‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 68 sur 124 · DE LA COLÈRE · texte numérisé non relu

DE LA COLÈRE

dans le cœur, et qui rencontre quelques obstacles. Un orgueilleux s'emporte contre ce qui blesse sa vanité ou son ambition ; un avare s'irrite quand quelque chose dérange ses projets de fortune ; un voluptueux s'indigne lorsiiu'on traverse ses plaisirs.

2. Cette colère n'est ni selon Dieu, ni selon la droite raison: elle porte le trouble dans lame, et le désordre qu'elle y causese peint sur le visageet dans tout l'extérieur de l'homme qui s'y livre ; ses yeux s'enflamment, sa voix est entrecoupée, tout son corps tremble, il ne se connaît plus, il ne respecte rien : delà les injures qu'il vomit contre ceux qui en sont l'objet; le venin coule de sa bouche à grands flots ; les médisances les plus atroces, les calomnies les plus noires, tout est employé pour les déchirer : de là les imprécations qu'il fait contre lui-même ; de là quelquefois les horribles blasphèmes que son aveugle fureur lui met dans la bouche : rien n'est sacré pour cette langue impie ; il en vient ensuite aux dernières violences; les cruautés les plus révoltantes suffisent à peine pour satisfaire sa vengeance, pour assouvir sa rage. Voilà quels sont les funestes effets de cette passion terrible.

3. Il faut donc s'accoutumer à la maîtriser dès qu'on en sent les premières atteintes, ne pas parler quand on se sent ému : il faut encore s'exercer à la douceur chrétienne. Cette vertu nous fait supporter en vue de Dieu les contradictions qui nous arrivent, elle réprime toutes les vivacités et les saillies que la colère peut exciter ; elle fait qu'on ne donne alors aucun signe d'impatience ou d'aigreur, qu'on ne laisse échapper aucune parole de mépris ou de plainte, qu'on a toujours un air honnête et modeste, que l'on se contraint en faveur de certains esprits difficiles, et qu'on tâche de les gagner à force de complaisance.

Comparaisons. — L'homme doux et patient est heureux ; il plaît à Dieu et aux hommes. L'homme colère est malheureux ; Dieu le déteste et le maudit ; les hommes le détestent aussi, ils le craignent, le fuient et le maudissent. L'homme colère est à lui-même son supplice, son enfer ; il est de plus celui des autres.

La chaux bouillonne dès qu'on l'arrose d'un peu d'eau ; il en est de même des hommes emportés, dès qu'on les offense le moins du monde. Gardez-vous de la colère ;

2. Quels effets produit cette violente pasîsion ?— 3. Quels sont les fruits d^ la douceur et de la patience qui sont opposées à la colère 'l

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cnr (rommo la cliaiix, m liouilloimanl , loinbo ot ma difwout, ainsi riiomiiH' «'iiiporl/» niiiu* sa Maiilo vl crriiw^ Houvent <lr Imiiiiic luMii'f >uM |>roprr t()in)>rau. Mrscil.

KxKMiM.KS. — Riiniii rapports <prmi HoliUiin*, hi» M<*ntAnt souvent ôuui <!<' culrrc <lans son nionastèrc, «lit m luimênio : *' Je m'en irai dans le déseri, afin (lur, n'ayant là pei-sonne avec qui je puisse avoir des lU^iuMn, j« ne koIh plus dans l'occasion de inc fj^clicr." S'en /"'tant donc all/^ dans la solitud*', il se retira dans une caverne, l'n Jour .|u'il se félicitait d'avoir su éviter les occasions de la l'olère, il arriva <[ue sa cruche, (pi'il avait nMnplie d'eau, <e renversa trois t'ois de suite, faute de précaution : ce (pli riinpati(Mita tellement, (pi'il la pi'it et la Urisa de déjnt. l'.tant aussitôt rentré en lui-ni>*'ine, il dit : " I.e démon de la colère m'a trompé; car, (piolipie je sois seul, il ne laissée ])as de me vaincre : puis donc <pie nos passions nous accompagnent partout et (pi'il y a partout à combattre, je retourn(M*ai dans \v monastère." f'/V des P^ren du Diwsrrt.

— Plutarque engage l'homme en colère à se contempler dans un mincir ; en voyant que son visage et ses actions ressemblent à ceux d'un frénétique, il aura de l'aversion ])Our la colère et l'évitera. Nous devenons entièrement fous lorsque nous nous mettons en colère.

ARTICLE VU

De la Paresse.

1. La Paresse est une lâcheté, et un dégoût volontaire du travail, qui fait que l'on néglige ses devoirs plutôt que de se faire violence.

Il n'y a point de péchés, point de désordres auxquels la ])aresse ne conduise, parce (pielle met l'âme dans un état d'engourdissement et de faiblesse qui rempéche de résister à ses mauvaises inclinations: on l'appelle ordinairement la mère de tous les vices. Ceux qui en naissent plus directement sont, le premier, l'oisiveté et la perte du temps : un paresseux passe les jours, les mois, les années, ou à ne rien faire, ou dans des amusements frivoles ; il ne remplit point les devoirs de la religion ; la prière est ou entièrement omise, ou mal faite ; les sacrements sont abandonnés, ou reçus sans la préparation nécessaire. Il ne s*ac(iuitte pas mieux des devoirs de son état.

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