‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 122 sur 173 · DE LA PRIÈRE EN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

DE LA PRIÈRE EN GÉNÉRAL

ARTICLE PREMIER

Nécessité de la Prière.

1. Nous avons parlé des Sacrements comme d’un premier moyen pour obtenir la grâce ; la Prière en est un second. C’est une élévation de notre esprit et de notre cœur vers Dieu pour lui rendre nos devoirs, et pour lui demander les choses qui nous sont nécessaires.

1 Expliquez quel est le second moyen d'obtenir la grâce,

2. La Prière est un devoir indispensable, que l’on ne peut omettre sans péché : Jésus-Christ nous en a fait un commandement exprès; et ce précepte est souvent répété dans l'Evangile : Veillez, nous dit-il, e{ priez; il Jaut toujours prier, et ne point se lasser de le faire. De là ce reproche qu'il fait à ses disciples: ‘ Jusqu'ici vous n’avez rien demandé en mon nom ; demandez, et vous recevrez.” Il a pratiqué lui-même ce qu'il nous commande : il passait souvent les nuits à prier, ou, pour mieux dire, toute sa vie a été une prière continuelle. Jésus-Christ n'avait certainement pas besoin de prier pour lui-même; mais il voulait nous partie l'exemple et nous en-gager par là à nous livrer à ce saint exercice; nous avions besoin qu’il priât pour nous, et qu’il nous montrât l’obligation où nous sommes de prier,

3, Ce saint exercice est d’une nécessité indispensable : et quand même l'Evangile ne nous ferait pas une loi positive de prier, et de prier sans cesse, le sentiment de notre misère suflirait seul pour prouver cette nécessité, Les besoins toujours renaissants de notre âme et de notre corps ne nous avertissent-ils pas continuellement de recourir à Celui qui peut seul y remédier ? N'est-ce pas le partage des misérables de gémir et de solliciter du secours ?

Notre indigence est extrême, les biens qui nous manquent sont d’un prix infini. Dieu est prêt à nous les accorder ; non-seulement il nous permet, mais il nous commande de les lui demander. Ce n’est pas qu’il ignore nos besoins : il les connaît mieux que nous les connaissons nous-mêmes; il exige cependant que nous les lui exposions, pour nous faire désirer avec bus d’ardeur les biens qu’il nous prépare, et pour nous rendre, par ce désir, plus capables de les recevoir.

Le désir des biens spirituels s’enflamme par l'exercice de la prière; et plus ce désir est ardent, plus on reçoit de Dieu : il remplit ceux qui sont affamés, et il renvoie vides ceux qui se croient riches, et quis’imaginent n'avoir besoin de rien,

Si Dieu nous accorde ses biens sans attendre nos prières, nous serons portés à nous les attribuer ; mais quand, après avoir senti notre misère et notre impuis-

2. Par quelles paroles J.-C. nous a-t-il prescrit l'exercice de la prière, et uels exemples nous en a-t-il donnés ?—3, Qu est-ce qui rend l'exercice de la prière si nécessaire ?

sance, nous recourons à lui, nous ne pouvons alors nous dissimuler à nous-mêmes notre dépendance ; nous sommes obligés de reconnaître que nous ne pouvons rien sans lui, et que tout ce que nous en recevons est un don de sa pure libéralité: cet humble aveu de notre indies nous dispose à recevoir ses bienfaits avec abonance.

4, Appliquons-nous done à ce saint exercice; ne croyons pas que, pour remplir ce devoir essentiel, il suflise d'y employer quelques moments rapides, et de passer le reste du temps sans penser À Dieu ; il faut avoir souvent recours à À rière, et y persévérer longtemps. Dieu veut être sollicité, pressé, importuné : il ne se lasse pas de nous écouter ; le trésor de ses grâces est infini, et on ne peut rien faire qui lui soit plus agréable que de demander sans cesse à y puiser. Les rois de la terre ne permettent pas à toutes sortes de personnes de leur parler: c'est une faveur qu’ils n’accordent qu'à leurs favoris, et dans certains moments ; mais il n’en est pas ainsi de notre Dieu : il nous permet de lui parler à toute heure, il nous ordonne même de le faire en toute liberté, et si l’on ne se présente pas devant lui, il s’en offense. Quel honneur pour une vile créature de s'approcher ainsi de son Dieu, de lui communiquer ses pee ses inquiétudes, ses désirs avec une sainte li-

ert, avec une douce confiance! Ne serait-ce pas mépriser sa bonté que de ne pas profiter de la faveur qu’il nous accorde de nous écouter, et de s'intéresser à tout ce que nous désirons ?

CoMPARAISONS.—Ce que la respiration est au corps, la prière l’est à l’âme. Si la respiration s’arrête par intervalles ou se fait difficilement, le corps va mal ; de même si la prière manque et ne se fait guère, l'âme va mal et court un grand danger. Si la respiration s'arrête entièrement, le corps meurt; et, si l’on cesse entièrement de prier, l’âme meurt aussi.—FABER.

—Une âme qui ne prie pas, est comme un soldat sans armes au milieu d’une troupe d’ennemis acharnés à sa perte ; elle est semblable à un ps qui, lancé sur la mer orageuse, n’a ni gouvernail ni boussole ; elle est comme une viile assiégée de toutes parts, dont les murs sont sans défense. Malheur à celui qui ne sent pas la nécessité de la prière et qui, par suite, ne prie point.

4. Suffit-il de donner quelques moments à la prière? Est-il de notre intérêt de beauçoup prier ?

—La prière est la porte par laquelle le Seigneur nous fait passer ses grâces, disait sainte Thérèse, Si cette porte est fermée, qu’allons-nous devenir? Hélas! ajoutait-elle, j'en ai fait l'expérience, J’'eus le malheur d'abandonner la prière mentale, et je devenais tous les jours moins chrétienne, Si je n’eusse repris ce saint exercice, j'étais perdue.— Vie de sainte Thérèse.

—David, quoique placé sur le trône et occupé des affuires de son royaume, avait coutume de prier sept fois le jour, ainsi qu'il le dit lui-même ; il se levait la nuit pour prier, Inspiré de l'esprit de Dieu, il composa ces cuntiques sublimes, que l’on appelle les Psaumes, qui sont encore chantés dans l'Eglise.

—Plusieurs grands princes, tels que Charlemagne, saint Louis, et saint Henri empereur, ohservaient religieusement la P atique de réciter chaque jour l'office de l'Eglise, et se levaient la nuit pour assister aux prières des Matines.

—Un auteur non suspect, et qui a écrit sous l'influence de la philosophie du dix-huitième siècle, alors dans toute sa nouveauté comme dans toute la violence de sa haine contre le Christianisme, na fait la réflexion suivante : ‘Chez les Romains, en se mettant à table, le maître de la maison prenait nne coupe de vin et en versait quelques gouttes à terre: ces Jibations étaient un hommage qu’ils rendaient à la Providence, De tout temps les Chrétiens, avant et après le diner et le souper, on fait une prière à Dieu pour le remercier du repas qu'ils allaient prendre ou qu'ils avaient pris. N'’est-il pas bien condamnable et en même temps bien ridicule qu’en France, depuis cinquante ans, cet acte si naturel is reconnaissance et de religion ait été regardé, par les personnes du grand monde, comme une petite er puérile, une vieille mode que le nouveau bel usage doit proscrire ? Nos inférieurs, en devenant, à notre exemple, ingrats envers Dieu, s’habituent à l’être envers nous.”

. 830 EFFICACITÉ DE LA PRIÈRE, ARTICLE II, Efficacité de la Prière.

1, Tout est promis à la prière : elle obtient tout quand elle est bien faite, C'est une vérité répétée presque à chaque page de l’Ecriture ; la promesse de Jésus-Christ y est formelle : ‘ Demandez, et vous recevrez; cherchez, ei vous trouverez; frappez, et l’on vous ouvrira. Tout ce que vous demanderez dans la prière, si vous le demandez avec foi, vous l’obtiendrez.” Il ne s’est pas même contenté de nous déclarer qu’une prière bien faite est toujours exaucée ; il nous l’a assuré avec serment : “En vérité, en vérité je vous le dis, tout ce que vous demanderez à mon Père en mon nom, il vous le donnera.”

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