‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 2 sur 173 · UNITÉ DE DIEU · texte numérisé non relu

UNITÉ DE DIEU

choses, la plupart des hommes brouillèrent les idées qu'ils avaient reçues de leurs ancêtres, et ils ne voulurent plus adorer que ce ue pouvaient voir : l’idée de Dieu fut confondue avec celle de la créature.

4. Ainsi on adora tous les objets qui décelaient quelque puissance extraordinaire, où de qui l'on pouvait espérer ou craindre quelque chose.

Les astres furent les premiers objets de cette adoration impie; les grands rois, les conquérants, les hommes savants reçurent bientôt après les honneurs divins.

Un si grand mal fit des progrès étranges: on en vint jusqu’à adorer des bêtes et des reptiles; enfin tout fut Dieu parmi la plupart des peuples, excepté Dieu même.

Au milieu de tant de ténèbres, l’homme adora jusqu’à 1 œuvre de ses mains: il crut pouvoir renfermer l'Esprit divin dans une statue, et il oublia si profondément que Dieu l'avait fait, qu'il crut à son tour pouvoir faire un dieu, Chaque peuple eut ses dieux particuliers, dont les uus présidaient au ciel, les autres à la mer et aux fleuves, d'autres aux enfers: on ne s’en tint pas encore là, car bientôt les vices et les passions eurent des autels.

5. Ce n'étaient pas seulement des peuples grossiers et barbares qui se livraient à cet excès de folie et d’aveuglement, c'étaient les nations les plus policées et les plus éclairées à tout autre égard, telles que les Egyptiens, les Grecs et les Romains. Ces peuples surpassaient tous les autres par leurs lumières et leurs connaissances; mais en matière de religion ils n'étaient pas moins aveugles.

On voyait chez eux de grands orateurs, des poëtes célèbres, d'excellents historiens, en un mot, des génies rares en tout genre; et cependant ces peuples étaient dans la plus profonde ignorance sur la nature de la Divinité, et, ce que l’on aurait peine à croire si les faits ne le prouvaient, cette erreur sur ce point, quoique la plus absurde de toutes, ne fut pas seulement la plus universelle, mais encore la plus enracinée et la plus incorrigible. Si parmi eux quelques sages sont parvenus à reconnaître l’unité de Dieu, ils n’ont jamais osé l’enseigner publiquement.

1. A quels objets les hommes adressèrent-ils d'abord leurs adorations ?— o. Les peuples ignorants et grossiers se livrèrent-ils seuls à l’idolâtrie?

6. Les hommes ne seraient jamais sortis des ténèbres de l’idolâtrie, si une lumière surnaturelle ne fût venue au secours de la raison, et si Dieu n’eût parlé lui-même à l'homme pour lui apprendre ce qu'ilest, et comment il veut être honoré. Nous serions nous-mêmes plongés dans cetaveuglement, si le Seigneur n'avait daigné nous éclairer aussi; mais, grâce à sa bonté, les premières leçons qu’on nous a données dès notre enfance nous en ont plus appris que n’en ont jamais su les sages du paganisme.

ExXEMPLESs.—Epictète, à qui l’on demandait ce que c’est que Dieu, répondit : Sije pouvais dire ce qu'est Dieu, Dieu ne serait pas ce qu'il est, et je serais Dieu.—Dieu seul peut dire ce qu’il est.

—La croyance en un seul Dieu, vérité que la raison conçoit, est fondée avant tout sur la révélation, ‘ Ecoutez, Israël : Le Seigneur votre Dieu est le seul et unique Seigneur.” (DEUT, 4.)

‘# I n'y a qu'un seul Seigneur, qu’une seule foi et qu’un seul baptème ; qu’un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous.” (EPHESs., IV, 5, 6.)

ARTICLE IV

Je crois en Dicu,cte., etc,

Perfections de Dieu.

1. Dieu est si grand, et notre esprit est si borné, qu'il nous est impossible de comprendre tout ce qu'il est,

2, Nous ne le connaissons qu'imparfaitement par la lumière de la foi et par celle de la raison.

Cependant cette connaissance, tout imparfaite qu’elle est, suffit à l’homme dans cette vie. Rien ne nous donne une plus grande idée de Dieu que ce qu’il a dit lui-même: ‘ Je suis Celui qui est,” c’est-à-dire l’Etre par excellence et le principe de tout ce qui est, et de qui tout dépend. De cette idée de Dieu il résulte qu’il possède toutes les perfections, et qu'il les a au suprême degré,

6. À qui devone-nous la délivrance d’un pareil aveuglement ?—1. Pouvons-nous connaître Dieu parfaitement ?—2. Comment pouvons-nous le connaître au moins imparfaitement ?

3. Dieu est esprit, c'est une pure intelligence; il n’a ni corps, ni figure, ni couleur.

Dieu ne ressemble à rien de tout ce qui nous environne et qui frappe nos sens. Tout ce que nous voyons, tout ce que nous touchons est matériel, et un être infiniment

arfait n’est point matière, Les Anges et nos âmes sont bien des intelligences, mais leurs connaissances sont bornées et imparfaites: celles de Dieu embrassent toutes choses.

4, Dieu est éternel. Il était avant toutes choses, puisqu'ila tout fait; ilétrit avant tous les temps; il n’a point eu de commencement, etil n’aura jamais de fin.

Avant la naissance des siècles, Dieu était en lui-même, et rien n’était que lui seul.

5. Dieu est tout-puissant. Il peut tout, il fait tout ce qu’il veut; par sa seule parole il a tiré du néant toutes les créatures, et il pourrait encore créer mille autres mondes, s’il le jugeait convenable,

Il appelle, dit le Prophète, les choses qui ne sont pas comme si elles étaient, et elles obéissent à sa voix. Rien ne lui est donc impossible, rien ne lui est difficile. Les globes célestes sont suspendus dans l’espace sans autre appui que sa volonté, la mer respecte ses ordres, et ne franchit jamais les limites qu’il lui a prescrites, et toute la nature suit les lois qu’il lui a imposées. Le feu, le vent et les tempêtes obéissent à sa voix ; c'est lui qui couvre le ciel de nuages et y prépare la pluie qui doit arroser la terre ; c’est lui enfin qui, chaque année, présente à notre admiration la résurrection de la nature entière.

6. Dieu est indépendant. Principe de tout ce qui est, il ne tient l’être que de lui-même. Source inépuisable de tous les biens, il les distribue à son gré à qui il lui plaît; souverainement heureux, il n’a besoin de personne, il se suffit à lui-même; maître absolu de toutes choses, il n’a ni supérieur, ni égal. Pour nous, nous sommes dans une dépendance continuelle et universelle à l'égard de Dieu. C’est lui qui nous conserve et qui nous soutient ; sans lui, nous retomberions à chaque instant dans le néant, d'où il nousa tirés; sans son secours nous ne pouvons rien faire,

Page 1