CHAPITRE VII
Comment on doit interrompre, répondre et dire son sentiment, et des règles que l’on doit observer dans les disputes, et lorsqu'on est obligé de répondre.
Rien n'est plus insipide, plus importun que l'entretien de ces grands parleurs, qui font des questions à l'infini sur les choses les plus indifférentes, ou sur celles qu’ils devraient toujours ignorer. Il ne faut jamais adresser des questions à une personne, quand on a des raisons de penser qu'il lui serait indélicoc d'y répondre, Les informations que l’on prend sur la santé des autres, doivent être formulées d’une manière indirecte, afin de laisser à la >ersonne la liberté de donner telle réponse qu’elle jugeru à propos.
Il y a une classe de personnes qui se font remarquer par leur grossièreté et l'ennui qu'elles causent, ce sont certains voyageurs, qui ne font que parler de leurs aventures, des pays qu'ils ont traversés, des dangers réels ou prétendus qu'ils ont courus, et qui répètent cent fois pour une les même faits, les même détails. Il est des personnes qui, à chaque phrase de leur discours, demandent si on les entend, si on conçoit ce qu'elles disent : rien n’est plus indécent : on doit achever ce que l’on avait à dire, et si la personne à qui l’on parlait n'avait pas entendu ou compris ce qu'on lui disait, il faut le répéter avec douceur et sans témoigner aucune peine, On n’est pas entendu souvent parce que l'on s'énonce mal, ou parce que l’on se sert de termes obscurs où équivoques,
Il est de la politesse d'instruire brièvement du sujet de la conversation ceux qui surviennent dans la compagnie, surtout les personnes auxquelles on doit des Faso) On ne doit jamais interrompre ceux qui parlent, mais on doit attendre qu'ils aient fini cequ'ils ont à dire, puis répondre avec modestie ; il ne faut pas non plus s’empresser de répondre à une question qui n'est pas adressée directement à soi, mais ne le faire que si, après un temps sufli« sant, personne de la compagnie ne répond,
Ce serait une impardonnable grossièreté, étant obligé de contredire quelqu'un, de le faire en disant : ‘ Cela n’est pas vrai; ”’ ‘vous mentez, vous ne savez ce que vous dites ; ” ‘ Je soutiens mon opinion ; ” ete, Ces expressions sont indignes d’un homme bien élevé ; on doit toujours chercher à déguiser la dureté de la contradiction sous des termes De On peut dire à une personne qui se trompe : ‘* Permettez-moi de vous dire qu'on veus a mal informée ; ” ‘‘ c'est probablement une erreur ; ?’ “ Je pensais qu'il en était autrement,” ou toute autre chose + ce genre, On pourrait aussi cesser l’entretien ou changer de sujet, à moins que le devoir ou la charité n’exige de soutenir son sentiment,
Si l'avis de quelqu'un diffère de celui des autres membres de la compagnie, il doit se taire, ou présenter son opinion avec une grande modestie et sans la defendre avec opiniâtreté, S'il croit que son avis est juste, exact et prudent, il peut exposer les preuves qui en constatent la vérité, mais éviter tout entêtement, L'opposition de son avis à celui des autres n’est pas une preuve certaine de son exactitude, mais c’est une puissante raison pour lui de ne pas s’y tenir trop fortement attaché,
L'apôtre saint Paul exhorte son disciple Timothée à fuir les disputes de mots : l’esprit de contention et de dispute est entièrement opposé à la douceur évangélique, la bienséance le proscrit de toutes les assemblées, La dispute prend ordinairement sa source dans la présomption et la fausse idée que l’on se forme de son propre mérite ; il est des caractères qui s'opposent perpétuellement au sentiment des autres, et à qui, pour entrer en dispute, il suflit de voir une opinion suivie par le plus grand nombre, Cette manie déshonore et rend odieux.
Les grands parleurs sont ordinairement de grands disputeurs : le seul parti qu'on doive prendre avec eux est celui du silence ou la fuite de leur compagnie. Les conredire, c’est les échauffer et les animer à la dispute, Un tredire, t les € homme sage et prudent ne doit jamais se compromettre
Le] avec des esprits contentieux,
Il est important de ne s’opiniâtrer jamais dans son sentiment, s’il n’est pas absolument exact, et dans le cas même où il serait vrai en tout, il faudrait ne le soutenir
u’avec toute la douceur possible, se souvenant toujours de ces paroles du sage : ‘ que la parole douce multiplie les amis et réconcilie les ennemis.” Il faut d’abord