CHAPITRE III
Tu ne prendras point en vain...
Dieu en vain tu ne jureras, Ni autre chose pareillement.
1. Le second commandement nous défend tout jurement ou serment injurieux à Dieu et aux Saints. C’est comme si le Seigneur nous disait: Révérez mon saint Nom; je vous défends de le profaner en l’employant pour autoriser le mensonge, l'injustice, et même la vérité sans aucune raison suffisante. Jurer, c’est prendre Dieu ou quelque Saint à témoin de ce que l’on dit ou de ce que l’on promet.
2. Le jurement ou serment est un acte de religion ou un péché selon les circonstances et les dispositions qui l’accompagnent. Pour que le jurement ou serment soit un acte de religion, il faut qu'il soit fait avec vérité, justice et jugement.
8. Par défaut de vérité, le jurement est faux, c’est un parjure ; par défaut de justice, le jurement est injuste ; et par défaut de jugement, c’est-à-dire quand il est fait par
égèreté, sans raison suffisante, il est indiscret,
Le serment indiscret, quoique fait pour assurer une chose vraie et juste, est un péché: il pent devenir considérable, suivant les circonstances et à cause du scandale
1. Que nous défend le second commandement ?—2. Que faut-il pour que le serment soit un acte de religion ? —3. Qu'est-ce que le parjure, le jurement indiscret, le serment promissoire ?
qu’il peut occasicnner. On ne doit faire de serment que pour une cause grave, et jamais par passion.
Les serments injustes, les serments faux ou parjures, sont des péchés plus où moins grands, selon la malice qu’on y apporte et le scandale dont ils sont la cause.
Il y a un serment qu’on appelle promissoire : c’est celui qu'on emploie pour rendre plus certaine l’exécution de ce que l’on promet.
Celui qui promet une chose avec serment, sans avoir l'intention de faire ce qu’il promet, pèche très-grièvement et se rend coupable de parjure.
4, Quant à l'exécution de ce qu’on a promis avec serment, il y a trois circonstances où le serment n’oblige pas ; c'est: 1° lorsque la chose est mauvaise et défendue, car Dieu ne peut exiger l’exécution de ce qui est un péché ; 2° lorsque la chose qui était possible lorsqu'on a juré est devenue impossible par divers événements ; 3° Enfin, quand la promesse avec serment n’a pas été libre, qu’elle a été arrachée par la violence. Mais, dans ces sortes d'occasions, il est nécessaire de recourir à l’autorité ecclésiastique, de peur de s’égarer en se faisant juge dans sa propre cause, Si la chose promise avec serment est licite et possible, on doit l’exécuter : le défaut d’exécution alors est un péché énorme.
5. Le serment hors le cas de nécessité est très-souvent criminel, toujours inutile et même dangereux. On s'expose à en contracter l’habitude, et ensuite à se parjurer.
Il y a trois espèces de paroles qui ont rapport au jurement : le blasphème, les imprécations, et les jurements déquisés.
6. Le blasphème est une parole ou un discours injurieux à Dieu, à ses Saints ou à la Religion.
C’est blasphémer cont : Dieu que de lui attribuer des défauts, ou ce qui ne peut lui convenir, comme font ceux qui taxent sa conduite de partialité, d'injustice, etc.
C’est blasphémer contre Dieu que de lui dénier ce qui lui appartient, comme serait de prétendre que Dieu dédaigne le soin de ses créatures, qu'il ne s'occupe pas des événements de ce monde, etc.
4, Jin quels cas le serment n'est-il pas obligatoire ?—5. Comment doiton considérer des serments faits hors le cas de nécessité?—6. Dites ce que ç'est que le blasphème, et dans quels cas on le commet, ;
’est blasphémer contre Dieu que de parler avec mépris de ses divins attributs, de ses perfections, etc.
C’est blasphémer horriblement que de prononcer contre Dieu des expressions injurieuses ou grossières, quand même ce ne serait que par suite d’une mauvaise habitude, et à plus forte raison si elles sont accompagnées de la colère, de l’emportement, du mépris.
C’est blasphémer contre Dieu que de joindre à son nom adorable certains termes qui le déshonorent. Le mot sacré, dans la bouche de ceux qui se livrent à ces exécrations, fait frémir les pieux fidèles.
C’est blasphémer contre les Saints que de s’en moquer, de leur attribuer des défauts, de blâmer le culte que l'Eglise leur rend, etc. etc.
C’est blasphémer contre la Religion que de la tourner en dérision, de blâmer ses pratiqnes, de parler mal des saintes Ecritures, etc. etc.
7. Ilest encore des blasphèmes de l’esprit et du cœur: ce sont les pensées, les désirs contraires aux perfections divines ou aux choses qui concernent la Religion; tel est le blasphème de l’impie qui a dit dans son cœur: Ilnya pas de Dieu. Péché horrible, péché exécrable, digne des châtiments les plus terribles.
On ne lapide plus aujourd’hui les blasphémateurs, on ne leur perce plus la langue; mais qu’ils ne triomphent pas, le temp: du châtiment viendra bientôt, et alars ils recevront, ces audacieux, la peine due à de tels erines.
8. Les imprécations sont des paroles par lesquelles on souhaite du mal aux autres où à soi-même, comme la mort, la damnation, etc. etc., soit en promettant, soit en niant, ou en assurant quelque chose.
9. Les jurements déguisés sont de deux espèces : 1° Les uns sont les jurements mêmes avec quelques changements dans les termes ; 2° d’autres, les jurements déguisés sous des paroles qui, n’énonçant pas précisément le jurement, s’y rapportent pourtant en quelque manière, comme ces expressions : ‘ En conscience, comme je suis devant Dieu, etc.”?
Des Chrétiens ne doivent point s’exprimer ainsi, encore moins se permettre habituellement ces mots.
7. Qu’entend-on par les blasphèmes d'esprit et de cœur?—8. Qn'est-ce que les imprécations ?-9, Gumbien y a-t-il d'espèces de jurements déguisés ?
Par le jurement ou serment nous assurons ou promettons quelque chose aux hommes, en interposant le nom de Dieu ; maïs il arrive que des personnes promettent à Dieu lui-même des choses qui lui sont agréables. Cette promesse qu’on lui fait est ce qu’on appelle un vœu.
10. Le vœu est la promesse d’un plus grand bien, fait à Dieu librement, avec intention de s obliger.
11. Un vœu est plus qu’une simple résolution. Par le vœu on s’oblige envers Dieu à faire la chose promise, sous peine de péché. L’obligation d'exécuter ce qu’on a promis à Dieu tombe sur toutes les circonstances promises, le lieu, le temps, etc.
12. L'Eglise peut dispenser de l'obligation d'exécuter ce qu'on à promis à Dieu par vœu, parce qu’elle tient sa place et qu’elle parle en son nom ; mais elle ne le fait que pour des raisons légitimes,
EXEMPLES.—Un enfant élevé avec beaucoup de soin par des maîtres vertueux donna, il y a quelques années, une preuve bien touchante de sa foi. Il rentrait peutêtre un peu tard après la classe, et soû père en colère l’en reprit vivement en jurant le saint nom de Dieu. Ce pates enfant, tout déconcerté d’avoir donnée lieu à ces lasphèmes, se jette à genoux et lui dit en pleurant: ‘ Mon papa, je vous en prie, frappez-moi, mais ne jurez pas. ” Le père, interdit, voyant l’horreur que témoignait cet intéressant enfant de ces abominables propos, profita de la leçon, et n’osa plus blasphémer. Ah ! que de fautes, s’ils le voulaient, des enfants chrétiens fera'nt éviter à leurs parents !— Essai sur le Blasphème.
—$aint Ignace de Loyola avait coutume de dire que, s’il devait être précipité en enfer, son plus grand tourment serait d'y entendre blasphémer Dieu.
10. Qu'est-ce qu’un vœu ?—11. Quelle différence y a-t-il entre une résolution et un vœu ? À quoi oblige un vœu?—12. A qui est réservé le pouvoir de dispenser des vœux ?