‹ Traité des devoirs de chrétien envers DieuChapitre 71 sur 124 · NÉCESSITE DE LA GRACE · texte numérisé non relu

NÉCESSITE DE LA GRACE

prit, et s'il n'iuipriniait à notre cœur un bon mouvement qui le tournât ver.s la vertu. La grâce nous fait connaître le bien; elle nous en inspire le désir, et nous donne la force de le pratiquer. Que deviendrait l'homme attaqué de toutes parts au dedans et au dehors, si Dieu ne l'aidait dans sa faiblesse ? car, à cette pente qu'il a pour le mal, se joignent encore les tentations (^u'il éj)rouve de la part du démon et des créatures. (Juc de pièges le monde ne lui dresse-t-il pas de tous côtés! Il étale à ses yeux ses pompes et ses faux biens pour y attacher son cœur et le détourner de Dieu. Le démon lui livre de continuelles attaques, présentant à ses sens des objets flatteurs et séduisants, remuant son imagination i)ar mille ])restiges, et excitant en lui des mouvements de révolte contre l'esprit. Non, il ne pourrait certainement résister à tant d'assauts si Dieu cessait un seul instant de le soutenir. Voilà pourquoi, en récitant tous les jours la prière du Seigneur, nous demandons à Dieu que son nom soit sanctifié, que sa volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel, qu'il ne nous abandonne point à la tentation, et qu'il nous délivre du mal.

5. Il est donc vrai, selon la doctrine de Jésus-Christ, que nous ne pouvons glorifier le nom de Dieu, ni faire sa volonté, ni résister à la tentation, ni être délivrés des pièges du malin esprit (^ue par le secours de Dieu môme ; mais avec la grâce nous pouvons tout, selon cette parole du même Apôtre : '* Je puis tout en celui qui me fortifie."

Ce secours ne nous est point dû, autrement ce ne serait plus luie grâce : nous n'y avons aucun droit ; Dieu ne nous le donne que par sa pure bonté, et en vertu des mérites de la Passion et de la mort de Jésus-Christ ; mais cette grâce n'est refusée à personne, et c'est notre faute quand nous n'en profitons pas pour faire le bien et pour nous sauver. Ce n'est pas la grâce qui nous manque, c'est nous qui manquons à la grâce. Dieu l'a attachée spécialement aux Sacrements quand on les reçoit avec de bonnes dispositions; il Ta ))romise à la prière quand elle est bien faite ; nous avons donc deux moyens infaillibles pour obtenir la grâce : ce sont les sacrements et la prière.

6. On reçoit la grâce sanctifiante par le canal des Sacrements, surtout par le Sacrement de Baptême et le Sacrement de Pénitence, que Jésus-Christ a institués pour cette fin. En second lieu. Dieu a promis de nous exaucer quand

5. Dieu nous çl<jit-i lia grâce?— 0, par quel moyen nous la donne-t-il?

lions nous udn'Wsoiis ù lui |);ii la {Micrr, (jiiaïKl iiou.-^ iinplo roiis \v HccourH de -ii ^lacr, <|iiiin(l iiou.h H(illicit<iiiH hh nns/'ri<-onI(' nu nom <1r sou l''ils iini((ur. (|ui uouh h 2iiui/^>H

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(loue attiirr ru uous la ^n'uT <lr Dirii, <•( avrc cv Hi'coxirh puissant uous pouvons accomplir SCS ( 'onnnandenu'ntH ; car DitMi ne nous coninuindc point dcH <*h()H(*H inipoHsihloM, nuiis il nous avcftit «le l'aiic co (pu* nous pouvons, et i\v. (icnuuulcr ce ({Uc uous uc pouvons pas, et il nousaide afin <juc nous le puissions. I )ieu n'abandonne point ceux <[u'il a une l'ois justiliés par sa Liiâce, s'il n'<n est abandonné le premier ; il ur cesse pas de ju'oté^er ceux qui ne cchsenl i>as de lui être lidèles.

KxKMPLKs.- s. Augustin résistait à la ^râee lorscpie, pressé de se couxtrlir il «lisait à l)ieu: '* Seij^neur, encore un ]»eu de temps, cm-ore un jku de temps; bientôt, bientôt, demain, demain." Mais ayant apj)ris la conversion de deux olliciers de l'empereur qui avaient renoiu'é au monde à l'occasion <le la lecture de la vie de saint Antoiiu\ et ayant entendu une voix qui disait: '• Treiuv, et lisez, prenez et lisez," il prit les l^pîtres de saint Paul, et lut ces ])aroles : '* Ne vivez pas dans la débauche et l'impureté. " Il se dit à lui-même: Jusques î\ (piand balancerai-je? Jusques à quand remet trai-je de Jour en jour? Pourquoi ne serait-ce pas tout i\ l'heure? I\)urquoi ne me retire rai- je pas dès ce moment de mes ordures et de mes infamies?" Augustin coopéra alors à la grâce, et éi)rouva ce qu'avait dit l'un de ces oflicien} : " 11 en coûte bien moins pour être ami de Dieu que pour parvenir à une brillante fortune et devenir ami de l'eml)ereur. Il n'y a qu'à le vouloir : si je veux l'être, je le serai dans le moment." — Lasausse.

— Richard de Saint-Victor compte cinq stérilités dont sont frappées les âmes (pii abusent des bienfaits de Dieu. La stérilité d'action, ([uand Dieu soustrait la grâce de bien faire ; la stérilité de parole, quand Dieu soustrait la grâce de bien parler ; la stérilité de pensée, quand il retire la grâce de bien entendre et de bien concevoir; la stérilité d'affection, quand il retire la grâce d'aimer comme il convient ; et enfin la stérilité d'intention, quand une âme, privée de la grâce de Dieu, ne se propose que des choses vaines et injustes, ce qui est la plus détestable des stérilités, parce qu'elle gâte tout le bien que l'on fait, et ne produit rien qui ne soit infructueux et inutile. — Catéchisme de Ehodez,

T I T U i: V K i: iM 1ER.

DES SACREISIENTS.

CHAPTTRK FKEMIEK.

DES SACREMENTS KX r;ÉNÉRAL.

1. Jésus-Christ a institué les Sacrements, c'est-à-dire des signes sensibles auxquels il lui a plu d'attacher le don inestimable de la justification ; les Sacrements sont <lonc comme autant de canaux par lesquels il nous communique la grâce qui conduit au salut.

Les Sacrements sont des signes, puisqu'ils nous font connaître une grâce invisible qu'ils opèrent dans notre âme, et ces signes sont sensibles parce qu'ils tombent sous iios sens.

2. Il y a sept Sacrements : le Baptême, la Confirmation, l'Eucharistie, la Pénitence, l'Extrôme-Onction, l'Ordre et le Mariage. Il y a deux choses dans les Sacrements : l'une que l'on voit, et l'autre que l'on ne voit pas, mais que l'on croit. Ce que l'on voit, c'est l'action extérieure du ministre ; ce que l'on ne voit pas, c'est l'opération invisible de la grâce.

3. Trois choses sont nécessaires pour faire im Sacrement : la matière, la forme et l'intention de faire ce que fait l'Eglise.

Les chose» dont on se sert dans l'administration des Sacrements en sont la matière, les paroles en sont la forme. Ces deux choses extérieures ont un parfait rapl^ort entre elles, ainsi qu'avec la grâce qu'elles communiquent : par exemple dans le Baptême, la matière est l'eau ; la forme consiste dans ces paroles : Je te baptise au nom du Père^ et du Fils^ et du Saint-Esprit ; c'est-àdire jeté lave, et l'effet du Baptême est de purifier l'âme en donnant une nouvelle vie. La matière de la Confirmation consiste dans l'onction du saint Chrême avec l'imposition des mains ; la forme consiste dans les paroles qui accompagnent cette action, et l'effet de ce Sacre-

1. Qu'entend-on par les Sacrements, et qui les a institués ?— 2. Combien y a-t-il de Sacrements ?— 3. Combien faut-il de choses pour faire un Sacrement, et comment les nomme-t-on ?

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innil r.vl «i»' «l<»|iiiii Ir SninI I, p: l .lu^im niii ni

^rfu'o rt'yiu* (Inns Ir HuplriiM-.

1. ( >utrt' lu giAct' saiictiliaiit*', cliufiui' Siicn'iiiriit <'(>nticnl cncon' une iiutn* ^rficr nui lui cHt {iropn*, et (|ih* Ton nomiiu* jiiâctî sa<'nmH*iit«'lUî. i^rM un cirliiiii «Iroit quo nous rrcrNons .ilors «Tohlcnir «-n l<*ni[>s o|i|m»iIuii «I<-« srcours particulins pour arconiplir la lin <Ju SarrruH-nl, I >ans Ir Haplônic, ])ar t'XcnipU*, vu vertu de la jrn^<'<' ••Jirainentelle, on re(,'oit les secours dont on a hes^jin pour mener luie vie ehrétieniu» et ])Our conserver l'innoeenee leeue dansée Saeranient.

'). 'Tous les Sacrements ont été institués pour notre «^anctilication, tous ])r(Kluisent cet ellet ; mais il y a <*nlre eux des diirérences (pfil est n^cessiiire «U* remarcpier. Premièrement, le Haptéme et la Pénitence sont établis pour donner la vie sj)irituelle de la ^râce, et c'est j»our ri»la (pi'on les ai)pelle Sacrements dv^ morts ; et les iUitres sont j)our augmenter en nous cette vie spirituelle [|Ue nous devons avoir déjà en les recevant : on les nomme, poui* cet l'iîét, Saci'cments des vivants, parce (pie. pour les recevoir di«i:nemenl, il faut vivre de la \ ie de la u^râce, (rest-à-dire, être exempt de péché mortel.

6. Secondement, il y en a trois, savoir ; le I^aptéuic. la Conlirmation et TOnlre, dans lesquels l'âme n'est i>a.s seulement sanctifiée par la <:;riice, mais elle est encore marquée d'un caractère spirituel qui nous consacre à Dieu d'une manière particulière, et ({ui ne peut être effacé. Celui qui reyoit ces Sacrements avec de mauvaises dispositions ne i-e(;oit pas la griice sanctifiante, mais il reyoit le caractère : de plus, la grâce, quand on la reçue, peut se perdre par le péché ; mais le sceau divin que ces Sacrements ont imprimé ne saurait s'effacer ; c'est pour cette raison que ces trois Sacrements ne i)euvent se réitérer, c'est-à-dire (qu'ils ne peuvent être reçus qu'une seule fois par la même pei-sonne.

7. Outre l'action et les paroles qui sont essentielles à chaque Sacrement, l'Eglise, toujours conduite par le Saint-Esprit, a ajouté plusieurs cérémonies pour l'instruction et l'édilication des fidèles. Quoique ces cérémonies ne soient pas absolument nécessaires pour Teffet des

4. Outre la grâce sanctifiante, que contient chaque Sacrement ?— ô. Pourquoi les Sacrements ont-ils été institués, et quel est l'effet particulier de chacun d'eux?— 0. Quels sont les Sacrements qu'on ne peut recevoir qu'une lois, et pour quel motif?— 7. Les cérémonies qui accompagneBt radministration des Sacrements sont-elles bien aneiennes ?

250 DES RACRE¥EXT.', EN r;^.N^:RAL.

Sacrements, elles uCn sont pas moins respectables ï>aï leur antiquité : la plu^jart paraissent avoir été établies par les Apôtres mêmes ; ecs cérémonies servent à nous faire mieux connaître l'excellence et la sainteté des Sacrements ; elles nous apprennent d'une manière sensible avec quelles dispositions nous devons les recevoir, quels effets ils produisent, et quelles obligations ils nous imposent.

Exemples. — Les sept Sacrements embrassent toute la vie, et tous les degrés dans lesquels la vie se développe. Ils sont la pierre fondamentale de toute la hiérarchie ; ils annoncent la grâce et ils la communiquent ; enfin ils complètent le rapport mystique qui rapproche l'homme de Dieu. — Ces Sacrements ont été figurés par les sept canaux, dont parle le prophète Zacharie (Zach., IV, 2.), qui faisaient couler l'huile dans les lampes qui étaient sur im chandelier d'or, lequel était lui-même la figure de l'Eglise. — Catéchisme de Ehodez.

— Qui doute que Dieu ne puisse attacher ses dons les plus rares aux matières les plus communes ? On raconte des empereurs romains, qu'au jour de leur avènement au trône, ils jetaient de l'argent au peuple. L'un d'eux, plus généreux, jeta des billets dont chacun portait une somme plus ou moins forte, qui devait être payée par le trésor public, à leur simple présentation. A la vue de ce papier, qui leur parut insignifiant, la multitude le dédaigna, quelques-uns, qui ne négligèrent point de le recueillir, se trouvèrent tout à coup fort riches. Mais si l'homme peut donner de la valeur à ce qui n'en a point par soi-même, combien plus la puissance infinie de Dieu peut-elle attacher des grâces excellentes à des éléments simples et ordinaires ! — Hérault.

— Un prêtre zélé disait en gémissant : '* Combien n'y a-t-il pas de malades qui, dans la belle saison, vont aux eaux ! Il font de grandes dépenses pour guérir de quelques infirmités corporelles, et il s'en faut bien qu'ils guérissent tous. Nous avons des sources admirables pour toutes les maladies de l'âme : ce sont les Sacrements. Ces sources de grâces guérissent infailliblement tous ceux qui y vont étant bien disposés. Comment tant de pécheurs négligent-ils d'aller à ces sources y puiser une eau qui est si salutaire ? Comment la plupart de ceux qui y vont n'y portent-ils pas les dispositions nécessaireB?''

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