçu, en un mot une infinité d'attentions délicates qu'il est plus aisé d'éprouver que de décrire. Prises isolément, ces choses peuvent bien paraître des minuties, mais, dans leur ensemble, elles sont les marques caractéristiques de la vraie politesse.
C'est dans le cœur que la vraie politesse prend sa source, car c'est du cœur que nous vient ce désir sincère d'être obligeant envers nos semblables et de les rendre heureux. Si elle est pratiquée dès le jeune âge, la politesse devient une habitude dont l'exercice, comme celui des autres habitudes, nous est aisé et agréable. Elle commence sous le toit paternel et se perfectionne dans les relations journalières de la vie domestique. Là, en effet, plus facilement que partout ailleurs, les passions, naissant graduellement, peuvent être comprimées ; là encore on peut s'exercer fréquemment à des sentiments de bienveillance et se livrer à de continuels échanges de bons offices ; là enfin, on se forme aux véritables manières du savoir-vivre et de la courtoisie.
L'enfant qui, pendant son séjour à la maison, agit envers ses parents avec respect et amour, envers ses frères et sœurs avec bonté et affection ; qui cherche les occasions de leur rendre de jietits services et s'attriste quand il ne peut contribuer à leur bien-être et à leur bonheur ; qui ne se laisse jamais aller à la colère, à la morosité ou à l'incivilité, mais qui est vuiiformément doux, aimable et obligeant ; cet enfant, disons-nous, trouvera également aisé d'agir, en toute occasion, envers ses semblables avec douceur et affabilité. Celui, au contraire, qui est accoutumé à agir avec rudesse et incivilité au sein de sa famille,
AVANTA<Jrx I»K f.A Pol.lTKHHK.
nr |K)««»t'«l< rn jumiiiH et* <aru«*ttT« aiiiialiW* ri générfux, non plus ({lie vvH inanirrrs )M»1irH ft v*n^aK<*iiiit(*4, m! iiidiMjK'nsahh's, :\ cli.Hjnc inst.int . <l:ins If^ «liMi'-rcntH rii]i]un\H <lr lu socirlr.
Il <*s( rai>|M)iir d'un cnlain juvlal, rcMnarqiialiIr par sch nuini^rcs uoiiccs et rlr^rantcs, (|ii(', daiiH su maison rtHann sert relations avoc .ses cloin^'stiipics, il inaiiiA-hlail. jusipir dans SCS nïoiiulrt'S actions, la nirnic dourrur et la nicnH* courtoisie dont , en puMic, il taisait la re^le desaron- <lnite. Aussi n'était -il Jamais surpris ; <'t il agissait en tout lieu et en toute circonstanctî avec tant dt; grâce et d«' honte, (juil comnuindait It^ respect et H'attiniit restiiiie d<î tous ceux (jui l'appiiM-liaient . (Ju<'lle leçon, pour les Jeunes ^ens, de s'aeeoul uincr à ]nali(jnrp chez eux h-s devoirs (pi'ils auront à l'cniplir au dehors ! ainsi ils n'agiront Jamais avec ruchsse i.i méciianceté, et auront soin (pi'il ne leur échappe aucun rcuaiMl malveillant ni aucuncî j)arole aigre ou oirensante ; ils ])rendr(mt gai(h' aussi à ce (juc l'intime l'amiliarité de la vie domesticjue ne dégénère Jamais, comme il n'arriM' (pu^ troj) souvent, en néglig<*nce, rudesse ou incivilité. Ils se souviendront (pie toute politesse, si recherchée, fût -elle, ne peut être sincère et durable, ([u'autant <prelle a pour jjrincipe l'amour de Dieu et le désir de lui plaire. (Juiconcpie, dès son bas âge, s'habitue à n'envisager que Dieu et son bon plaisir dans tontes les bonnes actions qu'il accomplit, ne pourra (pie se fortitier de ])liis en plus dans Tamour pour S(\s semblables, et se sentira ])orté comme tout naturellement à leur rendre même dans les circonstances les ])his repoussantes, tous les services (pie lui inspirera son atîection pour eux.
Deux choses sont extrêmement nuisibles à la politesse ; si elles ne sont combattues, elles en rendent la prati(|ue presque impossible. La 1ère est Vêgoisme. Celui qui ne recherche (jue hii-mème et sa propre satisfaction et (jiii ignore le bonheur que procure la pensée d'avoir fait ])laisir atix autres, ne saurait se faire à l'idée qu'il faut préférer toujours les autres à soi-même, s'étudier à plaire sans gêner qui que ce soit, se fi\ire violence afin de contenir son cœur et sa langue alors même qu'il pourrait être provoqtié, céder toujotirs avec bonne grâce aux humeurs et aux caprices d'autrui ; enfin, il ne saurait s'assujettir i\ cette foule de petits sacrifices qu'exige la politesse. De tels sacrifices deviennent des sources de jouissance pour le cœur généreux, lequel, en retour de ses