Devons-nous éviter soigneusement le pévhé véniel
22r> r>KR r^:cHÊs capitaux.
{>iis, où il ne vous voie pas, où il ne ] misse pas vous ôter à 'instant même la vie et vous ])r('( ipiler dans l'enfer.'' — " Retirez-vous ! Ne serais-je })as l)ien insensé de m'empoisouner pour goûter (quelques instants la douceur d'un ])oison qui me ferait aussitôt l)eaiu*(jup souffrir, me rendrait digne de la mort éternelle, et me la donnerait infailliblement, si je ne versa i< ))as ensuite des larmes très amères !" — Lasavssk.
CHAPITKK XIV.
DKS Pl'XTÏKS f'Al'ITATX.
1. On réduit ordinairement tous les péchés que Thomme peut commettre à sept ])échés principaux, qu'on nomme capitaux, parce qu'ils sont comme la source et le principe de tous les autres péchés. Les péchés capitaux sont l'orgueil, l'avarice, la luxure, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse.
Exemple. — Un jeune homme traversant une foret n'y eut pas plutôt marché quelque temps, qu'il fut assailli par un monstre épouvantable qui, sur un corps de lion, portait sept grosses têtes de serpent. L'animal, au sortir de sa caverne, vint droit à lui avec des yeux étincelants, élevant ses sept têtes, dardant ses sept langues, et faisant retentir l'air de ses horribles sifflements. Le jeune homme, qui était fort et courageux, ne se déconcerta point à cette vue ; il l'attendit de pied ferme. Il n'avait d'autres armes qu'une hache suspendue à sa ceinture, selon l'usage du pays; il la saisit, et, du premier coup qu'il porte à la bête, il lui abat quatre têtes; d'un second coup il lui en abat deux. Le dragon, affaibli par cette perte, resta quelque temps étendu sur la place. Notre voyageur, le croyant mort, remit sa hache à son côté, et continua sa route sans abattre la septième tête. A peine avait-il fait quelques pas, que le monstre, se ranimant, se jeta sur lui avec furie, le saisit avec ses dents meurtrières, et l'emporta dans sa caverne, où il le dévora.
Voici l'explication de cette parabole. 1° Ce dragon représente les sept péchés capitaux, qu'il faut combattre courageusement avec les armes de la Foi. 2° Il ne suflSt pas d'abattre six têtes à ce monstre ; si vous lui en laissez
1. A quels chefs principaux se réduisent tous les péchés que l'homme peut commettre ? Suffit-il d'en éviter quelaues-ans ?
DE l/olUit KÎ27 227
uni', VOU8 ùteH [imlu. (^iir sirt-il tr^^tro exempt de phi hieurs inissioiiH, ni vous m iiv*/. une (|iii Holt miittrcHw; de vous? h» plus souvent et* n'est <|u'un simple vice (pii (iamnp leH lioninn*s. lOxaniine/ si^ en eoniluittant le lion infernal, vous ne lui avez point, Iiiissé une trte ({ui siillit i>our vouj^ dévorer ; voyez ^i, en eonjljatlant vos passions, vous n'en épar^n(»z ]>as unt^ favorite, (pii seule sudit nour eaus4'r votre damnation ; vt)tre victoire, est vaine si elle n'est pa^ entière. l\° Il faut persévérer jus(|U*;\ la fin, eombattn jus([u'à la mort ; n'allez pjis vous lasser <Ians lo combat : ne vous donnez aucun repos ((ue vous n'jiyez défait tou> vos ennemis, autrenu'ut ils se saisiront de vous lors4|Uc vous vous croirez en sûreté, et vous entraîneront aveceux dans rabîme de l'enfer.— Iaî 1*. B. (iiKAt'DEAU.
AIM'KIJ: l'IlKMIKR.
Dr l'()r<i\iril.
1. Jj'Oriiueil csi une estime et un amour déréglé de .soimémo dont rell'et est de se préférer aux autres et de rapj)orter tout à soit et lien :\ l,)ieu.
L'orgui'il ollcnse 1 )ieu en ce que nous nous pjloritions de ses dons, au lieu de lui en renvoyer la gloire : de là viennent la vanité et le désir déréglé de l'estime et des louanges.
2. L'orgueilleux veut être admiré etai)plaudi dans tout ee qu'il fait; dès qu'il a obtenu l'approbation des hommes, il esD content ; il reçoit avec avidité la flatterie ; il la recherche même avec empressement. L'orgueilleux cache avec soin les défauts qu'il a, et il afïecte des vertus qu'il n'a pas : il a une attention continuelle à s'attirer les regards publics et à paraître meilleur qu'il n'est en effet : de là le mépris du prochain. La haute opinion que l'orgueilleux a de lui-même et de son mérite fait qu'il méprise les autres ; comme il se croit fort au-dessus d'eux, il tient à leur égard une conduite pleine de fierté; il leur parle avec hauteur, il prend avec eux uu air dédaigneux : de là la désobéissance. L'orgueilleux ne veut pas se soumettre aux ordres de ses supérieurs, reçoit mal leui*s avis; toute autorité le blesse et le révolte ; il ne se croit pas fait pour obéir ; de là enfin cet oubli de ses \Tais intérêts. L'orgueilleux jiéglige totalement le soin de son àme : son étude, son ap-
1. Qu'est-ce quo ror^ueil ?— 2. Tracez le portrait tle l'orgueilleux? Quels tout les principaux ctTcts de ce vice, et à iiui est-il odieux?
228 DK l'orgueil.
plient ion continuelle est de parer son corps de tous les ornements de la mondanité, el de promener ainsi cette idole de chair dans tous les cercles, afin de lui attirer des adorateurs; la décence, le respect des bonnes mœurs sont même (juelquefois sacrifiés, si les modes et les coutumes l'exigent, ({uel qu'en soit d'ailleurs le ridicule. Que ce vice est détestable ! et avec; (juel soin ne devons-nous pas l'éviter! Souvenons-nous (pie Torgneil est odieux à Dieu et aux hommes, et que J)ieu se plaît à confondre les orgueilleux, au lieu qu'il accorde sa grâce aux humbles.
o. L'humilité chrétienne est la vertu opposée à l'orgueil : elle est le fondement de toutes les vertus : l'homme humble connaît le fond de misère qui est en lui, il se méprise luimême et consent à être méprisé des autres. p]n effet, si nous réfléchissons sur ce que nous sommes véritablement, C[uels sujets ne trouverons-nous pas de nous humilier! Sans parler des infirmités du corps, de ce corps sorti de la poussière, et destiné à y retourner bientôt, considérons l'état de notre âme: qu'y verrons-nous? Ignorance dans l'esprit, corruption dans le cœur ; quel penchant pour le mal! quel inconstance pour le bien! Nous n'avons de nous-mêmes que le néant et le péché ; s'il y a en nous quelque chose de bon et d'estimable, nous le tenons de Dieu : les avantages de l'esprit et du corps, les dons de la nature et de la grâce, tout vient de Dieu. Un homme pénétré de cette vérité est bien éloigné de s'enorgueillir, de rechercher dés louanges, ou d'ambitionner de vains honneurs ; s'il trouve en lui quelques bonnes qualités, il en rapporte à Dieu toute la gloire ; mais il fait beaucoup plus d'attention à ses défauts, et s'en humilie devant Dieu. Heureux ceux qui sont humbles de cœur, parce qu'ils seront comblés des bénédictions du Seigneur ! malheur aux âmes hautaines et présom})tueuses, parce que Dieu les couvrira de confusion !
Un homme s'estime-t-il sage, il y a plus à espérer de l'insensé que de lui. — (Proverbes.)
L'orgueilleux est ordinairement incorrigible : il ne veut pas avouer qu'il a tort. Voilà pourquoi toute correction le met en colère. Il ressemble à un homme tourmenté d'un abcès douloureux : on ne saurait toucher ce dernier du bout des doigts sans provoquer des cris de douleur.
?.. Faitoa connaître la vertu opposée ù l'orgueil. Sur quoi devonvS-îiou.s réfléchir pour combattre l'orgueil ?
l/(M>;iU'ilN'n.\ rc.ssnnhh* an Ik^tI^-soii. \ Oyrz coinii « « i nniinal : vinis aporcj^v»*/ ses pat 1rs, hoh orcillefi, mhi inuflcnu ; mais si vous l'approclioz, hî vouh voulez lo naisir, ('(» n'osi plus «prune l>(>ulr hériss/M» dt* pointes (pii vouh en san^lantent les mains. De «pielipie nninière, par (pieirpie eAt/" <pie vous preniez l'oi-^ueillrux ; c'ent un li^TJsHon (pii J»i<ph' et «(Ui l»lesse.
I!\i;.Mnj;. l'ier «l'un nom (ju'il déshonorait [>.n >• - \ i<*es, un noble voulut humilier un h(»nime sans nais>ance, mais d'un ^land nuTite. el hii repiocliait de man<{Uei' d'aneêtres. Le sa^e. h)in de sirrilei-, lui dit en souriant : "Si mon origine nu' déshonore, loi. tu «iéshonores la tienne." .Apprenons de 1î\ à respecter hi \ertu partout oii elle se trouvi\ et n'oublions Janmis (jue le vrai mérit*» <lépen(! de nos (iMivres, et non de nos emplois, ni de notre ran^.
AKTICI-K II.
I>r r A rdi-icr.
1. Ti'Avariee esi un a( tacliemenl d/'iéiih'' aux biens de la terre.
Ce n'est pas un péché d'avoir (h's ricliesses. mais c'en est un d'y atlaciier son c(eur, de les rechercher avec empressement, de mettre sou bonheur à les posséder, d'employer des voies injustes ])our se les procurer. L^ivalice produit l'oubli de Dieu, en engageant l'homme à faire de son trésor l'objet de sou culte: c'est pour cela (pie saint Paul appelle l'avarice um^ idolâtrie. On n'a que de l'inditrérence pour son salut, quand on pense avec trop irin([uiétude à sa fortune; on est peu touché du désir et de res})érance des biens éternels, quand on est si fort occupé du soin d'amasser des biens temporels : il est à craindre que l'on ne cesse d'être chrétien, quand on a la passion de devenir riche. C'est ce que l'Apôtre nous fait entendre quand il dit que '* ceux qui désirent être riches tombent en tentation, se trouvent pris dans le piège du diable, et se i>ortent à plusiein-s désirs inutiles et nuisibles qui les poussent à la mort et à la damnation."
2. I/avarice x^i'oduit la dureté pour les pauvres. Un homme attaché à ses richesses est insensible à la misère du pauvre ; il ne connaît point le sentiment de la pitié.
1. Qu'est-ce que rAvarioe?— 2. Quels effets produit Tavarice ?
230 1)K î/avaricfî.
Bien plus, lavarc h*(jul>lic lui-même.; il devient insensible à ses propres besoins, préfère son argent à sa santé, à la vie même, et se refuse le nécessaire, de peur de diminuer son trésor ; il accumule ses richesses sans en faire usage, il est indigent au milieu de ses biens, et il mancjue de tout au milieu de l'abondance. Quelle folie !
3. Enfin ce vice produit la du])licité ; l'avare, pour avoir le bien d'autrui qu'il désire, emploie le mensonge, la fraude et l'injustice. '• Rien n'est plus injuste, dit le Saint-Esprit dans l'Ecriture, (jue celui qui aime l'argent: un tel homme vendrait son amc." (^uand on est dominé par cette passion, on ne connaît ])lus ni bonne foi, ni honneur, ni conscience ; on devient injuste, fourbe, violent: tous les moyens, même les plus criminels, sont employés pour grossir le trésor où l'on a attaché son cœur.
4. Et ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que cette passion se fortifie avec l'âge. La réflexion, les années affaiblissent les autres passions ; mais l'avarice semble se ranimer et prendre de nouvelles forces dans la vieillesse. Plus un avare avance vers ce moment fatal où il faut tout abandonner, plus il s'attache à son misérable trésor ; plus la mort approche, plus il tient à son argent, et plus il le garde comme une précaution nécessaire pour un avenir chimérique, *' Insensé, lui dit Notre-Seigneur dans l'Evangile, cette nuit même on va te demander ton âme : pour qui seront les richesses que tu as amassées ? " Il laissera ses richesses à d'autres, et il ne lui restera qu'un linceul usé et un sépulcre pour y être enseveli.
5. Gardons-nous bien d'une passion si déraisonnable et si dangereuse. Instruits à l'école de Jésus-Christ, '• ne cherchons ])oint à amasser des trésors sur la terre, où les vers et la rouille les mangent, et où les voleurs les déterrent et les dérobent ; mais travaillons à amasser des trésors dans le ciel, où il n'y a ni vers ni rouille qui les consument, ni voleurs qui les dérobent." Efforçons-nous d'acquérir la vertu opposée à l'avarice : cette vertu est un détachement chrétien des biens de ce monde, soit dans la pauvreté, soit dans l'opulence. Si nous sommes pauvres, ne portons point envie à ceux qui sont riches, ne
3. Montrez que l'Avarice détruit tous les nobles sentiments.— 4- Cette passions aflfaiblit-elle avec 1 âge? P.ir quelles i)aroles Jésus-Christ a-t-il voulu nous éloigner de l'amour des richesses?— 5. Les richesses assurentelles le bonheur?
I)K l/AVAIirCK. *23l
«IMroiiH pas lU^ le devenir iioUH-iiiêiucH ; cen bieiiH fnii^ileH ri p^riHsaUlt'M no font (urirritrr non tloMirn, loin de les siitisfairc. Lo juste est plus heureux îive<* l(^ peu cju'il poss(\le, (pio lesni/»ehants avec de grandes rieliess^'H. ** No eraigne/ point, disait le saint homme Tohie il son ftlH : Il est vrai «pie nous sommes pauvres, mnifl nous aurons heauiMMip de hirns si nous eraitrnons Dieu, si nous îiouh éloignons de tout péché, et si ncais faisons dr honn«"< aelions." Ayant de (pioi nous nourrir et de (pna nou> vêtir, nous devons être contt'Uts. Ainsi, qur ceux (pli ont des richesses pensent hien «pi'ils n'emporteront rien avec eux dans l'autre monde; qu'ils les répandent <lonc dans le sein d<vs pauvi'cs, alin «le se faire par ce moyen un tic>«)r(|ni ne péiira Jamais.
Kxkmimj:. On racimic, au >ujet «(1111 a\are, un trait hien singulier et une lin hien tragi({Ue. ('et homme, possédé, du démon de l'avariée, ne pensait (pi'à accumuler hiens sur hiens et richesses sur richesses. Comme il craignait qu'on ne lui enlevât ses trésoi-s, il avait prali^iué (lans le fond de sa cave un endroit souterrain avec* une porte de fer, masipiée de manière à n'être ])oint aperçue : là, dès qu'il avait reçu quehpie somme, il l'allait cacher, et contemplait à loisir son or et son argent, dont il faisait son dieu. Tu jour ([u'il porta une somme considérable dans ce sombre réduit, il oublia de tirer sa clef, et de la prendre avec lui : il ferma la porte sur lui et compta les trésors entassés. (Juand il les eut comptés à loisir, il voulut se retirer; mais la porte ne })ouvait s'ouvrir en dedans, de sorte qu'il se vit rcnfiM-nié sans pouvoir sortir. On peut juger de la situation horrible où il se trouva dans ce funeste moment. Il y a apparence qu'il cria, qu'il frappa longtemj>s ; mais (pii aurait pu l'entendre, et qui se .serait avisé de le chcrclicr dans un tel endroit?
Cependant, cet homme ne paraissant plus, sa famille fut, comme on ])cut le juger, dans la plus grande peine. On chercha, on fit chercher de tous côtés sans pouvoir en apprendre aucune nouvelle : on pensa, ou qu'il s'était peutêtre noyé, ou qu'il avait été assassiné ; en un mot, que, par quelque accident funeste, il avait péri. Dans cet intervalle de temps, un serrurier qui entendit parler de cet événement se rappela que cet avare lui avait autrefois ordonné de faire secrètement une porte de fer, avec une serrure à ressort, et qu'il aurait bien \ni arriver que, par méprise, il se fût malheureusenunit enfermé. Il déclara la chose : il conduisit dans l'endroit caché où il avait placé en secret.