CHAPITRE XII.—(Supplémentaire.) Des Lettres
Il se présente si souvent des occasions de communiquer ses pensées par l'écriture, que les jeunes gens ne devraient rien épargner pour se rendre habiles dans l'art de comoser, Cette habileté procure bien des avantages : outre e ton réfléchi qu'elle F ame à l'esprit, et la grande justesse d'expressions à laquelle elle habitue, elle est trèsagréable pour celui qui y excelle, elle est même un principe de satisfaction, pour ceux qui correspondent avec lui, et souvent elle est un moyen de favoriser son avancement personnel,
Un jeune homme, qui n'avait d'autre savoir qu'une certaine connaissance des afluires et de l'aptitude pour la correspondnce, se présenta, il v a quelques années, dans une grande ville, pour y chercher un emploi. Avyantlu, sur un journal, qu'on demandait un commis pour une maison de commerce, il formula sa demande par écrit, exposant les connaissances qu'il croyait posséder et qu'il jugeait le rendre propre pour occuper un tel poste. Après s'être assuré que le candidat était l’auteur même de la lettre, le propriétaire de l'établissement l’adopta aussitôt. Un autre ayant écrit par un ‘des journaux publics, un article qui présentait de l'intérêt, obtint, par ce moyen, un emploi relativement lucratif. IL s’est présenté bien des cas également où, par le moyen d’écrits publics, des intérêts généraux et la charité privée ont été favorisés, et la vie de certaines personnes conservée,
L'échange de pensées et de sentiments dont les lettres sont comme le moyen, produit une des jouissances les plus raisonnables et les plus délicieuses, Celui qui a ressenti les angoisses de la séparation de la maison et de la famille, peut, mieux qu'un autre apprécier le baume qu'une lettre pleine d’aflection PE 4 sur un cœur oppressé par le chagrin ; de même aussi, ceux qui ont senti et pleuré l’absence d’un parent chéri, peuvent dire’ combien il est doux ;et agréable d'apprendre, de sa propre main, qu’il jouit d’une bonne santé et qu'il est heureux, après avoir échappé à tous les dangers que leur imagination craintive et affectionnée leur avait fait entrevoir, Ainsi donc les agréments et les avantages que procure la correspondance épistolaire, sont bien propres à exciter
les jeunes gens à consacrer à cette étude si importante et si utile, une partie de ce printemps de leur vie, seule époque où ils peuvent acquérir iacilement un élégant et gracieux style.
Pour bien écrire, deux choses sont nécessaires: la connaissance des règles de la grammaire, et celle aussi de quelques bons ouvrages de littérature, Si un jeune homme n’a pas appris la grammaire à l’école, il doit s'appliquer à l'étudier, Celui qui ignore les règles de lu grammaire, ne peut ni parler ni écrire sans trahir son ignorance et sans s'’exposer aux rires et aux moqueries des gens pointilleux et peu charitables, De quelque bon jugement que l’on fasse preuve, on ne saurait suppléer entièrement à la connaissance de sa langue,
Purmi les différentes méthodes d'acquérir un style beau et élégant, la transcription est une des plus recommandables, Un autre excellent moyen de se former au style, consiste à reproduire de mémoire un pin t aussitôt qu'on l’a lu, puis à le comparer avec l'original, et à continuer ainsi jusqu’à ce qu’on approche le plus possible de la ressemblance, Ce procédé, néanmoins, exige beaucoup de patience et une constance qu’on ne rencontre pas toujours. La méthode la plus pratique, pourvu qu'on sache épeler correctement et construire ses phrases grammaticalement, semblerait être d'écrire ses propres réflexions sur un sujet qu'on aurait lu, avec tous les détails et toutes les circonstances qui pourraient lui donner le plus de relief, Ce dernier procédé continué chaque jour, ne saurait manquer de procurer une grande facilité dans la pratique de la composition, et tendrait à fixer d’une manière durable, dans l'esprit, les sujets sur lesquels on se serait exercé.
Le style doit être simple, naturel et intéressant, dégagé de tout ce qui pourrait pararaître affecté ou prétentieux, et conforme au sujet dont on traite et à la personne avec laquelle on correspond. Avec les supérieurs, le style doit être grave et respectueux; avec les inférieurs, il doit exprimer des témoignages d’affection et de bienveillance ; avec les égaux, surtout avec les amis et les parents, il doit être simple, gai et agréable. II faut
ue les lettres soient la fidèle expression de ce qu’on irait aux correspondants, si on leur parlait personnellement. Elles doivent cependants être écrites en des termes plus polis, s’il était possible, que ceux employés dans