‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 158 sur 173 · DES DIVERTISSEMENTS · texte numérisé non relu

DES DIVERTISSEMENTS

et le corps des fatigues qu'il a éprouvées par un pénible travail. Dieu, qui connaît la faiblesse de la nature, autorise les délassements nécessaires à Ia réparation des forces qu'une trop longue agitation fait perdre.

La consécration du septième jour après la Création est une figure du repos dont !’homme peut jouir après le travail, Notre-Seigneur lui-même a interrompu sa laborieuse mission afin de procurer à ses Apôtres un délassement court mais nécessaire. Dans les plus beaux siècles de l'Eglise, les fidèles, encore animés de cette ferveur qui se sentait de la présence visible du Sauveur, consacraient certains jours à la joie et au repos ; mais cette joie était pure, ce repos était distingué de cette molle et criminelle oisiveté, et de cette délicatesse dont on ne se sent que trop de nos jours,

Les plaisirs d'un Chrétien doivent être pesés dans la balance de la modération et de la nécessité.

La conversation, forme la récréation la plus ordinaire après le repas : elle doit être enjouée sans puérilité, utile sans trop de sérieux ni d’ostentation; on doit rire, et le Sage dit qu'il est un temps destiné au divertissement, Mais les ris doivent toujours être modérés: rire avec éclat, c'est grossièreté ; rire sans sujet, c’est bêtise ; rire de tout indifféremment, c'est légèreté et étourderie, On ne doit jamais tourner personne en ridicule, pour se procurer l'occasion de se réjouir soi ou les autres à ses dépens : agir de la sorte serait contraire aux préceptes de la Religion, du savoir-vivre et des convenances les plus élémentaires,

On ne doit toujours parler de la Religion, de ses ministres, des cérémonies du culte et des pratiques religieuses qu'avec beaucoup de respect et de vénération. Les fautes réelles ou supposées d’un ministre du Seigneur ne doivent jamais faire le sujet de la conversation. On ne saurait trop avoir présents à l'esprit ces nobles sentiments de l’empereur Constantin, qui disait : ‘ Si je voyais un Evéque ou un Prêtre commettre une faite, je m'empresserais de le couvrir de mon manteau impérial.”

C’est une malñonnèteté, en même temps que la marque d'un mauvais cœur, de rire des défauts d’antrui. Qui n’a pas les siens ? Souvent celui qui raille imprudemment son frère sur une imperfection volontaire ou naturelle, donne lui-même de sa propre conduite matière à la plus

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ample censure. Un bon mot contraire à la charité peut bien, il est vrai, exciter à l’hilarité, il ne saurait jamais provoquer l’admiration.

La promenade est une autre espèce de divertissement

ui contribue à la santé. Lorsqu'on est en compagnie, il faut donner le milieu à la personne la plus respectable ; si l’ou est deux, il faut lui donner la droite ; cette situation, cependant, ne doit pas changer quand on retourne sur ses pas. Quand on est dans les rues, il faut placer du côté des maisons la personne que l’on respecte. Pour monter un escalier, un monsieur doit précéder les dames, pour le descendre, au contraire, ce sont celles-ci qui passent les premières,

C’est un défaut assez commun aux jeunes gens, lcrsqu'ils se promènent en public, de rire hau' et souvent au nez des personnes qu'ils rencontrent; rien n'annonce plus sensiblement un esprit léger et une mauvaise éducation ! L'homme de bon sens ne doit jamais s’oublier ar point de donner le spectacle d’une indécente familiarité ou d’une évaporation continuelle. Il en est d’autres qui, dans les rues, affectent de parler haut, comme pour attirer l’attention des passants: ce qui est un manque de dignité et une vanité. En tout temps, mais surtout quand on est dans les rues où en compagnie, le ton de voix doit être modéré, afin de ne pas attirer l’attention des autres ni troubler leur conversation,

Le chant est est un divertissement honnète et agréable. L’apôtre St. Paul, dans deux de ses épîtres, ordonne aux Chrétiens de chanter des psaumes, des hymnes à la gloire du Seigneur, et d'accorder, dans le chant, le cœur avec la voix, parce que ce sont les louanges du Très- Haut. Il serait à désirer que les Chrétiens appliquassent les règles de la musique aux paroles saintes des psaumes et des cantiques que l’on a traduits en langue vulgaire, pour l’inteilligence du peuple, et qu’ils les chantassent de temps en temps! Ce serait un puissant moyen de conserver en eux l'esprit de piété et de se réjouir au milieu des épreuves de la vie.

Les grands gestes dans le chant ne conviennent qu’à, des acteurs. Dans un cercle privé, on doit conformer doucement les gestes aux paroles et aux gradations de la voix; car il serait ridicule d'être, en chantant, aussi immobile qu'une statue,

Des entretiens el de la Conversation.

Les personnes qui vivent dans le monde sont obligées, pur leurs affaires, de se voir et de de se parler mutuellement ; mais ces entretiens fréquents, ces conversations de nécessité où d'amusement doivent toujours se ressentir de la circonspection, de Ja sagesse et de la modestie chrétiennes.

Nous devons, dit le Sage, peser nos paroles au poids de l'or, c'est-à-dire que, comme nous attachons un grand prix à ce métal, et que nous en usons avec beaucoup d'économie, nous devons également estimer précieusement nos paroles et ne les prononcer qu'avec réserve et prudence, Un cœur pur et droit, remarque l’apôtre saint Jacques, ne fournira que des discours honnêtes, et, de la bouche d'un homimne corrompu, il ne sort que des paroles de mort, que des expressions sales et révoltantes.

Outre le plaisir qu'elle nous procure, la conversation est un des moyens les plus propres et les plus naturels pour nous instruire. ÆEile nous apprend à connaître les hommes, leurs opinions et ce qu'il nous est utile de savoir touchant les affaires du monde, ainsi que les différents procédés par lesquels il est dirigé et gouverné, Elle nous apprend bien des choses qui, sans ce moyen, échapperaient à notre observation ; et, en nous faisant connaître les opinions et les sentiments des autres, elle nous met à même de nous former un modèle par lequel nous pouvons juger des nôtres propres. Par cet échange mutuel des pensées que la conversation permet, nous ajoutons à la somme de nos connaissances, comme aussi nous nous rendons nos récréations utiles et même très profitables.

Malgré les précieux avantages que procure la conversation, elle est encore la source de bien des maux, car il n'y arien en quoi les hommes se permettent autant de légèreté et d’indiscrétion. % La langue, dit St. Jacques, bien qu’elle soit un membre fort petit........, est un monde d’iniquités ;” et ailleurs: ‘ Celui qui ne pèche pas par sa langue, est un homme parfait.” David Juimême priait Dieu de lui mettre une gardesur les lèvres, afin de le préserver des excès de la langue. Il importe done à chacun de bien connaître les règles d’une bonne conversation, |

ARTICLE TI

De lu vérité et de lu sincérité qui doivent toujours régner dans la conversation.

La vérité est la première qualité que doivent avoir nos entretiens. Sous aucun prétexte, on ne doit proférer un mensonge, nise rendre coupable de Ja moindre dissimulation ou duplicité. Le saint vieillard Eléazar préféra la mort à la dissimulation, et saint Cyprien ne voulut point conserver sa vie aux dépens de la vérité. La jeunesse de l’immortel Georges Washington présente un exemple admirable de l'amour pour la vérité ; le fait est trop connu pour qu'il soit nécessaire de le rappeler ici. Le mensonge est toujours un vice odieux ; et les enfants, ne réfiéchissant pas sur les maux qui résultent de l'habitude de mentir, ne se familiarisent que trop souvent avec la dissimulation, vice d'autant plus dangereux qu'il revêt souvent chez eux l'apparence de la modestie, ‘ La vie du menteur sera sans honneur ; la confusion couvrira son visage.” Le prophète David nous avertit que si nous voulons couler des jours heureux, nous devons éviter le mensonge.

Ce qui ajoute encore un nouvean degré de malice et d’opprobre à l'habitude de mentir, c'est que le menteur tombe souvent dans des indiscrétions funestes à son prochain et à lui-même ; si, pour sauver ou conserver sa réputation exposée par un mensonge, il faut joindre la perfidie à l’indiscrétion, il ne Palancera pas ; il veut mentir, et ne veut pas passer pour menteur ; le secret d’un ami étant révélé le sauve de sa confusion, cela suffit ; il répand ce qu'il avait juré de tenir secret. Voilà cependant où conduit l'habitude de mentir. Qu'arrive-t-il ? On perd la confiance des hommes, on ruine sa réputation, on perd ses amis ; s’il en reste, ce sont ou des imprudents ou des perfides.

Le déguisement dans les paroles mérite une sévère condamnation, parce qu’il confond la vérité avec le mensonge, parce qu’il est employé dans le but de mettre le menteur à couvert des reproches qu’il a si justement mérités. C’est une production de mensonge artificieux, également proscrite par l'esprit évangélique, par l’honnéteté et par la bonne éducation,

Il ne faut jamais avancer de nouvelles qu'on ne soit

sûr de leur exactitude, où du moins les donner pour douteuses, si elles sont telles, et ne pas aff:cter une érudition déplacée, en les embellissant de narrations fausses ou peu vraisemblables,

Dans une enquête solennelle qu'il faisait un jour, le ‘ardinal Colonna attacha autant d'importance à la simple parole du jeune Petrarch qu’au serment fuit par les autres gens de sa maison, parce que ce jeune homme était reconnu, pour avoir professé, dès son enfance, un profond respect pour la vérité, et une extrème horreur pour Île mensonge, ‘Quant à vous, lui dit le cardinal, vous n'avez pas besoin de prêter serment ; votre parole suflit.”? Ce qui prouve les grands avantages que procure lhabitude de la sincérité ; mais, pour acquérir cette habitude, il faut se faire une règle inviolable de ne dire toujours que la plus exacte vérité, même dans les occasions les plus insignifiantes, en apparence.

On ne saurait apporter trop de soin à être d'une fidélité à toute épreuve dans ses promesses ; car rien ne rend plus méprisable que de manquer à sa parole. Si l’honneur exige qu'on soit fidèle dans ses promesses, la prudence exige qu’on n’en fasse jamais sans en avoir prévu les s'ites, et sans s'être prémuni contre les regrets qui pourraient naître d'une trop grande facilité à promettre

Lorsqu'on s'entretient fanilièrement, il ne faut jamais se déguiser, même par plaisanterie : la bonne foi en toute circonstance doit être l’âme de la conversation,

ARTICLE IT

Des moyens de rendre la conversation agréable.

Pour profiter de la conversation, il faut tenir notre esprit toujours attentif à ce qui fait le sujet de l’entretien, et conserver comme un trésor les sentiments ou les opinions qui pourraient nous être utiles. D'un autre côté, pour que notre conversation soit agréable aux autres, il faut que notre esprit soit abondamment pourvu d'idées, principalement sur les sujets qui sunt la base ordinaire des discours daus la société. Il convient aussi de n’employer toujours qu’un langage correct et recherché, A ce qui précède, il est bon d'ajouter une certaine grâce de diction, sans laquelle nos opinions, quoique justes, et bien qu’exprimées dans le langage le plus élégant, ne laisse-

raient pas de perdre beaucoup de leur valeur et manquüeraient d’exciter cet intérêt auquel elles peuvent avoir un droit légitime.

Il n’est rien qui contribue davantage à fortifier notre opinion et à insinuer nos sentiments dans l'esprit et le cœur de nos auditeurs, comme une bonne prononciation, une construction grammaticale des phrases, comme aussi des gestes convenables, de la dignité sans affectation, avec une certaine aisance et bonté: le tout uni au calme et à une dignité modeste:

Peu de personnes, il est vrai, possèdent toutes les qualités qui rendent un orateur élégant et agréable ; néanmoins, chacun peut, par la lecture, l’observation, la réflexion et le désir de se rendre agréable, améliorer considérablement sa conversation, et ainsi se voir accueilli avec plaisir dans toutes les compagnies où sa position sociale lui permet d’être admis.

Parfois la conversation devient ennuyeuse et sans intérêt, faute de sujets convenables et plaisants. En allant dans une compagnie, il est bon de préparer quelques sujets et d’utiles anecdotes que l’on pourra introduire, si l’occasion s’en présente, Ces anecdotes doivent être courtes, et en harmonie avec la compagnie et la nature de l'entretien. Quand un sujet est une fois commencé et qu'il sembie exciter l'intérêt général, on ne doit pas en proposer d'autre que le premier ne soit épuisé ou qu’il n'ait cessé d'attirer l'attention, Si aucun autre n’a été présenté, on peut alors en proposer un.

Il existe un autre procédé pour intéresser la conversation, procédé qui, dans les réunions domestiques, est trèsprécieux, c’est celui de lire un ou deux paragraphes d’un livre, jusqu’à ce qu’on rencontre quelque passage qui devienne le sujet dela conversation. On cesse alors la lecture, dont l’objet est atteint. L’entretien vient-il de nouveau à se ralentir, on reprend la lecture, jusqu’à ce qu’on obtienne un pareil résultat, On a reconnu souvent qu’un entretien de plusieurs heures de durée, et présentant un caractère varié et utile, a dû son origine à un tel expédient.

Toute personne qui connaît à fond les convenances, réserve toujours une certaine partie de la conversation pour chaque membre de la compagnie en particulier. Ceci tend à tenir en éveil l'intérêt de tous, et à complimenter chacun par l’attention qu’on lui porte,

Il faut être très-réservé en la compagnie des personnes pour lesquelles le caractère, la profession ou l’âge semblent nous inspirer du respect, de peur qu’il ne nous échappe quelque parole qui puisse tant soit peu les offenser, Faute de cette précaution, il est arrivé souvent des incidents très-désagréables et bien embarrassants. Une fois qu’on a été introduit auprès d’une personne, il faut tâcher de ne pas oublier son nom, afin que, s’il survient une nonvelle entrevue, on sache comment s’adresser à elle,

ARTICLE TITLE

Du respect que l’on doit conserver dans la conversation pour tout re qui a rapport à Dieu et à la Religion, el du soin que l’on doit avoir de n'y jamais parler au désavantage du prochain.

Ilest des hommes qui se font gloire d’aflicher, dans leurs discours, l'irréligion et l’incrédulité : la parole même de Dieu r’est pas à l'abri de leurs railleries ; ils la tournent en des sens scandaleux, et quelquefois obscènes, Il faut éviter avec un soin extrême la société de ces hommes téméraires ; car, dit saint Paul, les mauvais entretiens corrompent les bonnes mœurs, et l’on peut ajouter de ces sortes de faux chrétiens, avec le Sage, que leur entretien est d'autant plus détestable, qu'ils se font du péché un jeu et un divertissement, et des choses saintes, le sujet de leurs discours licencieux.

On doit non-seulement éviter les jurements, les blasphèmes, les imprécations, les termes grossiers ; mais on doit encore éviter avec soin l'entretien de ceux qui les ont souvent à la bouche. Il est d’autres termes, qui, par eux-mêmes, ne signifient rien, mais dont on doit cependant s'abstenir, ainsi que de pores sans attention et à tout propos le saint nom de Dieu. Le respect que tout Chrétien doit avoir pour le Seigneur, est ennemi de ces légèretés, qui dégénèrent souvent en indifférence, et quelquefois en une habitude sacrilège. Il serait superflu d'ajouter qu’on ne saurait, en aucun cas, se permettre ni tolérer toute conversation qui tendrait tant soit peu à blesser la modestie chrétienne, soit directement soit indirectement. Une personne vertueuse frissonnerait à la seule pensée d'écouter de semblables discours.

46 POLITESSE CHRÉTIENNÉ.

Il est aussi impoli qu'il est peu chrétien, de parler mal du prochain. La médienuoe, pour être commune et souvent applaudie, n’en est pas moins un vice qui décèle une âme basse, jalouse, envieuse et pleine de fiel, de haine ou de vengeance, Lorsque l’on entend un mot médisant, il ne faut jamais le répéter à d’autres. On doit toujours excuser celui que la médisance attaque et déchire, et envisager toujours du côté favorable au prochain ce que l’on entend raconter de lui. Il faut croire que ceux qui parlent de la sorte ont été mal informés, et si l’on ne peut pas excuser, on doit garder le silence. La maxime, qui prescrit à chacun de faire aux autres ce que‘ l’on voudrait qui fût fait à soi-même, contient tout ce qui est nécessaire pour régler notre conduite relativement à la réputation du prochain. Néanmoins, cette maxime souvent répétée est rarement mise en pratique.

On doit aussi éviter dans la conversation les parallèles injurieux, ou qui pourraient l’être par les circonstances, C st une impertinence de dire devant un boiteux, borgne, bossu, ou disgracié autrement de la nature, par exemple : Un tel a ce défaut, ainsi du reste. Il faut encore moins rappeler aux personnes présentes les fautes qu'elles auraient commises, ou les désagréments qu’elles auraient éprouvés, ce serait les humilier. Les injures, les paroles Jiquantes, le ton dédaigneux sont tout à fait opposés à Feéprit de J.-C., qui dit dans l'Evangile que celui qui traitera son frère de fou se rendra digne d’un supplice éternel ; et la bienséance proscrit jusqu’au ton ironique,

Contrefaire les autres peut être l’amusement favori des petits esprits, mais les gens de bon sens ont toujours regardé cette action comme une injure des plus grossières, On ne doit donc jamais, se rendre coupable soi-même d’une telle bouffonnerie, ni l’encourager dans les autres. Cette bouffonnerie, en effet, outrage la personne qui est contrefaite, et cet outrage s’oublie rarement.

Pour que la raillerie soit permise, elle” ne doit jamais attaquer les choses saintes, les défauts naturels, la réputation, le mérite, encore moins ceux qui sont morts. La raillerie peut être innocente, mais de quelles précautions ne doit-on pas l'accompagner ? Il est si difficile de ne pas violer les règles saintes de la charité et de la bienséance, qu'il serait à désirer qu’on n’en fit jamais usage.

. Elle peut cependant quelquefois servir à l'agrément de

la conversation, mais on doit en bannir l'affectation, la puérilité, le trivial, les redites et les longueurs : dès qu'elle n'a pas un but fixe, lu ruillerie devient insipide et inutile.

Les railleurs de profession sont généralement haïs ; si quelquefois ils plaisent, plus souvent encore ils fatiguent et ennuient,

ARTICLE IV

Des fautes que l'on commet en parlant inconsidérément.

- Parler inconsidérément, c'est parler sur toutes choses sans faire attention à ce que l’on dit ; c'est parler lorsqu'on doit se taire, ou dire des choses inutiles ou puériles, Les grands parleurs sont presque toujours inconsidérés dans leurs discours ; la démangeuisou de parler fait débiter des sottises; et, dans un grand nombre de paroles, il est rare de ne pas trouver des fautes considérables, Ainsi, pour suivre l'avis du Sage, il faut mettre la main sur la bouche, si l’on n’a pas assez d'intelligence pour parler à propos, ou pour entendre ce que les autres disent. Il faut distinguer et observer le temps où l’on peut dire son mot sans indiscrétion, car c'est un signe de légèreté et une imprudence de discourir toutes les fois qu'on se sent quelque envie de parler. Il faut aussi, selon l'avis de saint Paul, que toutes nos paroles soient dites avec discernement, afin de n'en proférer aucune sans savoir pourquoi et comment ; enfin, il ne faut parler que de ce que l’on connaît, et toujours se taire sur ce que l’on ignore ; en outre, il faut se souvenir que la conversation ne doit pas être une pure et simple causerie.

Il est très-impertant d'écouter avec attention, évitant avec soin tout ce qui peut dénoter une certaine absence d'esprit ou la distraction. On ne saurait rien faire de plus poli ni de plus agréable aux autres, que de paraître s'intéresser à ce qu’ils disent. La meilleure règle que Jes jeunes gens aient à observer dans une compagnie, c'est d'écouter beaucoup, de parler pe et toujours à propos ; le babil d’un jeune homme dans ces rencontres est une incivilité, C’est le propre d’un esprit sans consistance de se répandre sans cesse en disconrs inutiles, d'user de longues périphrases pour dire des choses que l'on doit exprimer d'une manière concise, d'envelopper le

principal objet de tant d’incidents, qu'on peut à peine y retourner soi-même et y rappeler les autres,

C’est une impertinence de parler de soi en compagnie. Nos propres affaires ne regardant point les autres, nous ne saurions les tenir trop secrètes; quant aux affaires des autres, que vous importent-elles ? En parlant des choses qui ne nous concernent pas, nous sommes exposés à commettre bien des bévues ; et, si nous froissons les sentiments de quelqu'un, nous perdrons très-certainement son estime. Jlest aussi ridicule que déplacé de parler sans cesse de ses actions, de soi-même, de sa fortune, et de se comparer aux autres, Les comparaisons sont toujours odieuses ; peut-on, en effet, supporter ces airs de présomption et de confiance qui tendent presque toujours à donner une médiocre idée de ceux qui les affectent ? ‘ qu’un autre vous loue, et non votre propre bouche,”” dit Salomon ; ‘ que ce soit un étranger, et non vos propres lèvres.” Un homme qui ose faire son éloge, fait assez connaître qu’il n’en mérite aucun.

Ainsi, il ne faut jamais parler avantageusement de soimême ; mais aussi ne faut-il point taire les louanges dues au mérite ou à la vertu, observant d'en écarter tout ce que l’adulation et la flatterie pourraient y mêler, On doit recevoir modestement les éloges, et ne jamais les mendier, Ce serait une sotte modestie de se mettre de mauvaise humeur contre les personnes dont on reçoit des. applaudissements, surtout s’ils sont mérités par quelque action dont on ne puisse se dissimuler à soi-même la bonté naturelle.

Il est des hommes qui s’offensent des louanges que l’on donne aux autres, ou qui les affaiblissent par d’odieuses: restrictions ; il faut éviter ce défaut, et ajouter toujours aux éloges des autres. Si l’on ne peut parler en bien de la personne en question, il faut garder le silence à son égard, à moins que la justice ou la charité n’exige évidemment qu’on fasse connaître son opinion à son sujet.

Il n’est pas cependant de la sagesse de donner à qui que ce soit, présent ou absent, des louanges excessives, ni de blesser la vérité en voulant préconiser les autres. Si l’on entend faire des éloges de ses parents, on ne doit pas y ajouter, mais témoigner sa reconnaissance et applaudir modestement.

On ne doit pas, en voyant une chose pour la première fois, la louer par une surprise accompagnée d’exclama-

tion; c'est faire sentir qu'on n’a jamais rien vu, En général, il faut être réservé, économe dans la distribution des louanges, envisager toujours les choses, apprécier ce qu'elles valent, pour les estimer et les louer selon les règles de la prudence et du discernement,

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