‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 23 sur 124 · DE LA NAISSANCE ET DE LA VIE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

DE LA NAISSANCE ET DE LA VIE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST

A 6té conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge M^rieS-'. -J^f

ARTICLE PREMIER

Mystère de ^incarnation.

1. Le Fils unique de Dieu, le Verbe, qui est de toute éternité dans le sein de son Père, s'est abaissé jusqu'à, prendre un corps et une âme semblables aux nôtres. Ce

1. Par quel mystère Dieu a-t-il exécuté la promesse faite à Adam après sa ehute ? QueUe est, des trois personnes divines, celle qui s'est incamée ?

Oîi MYSTKHi: i)i: l'incaknation.

n'est pas le Père qui s'est fait homme, ce n'est pas non ])lus le Saint-Esprit; c'est le Fils, la seconde personne (le la très-sainte Trinité.

2. La manière dont ce mystère a été accompli ne peut ni être conçue par Pesprit humain, ni s'exprimer par les paroles ; mais voici ce que l'Evangile nous apprenti. Lors- (iue le temps arrêté dans les conseils divins fut arrivé, un Ange se ])résenta devant la très-sainte Vierge ; il la salua j)leine de grâces, lui annonça qu'elle serait mère sans cesser d'être vierge, et que Celui qui naîtrait en elle serait le Fils du Très-Haut et l'ouvrage du Saint-Esprit. La très-sainte Vierge crut à la parole de l'envoyé céleste, et elle y donna son consentement. Dans ce moment le mystère de rincarnation s'accomplit; le Saint-Esprit forma en elle le corps de Jésus-Christ, il y unit une âme ; et, en môme temps, se fit cette union indissoluhle de la nature divine avec la nature humaine en la personne du Fils de Dieu. Ainsi le Fils unique de Dieu devint homme sans cesser d'être Dieu. D'oii il suit que la très-sainte Vierge est véritablement Mère de Dieu, ayant conçu et enfanté un Homme-Dieu.

Marie devenant mère n'a pas cessé d'être vierge, Jésus- Christ, son fils, ayant été conçu par l'opération du Saint- Esprit. Ainsi Jésus-Christ, comme homme, n'a pas de père, et Dieu n'a voulu que Joseph fût l'époux de iMarie qu'afin de cacher ce mystère sous le voile d'un chaste mariage ; mais comme Dieu, Jésus-Christ à un Père, qui l'a engendré de toute éternité, et auquel il est égal.

3. Il n'y a en Jésus-Christ qu'une seule personne, mais il y a deux natures distinctes : la nature divine, par laquelle il est Dieu comme son Père, et la nature humaine, par laquelle il est homme comme nous, possédant toutes les qualités propres à notre nature.

4. Quoique ce mystère surpasse infiniment la portée de l'esprit humain, nous devons cependant le croire fermement, parce que Dieu, qui est la vérité souveraine, l'a révélé. D'ailleurs il n'est nullement contraire à la raison ; et nous en avons en nous-mêmes une image qui, quoique imparfaite, peut aider notre foi. En effet, notre âme,

2. Qu'est-ce que l'Evangile nous apprend sur la manière dont s'est Accompli le mystère de l'Incarnation ?— 3. Combien y a-t-il de natures en Jésus-Christ?— 4. N'avons-noua pas en nous-mêmes une image du mystère de rincarnation ?

MYHTfcUK I)K I/INCAIINATION. (U

{{UÏ est amw nature spintiH^lic <'t incorruptibh*, eut uiiio i\ un corpH nuilrrirl «•! corniptiljlo, et l'union rie ccm deux sul»stancrs ni ditlrrcntfs nr Ihit (lu'un hvmï Jionnni», {\uï fst tout A la lois esprit et corps, incorniptihle et corruptible, intelligent et nialéiiel. Deniénie, la «livIniUî <lu Verbe, et la nature de l'hounne, unicH hiium Mro eonfondues, forment un seul Jésus Clirist, vrai Dieu et vrai !u)nnne, engendré du PèrtMlann lY'ternilé, et n/"^ d'une Vierge dans b» temps, tout-puissant comme l)ieu, et environné <le liiiblesse comnu^ bomme; car, excepté le péché et les suites inséparables du péché, telles que sont 1 ignorance et la concupiscence, Notre-Seij^neur s'est assujetti jY toutes nos misères. 11 a eu faim, il a eu soif, il a été sujet i\ la rati.ij:ue, au sommeil et :\ totites les infirmités de notre nature, avec cette seule ditrérence (|u'il ne soutirait (lue parce (pi'il le voulait, au lieu (pie nous les éprouvons nnilgré nous.

5. Mais, gardons-nous de croire que la nature divine ftit été altérée dans l'Incarnation : Dieu, sans cesser d'être tout ce cpi'il est j)ar lui-même, a daigné s'unir à la nature humaine ; il n'a rien i)erdu par cette union: ses abaissements et ses soullrances ne tombent (pie sur Ihumanité : c'est comme homme que Jésus-Christ a soullert, et c'est comme Dieu qu'il a donné un prix infini à ses souffrances ; c'est comme homme qu'il a été petit enfant, pour être le modèle de tous les âges; et c'est comme Dieu-Homme qu'il a été le Sauveur du genre humain.

Exemple.— Cn hérétique, sectateur d'Eutychès, s'étant trouvé dans une société où était un enfant qui avait été instruit avec soin, voulut faire dire à cet enfant qu'il n'y avait qu'une seule nature en Jésus-Christ. Pour l'en convaincre, il prit deux morceaux de fer, ils les fit rougir au feu, et les joignit ensuite l'un à l'autre pour n'en" faire qu'un seul morceau. *' C'est ainsi, lui dit-il, que la nature divine et la nature humaine, unies ensemble dans Jésus- Christ, ne font plus qu'une seule nature dans Sii ])ersonne. — Mais, répondit l'enfant, mettez un petit lingot d'or à la place de ce petit morceau de fer, faites-les rougir tous deux, et n'en faites qu'un seul morceau. Je vous le demande alors, ce morceau sei*a-t-il tout or ou tout fer? cliaque morceau ne rcstera-t-il pas ce qu'il

5. La nature divine a-t-elle été altérée dans le mystère de L'Incarnation?

04 MYSTIOUK DK L'INCARXATION.

rtait auparavant ? c'est-à-dire run ne sera-t-il })as toujours un lingot d'or, et l'autre un morceau de Am-, quoiqu'ils soient unis ensemble? Oui, sans doute, vous n'en 2)ouvez disconvenir. Voilà donc deux morceaux, l'un d'or, Tautre de fer, qui, tout distingués qu'ils sont l'un de l'autre, ne feront i)lns cependant qu'un morceau. C'est ainsi, conclut l"(^nfant, (^ue la nature divine et la nature humaine, (juoi(iue distinguées l'une de l'autre, tie font néanmoins (ju'une seule pei'sonne en Jésus-Christ." — Lettres edifiantp:s, Mission t>v Levant.

ARTICLE II

Suite du Mjj.^tcrc de P Incarnation.

1. Le Fils de Dieu s'est fait homme pour nous racheter de l'esclavage du péché et des peines de l'enfer, et pour nous mériter la vie éternelle, à laquelle nous n'avions plus droit, tant à cause de nos propres prévarications qu'à cause du péché originel. Nous avions offensé un Dieu d'une majesté infinie, et sa justice ne pouvait être satisfaite que par une réparation proportionnée à l'injure que le péché lui avait faite. L'homme ne pouvait donc pas par luimême offrir à Dieu cette satisfaction suffisante, ni mériter le pardon. Il n'y avait que le Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai homme, qui pût offrir cette satisfaction en souffrant comme homme, et en donnant comme Dieu un prix infini à ses souffrances. Par ce mystère admirable de la sagesse divine, le péché est puni, et le pécheur est sauvé: ainsi en Jésus-Christ la justice et la miséricorde se concilient; l'injure faite à Dieu est abondamment réparée, et Dieu est honoré comme il doit l'être.

2. Jésus-Christ s'est donc rendu notre médiateur. C'est un médiateur parfait, qui tient à Dieu par sa divinité, et à nous par son humanité ; qui peut souffrir comme nous, })arce (ju'il a une nature semblable à la nôtre, et nous réconcilier avec Dieu par ses souffrances, étant Dieu luimême : médiateur qui, par sa parfaite sainteté, est infiniment agréable à Celui auprès de qui il s'est entremis pour la réconciliation des pécheurs. Une comparaison fera encore mieux sentir cette vérité : qu'un roi ait été insulté, outragé par le dernier de ses sujets ; ni le coupable ni

1. Pourquoi le Fils de Dieu s'est-il fait homme ? Montrez que J.-C. seul pouvait réparer l'injure faite à Dieu i)ar le péché.— 2. Faites comprendre cette vérité par une comparaison.

MYH'l'fcltl': l)K l/lNCAUNATION. 66

aucun milrc sujcl <lu roi uv ik«uI ntVv'iv à la miyt^Ht/'» royale uno Hiitisfjiclioii rj^alc à roMcnsc ; tout ce (|U(î h» coupiililo pourniit ^ai^^ smiit toujours brauroup au-<li'H.MouH de la gritSvi'ti'^ do Tiujuiv; iniiis si le IIU du roi inôine, héritier pr^vsoinptif de sa couroniH', et d^'jiY assis sur hou trône, toucho do compassion pour ce malheureux, descend du trône, (piitti» ses ùrnenu'uts royaux, se couvre la têtc^ de cendre et le corps d'un hiu\ et ipTen cet ('•tat, prosternô devantson iK'^re, il s'ollre il subir le supplice dCi au coupable pour obtenir sa j^rAce, on conçoit (pTune si ju-ofonde humiliation est uni» satisfaction pioportionnée :\ la grandeur de la personne ollcnsée, (pic l'injun^ est pleinement rcpaive, et que le roi, sans l)l(^sscr la justice, |)eut faire misériconh* au criniiiu'l. Eh bien ! c'est Timaj^e de la j^rfice que l'homnu^ ])écheur a reçm» de Dieu ])ar rincarnation de son Fils. (}ue Dieu est admiral)le dans toutes ses (euvres et surtout dans ce ^rand ouvrage de son amour! (Jucl bienfait que cchii de nous avoir donné son Fils unique jMjur nous sauver! Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ce Sauveur ^enén^ux (pii s'est dépouillé de Six gloire pour se revêtir de notre nature, s'assujettir à nos iuiirmités, paraître et être en tout semblable îi nous !

Exemple. — Nestorius, ])atriarche de Constantinonle, loin d'apaiser le i^rand scandale ((u'un prêtre nommé Atnanase avait excité en prêchant ((u'on ne devait point appeler Marie Mn-e de Dieu, K)ua ])ubli(iuement le ])rédicateur, et soutint qu'il y avait deux ])ersonnes en Jésus-Christ aussi bien que deux natures, et ([ue la très-sainte Vierge ne devait point être appelée Mère de Dieu^ mais seulement mère de Jésus-Christ. Saint Cyrille d'Alexandrie combattit et réfuta ces erreurs. Le pape siiint Célestiu les condamna dans un concile qu'il tint à Rome en 430. Ce fut l'année suivante qu'on assembla contre Nestorius le concile général d'Kphèse. Ce fameux hérésiarque, qui était en horreur à tout le peuple à cause de son impiété, fut condamné et déi)osé de son patriarcat. Les Pères du concile lui firent signifier la sentence de son excommunication, qui était conçue en ces termes: '' Le saint concile assemblé par la grâce de Dieu en la ville d'Ephèse, à Nestorius, nouveau Judas. — Sache que, pour la doctrine impie que tu as prêchée, et pour ton obstination à la soutenir, tu as été déposé de tout grade, de toute dignité ecclésiastique, par le saint concile, et selon les lois et règles de l'Eglise." Nestorius fut envoyé en exil dans l'Afrique par l'Empereur Théodo&e le Jeune. Il se fonna sur la langue de cet héré-

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