DE LA PRIÈRE
c^HAPrrPE T.
DE LA PKIKRi: EX (ÎÉXÉRAL.
ARTICLE PREMIER
Nécessité de la Prière.
1. Nous avons parlé des Sacrements comme d'un premier moyen pour obtenir la grâce ; la Prière en est un second. C'est une élévation de notre esprit et de notre cœur vers Dieu pour lui rendre nos devoirs, et pour lui demander les choses qui nous sont nécessaires.
L Expliquez quel est le second moyen d'obtenir la mrâce.
N^X'KHHIT^: l>K LA VHlkHV. 827
*2. ]/A PrirriM'Ht »iii<lr\..ir milispruHalili', (pio l'on im« |MMil oiiMiirc sans |»rrhr : .hVu.s ( 'liri.nt iioiim ru a fuit un (•oniniaïKlcnicnl cxpitM; v{ ci* pivcrplf vs{ Moiivcnt répi''to dans rMvan^::ilr : rriilrz, mumh «lit-il, H priez; il /(lut tniijnui'H prin\ et nr jxihit nr lanner de tr fairr. De h\ n» rrprorlir (|iril lait à S4*s <lisciplrs: " .Ius<pi'i<'i V(MIh ii'avc/ rirn «Imiandr en nimi n(»ni ; (Icniandc/, et votiH rccrvrcz." Il a pratlipio liii-niênir rr (pi'il nous rmuutandt* ; il passait souvent les nuits à prier, ou. pour nniMix (lii-e, toute sa vie a ('{{' une prit^re continuelle. .JrsusChrist n'avait «'erlainruMMit |>as besoin «le prier pour lui-iurnic; mais il vouI:u( nous donner rexein|)le et nous en-^a^cr par là à nous livrer il e*' saint exei-eiee ; nouH avions Ix^soin (pi'il pri}\t pour nous, v\ ipTil nous niontrftt rol)lii»ation où nous sommes de ]»rier.
.'*>. Ce saint exercice est d'une nécessité indispensable ; et (juand ménu' l'Kvanjiilc ne nous ferait pas une loi posiii\i' de prier, et d<» ]nier sans cesse, le sentiment de notre misère sulïirait. seul jjour piouver cette luV'essité. Les besoins toujours renaissants de notre âme et de notre corps ne nous avertissent-ils j)as contiinieîlenient de recourir à Celui (|ui peut seul y remédier ? N'est-ce ])as le ]>artage des misérables de uémir <'t de s(»lliciter du secours?
Notre indigence est extrême, les biens qui nous man- ([uent sont d'iui prix inlini. T>ieu est prêt à nous les accorder ; non-seulement il nous permet, mais il nous commande de les lui demander. Ce n'est pas qu'il ignore nos besoins : il les connaît mieux que nous les connaissons nous-mêmes : il exige ce})endant que nous les lui exposions. ])our nous faire désirer avec plus d'ardeur les biens qu'il nous i)répare,et poumons rendre. ]^ar ce désir, plus capables de les recevoir.
Ta^ désir des biens spirituels s'enilamme par l'exercice de la prière ; et plus ce désir est ardent, plus on reçoit de Dieu : il remplit ceux qui sont allâmes, et il renvoie vides ceux qui se croient riches, et qui s'imaginent n'avoir besoin de rien.
Si Dieu nous accorde ses biens sans attendre nos prières, nous serons portés à nous les attribuer : mais quand, après avoir senti notre misère et notre impuis-
2. Par quelles paroles J-C. nous a-t-il prescrit l'exercice de la prière, et quels exemples nous en a-t-il donnés?— 3. Qu'est-ce qui rend Texercic^ de la prière si nécessaire ?
328 N^XESSITÉ DK LA PRIÈRE.
saiice, nous recourons à lui, nous no pouvons alors nous dissimuler à nous-mêmes notre dépendance ; nous som~ mes obligés de reconnaître que nous ne pouvons rien sans lui, et <iue tout ce que nous en recevons est un don de sa j)Uie libéralité: cet humble aveu de notre indijj:ence nous «lisposc à ivcevoir ses bienfaits avec abondance.
4. A])pli(iU()ns-nous donc à ce saint exercice ; ne croyons pas <pie, ]K)ur icinplir ce devoir essentiel, il sutiise d'y eni})l()yer (piehiues moments rapides, et de })asser le reste du tem})s sans penser à Dieu ; il faut avoir souvent recours à la prière, et y persévérer longtemps. Dieu veut être sollicité, pressé, importuné : il ne se lasse pas de nous écouter ; le trésor de ses grâces est infini, et on ne peut rien faire qui lui soit plus agréable que de demander sans cesse à y puiser. Les rois de la terre ne permettent pas à toutes sortes de personnes de leur parler : c'est une faveur qu'ils n'accordent qu'à leurs favoris, et dans certains moments ; mais il n'en est pas ainsi de notre Dieu : il nous permet de lui parler à toute heure, il nous ordonne même de le faire en toute liberté, et si l'on ne se présente pas devant lui, il s'en offense. Quel honneur pour une vile créature de s'approcher ainsi de son Dieu, de lui communiquer ses pensées, ses inquiétudes, ses désirs avec une sainte liberté, avec une douce confiance ! Ne serait-ce pas mépriser sa bonté que de ne pas profiter de la faveur qu'il nous accorde de nous écouter, et de s'intéresser atout ce que nous désirons ?
Comparaisons. — Ce que la respiration est au corps, la prière l'est à l'âme. Si la respiration s'arrête par intervalles ou se fait difficilement, le corps va mal ; de même si la prière manque et ne se fait guère, l'âme va mal et court un grand danger. Si la respiration s'arrête entièrement, le co'-ps meurt ; et, si l'on cesse entièrement de prier, l'âme meurt aussi. — Faber.
— Une âme qui ne prie x>as, est comme un soldat sans armes au milieu d'une troupe d'ennemis acharnés à sa perte ; elle est semblable à un pilote qui, lancé sur la mer orageuse, n'a ni gouvernail ni boussole ; elle est comme une ville assiégée de toutes parts, dont les murs sont sans défense. Malheur à celui qui ne sent pas la nécessité de la prière et qui, par suite, ne prie point.
4. Suffit-il de donner quelques moments à la prière ? Est-il de notre intérêt de beaucoup prier ?
sh'Kmvvf''. inr i.a l'uifcur,. Z7B
— La pri^rcî est lu porte par larimllf h* lf<4'ij4nciir noim fait juiKm'i* HVH ^rficcs, uiMuit Hiiiiitr rin'rrsr. Hi roiii' \H)ri4t est lenniT, (|irall<nis-!i(mH ih'veiiir ? Ilélasî ajoiitaitclle, yvu ai lait rexpriiciicr. .rciiH le iiiallnMir (rahamloiiner la prièir iiHMitalc, et je (Irvrnais tous \vh Joiith iiioiuM cliiét ifimi'. Si je n'eusse repri - er >.iiiit evrici*»- j'éfîiiM penlue. — }'te dr Muinfr ThMne.
— l>avicl, qU(>i<|iH' |>la<'^ sur le troue et oeeupo ilen affaires <!<' son rovauine, avait coutume de prier sept fois le jour, ainsi (pi'il le dit lui niùine ; il se levait la nuit pour prier. InspiiY^ de l'esprit <le Dieu, il ((unpoMii ces canti- (|ues suMinies, que l'on appelle les Psaumes, (pii sont, encore chantés dans l'I^iilisc.
— Plusieurs «grands princes, tels (pie ( luirlemagne, saint Louis, et siunt Henri empereur, observaient religieusement la prati(pie de réciter chacpie jour r<)fTiee de ri^glise, et se levaient la nuit pour assister aux prières des Matines.
— Un auteur non suspect, et qui a écrit sous l'influence de la philosophie du dix-luiitième siècle, alors dans toute sa nouveauté comme dans toute la violence de sa haine contre le Christianisme, a fait la réflexion suivante: ** Chez les Komains, en se mettant à table, le maître de la maison prenait une coupe de vin et en versait quelques c^outtes à terre : ces libations étaient un hommage (pi'ils rendaient à la Providence. De tout temps les (^hrétiens, avant et ai)rès le dîner et le souper, on fait une prière à Dieu pour le remercier du repas (ju'ils allaient prendre ou qu'ils avaient pris. N'est-il pas bien condamnable et eu même temps bien ridicule qu'en France, depuis cincjuante ans, cet acte si naturel de reconnaissance et de religion ait été regardé, par les personnes du grand monde, comme une petite cérémonie puérile, une vieille mode que le nouveau bel usage doit proscrire? Nos inférieurs, en devenant, à notre exemple, ingi-ats envers Dieu, s'habituent à l'être envers nous.''
830 EFFICACITÉ DE LA PRli:RE.
ARTICLE II
Efficacité de la Prière.
1. Tout est promis à la prière : elle obtient tout quand elle est bien faite. (VvM une vérité ré])étée presque à chaque pa.ue <le récriture; la promesse de Jésus-C.'hrist y est formelle : '* Demande/, et vous recevrez; eherehez, et vous trouverez; frapi)ez, et Ton vous ouvrira. Tout ce que vous demanderez dans la prière, si vous le demandez avec foi, vous l'obtiendrez." Il ne s'est pas ménu' contenté de nous déclarer qu'une prière bien faite est toujours exaucée ; il nous l'a assuré avec serment : '^ En vérité, en vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera."
2. Pour dissiper tous nos doutes, il ajoute c^tte preuve, qui est bien caî)able de ranimer les esprits les plus découragés : " Y a-t-il parmi vous un père qui donne une pierre à son fils quand il lui demande du pain ? et s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ?. . . Si donc, tout méchants que vous êtes, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père céleste donnera-t-il les vrais biens à ceux qui les lui demandent ? " Après une promesse si formelle, il faudrait avoir perdu la foi pour douter de l'efficacité de la prière. Si l'on compte sur les promesses d'un homme de bien, combien plus doit on compter sur la promesse et le serment de Jésus-Christ, qui est la vérité même ! Donner entrée dans son cœur à la défiance, ce serait lui faire injure. Eh ! d'où pourrait donc lui venir cette défiance ? Serait-ce de notre indignité ? Mais la bonté de Dieu pour nous n'est-elle pas toute gratuite? Mais l'aveu même de notre indignité n'est-il pas un titre pour avoir accès auprès d'une miséricorde que les i)lus grands crimes ne peuvent épuiser, et qui invite les plus grands pécheurs à s'approcher d'elle avec confiance ? Mais n'est-ce pas au nom de Jésus-Christ que nous prions ? et notre indignité n'est-elle pas couverte par ses mérites infinis ? Non, jamais la prière du pécheur qui s'humilie n'a été rejetée ; elle s'élève jusqu'au trône de Dieu, et elle attire infailliblement un regard de miséricorde sur celui qui la fait.
3. " Est-il quelqu'un, dit le prophète, qui ait invoqué le Seigneur, et qui en ait été méin-isé ? Nos pères ont
1. Quel est le pouvoir de la prière?— 2. Où en trouvons-uous U preuye? N-3^ Donix^ei q^uelq^ues exeniples de cet pouvoir 1
KFVli'Ml if. 1*1. i.\ i'UlKUK. JvU
rrii'i wi'H If St•i^lM•u^, ot iU ont, /ito (h'*liv'iY^H ; iln ont (•sp/''n'Mliuis lo Sj'i;<iH'ur, rt iU n'ont point /•t/i confonflnH: <|ui(M»n(|iin invn((nfni Ir nom du Sri^ncur yrra Hanv/\'' ('«'ttc^ conruuK'r pU'ini', «Milirir vl wuih hornes, lionon* Dit'U ; c'est un lionniui^r rcinlii à hji iminsanc**, à na hont*', i\ Ha (idi'^Iitô <lans SCS pronicHMCîH; elle olitient tout, DicMi nt^ lui rcfusi^ rien. Moïsc^ prit» stir la niontaj^nc, et les ennemis du peuple de Dieu sont vaincus ; Judith pri<*, et sa patiie est drlivié»' ; le |)ieu\ roi M/échias piie. cl Dieu révocjue l'arrêt de niorl (jii'il avait prononcé contre lui; le l*ul)Iicaiu prit^lans le Temple, <'t il en Hort Jnstilié ; la femme ])écliei-esv(. prie, et ses péchés lui sont rends; le hou lairon jHie sui- la croix, et <pn>i(pi*il lïit chargé i\v<< crimes les plirs énniines, il en obtient le |»aidon. N'oilà poui(iuoi saint Jean disait : "Ce cpn l'ait Moin» coidianco v\\ Dieu, c'est <piMl nous exauce en tout Ci' ipu^ nous lui demandons (pu est conforme à sa volon té: car nous savons (pi'il nous exaucera en tout ce <pM^ nt)us lui demanderons, et nous h» savons, parce (jue nous avons <léjà n eu l'etret des demandes (puî nous lui avons faites." N'alléi;uons donc ])lns iiolic faiblesse quand on nous exhorte à i)rati(pu'r la M'rlu ; ne disons plus (pie notre penchant j)our le mal nous entraîne, (pie nous ne pouvons résister- :\ la violence de nos passions. Nous pouviyis prier, et la prière soutiendra notre faiblesse ; nous ])ouvons ])rier, et la ])rière nous fort i liera contre nos mauvais penchants ; nous pouvons prier, et la prière niodéreia la violence, de nos passions. Nous avons besoin de grâces ])our ])rati(pier la sagesse ; demandons-les, et Dieu nous les accordera. *' Si (piehpi'un de vous manipie de sai;esse, dit Tapotre saint Jactpies, (|u'il la demande à Dieu, (pii donne à tous libéralement, et la sagesse lui sera donnée.'' Ou ne man(pie donc jamais d'obtenir de Dieu les secours cpron lui demande comme il faut ; et si nous ne les obtenons pas, c'est toujours notre faute; e*(*st que nous ne recourons piis à Dieu avec des dispositions sutïisantes, et surtout avec; cette confiance qui obtient tout.
ExKMPLE. — Saint Jean Chrysostôme ne craint jxis d'avancer que la prière est, en queUpu^ sorte, plus ])uissante que Dieu même, puisqu'elle vient à bout de le fléchir, (ie lui faire rétracter les sentences cpi'il a portcV.s contre nous. En voici un exemple : k\s Israélites ayant transgressé les lois du Seigneur, et élevé dans le désert un veau d'or pour Padorer, Dieu, toujours clémeut, semble