CHAPITRE V
DE L'INCARNATION, DE LA NAISSANCE ET DE LA VIE DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST, A été conçu du Saint-Esprit, est né de la Vierge Marie, ARTICLE PREMIER.
Mystère de l’incarnation.
1. Le Fils unique de Dieu, le Verbe, qui est de toute éternité dans le sein de son Père, s’est abaissé jusqu’à prendre un corps et une âme semblables aux nôtres. Ce
n’est pas le Père qui s’est fait homme, ce n'est pas non plus le Saint-Esprit; c’est le Fils, la seconde personne de la très-sainte Trinité,
2. La manière dont ce mystère a été accompli ne peut ni être conçue par l'esprit humain, ni s'exprimer par les paroles ; mais voici ce que l'Evangile nous tre à Lors-
ue le temps arrêté dans les conseils divins fut arrivé, un y pi se présenta devant la très-sainte Vierge ; il la salua pleine de grâces, lui annonça qu'elle serait mère sans cesser d’être vierge, et que Celui qui naîtrait en elle serait le Fils du Très-Haut et l'ouvrage du Saint-Esprit. La très-sainte Vierge crut à la parole de l'envoyé céleste, et elle y donna son consentement, Dans ce moment le mystère de l’Incarnation s'accomplit; le Saint-Esprit forma en elle le corps de Jésus-Christ, il y unit une âme ; et, en même temps, se fit cette union indissoluble de la nature divine avec la nature humaine en la personne du Fils de Dieu. Ainsi le Fils unique de Dieu devint homme sans cesser d’être Dieu. D'où il suit que la très-sainte Vierge est véritablement Mère de Dieu, ayant conçu et enfanté un Homme-Dieu.
Marie devenant mère n’a pas cessé d’être vierge, Jésus- Christ, son fils, ayant été conçu par l'opération du Saint- Esprit. Ainsi Jésus-Christ, comme homme, n’a pas de pere et Dieu n’a voulu que Joseph fût l'époux de
arie qu’afin de cacher ce mystère sous le voile d’un chaste mariage; mais comme Dieu, Jésus-Christ à un 10 qui l’a engendré de toute éternité, et auquel il est
gal.
8, Il n’y a en Jésus-Christ qu'une seule personne, mais il y a deux natures distinctes : la nature divine, par laquelle il est Dieu comme son Père, et la nature humaine,
ar laquelle il est homme comme nous, possédant toutes es qualités propres à notre nature.
4, Quoique ce mystère surpasse infiniment la portée de l'esprit humain, nous devons cependant le croire fermement, pz:ex que Dieu, qui est la vérité souveraine, l’a révélé. l’ailleurs il n’est nullement contraire à la raison ; et nousen avons en nous-mêmes une image qui, quoique imparfaite, peut aider notre foi. En eflet, notre âme,
2. Qu'est-ce que l'Evangile nous apprend surla manière dont s'est accompli le mystère de l'Incarnation :—3. Combien y a-t-il de natures en Jésus-Christ?—4. N'avons-nou: pas en nous-mêmes une image du myÿstère de l’Incarnation ?
qui est d'une nature spirituelle et incorruptible, est unie à un corps matériel et corruptible, et l'union de ces deux substances si différentes ne fait qu’un seul homme, qui est tout à la fois esprit et corps, incorruptible et corruptible, intelligent et mattriel. De même, la divinité du Verbe, et la nature de l’homme, unies sans être confondues, forment un seul Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, engendré du Père dans l'éternité, et né d’une Vicrge dans le temps, tout-puissant comme Dieu, et environné de faiblesse comme homme ; car, excepté le péché et les suites inséparables du péché, telles que sont l ignorunce et la concupiscence, Notre-Seigneur s’est assujetti à toutes nos misères, [la eu faim, il a eu soif,ila été sujet à la fatigue, au sommeil et à toutes les infirmités de notre nature, avec cette seule différence qu'il ne souffrait que parce qu'il le voulait, au lieu que nous les éprouvons malgré nous,
5, Mais, gardons-nous de croire que la nature divine ait été altérée dans l’Incarnation: Dieu, sans cesser d'être tout ce qu'il est par lui-même, a daigné s’unir à la nature humaine ; iln'a rien perdu par cette union: ses abaissements et ses souffrances ne tombent que sur l'humanité: c’est comme homme que Jésus-Christ a souffert, et c'est comme Dieu qu’il a donné un prix infini à ses souffrances ; c’est comme homme qu’ila été petit enfant, pour être le modèle de tous les âges; et c’est comme Dieu-Homme qu’il a été le Sauveur du genre humain,
EXEMPLE.—Un hérétique, sectateur d'Eutychès, s'étant trouvé dans une société où était un enfant qui avait été instruit avec soin, voulut faire dire à cet enfant qu’il n’y avait qu'une seule nature en Jésus-Christ, Pour l’en convaincre, il prit deux morceaux de fer, ils les fit rougir au feu, et les joignit ensuite l’un à l’autre pou n’en faire qu'un seul morceau, “ C’est ainsi, lui dit-il, que la nature divine et la nature humaine, unies ensemble dans Jésus- Christ, ne font plus qu’une seule nature dans sa personne.—Mais, répondit l’enfant, mettez un petit lingot d'or à la place de ce petit morceau de fer, faites-les rougir tous deux, et n’en faites qu’un seul morceau. Je vous le demande alors, ce morceau sera-t-il tout or ou tout fer? chaque morceau ne restera-t-il pas ce qu’il
. ô. la nature divine a-t-elle été altérée dans le mystère de l'Incarnaion
était auparavant ? c’est-à-dire l'un ne sera-t-il pas toujours un lingot d'or, et l’autre un morceau de fer, quoiqu'ils soient unis ensemble? Oui, sans doute, vous n’en pouvez disconvenir, Voilà donc deux morceaux, lPun d'or, l'autre de fer, qui, tout distingués qu'ils sont l’un de lautre, ne feront plus cependant qu'un morceau. C’est ainsi, conclut l'enfant, que la nature divine et la nature humaine, quoique distinguées l’une de l’autre, ne font néanmoins qu'une seule personne en Jésus-Christ.” — LETTRES EDIFIANTES, MISSION DU LEVANT.
ARTICLE IT
Suite du Mystère de l’Incarnation.
1. Le Fils de Dieu s’est fait homme pour nous racheter de l'esclavage du péché et des peines de l'enfer, et pour nous mériter la vie éternelle, à laquelle nous n'avions plus droit, tant à cause de nos propres pré évarications qu'à cause du péché originel, Nous avions offensé un Dieu d'une majesté infinie, et sa justice ne pouvait être satisfaite que par une rép ration proportionnée à l'injure que le péc hé lui avait faite, L'homme ne pouvait donc pas par luimême offrir à Die ‘u cette satisfaction suffisante, ni mériter le pardon, Il n’y avait que le Fils de Dieu fait homme, vrai Dieu et vrai homme, qui pût offrir cette satisfaction en souffrant comme homme, et en donnant comme Dieu un prix infini à ses souffrances. Par ce mystère admirable de la saxesse divine, le péché est puni, et le pécheur est
sauvé: ainsi en Jésus-Christ la justice et la miséricorde se concilient ; l'injure faite à Dieu est abondamment réparée, et Dieu est honoré comme il doit l'être.
2. Jésus-Christ s’est donc rendu notre médiateur. C’est un médiateur parfait, qui tient à Dieu par sa divinité, et à nous par son humanité; qui peut souffrir comme nous, parce qu'il a une nature semblable À Ia nôtre, et nous réconcilier avee Dieu par ses souffrances, étant Dieu luimême: médiateur qui, par sa parfaite sainteté, est infiniment agréable à Celui auprès de qui il s’est entremis pour la réconciliation des pécheurs, Une comparaison fera encore mieux sentir cette vérité: qu’un roi ait été insulté, outragé pis le dernier de ses sujets; ni le coupable ni
1. Pourquoi le Fils ve Dieu ‘u s'est- il fait homme ? Montrez que J.-C. oil pouvait réparer l'injure faite à Dieu par le péché.—2, Faites comprendre cette verité par une comparaison,
aucun autre suje! du roi ne peut offrir à la majesté royale une satisfaction éxale à l'offlense; tout ce que le coupable pourrait faire serait toujours beaucoup au-dessous de la urièveté de l’injure; mais si ie fils du roi imûme, héritier présomptif de sa couronne, et dejà assis sur son trône, touché de compassion pour ce malheureux, descend du trone, quitte ses ornements royaux, se couvre la téte de cendre et le corps d’un sac, et qu'en cet état, prosterné devantson père, il Soflre à subir le suppliee dau coupable pour obtenir sa grâce, on conçoit qu'une si profonde humilation est une satisfaction proportionnée à la grandeur de la personne offensée, que l'injure est pleinement réparée, et que le roi, sans blesser la justice, pe ut faire n iséricorde au criminei. Eh bien! cest l'image de la grâce que l'homme pécheur a reçue de Dieu par l'incarnation de son Fils, Que Dieu est admirable dans toutes ses œuvres et surtout dans ce grand ouvrage de son amour! Quel bienfait que celui de nous avoir donné son Fils unique pour nous sauver! Quelle reconnaissance ne devons-nous pas à ce Sauveur généreux qui s'est dépouillé de sa gloire pour se revêtir de notre nature, s'assujettir à nos infirmités, paraitre et être en tout semblable à nous!
EXEMPLE, — Nestorius, patriarche de Constantinople, loin d’apaiser le grand s andale qu'un prêtre nommé Athanase avait excité en prêchant qu'on ne devait point appeler Marie Mère de Dieu, loua publiquement le prédicateur, et soutint au’il y avait deux personnes en Jésus-Christ aussi bien que deux natures, et que la très-sainte Vierge ne devait point être appelée Mère de Dieu, mais seulement mere de Jésus-Christ. Naint Cyrille d’ Alex: indrie combattit et réfuta ces erreurs. Le pape saint Célestin les condamna dans un concile qu’il tint à Rome en 430, Ce fut l'année suivante qu'on assembla contre Nestorius le concile général d'Ephèse. Ce fameux hérésiarque, qui était en horreur À tout le peuple à cause de son impiété, fut condamné et déposé de son patriareat. Les Pères du concile lui firent signifier la sentence de son excommunication, qui était conçue en ces termes: “ Le saint concile assemblé par la grâce de Dieu en la ville d'Ephèse, à Nestorius, nouveau Judas.—$Sache que, pour la doctrine impie que tu as prêchée, et pour ton obstination à la soutenir, tu as 616 déposé de tout grade, de toute dignité ecclésiastique, par le saint concile, et t selon les lois et règles de l'Eglise.” storius fut envoyé en exil dans 1 Afrique par l Empereur
l'héodose le Jeune. Il se forma sur la langue de cet héré-
Fr M