CHAPITRE XIII.—(Supplémentaire.) Du Choix des Compagnies
C’eût été un grand bonheur pour bien des gens, d’avoir eu, pendant leur jeunesse, des amis assez dévoués pour les prévenir de la nécessité de bien choisir les compagnies auxquelles ils voulaient se lier. Ce qui a été dit des livres, peut très bien s'appliquer aux compagnies que l’on veut fréquenter. Ellesinfluent, à un haut degré, sur notre bonheur tant éternel que temporel. Nous adoptons leurs principes, nous nous pénétrons de leurs sentiments, nous contractons leurs habitudes, souvent même et imperceptiblement nous imitons leur conduite, Si nos compagnies sont bonnes, elles nous stimulent dans la pratique de la vertu ; si, au contraire, elles sont mauaises, elles nous précipitent dans l’abîme du vice. Ilest raconté d’un jeune homme que, pendant tout son séjour à l’école, il conserva une vertu sans tache, mais que,s’étant ensuite introduit dans une mauvaise société, il perdit bientôt ses bons principes, devint un libertin et mourut dans le désespoir, refusant même les secours et les consolations de la Religion. Un autre, après avorr mené une vie déréglée, fut, sans avoir eu un seul moment pour faire un retour sur lui-même, frappé de mort au milieu même de ses excès. La plupart des maux qui existent dans la société parmi la jeunesse, aussi bien que les mauvaises habitudes et les malheurs qui en sont comme une suite nécessaire parmi les autres yersonnes d’un âge plus
PU CHOIX DES COMPAGNIES. Go
avancé, peuvent être attribués à la pernicieuse influence des mauvaises compagnies.
On choisit souvent ses compagnies, d’après certains avantages extérieurs et agréables, mais trop souvent superficiels et même dangereux : tandis que les compagnons qui possèdent des qualités intérieures mais solides, sont parfois abandonnés où méprisés. Un ami sincère et fidèle est un trésor, à la vérité, mais aussi combien de qualités morales et intellectuelles ne lui faut-il pas ! On doit trouver en lui un consolateur dans l’affliction, un conseiller dans le doute, un appui dans la tentation ; en un mot,un ange gardien visible, guidant, encourageant dans la pratique de la vertu. Il doit enfin, au milieu des séductions que présentent les vanités mondaines, diriger sans cesse les regards de son jeune ami vers un monde meilleur pour lequel celni-ci n’est qu’un passage, et où les sacrifices du jeune âge seront récompensés par une éternité de bonheur.
Les premiers amis que devra se choisir ordinairement un jeune homme, seront les membres de sa propre famille. Il s’étudiera à s’affectionner à sa maison et à chacun de ceux qui l'habitent ; il se persuadera bien que le bonheur qu'il y goûtera sera pour lui plus pur et plus précieux que celui qu’il pourrait trouver partout ailleurs. Il s’efforcera, dans le sein même de sa famille, surtout s’il en est un des membres les plus âgés, d'en procurer le bonheur et la prospérité. Il se fera un plaisir d'assister ses parents dans leurs travaux et dans leurs difficultés, d'instruire et de guider, autant qu'il le pourra, ses frères et ses sœurs dans le sentier de la vertu, comme aussi il tâchera de les instruire dans les connaissances qui sont à leur portée. Il ne perdra pas de vue que par sa bonté, son affabilité et ses prévenances, il peut augmenter le bonheur de chaque membre de sa famille ; de plus, par la réciprocité des prévenances qu'il aura soin d’encourager, il resserrera fortement les liens d'affection qui unissent tous les membres les uns aux autres. En même temps, il goûtera les plus pures délices d’ici-bas, par le témoignage que lui rendra sa conscience d’avoir aecompli un si important devoir ; il aura aussi une grande part au bonheur provenant de la paix, de l’union et de la bonne harmonie qu’il aura contribué à établir. Heureuse, en effet, la famille qui possède un tel membre ! Il est précieux comme l’or et comme les choses rares que l’on fait
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venir de loin, et il est digne du regard des anges et des hommes.
Si, à part les satisfactions qu'il éprouve au sein de sa famille et par l’usage de ses livres, un jeune homme veut se créer d’autres amis, il sera très soigneux dans le choix qu'il en fera; ce sera pour lui un sûr moyen d'échapper aux dangers auxquels il ne manquera pas d'être exposé dans la société, Ses amis ne devraient pas être nombreux, car ils pourraient le détourner du soin de ses propres affaires ; ils seront d'une condition peu supérieure à la sienne, car ils pourraient l’entraîner dans de folles dépenses ; ils seront exempts d’ignorance, et n’appartiendront point non plus à une condition vulgaire, parce qu'il serait bientôt obligé de se séparer d'eux ou de se réduire à leur niveau ; ils seront vertueux, sinon ils l’entraîne- ‘aient dans le vice ; ils pratiqueront la religion, ou bien, par leurs maximes et leur conduite, ils le détourneraient de la fidélité à ses devoirs religieux, sans laquelle il ne saurait conserver l’amitié de Dieu ni thésauriser pour l'éternité.
Que les jeunes gens se choisissent des amis s'ils le désirent, m£is que ces amis soient dignes d'estime et de confiance ; qu’ils ne contribuent pas seulement au bien-être de ceux qui leur ont voué leur amitié, mais aussi à leur avancement dans la vertu, et, tout en augmentant, par leurs marques de sympathie, les jouissances de cette vie, qu'ils les excitent à s'acquitter de leurs devoirs envers Dieu et envers leurs semblables, comme étant une des principales conditions pour s'assurer le salut. Bien qu'ils ne soient pas très nombreux, il y a cependant plusieurs exemples d’une semblable amitié.
Deux jeunes gens, liés d’une étroite amitié, faisaient tous les matins, une lecture dans le même livre. La soir, s'ils se rencontraient, ils se promenaient ensemble et faisaient de la lecture du matin le premier sujet de leur conversation. Ils acquirent ainsi plusieurs connaissances utiles, et tirèrent un grand profit des réflexions de l’un et de l’autre. Leur amitié devint pour eux une source de si douces jouissances, qu’ils n’en goûtaient point d’autres en dehors de leurs familles respectives. Aujourd’hui ils sont avancés en âge, et ils regardent les soirées qu’ils ont passées ensemble comme le plus heureux temps de leur vie, Une semblable amitié est d’un prix inestimable : elle éclaire l'intelligence, perfectionne le cœur et pose les