‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 66 sur 124 · DE LA LUXURE · texte numérisé non relu

DE LA LUXURE

cette i)orte ; on l'enfouça : et quels furent r^tonnement, l'eflroi et l'horreur, quand on aperçut le cadavre de cet homme entièrement pourri et rongé de vers! On comprit alors ce qui en était, on fouilla, on trouva des sommes immenses accumulées, vrais trésors de colère et de malé- <liction devant Dieu.— P>ArnK and, Hist. édif.

ARTICLE riL

De la Luxure.

1. La Luxure est une aliection criminelle pour les plaisirs contraires à la chasteté chrétienne.

Rien n'est plus indigne de l'homme que ce vice honteux, rien n'est plus opposé à la sainteté de notre vocation : des Chrétiens ne devraient pas même le connaître. Pour concevoir de ce vice l'horreur qu'il mérite, il n'y a qu'à considérer les malheureux effets dont il est la cause. Il produit la haine de Dieu, réloignement des devoirs de la religion, Pendurcissement du cœur, la ruine de la société : les excès mènent bien vite au tombeau ceux qui s'y livrent. Un homme attaché à ce vice ne peut ignorer que Dieu l'a en horreur ; aussi, il ne Penvisage que comme un vengeur sévère des excès que ce vice fait commettre, et il conçoit dans son cœur des sentiments d'aversion de Celui qui doit un jour le punir avec rigueur. Les exercices de la religion ne peuvent s'allier avec ce vice quand on s'y est une fois adonné. La prière ennuie, on la néglige ; la parole de Dieu condamne, on ne l'écoute plus ; pour s'approcher des Sacrements, il faudrait renoncer à ce vice, on les abandonne. En étoutiant ainsi le cri de la conscience, on tombe dans l'engourdissement, c'est-à-dire dans un état d'insensibilité où l'on n'est plus touché de rien ; on s'aveugle sur ses devoirs, sur sa réputation, sur sa santé : on oublie tous ses intérêts, on n'écoute ni avis ni remontrances; on ne songe qu'à se satisfaire à quelque prix que ce soit; on ne craint que ce qui peut troubler la jouissance de ces plaisirs criminels. De là l'horreur de la mort, qui tourmente le voluptueux, parce qu'elle doit le séparer de ce qu'il aime et le faire paraître au redoutable jugement de Dieu.

1 Montrez que rien n'est plus dégradant pour l'homme que la luxure. Quels i^ont les funestes effets de ce vice?

2. D^lof^toiis «loue mi vicchi funrstr ; alI'orTniMHonH-ncMifi, iiwv la prAcc de hirii, daiJH lii\rrtn ronlniiri*. daiiH la chawtot^^ clir^'ticniH', <iui mouh rè^Ir, psir rapport à l:i pureto, stdon lY»tat où Ijv l'rovidenrr nous a plari's

3. (Vttr Ih'IIo vertu nous rend s<'tnl>lal)l<'s aux an>;oH nu*nH's : elle est infiniment nuréahie à Dieu, et il la ré(!<inipens*' «l'iuie nianiric nia;^niti(jue, souvent dès cette vie: Notrr-Sei;;niMir promet U» eiei à (mmix (pli l;i pratiqueront : " bienheureux (mmix ((ui ont Ir eoMU' pur, parce cpriln verront Dieu. " Tour conser\ «i- crtte vertu, qui estexpo.s^M» à bien des danixers, il y a <ii'U\ moyens, qiU' Jésus-Christ )ui-nicme nous a enseignés dans l'I^vanj^ile: la vi^^ilance et la ])rière. " N'eille/.. nous dit-il. et jHJe/. :i(in que \ «mis n'entriez ])oinl en tentation."

4. Vejller sur soi-même, c'est se précain ioniirr eonlr*tout ce qui pourrait donner la plus lé<;:ère atteinte à cette précieuse vertu. Il faut veiller sur ses yeux, afin d<' ne janniis les arrêter sur aucun objet dangereux ; il faut veiller sur ses oreilles, ])our ne Jamais écouter de mauvais discours; il faut veiller sur son esprit, ])our en cha.'^ser toutes les }>en.sées, toutes les idées contraires à la pureté ; il faut veiller sur son cœur, pour y étouffer tous les mauvais désirs dès les premiers instants qu'ils s'y font sentir. '' Aussitôt qu'une mauvaise ]>ensée s'élèvera dans votre esprit, dit saint Bernard, rejet ez-là avec force, et elle s*éloij»:nera de vous ; mais si vous vous y arrêtez, cette image produira dans votre cœur un plaisir funeste à votre innocence : ce plaisir vous conduira au consentement, le consentement à Faction, l'action à l'habitude, l'habitude à la nécessité, la nécessité à la mort éternelle." En rejetant aussitôt avec force toutes les pensées dangereuses, on évite cette affreux enchaînement de malheurs.

5. Secondement, il faut avoir recours à la i)rière dès que l'on sent les premiers mouvements de cette passion, et dire avec confiance comme les Apôtres: "Sauvez-moi, Seigneur, sans vous je périrai.'' N'attendons pas même que nous soyons tentés pour recourir à Dieu. Prions-le souvent et avec ferveur, ou de nous préserver de ces tentations, ou de nous donner la force de les surmonter. Demandons aussi le secours de la très-sainte Vierge, de notre

2. Quels sentiments doit nous inspirer le vice de la luxure? — 3. Quelles 6ot\t. les charmes et les nVoinpenscs do l:i chasteté ?— 4. Quel est le premier moyen de conserver la chasteté? — .">. La vigilance sutfit-elle puur persévéxer dans la ^^ratique de cette vertu?

234 DE l'envie.

saint Ange et de nos saints Patrons. Si nous sommes fidèles à cette pratique, soyons sûrs que nous remporterons la victoire, et que nous tirerons même avantage de la tentation pour nous affermir dans la vertu.

Exemple. — Il y avait dans une certaine ville un écolier qui passait avec raison pour un modèle <le vertu, et fréquentait les Sacrements de la manière la plus édifiante. Allant un dimanche à l'église pour y faire ses dévotions comme à l'ordinaire, il rencontra deux de ses camarades qui n'étaient pas à beaucoup près aussi pieux que lui. On l'invite à déjeuner dans un cabaret voisin ; il résiste longtemps : on insiste, on presse, on l'entraîne par force : on se met à table. Il but d'abord par violence, puis par plaisir; sa raison s'altéra insensiblement: dans cet état affreux, on le fit tomber dans un crime horrible, et ce fut à cet instant même qu'il fut frappé à mort ! . . .

Que vos jugements sont terribles, ô mon Dieu ! que vos voies sont impénétrables! Les malheureux compagnons de cet infortuné, saisis de terreur, allèrent expier i)ar une pénitence austère le mal à peine réparable d'avoir jjrécipité une âme dans l'enfer ! — Collet.

ARTICLE IV

De V Envie

1. L'Envie est une tristesse criminelle du bien de notre prochain.

L'envieux est blessé du mérite des autres : il ne peut souffrir d'en être surpassé, ou même égalé ; il est fâché de voir en eux des talents ou des vertus qu'il n'a pas luimême, ou qu'il voudrait posséder lui seul. Si la vue de ces avantages qu'il remarque dans les autres ne lui inspii^it que le désir de les imiter, ce ne serait plus envie, ce serait une noble émulation ; mais ce n'est point là le sentiment qu'éprouve l'envieux ; il désire moins d'acquérir lui-même ces qualités estimables que d'en voir les autres privés : il regarde le bien qui leur arrive conjime un mal pour lui-même, leur succès comme nue perte qu'il fait, leur réputation comme une tache qui le flétrit. Cette malheureuse disposition de son cœur est un ver qui le ronge ; c^est un poison qui le consume en secret : il est à lui-même son propre bourreau. Que ce vice est bas et haïssable! que les effets en sont funestes !

1. Qu'est-ce (lue lenvie, et (i^iielle différence y a-t-il entre ce vice et l'é-r nvulatioa ?

lui I/KNVII '/HT'

'J. \sC plrliiici rlh I ^\^' I r|i \ ir r'rst la JOlC ijlM* cailM' U*-

niuliMMir irniitriii. (*rii\ :^ qui il porte rtivio tom(>eiit-ilM l'ii «lis^râc*', r(ii\i(U\ s'rii ivjoiiil, il Iriomplu* de li-iir clnitc, il IroiiNc un plaisii* iniiliii h Ich voir liuiiiilir.'^, (pioi- (pir (Tiix (prii (initc si iiHli;^tU'iii('ii( nr liiiairiit tUit aiiriin mal. (m \in<li('alir h atta((U(^ ((Uc ses riiiKMiiis, ceux dont il a rrru (mi diMit il croit avoir rc(,Mi (l(^ nuiuvais w*rvic€»H; mais rcnvi«'U.\ hail ceux à «(ui il n'a rien j^ repro<*her (pie leurs vertus; tout leui- crime est d'avoir troj) de m/^-rite et de talenl. <^ucl monstre î le c<eiii de rJK.nime est-il don<- «•apal>le d une (elle noiiceur?

:\. Le second cllii de reiivie c'est la niédinancc et la «•ahnnnie: l'i-nxieux s'etïor<*<' d'obscurcir la réputation de ceux dont le mérite le hles-e ; il atlaiblit, autant (pi'il peut, la bien (pi'on en dit : il donne (\i'<, interprétations inali- ,i>nes à toutes leurs action-; il travestit en vices les vertus les plus pures; leur j>iété n'est à ses yeux (pie (iissimulation et hypocrisie, leurs succès (pu' l'etlet du hiisard, et non pas le l'ruit des talents.

1. Le troisième etlet de l'tMivie c'est l'attention de nuire au prochain. Des paroles on en vient aux actions; on traverse ses desseins, on emploie toutes sortes de moyens pour lui faire de hi i)eine, ])()ur l'enij^êcher d'obtenir ce qu'il désire, ou ]>our le lui ôt cm* s'il l'a d('^jà obtenu. T'idin on se porte (pieh^uefois aux plus <::rands excès et aux dernières violences. C'est par envie ({ue C'aïn tua son frère; c'est l'envie ijui inspira aux frères de Joseph le dessein de le faire mourir, et ensuite de le vendre comme esclave. C'est l'envie ([ui porta les Pharisiens et les docteurs de la loi à calomnier, à ])ersécuter, à crucitier le Fils de Dieu même.

5. N'ou\ rons donc Jamais noire cceur à ce vice détestable : faisons tous nos eti'orts pour acquérir la vertu opposée, c'est -à-dire une atlèction chrétienne, qui nous rende sensible au bonheur et au malheur du prochain, en vue de Dieu et du salut de nos frères.

Cette aliection n'est autre chose que la charité : celui que la charité anime prend part à tout ce qui arrive à ses frères ; il se réjouit avec ceux cpii sont dans la joie, il s'afliige avec ceux qui soutirent : il partage avec eux le bien et le mal qu'ils éprouvent, les ressent l'un et l'autre comme s'il les éprouvait lui-même.

2. (Jucl est le premier effet^e l'envie?— 3. Quel est le second effet de l'envie?— 4. Quel en est le troisième?— 5. Que faut-il faire pour déraciner ce vice déti^table?

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