‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 155 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De la Nourriture.

Dieu ne défend pas le goût que la nourriture nous fait trouver dans les aliments ; mais Ia religion et la raison s'accordent pour nous interdire la sensualité et la gourmandise, ‘ Soit que vous buviez, soit que vous mangiez, ou quelque chose que vous fussiez, nous dit l’Apôtre St. Paul, faites tout pour la gloire de Dieu.” La nécessité doit done être le seul motif d’une action qui, par ellemême, est plutôt un assujettissement qu’une perfection de notre nature.

On doit également s'interdire toute conversation qui n'aurait pour objet que Ia table. Ni l’on se trouvait obligé d’en parler, il faudrait le faire sans affectation, ne point rappeler avec complaisance les repas auxquels on s’est trouvé, encore moius faire parade des invitations que l’on a reçues ou que l’on attend,

La nourriture étant destinée à conserver la santé et les forces, il faut éviter tout excès dans l’usage que l’on en fait. La tempérance exige que l’on mange à des heures réglées autant que cela se peut. Les enfants, à qui la nécessité dbliua de donner à boire et à manger dans d’autres temps que ceux qui sont marqués pour les repas, ne sont pas des exemples pour ceux qui ont plus d’âge et

lus de force. Celui qui mangerait à toute heure et toutes es fois qu’il s’en sentirait l'envie, outre que par làil nuirait à sa santé, pourrait être regardé avec raison comme un gourmand insatiable ; et celui qui boirait sans nécessité, hors du repas, ne tarderait pas à contracter des habitudes contraires à la sobriété.

L’habitude de boire fréquemment, même de l’eau, tolérée dans les enfants, peut avoir le grave inconvénient de les disposer à faire librement usage de boissons plus pernicieuses dans un âge plus avancé.

Le reproche que J.-C. adressait aux Pharisiens de faire consister toute la perfection dans les observances extérieures, comme celle de se laver les mains avant les repas, ne nous dispense pas de l’obligation de nous laver les nôtres avant de nous mettre à table, Si la religion ne nous en fait pas une ordonnance, la propreté et les convenances nous le prescrivent. Autrefois, il était d'usage d’y avoir une fontaine pour cette ablution, qui se faisait avant et après le repas.

On doit toujours observer la politesse, lors même qu'on serait seul à table. Dans ces occasions, il ne faut pas chercher à s’affranchir des pratiques en, usage dans une société bien élevée. Agir de la sorte, serait s’exposer à contracter insensiblement des habitudes grossières ou inconvenantes.

Lorsqu'on est près de se mettre à table, * un jeune homme ne doit pas se porter vers l’endroit le plus commode, ni se choisir lui-même une place ; mais il doit attendre que les premières places soient prises par les

ersonnes qui, par leur âge ou leur position, méritent de es occuper. Si le maître de la maison lui offre une place,

* Ce qui suit est tiré de deux petits ouvrages sur l’'Etiquette, qui vienaent d’être publiés.—

Ce serait une incivilité, quand on invite une personne à diner, de lui dire quon la traitera sans cérémonie. Une telle invitation serait incivile, à moins que ce ne soit le seul moyen de déterminer la personne à

ui on la fait de l'accepter : parce que, dès qu'on invite quelqu'un, on doit s'efforcer de le bien traiter.

il doit l'accepter modestement et se bien persuader que ce dernier est le meilleur juge des places que doivent occuper ses conviés, S'il ne lui est pas offert de place spéciale, il doit, sans affectation et en silence, en prendre une des dernières,

Quand on a accepté une invitation, il faut arriver à l'heure précise, ni avant ni après; ce qui serait une inconvenance. L’acceptation d'une invitation doit être adressée à la maîtresse de la maison.

nn

Le maître de la maison offre-t-il la place d'honneur à table à un des convives, celui-ei ne saurait la refuser. Ce serait faire tenir la compagnie debout, et par suite, commettre une impolitesse,

Si les places à toble sont marquées par des cartes, la politesse exige d'aider Îles autres inembres de la compagnie à trouver leurs places. Si,au contraire, elles ne sont pas marquées, le maître ou la maîtresse de la maison doit appeler successivement chaque membre de la compagnie à sa place respective, suivant la dignité ou l'âge, les messieurs et les dames à tour de rôle. Les premières places à table sont celles qui sont à droite et à gauche de la maîtresse de la maison, laquelle ocenpe le centre de la table; puis celles qui sont de chaque côté du maître de la maison, et vis-à-vis,

Dès qu'on est à table, il faut étendre sa serviette sur ses genoux, et déposer le rouleau qui la contenait au côté gauche de son assiette.

La soupe doit être servie en premier lieu sur la table. Certaines personnes servent encore, suivant l'ancienne mode, la soupe et le poisson en inême temps ; mais ‘‘ c’est un usage qu’il est plus couvenable d enfreindre que d'observer.” Toutefois, il est d’une mode bien plus ancienne et d un

lus mauvais goût encore de demander aux convives s'ils désirent ‘ de fa soupe où du poisson.” Ils forment des services aussi distincts que le poisson et lu viande; l’un et | autre sont servis dans tous les diners en règle. Danstous les cas, il est contraire à la bienséance de sembler forcer le choix d un tonvive, quand celui-ci, selon toute probabilité, préfère prendre }a soupe d’abord et le poisson ensuite, Tous les dîners bien ordonnés commencent toujours par Ja soupe, en été comme en hiver. La maîtresse de la maison la sert à la ronde, sans même demander à chacun s’il en désire. Il est reçu aussi que le pain se trouve à côté de chaque assiette, et que ceux qui n'en veulent pas, peuvent le laisser sans l'avoir entamé.

En mangeant la soupe, il faut la prendre par le côté de la cuiller, et éviter de faire du bruit avec la bouche.

Il re faut jamais demander une seconde fois de la soupe ou du poisson ; cela retarde le service suivant et oblige la compagnie d’attendre à table.

Le maître de la maison ne doit recommander aucun des mets en particulier, ni en fuire l'éloge ; de leur côté, les convives doivent faire paraître qu’ils trouvent excellent tout ce qui est à table.

Si quelque chose est offert à la ronde à table, chacun doit, après avoir passé le plat à ses voisins, se servir proinptement et sans choisir.

Il faut que le maître de la maison veille à ce que le service à table se fasse avec ordre, et que chacun y soit atte: tif, [l ne convient point que, pendaut ce temps,il reprenne les serviteurs pour quelque maladresee qu’ils auraient commise : il ferait beaucoup mieux d'appeler celui qui en est l’auteur et de lui parler à voix basse, s'il était nécessaire. Il ne doit jamais non plus se défaire de sin couteau et de sa fourchette, que tous ses convives n'aient entièrement fini.

Îl ne faut jamais proposer à quelqu'un de ‘ l'assister””’ de tel ou tel plat, L'élégance aflectéo de cette ::'nression la rend extrêmement vulgaire. ‘ Vous ferai-je passer un peu de mouton ? *’ ou bien,‘ Pourrai-je vous servir de l'oie ? ” serait à la fois plus élégant et plus poli,

x POLITESSE CHRÉTIENNE.

” On ne saurait donner assez d’éloges aux familles qui ont conservé la louable coutume de prier, avant et après les repas. Que peut-il y avoir de plus inconvenant pour un chrétieu, que de ne pas prier le Seigneur de bénir les

Règle générale : au lieu de demander aux convives s'ils veulent accepter de chaque plat, il est mieux de faire paiser les assiettes à la ronde, laissant chacun libre d'accepter ou de refrser, selon qu il lui plaît,

Dès qu’on est servi, il faut commencer à manger: et, si ces alinmien's sont trop chauds, on peut prendre son couteau et sa fourchette et faire semblant de manger. Non-seuiement il n’est plus de mode aujourd’hui, mais encore il est de très-mauvais goût d'attendre les autres pour manger.

Ilne convient point qu’un convive rasse le mets qui lui est destiné à un autre convive qui ne serait pas encore servi. C’est un acte de politesse qui n’est plus de mode, et qui remonte aux usages des siècles pussés. La maîtresse de la maison, qui sert chacun à son tour, est le meilleur juge de la préséance qu’il convient d'observer à sa table.

En servant la soupe, le poisson ou tout autre mets, il faut se rappeler qu'il n’est pas moins impoli d'en trop remplir chaque assiette que d'y en mettre en trop petite quantité.

Il y a presque toujours, sur les tables les mieux servies, des couteaux d'argent pour le poisson ; mais lorsqu'il n’y en a pas, on prend un morceau de croûte de pain avec les deux premiers doigts de la main gauche, et on tient la fourchette de Ja main droite. C'est la seule règle à observer en mangeant le poisson.

.Ilest inutile de rappeler au lecteur qu'il ne faut jamais, en aucune circonstance, porter le couteau à la bouche. Les pois se mangent avec la fourchette, les tartes et les poudings &e toute sorte, avec la cuiller.

Le poisson se sert toujours avec une sorte d’instrument destiné à cette fin ; les tartes ec les poudings, avec la cuiller, ou, s il est nécessaire, avec la cuiller et la fourchette. Quant aux asperges, on doit les servir avec des espèces de petites pincettes.

Pour manger les asperges, ilest bon d'observer comment s'y prennent les autres membres de la compagnie, afin de faire comme eux. Certaines personnes bien élevées les mangent avec les doigts ; d’autres, au contraire, en coupent les têtes, qu’ils portent à la bouche avec la fourchette. Il serait assez difficile de dire laquelle de ces deux manières est préférable.

Pour manger les fruits à noyau, comme les cerises, les prunes, etc., il est plus prudent également d'observer et d’imiter ce que font les autres. Il y en a qui rejettent les noyaux de la bouche dans la cuiller, puis les déposent dans l'assiette. D'autres, tenant la main, devant la bouche, laissent tomber, sans qu’ils soient aperçus, les noyaux dans Ja paume de la main, et les mettent ensuite sur le bord de leur assiette. A notre avis, ce dernier procédé est de beaucoup préférable, car il cache le rejet des noyaux, ce qui est, très-certainement, le point de la plus haute importance, Chose certaine, c’est que les noyaux ne doivent jamais retomber de la bouche dans l'assiette.

En servant la sauce, il faut la verser sur le bord de l'assiette.

Pour le dessert, chaque convive doit avoir un couteau et une fourchette d'argent.

Si quelqu'un est invité à servir des fruits à une dame, il doit avoir soin de ne le faire qai'avec un couteau et une fourchette d'argent, et de ne les point toucher avec les doigts.

La prudence exige de ne pas accepter d’un mets sans savoir en quoi il consiste ; mais on peut s’en informer auprès du serviteur qui le fait passer. Par cette précaution on ne s'expose pas au danger de commettre l'impolitesse de le laisser, et de montrer ainsi qu'on y a de la r''pugnance,

DE LA NOURRITURE, : ol

aliments qu'il va prendre, ou de ne pas le remercier des bienfaits qu’il en a reçus! Comment pourrions-nous oublier que Dieu est l’auteur de tout bien ; et que c’est à sa seule Providence que nous sommes, à chaque instant, redevables de notre existence et du soin qu’il prend de nous? Par un abus étrange, et qu’on ne saurait jamais trop blâmer, presque à chaque fois où nous jouissons des moyens de conserver notre existence, nous semblons oublier la main bienfaisante qui nous les accorde. Un chrétien ne doit, pour aucun motif ni en aucune occasion, se rendre coupable d’une semblable ingratitude. Se trouvât-il même dans une compagnie où les prières du repas ne sont pas faites publiquemert, qu'il peut, en mettant

Il serait grossier de parler ayant quelque chose dans la bouche.

11 faut avoir grand soin de ne pas commencer à manger la soupe ou le pouding, qu’on ne soit sûr qu'ils sont suffisamment refroidis. Sans cetto précaution, ou s'expose à cette regrettable alternative : ou d’avaler ce qui est dangereusement chaud, ou bien de le rejeter dans l'assiette, ce qui est impardonnable,

On doit bien se garder, en mangeant ou en buvant, de faire du bruit, tant avec la bouche qu'avec la cuiller, la fourchette, ete.

S'il arrive accidentellement qu'on renverse ou qu'on casse quelque chose à table, il ne faut pas chercher à s’excuser. Il sera plus poli, dans ce cas, de témoigner son regret par son visage que par ses paroles.

Mais si on a, par là, sali les vêtements de quelque dame, il faut lui présenter poliment ses excuses et lui aider, s’il est possible, à faire disparaître toutes les traces du dommage.

S'abstenir de prendre le dernier morceau du plat ou le dernier verre de vin de la carafe, par la seule raison que c'est le dernier morceau ou le dernier verre, c'est une grande incivilité. C’est supposer qu'on craint qu'il ne pourra être suppléé à cette iusuffisance, et par suite, occasionner un affront au maître de la maison.

En se levant de table, il fant laisser sa serviette sur la table ou sur le dossier de sa chaisse. $i un des convives désire se retirer aussitôt après le dîner, il doit le faire immédiatement et sans adieux, ce qui, en certaines occasions, occasionnerait parmi Ja compagnie un regrettable dérangement.

En résumant les quelques devoirs et les règles à observer à table, un auteur populaire a dit que ‘‘ ce qu’un gentilhomme doit prendre le plus en cons'dération, tant lorsqu'il est à table que dans toutes les autres circonstanves de sa vie, c’est d'être parfaitement calme et bien à son aise, T1 parle avec réflexion, et il accomplit l’acte le plus important de la journée comme il ferait pour le plus ordinaire. Toutefois, il n’y a dans ses manières aucune apparence de légèreté, ni manque de gravité: il conserve cette dignité qui sied si bien dans une occasion aussi importante. Il accomplit toutes les exigences, comme quelqu'un qui n’en accomplit aucune. Il affronte les difficultés de sa situation, comme si c'était pour lui «ne habitude.

‘* Inviter un wmi à dîner,” dit Brillat Savarin, ‘c'est nous rendre responsable de son bonheur aussi longtemps qu’il est sous notre toit.” Il ajoute: ‘‘ Celui qui reçoit des amis à sa table, sans s'être assuré personnellement de la nature des mets qui doivent leur être présentés, n’est pas

digne d'avoir des amis.”

82 POLITESSE CHRÉTIENNÉ,

sa main sur sa poitrine, ou en faisant le signe de la croix, qu'il accompagne d’une secrète élévation du cœur, accomplir ce devoir que réclament les premiers principes de la reconnaissance et de la religion.

En s’asseyant à la table, il ne faut ni trop s'en approcher, ni s’en tenir trop éloigné, IT faut s'asseoir et se tenir de manière que l’on ne soit ni nonchalamment renversé sur le dos de la chaise, ni courbé, encore moins accoudé sur la table ; on ne doit y appuyer que les poignets.

La serviette, qui est posée sur l'assiette de chacun, est destinée à préserver les habits des taches, et, au besoin, à s'essuyer les doigts et la bouche. Il ne convient pas qu'un jeune homme s’empresse trop de la déplier; il doit plutôt attendre que les autres convives lui en donnent l'exemple.

En mangeant la soupe, ce qui est la première chose servie, il faut tenir la cuiller de la main droite, et éviter de la remplir jusqu’au bord. Il faut ensuite présenter le côté de la cuiller à la bouche, prendre la soupe au bord de l'assiette, et éviter de parler pendant ce temps-là. Si elle est trop chaude, il ne faut pas souffler dessus, mais attendre qu’elle soit convenablement refroidie.

On doit se garder de se faire servir le premier, ni de manifester la moindre impatience par quelque signe, ni geste que ce soit. Tout, à table, doit être exécuté avec ‘alme et modération. :

Il n’est pas nécessaire, quand on est servi, d'attendre que tous les autres le soient aussi ; on peut commencer à manger, mais assez lentement pour que tous les membres de la compagnie aient suffisamment le temps de finir ce qui leur a été servi. La meilleure règle à observer pour le temps où l’on doit cesser de manger, c’est de viser à n'être ni le premier ni le dernier.

Si la cuiller, la fourchette ou le couteau ont besoin d'être nettoyés, il faut les changer ; mais ne jamais, sous aucun prétexte, les essuyer avec la serviette ou la nappe. Il faut tenir le couteau de la main droite et la fourchette de la main gauche, et ne les tenir que par le manche, On ne doit point se servir du couteau pour manger : la cuiller et la fourchette sont seules destinées à cet usage. Pour manger le poisson, il faut tenir la fourchette de la main droite et un morceau de pain de la main gauche,

On ne doit prendre le sel qu'avec la petite cuiller réservée à cet usage. On ne doit jamais remplir son verre jusqu’au bord,

Ilne faut point rejeter sur le plancher ni déposer sur la table les débris des aliments, tels que lesos, les miettes de pain, mais les mettre dans une petite assiette, placée ordinairement sur la table à cette fin. Pour retirer de la bouche ce que l’on ne veut pas avaler, comme serait une arrête de poisson, une autre chose semblable, il ne faut employer que les doigts ; ce serait une grossièreté que de le rejeter de la bouche dans l'assiette où sur la table,

La sauce ne se verse ni sur le poisson ni sur les légumes, mais seulement à côté.

Voici certains défauts contraires à la politesse et que l’on doit éviter dans un repas : 1° téucher les fruits ou les viandes ; 2° enfoncer les ongles dans la pelure des fruits ; 3° essuyer son assiette, sa fourchette, sa cuiller ou son couteau avec la serviette ; 4° flairer certains aliments ; 5° jeter les yeux avec curiosité sur les assiettes de ses voisins ; 6° gesticuler avec son couteau ou sa fourchette ou les tenir dans une position verticale. *

* Un vieux proverbe dit: ‘ Qu'il faut instruire les autres comme si on ne les instruisait pas, et qu’il faut présenter les choses ignorées comine si elles n’étaient qu’oubliées.”

[Il ne sera peut-être pas tout-à-fait hors de propos d’insérer ici les remarques piquantes qui ont été faites, ou plus probablement ne peuvent pas avoir été faites par un hôte à son convive :

‘* Maintenant, mon ami, allons dîner. et je vous dirai bientôt si vous êtes un homme bien élevé ou non : car j’établis ce principe que ce qui est appelé bon ton dans un diner ordinaire, peut aussi l'être dans un grand, et vice versa, La première chose à faire c’est de vous asseoir. Arrêtez M. ! ne vous approchez pas autant de la table s'il vous plaît ; ne vous en éloignez pas non plu: de la distance d’une verge, comme vous faites. Qu'il est disgracieux et inconvenant d’interrompre la conversation ! Et quoi, mon cher, vous posez les coudes sur la table, et vos mains ne font que tourner les cuillers et les fourchettes, vous allez presque jusqu'à heurter mon verre ! Ne pouvez-vous pas baisser les mains, M. ! Est-ce que vous n’avez pas appris cela à l'école ? Et votre maman ne vous a-t-elle pas dit que vous ne devez mettre les mains sur la table que pour découper ce qui est dans votre assiette ou pour manger ? Mais venez : ne faites pas de simplicité, et asseyez-vous, s’il vous plaît. Je ne saurais tolérer à mn table, que votre jolie cheveluretouchât le plat ; il ne faut point non plus comme ensevelir votre visage dans votre assiette ; vous êtes venu pour le montrer, il doit douc paraitre vivant. Bien, mais il n'y a pas de motif pour que vous rejetiezainsi votre tête en arrière : vous ressemblez, M., à un magistrat, après le diner. Mais, de grâce, ne montrez donc pas une telle nonchalance par cet air endormi. Vous êtes ici pour manger, boire et être joyeux. Vous pourrez dormir quand vous serez chez vous.

‘* Eh bien ! je suppose que vous pouvez voir votre serviette, Et quai ! vous n’en avez pas ! Cependant, il y en a de trèsconvenables. Vous pouvez êtrecertain que je ne donnerai jamais de repas, sans qu’il y ait des

54 POLITESSÉ CHRÉTIENNP.

S'il arrive que l’on trouve quelque malpropreté dans les aliments, non seulement on n’en parlera à aucun des convives, mais encore on fera en sorte de Ja faire dispa- ‘aître sans être vu de personne,

serviettes ; car je ne veux pas rendre mes nappes impropres à leur usage, comme aussi je n'ai nulle envie que mes pantalons soient mis dans un état à ne pouvoir plus être portés. Maintenant que nous sommes tous assis, vous pouvez étendre votre serviette sur vos genoux : mais non,ne la passez pas entre les boutonnières de votre gilet comme un magistrat : Et quoi ! que prétendez vous faire en vous en essuyant le front? Lu prenez-vous par hasard pour une serviette de toilette ? Bien, n'importe ! je suis très aise de voir que vous n'êtes pas allé plus loin, ct que vous ne vous en serviez pas comme d’un mouchoir de poche.

En attendant que la soupe vous soit servie, causez avec la dame qui est à votre droite. Par ce moyen, les intervalles d'attente forment uue partie très importante de l'étiquette dans un repas ; comme aussi, vous devez vous abstenir de demander ni de vous servir vous-même quoique ce soit de ce qui est sur la table, Vous devez manger la soupe avec une cuiller, car je ne sache pas que veus puissiez la manger autrement, mais il faut que cette cuiller soit d'une dimension couvenable. C'est bien ; mais je vous supplie de ne point faire ce bruit désagréable en mangeant la soupe. Il est, en effet, plus fort que celui que ferait un chien en lapant de l’eau ; un chat serait plus convenable en cela. Mais, vous n'avez pas besoin de gratter votre assiette de cette façon, ni de la pencher pour y recueillir jusqu’à la dernière goutte. Je serai heureux de vous en faire passer davantage ; toutefois je vous ferai remarquer qu’il n’est pas d usage de prendre Sous fois de la soupe : ce serait ex noser la compagnie à attendre, ce qui,une fois. pour toutes, est une inconvenance intolérable. Vous retenez mon serviteur, Monsieur. Voulez-vous ou ne voulez-vous pas prendre du turbot ? Ne l’examinez pas ainsi, il est frais, je vous l’assure ; acceptez-le ou refusez-le. Ah! vous le prenez, mais ce n’est pas une raison pour que vous preniez aussi un coutenu. On ne doit jamais, je le répète, toucher le poisson avec le couteau ; prenez une fourchette à la main droite et un petit morceau de pain à la main gauche. Bon, mais ? Oh ! c’est atroce ; tout naturellement vous ne devez point avaler les arêtes, néanmoins il vaudrait mieux le fuire plutôt que de les rejeter ainsi de la bouche. Mettez votre serviette comme ceci, et déposez les arêtes sur le bord de votre assiette. Gardez-vous de tremper votre pain dans la sauce, mon brave homme, comme si vous vouliez y pêcher des écrevisses ou des huîtres. Oh ! quelle chose horrible! vous tenez la bouche toute grande ouverte, et elle est pleine de poisson ! Découpez, je vous en supplie, vos aliments en petits morceaux ; et, une fois po:r toutes, quoi

ue ce soit que vous mangiez, tenez la bouche fermée, et n’essayez jamais pr parler lorsqu elle est pleine.

‘ Maintenant, voici un pâté. Assurément vous n'en prendrez pas deux dans votre assiette : le diner sera copieux, un seul pâté vous suffit donc. Oh ! mon cher, mais vous êtes incorrigible. Quoi ! un couteau puurcouper cette mince et fragile pâtisserie ! vous ne devez jamais vous servir de vos doigts, ni même de la cuiller, c'est presque aussi vilain ; prenez votre fourchette, Monsieur, et rien qne votre fourchette. Maintenant que vous avez fini de manger, veuillez essuyer votre bouche et votre moustache avec votre serviette, car ily a un morceau de pâtisserie qui y est suspendu, et cesttrès vilain: vous êtes libre de ne pas accepter d’un plat quelconque. Il n’y a pas d'obligation pour vousde prendre de la venaison, si vous n’en voulez pas. Mais, à tout prix, ne paraissez pas aussi empressé : vous nepartez pas par le prochain convoi. Attendez la sauce et les légumes ; toutefois, que vous en mangiez ou non, ne commencez pas avant les antres. Assurément vous prenez ma table pour une buvette de chemin de fer, eur vous avez fini même avant la personne que j'ai servie la pro=

Si des affaires particulières obligent un des convives à se séparer de la compagnie aussitôt après le dîner, il évitera d'interrompre son hôte par des adieux inopportuns, ou même par des marques de remerciements, surtout s'il ne le peut faire sans détourner l'attention de celui-ci de ses autres convives,

Les principaux devoirs d'un jeune homme à table se résument comme suit: 1° choisir la dernière place, si elle laissée à son choix ; 2° s'asseoir d’une manière bienséante ; 3° être sobre pour la quantité de la nourriture, et éviter toute avidité dans la manière de manger : 4° n'avoir,

mière. Ilest nuisible à la digestion de manger trop vite ; c'est contraire aussi aux convenances, Mais quoi ! voulez-vous essayer de manger de ln viande avec la fourchette seulement ? Oh! c'est du ris de vean, je vous demande pardon, vous avezruison, Je vais vous indiquer une règle à suivre : tout ce qui peut être coupé sans couteau, doit être mangé avec la fourchette seule, Mangez donc les Jéguines avec In fourchette : vous n avez pas besoin de la cuiller pour les pois, une fourchette à In main droite suffit, Mais quoi ! vous ai-je réellement vu porter le cnuteau à la. bouche? Dans ce cas, je vais vous le céder. Une fois pour toutes et pour toujours, le couteau est pour découper et non pour servir. Ne faites pas de bruit s il vous plaît, en mâchant : vons devez mâcher comme il faut votre nourriture, mais tranquillement, Mangez lentement, N'avez-vous pas entendu raconter que Napoléon perdit la batail e de Leipsie pour avoir mangé trop vite ? C’est un fait pourtant. Sa précipitation lui causa une indigestion, qui le rendit incapable de porter son attention sur les détails de la bataille, Vous voyez que vous êtes le dernier à manger à table, Jenesaurais permettre M., que vous parliez de la sorte à mes serviteurs. Si, par suite de leur négligence, vous êtes obligé de leur demander quelque ee, faites-le po'iment et d'un ton bas ; ne manquez pas de remercier un serviteur comtme vous remercieriez son maître, Il y a dix à parier contre un qu ilest aussi honnête homme que quiconque ; et parce qu'il est votre inférieur en position, c'est une raison de plus pour que vous le traitiez poliment, oh L'ilest inutile de me demander à prendre du vin, loin de me calmer, vous ne faites que m'exciter davantage, car, je vous le répète, cet usage n'existe plus aujourd'hui, sice n est dans quelques villages et aux tables d'hôte. Cependant, si vous offrez à quelqu'un, monsieur ou dame, de vouloir bien prendre du vinavec vons, il ne peut Jefuser ; ainsi vous serez satisfait. Rendez-vous plus agréable; vons n'êtes pas venu uniquement pour manger. Ne vons asseyez pas avec un air aussi renfrogné que Memnon à Thèbes ; causez et soyez jovial. Voici du pouding.—Pas de couteau, non ! non ! Servez-vous d'une cuiller, si vous préférez, ou, mieux encore d une fourchette, Oui,la glace se prend avec une cuiller, on vous en a servi une petite, prenez-là.

‘ Dites que non : voilà Ja quatrième fois que l’on vous sert du vin.et je sais qne vous en avez eu assez. Refusez cette fois-ci, s’il vous plaît ; refusez également de ce plat. Venez-vous pour manger de tout ce qui est sur lu table”? je vous prends en pitié, si vous agissez de la sorte. Ne demandez plus de fromage.et mangez-le avec la fourchette. Rompez le biseuit avec les doigts. Bon. Vous buvez à présent un plein verre de vieux Porto ; nel’avalez pas comme cela d’une gorgée : il ne faut jamais boire en une seule fois tout un plein verre d'un liquide quelconque.

“ Allons, voici le vin et le dessert. Prenez le vin qu'il vous plaira ; mais souvenez-vous de vous en tenir à celui-1à,et sans le Ang At quelque autre. Le dîner nous a rendus bien dispos. vous et moi. J'espère qu’à l'aide de ma leçon vous vous tirerez parfaitement d'affaire au prochain dîner auquel vous assisterez.”?

dans ses manières, rien de grossier ni d'une politesse affectée ; 5° être prévenant pour tout ce qui peut procurer aux autres de l'agrément ou de la commodité : 6° n'avoir en tout que des manières aimables et obligeantes ; 7° faire toutes choses avec calme, silence et sans ostentation, Enfin, il faut 4e souvenir qu'on doit traiter ceux avec lesquels on est en compagnie comme les représentant de notre Seigneur J.-C, ; par ce moyen on ne s'exposera pas à manquer de cette bienveillance, de cette politesse et de ce respect auxquels ils ont droit,

On évitera, immédiatement après le diner, de se livrer a aucune sorte d'exercices violents, comme très-préjudiciables à la santé.

Page 1