‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 128 sur 173 · PORT TD ARE NU ER RME · texte numérisé non relu

PORT TD ARE NU ER RME

et plus encore dans notre cœur; elle nous consolera, elle dissipera nos doutes, elle ealmera nos agitations, elle soutiendra notre faiblesse, Si nous sommes justes, elle nous affermira dans la vertu, elle nous fera persévérer et croître dans la justice, Si nous avons eu le malheur de tomber dans quelque péché, recourons promptement à cette mère de miséricorde : elle est le refuge des pécheurs, elle nous réconciliera avec son fils. Prions-la d'obtenir pour nous la grâce d’une sincère conversion, Elle demandera et obtiendra ces secours puissants qui nous feront sortir de l’esclavage du démon et rentrer dans la douce liberté des enfants de Dieu.

En quelque état que nous soyons, considérons les vertus qui ont éclaté en elle, surtout son humilité profonde et son inviolable pureté, et appliquons-nous à les pratiquer à son exemple. En vivant ainsi nous serons du nombre de ses véritables enfants ; elle sera notre mère ; et tant que nous serons sous sa sauvegarde nous ne périrons point.

4. La plus excellente prière que nous puissions adresser à la très-sainte Vicrge, c’est celle dont l'Eglise fait un usage si fréquent et qu’elle joint presque toujours à l’'Oraison Dominicale. Cette prière, si auguste dans sa simplicité, nous rappelle le souvenir du mystère de l’Incarnation ; elle renferme en peu de mots le plus parfait éloge de la très-sainte Vierge; elle est propre à exciter notre confiance en nous faisant souvenir de ce qu'elle peut auprès de Dieu et de ce que nous pouvons espérer de sa bonté pour nous, On appelle cette prière la Salutation Angélique, parce qu’elle commence par les paroles que l’Ange Gabriel adressa à la très-sainte Vierge en lui annonçant le mystère de l’Incarnation : ‘“ Je vous salue, à Vierge pleine de grâces, le Seigneur est avec vous, vous êtes bénie entre toutes les femmes. ” Ces derniers mots furent répétés peu de temps après par sainte Elizabeth, dans la visite qu'elle reçut de la Mère de Dieu ; elle y ajouta ceux-ci : * Et le fruit de vos entrailles est béni.” L'Eglise y a joint les paroles qui suivent : ‘ Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs, maintenant et à l’heure de notre mort. Ainsi soit-il.” En récitant cette prière, nous devons avoir l'intention de remercier Dieu du bienfait de l’Incarnation, d’honorer la très-sainte Vierge, qui a eu une si grande part à ce mys-

4. Quelleest la plus parfaite prière que nous puissions adresser à Marie, et de quoi se compose-t-elle ?

où LA SALUTATION ANGÉLIQUE.

tère, et de lui témoigner la confiance que nous avons dans sa puissante intercession.

Je vous salue, Ô Vierge sainte ! vous avez porté dans votre chaste sein l’Auteur même de la grâce, et vous avez reçu de la plénitude qui est en lui une surabondance de grâces qui vous a rendue la plus parfaite des créatures. Le Seigneur est avec vous par la présence la plus intime : c’est de vous, c'est de votre substance qu’il s’est formé un corps. Vous avez été comblée des bénédictions divines ; la terre s’accorde avec le ciel pour vous bénir. Le fruit de vos entrailles est la source de cette bénédiction qui s’est répandue sur tout l'univers, qui s’est communiquée à toutes les nations, Sainte Marie, Mère de Dieu, vous voyez nos misères, vous êtes sensible à nos besoins ; priez pour nous maintenant : nous sommes pécheurs, obteneznous la grâce de la pénitence et le pardon de nos péchés ; obtenez-nous les vertus dont vous nous avez donné l’exemple, et surtout l’humilité et la pureté. Priez pour nous à l'heure de notre mort. Nous sommes vos enfants, redoublez les efforts de votre tendresse pour nous dans ce terrible passage du temps à l’éternité, soutenez-nous dans ce dernier combat : fortifiez-nous contre les frayeurs de la mort, faites que nous expirions en prononçant les noms sacrés de Jésus et de Marie, présentez-nous vous-même au trône de votre Fils, qui sera alors juge, et obtenez-nous une sentence favorable,

EXEMPLES.—La journée de Lépante sera un monument éternel du pouvoir de la Mère de Dieu, puisque c’est à elle que l'Eglise est redevable de cette fameuse victoire que les Chrétiens remportèrent sur les Turcs, l’an 1571. Sélim, fils de Soliman, s'étant rendu maître de l’île de Chypre, venait avec une puissante armée fondre sur les Vénitiens, et ne se promettait pas moins que l’empire de l’univers. Le saint pape Pie V, Philippe II, roi d’Espagne, et les Vénitiens, s'étaient joints ensemble pour repousser les efforts de cet ennemi commun. Quoique la partie ne fut pas égale, les Chrétiens, qui s’appuyaient sur la protection de la sainte Vierge, ne doutèrent pas du succès de leur entreprise. Toute l’Europe était en prière. Les fidèles couraient en foule à Notre-Dame de Lorette pour y implorer l'assistance du Ciel par l’intercession de la Mère de Dieu. Don Juan d'Autriche, général de l’armée, fit vœu d’aller en personne visiter ce sanctuaire. Les Chrétiens obtinrent ce qu'ils demandaient : car, les

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deux flottes en étant venues aux mains le 7 octobre, les ennemis perdirent dans ce combat, qui dura depuis six heures du matin jusqu’au soir, quarante mille hommes. cent seize pièces de gros canon et cent cinquante coule vrines; cent quatre-vingts galères et soixante-dix barques furent coulées à fond. Pour ce qui est de Don Juan d’Autriche, dès que les affaires dont il était chargé le lui pernirent, il se mit en chemin au plus fort de l'hiver pour accomplir son vœu, sans que la rigueur de Ja saison pât l'en empêcher.

C’est à l’occasion de cette journée que fut établie, par le pape saint Pie V, la fête solennelle du Rosaire, transférée par Grégoire XITI au premier Dimanche d'octobre. — Hist. ecclésiastique.

— L'an 1683, les Turcs, fiers des succès qu'ils venaient de remporter sur les Impériaux, résolurent de pousser leurs conquêtes au-delà du Danube, et même au-delà du Rhin. Déjà leurs innombrables bataillons se dirigeaient sur Vienne pour en former le siège. Tout fuyait à leur approche, et l’empereur lui-même,Léopold Ier, ne se sentant pas en état d'arrêter ce torrent impétueux, avait quitté sa capitale avec précipitation. Il sortait par une des portes quand les barbares approchaient de la porte opposée. Bientôt leur plan est formé, leur camp est assis, leurs batteries sont dressées, et Ja tranchée, ouverte la veille même de l'Assomption, est poussée avec une effrayante rapidité. Pour comble d’infortune, le feu prend à une église et menace de gagner l’arsenal ; c'en était fait de toutes les munitions, et une explosion terrible allait annoncer des maux affreux et préluder à d’autres plus grands encore. Mais Marie, invoquée sans cesse et avec la plus grande confiance, n’abandonnera point ceux qui se jettent dans ses bras : le jour de lAssomption le feu s'arrête tout à coup, etle courage renaît avec l’espérance dans les cœurs abattus.

Les Turcs cependant poursuivaient leur entreprise avec une incroyable activité ; leur formidable artillerie faisait pleuvoir jour et nuit sur la ville une grêle de bombes et de boulets ; leurs travaux, dès le 31 août, se trouvaient si avancés, que les soldats des deux partis se battaient dans le fossé avec les pieux des palissades, Vienne, ce boulevard-de la chrétienté, déjà presque réduit en cendres, allait tomber sous le joug de l’impiété ottomane. Mais que n'obtient pas une confiance véritable en la Mère de

896 LA SBALUTATION ANGÉLIQUE.

Dieu ! Le jour de la Nativité,les habitants et les soldats redoublèrent leurs prières, et le même jour, un avis extraordinaire d’un secours prompt et certain leur est donné. Eneflet, bientôt on voit sur les m ntagnes voisines flotter des étendards : c'était le grand sobieski avec ses Polonais ; leur troupe est petite, il est vrai ; mais la faveur du Ciel, attirée par la piété des soldafs et du chef, va les rendre le fléau des barbares, les sauveurs de Vienne et de la Chrétienté. Le 12 au matin, Sobieski assiste à la Messe et la sert lui-même à genoux, les bras étendus en forme de Croix : il communie, il se met lui et ses soldats sous la protection de la sainte Vierge, reçoit avec eux, au nom du souverain Pontife, une bénédiction solennelle, et, plein d’une ardeur et d’une confiance nouvelles, il s’écrie : ‘ Marchons maintenant sous la protection toute-puissante de la Mère de Dieu”?

Bientôt la petite armée voit se déployer à ses yeux le vaste camp des infidèles, leurs nombreux escadrons, leur artillerie foudroyante. Saisis des premiers mouvements d’une crainte involontaire, les Polonais comprennent et avouent que Dieu seul peut leur donner la victoire ; mais ils l’ont prié avec foi par l’intercession de Marie, déjà ils sont exaucés. Le kan des Tartares, effrayé de l4 vigueur du premier choc, recule et s'enfuit avec précipitation ; il entraîne après lui le grand vizir, qui est forcé de e suivre et frémit de rage ; bientôt la déroute est complète ; la plaine est jonchée de cadavres, le Danube englouiit dans ses flots des milliers de fuyards. Toutes les munitions, l'artillerie, l’étendard même de Mahomet, sont la proie du vainqueur.

Sobieski cependant fait son entrée dans Vienne avec l’empereur, et, plein de reconnaissance pour la grâce qu’il vient de recevoir, il entonne lui-même le Te Deum. Depuis ce temps, ce religieux monarque fit toujours porter avec lui une image de Notre-Dame de Lorette trouvée miraculeusement ; on y voyait deux anges soutenant une couronne au-dessus de la Mère de Dieu ; ils portaient un rouleau où étaient écrits en latin ces mots : Par cette image de Marie, Jean sera vainqueur.

Et nous aussi, n’en doutons pas, malgré la fureur des ennemis de notre salut, nous serons toujours vainqueurs, si nous avons recours à la Reine des cieux.—/Hist. eccl.

BONHEUR DE LA VIE CHRÉTIENNE, got CHAPITRE IV.

1. Il n’est que trop ordinaire de se former une fausse idée de la vie chrétienne, et de la regarder comme une vie triste, gênante et désagréable. Rien n’est plus faux, rien n’est plus injuste que ce préjugé si répandu contre la vertu et la piété. Ilest important, chers enfants, de vous garantir ce cette erreur dangereuse, où de vous détromper si vous y étiez dejà engagés ; il est important de vous convaincre que le bonheur est le partage de la vertu : si vous en doutiez, écoutez le Saint-Esprit, qui vous assure en inille endroits de l’Ecriture que la justice, c’est-à-dire l’exacte observation de la loi de Dieu, est toujours accompagnée de la paix de l’âme, de ce sentiment délicieux que produit une bonne conscience ; et, par conséquent, que la vertu, et la vertu seule, rend l’homme véritsblement heureux.

Partout où ., est parlé de la fidélité à observer Ja loi de Dieu, il est aussi parlé de la paix, comme inséparable de la justice : et avec quelle énergie, le Saint-Esprit ne s’explique-t-il pas sur cet article ! O mon fils ! vous dit-il, soyez fidèle à garder mes préceptes; ils seront pour vous une source de joie et de paix : celui qui observe la loi du Seigneur fera sa demeure dans la paix.” (Prov., XII.) Remarquez qu’il ne dit pas seulement, il trouvera la paix, iljouira de la paix ; mais il fera sa demeure dans la paix, il y établira son séjour ; il y sera comme environné des avantages de la paix; et cette paix sera une paix profonde, une paix abondante, qu'il compare à un fleuve dont les eaux salutaires ne tarissent jamais. De là cette joie vive et pure, ce plaisir intime, solide et durable, que goûtert les justes. Heureux done l’homme qui met son affection dans la loi du Scigneur ! il sera comme un arbre qui, planté sur le bord des eaux, porte un fruit excellent, et dont le feuillage ne se flétrit jamais. Ce sont les paroles mêmes du Prophète.

2. La promesse de Jésus-Christ, dans l'Evangile, n'est pas moins formelle ni moins positive ; il déclare en termes clairs et précis que son joug est doux, et son far-

1. Dites quelle idée on se forme ordinairement de la vie chrétienne et montrez combien cette idée est fausse.

2. Comment l’Ecriture sainte décrit-elle les avantages de la fidélité à la loi de Dieu”?

deau est léger; que ceux qui le portent y trouvent la paix de l’: âme. C'est donc une vérité fondée sur la parole de Dieu, qu'une vie chrétienne e-t une vie heureuse,

qu'il n'ya de véritable, de solide bonheur que dans la fidélité à accomplir la loi de Dieu,

Cette vérité est encore fondée sur l'expérience. Je vais vous citer un témoin qui n’est point suspect, un témoin qui a éprouvé l’une et l’autre situation, celle du pécheur et celle de l’homme vertueux: c'est saint Augustin. Avant sa conversion, il avait mené une vie toute mondaine, une vie sensuelle : il avait passé un grand nombre d'années dans l'oubli de Dieu et dans le dé ‘églement des passions, Rappelé enfin à la vertu, voici comme il s’explique dans le livre de ses Confessions : ‘ Mon Dieu, vous avez rompu mes liens ; que mon cœur et ma langue vous louent à jamais de ce que vous m'avez fait recevoir votre joug si aimable, et le fardeau si léger de votre loi. Combien ai-je trouvé de douceur et de plaisir à renoncer aux vains plaisirs du monde! combien ai-je ressenti de joie à abandonner ce que j'avais craint de perdre! Car vous qui êtes le seul véritable plaisir capable de remplir une âme, en éloignant de moi tous ces faux plaisirs, vous entriez en leur place, vous qui êtes la v éritable et souveraine douceur ; mon esprit était déjà délivré des chagrins

‘uisants que donne l'ambition, l'amour des richesses et le désir de se plonger dans la fange des voluptés criminelles, et je commençais à goûter le plaisir de m'entretenir avec vous, à mon Dieu ! qui êtes ma lumière, mon bien et mon salut.”

Vous l’entendez, chers enfants, une vie de péché et de désordres est un dur esclavage, où l’on est déchiré par des inquiétudes continuelles : une vie vertueuse, au contraire, est une vie tranquille et pleine de consulations. Ilest vrai qu'il faut se faire violence et résister à ses passions; mais cette résistance coûte peu à une âme qui a goûté Dieu; les sacrifices qu'il faut faire sont bien payés

ar le témoig nage de la conscience et par l'espérance d’un

onheur éternel qui remplit l'âme de joie. Ce que St. Augustin avait éprouvé, tous ceux qui servent Dieu avec fidélité |’ éprouvent comme Jui. N'en connaissezvous pas plusieurs, de ces âmes fidèles à remplir leurs devoirs ? Voyez cette joie pure et innocente, cette gaieté simple et modeste, cette égalité d'humeur, qui les accoruagnent partout. La sérénité de leur à âme est peinte sur eur visage ; le calme profond dont ils jouissent, la paix

de leur cœur brille pour ainsi dire sur leur front, N'en doutez pas : ce calme, cette paix est le fruit de la vertu.

3. Mais pourquoi recourir à des exemples étrangers ? Vous-même, vous-même n’avez-vous pas senti ce bonheur qui accompagne la vertu ? Ray-pelez-vous cette époque de votre jeunesse où, touché de Dieu, vous vous êtes purifié de toutes vos fautes ; où, admis pour la première fois à la table sainte, vous avez éprouvé combien le Seigneur est bon pour ceux qui l'aiment. Alors votre cœur, dégagé des liens des passions, votre cœur, pur aux yeux de Dieu, ne goûtait que lui, ne désirait que lui, ne soupirait que pour lui, De quelle joie ce cœur ne fût-il pas alors inondé ! quelle paix délicieuse remplissait alors votre Âme ! qu’elles étaient douces, les larmes que vous répandiez dans le sein d’un si bon Père ! que vous désiriez alors d’être toujours dans cet heureux état, de n’en sortir jamai: ! Avouez-le, rendez cet hommage à Ia Religion : jamais, non, jamais vous n'avez passé des moments plus doux ; ce jour a été le plus beau de vos jours. Alors vous compreniez cette vérité, que l’on est heureux qu’en servant le Seigneur ; alors vous étiez pénétré des sentiments qui animaient le Prophète désud il disait : “ Oui, mon Dieu, un seul jour passé à votre service, est bien préférable à des années entières passées dans la compagnie des pécheurs.”?

Si vous avez conservé ces sentiments de piété, ce goût précieux de la vertu, bénissez-en le Seigneur : Vous entendez aisément tout ce qui vient de vons être dit sur le bonheur de la vie chrétienne : si, au contraire, la vertu, qui autrefois avait pour vous tant de charmes, vous parait aujourd'hui importune, ennuyeuse, n’en accusez que votre infidélité à remplir vos devoirs. Si vous aviez marché constamment dans la voie de Dieu, vous auriez joui d’une paix inaltérable. Il vous reste une ressource, c’est de prendre une généreuse résolution d'observer exactement la loi du Seigneur, et de vaincre les premiers dégoûts. Revenez à votre Père : un soupir le désarme, une Jarme l’apaise. Bientôt vous sentirez dans votre âme ces consolations intérieures et ces délices ineffables qui ont fait votre bonheur dans les jours de votre innocence.

Peut-on être malheureux en vous servant, ô mon Dieu, vous qui êtes la source de tous les biens? Non, Seigneur,

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