DU PARADIS
curer aux autres le même avantage, et spécialement à nos parents, à nos amis; ce serait là le vrai moyen de leur témoigner notre amour, On ne peut rien faire de plus avantageux au prochain et de plus glorieux à Dieu. “Celui, dit saint Chrysostôme, qui macère son corps par les austérités a moins de mérite que celui qui gagne une âme à Dieu; c'est quelque chose ds plus grand de sauver ses frères que de faire des miracles.” C’est ce zèle du salut des âmes qui a porté tant d'hommes apostoliques à quitter leur pays, leurs parents, leurs amis, pour courir, aux dépens de leur vie, au delà des mers, afin d'y convertir quelques païens, y baptiser quelques enfants en danger de mort. ‘Celui, dit saint Jacques, qui gagnera son frère à Dieu, sauvera son âme et couvrira la multitude de ses fautes.”
EXEMPLE.—M. Boursoul exerça à Rennes pendant plus de quarante ans les fonctions du saint ministère ; il soutint sans interruption, sans relâche, jusqu’à la fin de sa carrière, les fatigues de la chaire et les fonctions pénibles du tribunal de la Pénitence. Il voulait, disait-il, mourir les armes à la main. ‘Ah! si j'étais digne d’obtenir cette faveur de mon Dieu! Je lui demande chaque jour de terminer ma vie, soit en annonçant son Evangile dans la chaire de vérité, soit en exerçant dans le tribunal sacré les droits de sa justice et de sa miséricorde.”
Une prière dictée par les motifs héroïques d’une ardente charité méritait d’être exaucée, Le lundi de Pâques, 4 avril 1774, M. Boursoul dit la messe à cinq heures, et se rendit ensuite au tribunal de la Pénitence. Vers les deux heures de l’après-midi, il se fit porter à Toussaint, paroisse de Rennes, où, malgré son grand âge et ses infirmités, il prêchait le carême cette année-là; et, à trois heures, il monta en chaire pour y prècher son sermon sur la gloire et le bonheur des saints. Il eut dans son débit la vigueur et l’impétuosité de la jeunesse; sa voix avait un éclat extraordinaire; ses mouvements étaient si rapides, son geste si véhément, qu’il désignait ce qu’il allait dire avant de l'avoir prononcé. Vers la fin du premier point, après la description la plus vive et la plus touchante des beautés du paradis et de la joie des bienheureux dans le ciel, il fit un nouvel effort, et s'écria : ‘ Non, mes frères, jamais il ne sera donné aux faibles yeux de l'homme de soutenir ici-bas l’éclat de la majesté divine ;”” ensuite baïissant la voix: ‘Ce sera dans le ciel que nous le verrons face à face et sans voile.” Ces mots furent prononcés d’une voix