‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 12 sur 124 · EXISTENCE DE DIEU · texte numérisé non relu

EXISTENCE DE DIEU

substances si différentes, et établir entre elles cette correspondance si admirable, si ce n'est Dieu?

6. Ces sentiments de joie et de douleur que nous éprouvons, sont encore une nouvelle preuve qu'il y a un Dieu ; car il ne dépend pas de nous de les avoir : si nous pouvions nous les procurer ou nous y soustraire, nous serions toujours dans la joie, et jamais nous n'éprouverions la douleur.

Nous avons donc un Maître souverain et tout-puissant, de qui nous dépendons, et qui dispose de nous à son gré. Ce Maître suprême, c'est Dieu. De là ce cri : Mon Dieu! qui nous échappe dans une douleur inopinée, dans un danger imprévu : cri indélibéré, qui n'est pas l'effet de la réflexion, mais le témoignage d'une âme naturellement chrétienne, selon l'expression de Tertullien.

7. Il est donc vrai que nous portons au dedans de nous l'impression de la Divinité tracée en caractères ineffaçables. Aussi n'y a-t-il jamais eu de peuple si barbare et si sauvage qui n'ait reconnu une divinité. On trouve des nations qui n'ont aucune connaissance des arts et des sciences, mais on n'en trouve aucune qui n'ait point de dieu ; plusieurs se sont égarées en substituant des idoles au vrai Dieu, mais elles ont toutes senti le besoin de reconnaître une divinité.

8. Ce consentement si universel entre tous les hommes de tous les pays et de tous les siècles, si différents d'ailleurs de génie et de mœurs, séparés par des intervalles immenses de temps et de lieux, ne peut être l'effet d'une convention arbitraire ; il ne peut venir que d'une lumière qui éclaire tous les hommes, et que Dieu a mise dans notre âme en caractères si visibles, que les plus simples mêmes ne sauraient l'y méconnaître.

Les cieux annoncent la gloire de Dieu, et le firmament publie les merveilles de sa puissance. Quel autre, en effet, a pu dire au soleil : Sortez du néant, et présidez au jour? Quel autre a pu dire à la lune : Paraissez, et soyez le flambeau de la nuit ? Toutes les créatures nous disent qu'elles ne se sont pas faites elles-mêmes, mais que c'est Dieu qui les a faites Quel autre que Dieu pourrait faire germer les plantes dans le sein de la terre et leur donner

C\ Que démontre ce cri, Afon Dieu, qui nous échappe dans la douleur ou dans le danger imprévu?— 7. Y a-t-il sur la terre des peuples qui rejettent l'existence de Dieu ? -S. Que prouve ce consentement universel par l^apport à l'existence de D.eu ?

KXIrtTKNCK I)K I)li:i\ 20

rac<T()isM(Miiont, r/i;;l<îr lasiKM'OHHion dcîH JourHetdcîH iiuiln, et lixcr l'onlrr inviirial)I(^ <1{»h HiiisoiiH? Tout nouHaiiiioii<;<* <lonc l'existence de Dieu.

KXF.MPLKR. — TTn iîn|»i(', :iu>si Ir^rr dans nos niisouni*iiuMits (ju(> dans su pcrsonn»*, se nrr-ii'nla un Jour r\\v/. M. Oiidin, savant et i)irux rcch'siiusticjutî : "Monsieur, lui dit-il brusiiurnu'nt, ji^ suis bien aise de vous aporendre (|ue je suis un ath/r."' A ces mots, l'honinie de l)icu recule d'iiorreur ; et, s'annant d'uiuï lunette (pi'il trouve sous sa main, il lixe hsyenx sur \v. jeune fat. " (^uc raites-vous-l;\, Monsieur? lui dit celui-ci. — Je regarde cet être étranj;e (pi'oii appelle athée, et (|ue je n'avais pas encore vu." Déconcerte par cette parole, le jeune impie disparut.— Mkk AU i/r.

— .le voudrais, dit Lahruyère, voir un homme sohn», modéré, chaste, éipiitable, prononcer qu'il n'y a j)oint <le Dieu; il parlerait sans intérêt; mais cet homme ne se trouve pas.

— In homme qui dii "Il n'y a pas de Dieu '' est obligé })ar là même de dire : " Tous les hommes de tous les temps et de tous les pays ont eu tort, et moi seul, j'ai plus d'esprit qu'eux tous." En d'autres termes: "Je n'ai pas le sens commun ; car le sens commun n'est autre chose que le se7iti?}ie7it commun et universel de tout le monde. l"n homme qui doute de l'existence de Dieu est donc un liomme qui n'a pas le sens commun. Cela n'est guère tentant.— Mgr. de Ségur.

— Un des plus illustres naturalistes, l'immortel Linnée, après une vaste et profonde étude de la nature, s écriait: " J'ai vu passer l'ombre d'un Dieu éternel, immer?se, tout -puissant, souverainement intelligent, et j'ai été stupéfait. J'ai suivi dans le désert la trace de ses pas : quelle force, quelle sagesse, quelle insondable perfection en ses œuvres, dans les plus petites même, et jusque dans celles qui subsistent à peine ! " — Système Nat.

30 UNITft DE DIEU.

ARTICLE III

Je crois en Dieu, etc., etc.

Unité de Dieu.

1. La foi et la raison, qui nous apprennent qu'il y a un Dieu, nous apprennent aussi qu'il n'y en a qu'un, et qu'il ne peut même y en avoir plusieurs, parce qu'il n'y a qu'un seul être qui puisse exister par lui-même et ne dépendre d'aucune cause. Et n'est-il pas évident qu'étant souverainement grand, il doit être unique, et que, s'il avait un égal, il ne serait plus l'Etre suprême?

2. Toutes les perfections de Dieu prouvent aussi son unité : il ne peut y avoir qu'un seul être immense, c'està-dire qui remplisse tout, et hors duquel il n'y ait plus rien.

Il ne peut y avoir qu'un seul être infiniment parfait, c'est-à-dire qui possède toutes les perfections, et hors duquel il n'y ait aucune perfection qui ne vienne de lui.

La Majesté divine ne peut avoir d'égale, parce qu'elle renferme en elle-même toute la plénitude de la grandeur.

3. Il y a sans doute lieu de s'étonner qu'une vérité si claire ait été autrefois ignorée, et que des peuples d'ailleurs très-éclairés aient adoré un grand nombre de divinités. Cette erreur si grossière a été l'effet du péché. Lorsque Dieu créa l'homme, il se manifesta à lui ; dès ce moment l'homme connut clairement qu'il n'y avait qu'un Etre suprême, créateur de toutes choses, et de qui toutes choses dépendent. L'homme transmit à sa postérité cette Keligion sainte et pure, qui se conserva pendant quelque temps. Les premiers hommes n'avaient donc besoin que du témoignage de leurs pères pour connaître l'existence et l'unité de Dieu.

Cette tradition était d'ailleurs si conforme à la raison, qu'il semblait qu'elle ne pût jamais être oubliée ni obscurcie. Mais la religion demandait des sacrifices, et la corruption de la nature prenait chaque jour un nouvel empire: aussi, à mesure qu'on s'éloigna de l'origine des

1. Que nous apprennent la foi et la raison par rapport à Dieu?— 2. Comment les perfections de Dieu prouvent-elles son unité? De quelles expressions se sert-on pour dire aue Dieu n'a pas d'(^gal en majesté, en puissance, etc. ?— 3. Qu'est-ce qui a donné lieu à l'idolâtrie, c'eit-àdire au culte de plusieurs dieux ?

UNIIK DI-, DIKI .;l

choscH, lu plnjmrl <1« s Iioiiiiihs l»n)uill«*«n»iit Iph uUu^h i|U'i!s M\ai<'!it HM/iirs <lr Icursaiirrtn'H, v\ ils ih* 'oiiliimit plus julorciMpif i'v «iiiils iMUivaicnt voir : l'idA^ (!<• I)iru lut confoiulue avi'(î celle «le la er6atur(^

4. Ainsi ou adora tous les objets (jui (lécclairnt (|uclque jjuissauce <'\( laoïNlinaire, ou dr «pii Ion p()U\:iit espérer ou craindre tpirhpu' chose.

Les astres Turent les ])reuiiers ol»jets de cette adoration impie; les uiands rois, les con(|uérants, les homiucH savants reeurent bientôt après les honneurs divins.

Vn si ^rand niaî lit des pro;::rès étranges : on en vint jusiju'à a<lorer des bêtes et des reptiles; enfin tout Alt Dieu parmi la plupart des peuples, exee])té Dieu même.

Au milieu de tant de ténèbres, l'homme adora ius(|u\\ loMivre de ses mains: il crut ]»ouvoir renfermer rKsjuit di\ iu dans une statue, et il oublia si j)rolbn(lément <jue Dieu l'avait, fait, (piil erut à son tour ))ouvoir faire un dieu. Chaque peu])le eut ses dieux particuliers, dont les uns présidaient au ciel, les autres i\ la mer et aux fleuves, d'autres aux enfers : on ne s'en tint pas encore là, car bientôt les vices et les passions eurent des autels.

5. Ce n'étaient pas seulement des peuples grossiers et barbares qui se livraient à cet excès de folie et d'aveu- <;lement, c'étaient les nations les plus policées et les plus éclairées à tout autre égard, telles que les Egyptiens, les (îrees et les Romains. Ces peuples surpassaient tous les autres i)ar leurs lumières et leurs connaissances; mais en matière de religion ils n étaient pas moins aveugles.

On voyait chez eux de grands orateurs, des poètes célèbres, d'excellents historiens, en nn mot, des génies rares en tout genre ; et cependant ces peuples étaient dans la plus profonde ignorance sur la nature de la Divinité, et, ce que Ton aurait peine à croire si les faits ne le prouvaient, cette erreur sur ce point, quoique la plus absurde de toutes, ne fut pas seulement la plus universelle, mais encore la plus enracinée et la plus incorrigible. Si parmi eux quelques sages sont parvenus à reconnaître l'unité de Dieu, ils n'ont jamais osé l'enseigner })ubliquement.

4. A quels objets les hommes adressèrent -ils d'abord leurs adorations ?— 6. Les peuples ignorants et grossiers se livrèrent-ils seuls à l'idolâtrie?

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