Ce Commandement défend aussi de médire de son
rochain, c’est-à-dire de faire connaître le mal qu’il a fait.
ant que la faute qu’il a commise reste cachée, il conserve sa réputation: publier cette faute, c’est la lui ravir injustement, Voudrions-nous qu’on fit connaître nos défauts cachés? Non, certainement ; nous devons donc taire ceux de nos frères. Aussi la médisance est-elle mise, dans l’Ecriture sainte, au nombre des crimes qui excluent du bonheur éternel. Semblable au feu porté par le vent, la médisance passe de bouche en bouche, embrase tout, et noircit du moins ce qu’elle ne peut comsumer ; c’est un mal inquiet qui trouble la société, jette la dissension dans les familles, remplit tout de désordre et de confusion : elle est une source empoisonnée de haïines et de vengeances, et par conséquent un assemblage de crimes et d’iniquités. Le médisant est coupable de tous les péchés dont il a été l’occasion; il a péché dans tous ceux qui ont répété cette médisance après lui; il a péché dans ceuxmêmes qui l’ont écoutée, car il est défendu non seulement de parler mal du prochain, mais encore d'écouter le mal qu’on en dit. Si personne n'écoutait la médisance, iln’y aurait point de médisants. La complaisance avec laquelle on écoute les médisants les autorise et les enhar-dit, et par là on se rend complice de leur péché,
6. De toutes les médisances, la plus noire, et la plus funeste quelquefois dans ses suites, est celle qui consiste à rapporter en secret à un homme ce qu’un autre a dit ou fait contre lui: ces rapports produisent presque toujours dans le cœur de celui à qui on les fuit, des haines, des désirs de vengeance, qui se terminent par des inimitiés irréconciliables. L’accusé, qui ne sait pas ce qu’on dit de lui, n’a aucun moyen de se justifier, ou de s'expliquer, ou de faire satisfaction. Le caractère de celui qui fait ces rapports serets est tracé dans l’Ecriture en ces termes : ‘“[lya six choses que le Seigneur hait, et son cœur déteste la septième ; cette septième chose est le crime de celui qui sème la discorde entre ses frères.”?
7. Il est cependant permis de découvrir les défauts du prochain lorsqu'ils sont contagieux et qu’ils peuvent nuire aux autres. Mais alors même il ne faut les déclarer qu'aux personnes qui peuvent remédier au mal et en dé-
5. Qu'est-ce que la médisance? Montrez combien la médisance est repréhensible. M die en sont les suites ?—6. De toutes les médisances, uelles sont les plus funestes ?—7. Quand est-il permis de découvrir les défauts du prochain ?
tourner les autres; loin de blesser en cela la charité, c’est en remplir le devoir le plus naturel et le plus pressant : c'est aimer son prochain que de l’ empêcher de se perdre lui-même et de perdre les autres ; C’est l'aimer que de préférer à sa réputation son salut éternel et celui des personnes avec qui il vit.
8. Quoique la médisance soit moins criminelle en ellemême que la calomnie, cependant elle est souvent plus funeste dans ses suites : le tort qu’elle fait au prochain est presque irréparable, En effet, quand on a imputé à quelqu'un une faute qu’il n’a point commise, l’on peut et l’on doit se rétracter; par ce désaveu on guérit la plaie qu’on lui avait faite, et l’on rétablit sa réputation: mais quand le mal qu’on a dit est vrai, on ne peut pas se retracter ; ce serait dire un mensonge, ce qui n’est pas permis. Ainsi, quand même on viendrait à s’en repentir, il n’est presque pas possible de lui rendre ce qu’on lui à fait perdre; il faut néarmoins réparer le mal, autant qu’on le peut, en disant de lui tout le bien que l’on connaît, pour effacer ou du moins affaiblir les mauvaises impressions que la médisance à causées.
9. Dieu nous défend par le huitième Commendement non-seulement de parler mal de notre prochain, mais encore d’en avoir mauvaise opinion sans de justes raisons. Il n'est donc pas permis de juger son prochain sur de faibles indices, sur des apparences équivoques; croire sans preuve qu' il a fait une faute, c’est une injuste témérité, puisque par là on s’expose à condamner un innocent. Il a droit à notre estime tant qu'il n’est pas convaincu; la lui retirer sans une raison suffisante, c’est lui faire tort.
10. Le jugement téméraire est donc contraire à la justice, il ne l’est pas moins à la charité. Cette vertu, qui nous est si fort recommandée dans l'Evangile nous porte à penser avantageusement de nos frères, à interpréter favorablement leurs actions, à excuser tout ce qui n’est pas manifestement mauvais. ‘“ La charité, dit saint Paul, ne pense point le mal ; ” elle ne voit le crime que lorsqu'il est évident, elle ne le croit que lorsqu'il est prouvé. En effet, quand on aïme quelqu'un, on est bien plus disposé à le croire innocent que coupable. Voudrions-nous que, sans des raisons suffisantes, on nous jugeât coupables
8. Montrez que la médisance est parfois plus nuisible que la calomnie. —9, Le huitième commandement ne défend-il que les paroles contre le prochain ?—10. Faites comprendre que le jugement téméraire est contraire à la justice et à la charité,
d’une mauvaise action ou sujets à quelque défaut? Non, sans doute: ne faisons donc pas aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’on nous fit.
11. Ce serait un jugement plus téméraire encore, et beaucoup plus criminel, d'attribuer de mauvaises intentions à des actions bonnes et louables par elles-mêmes, et de supposer des motifs vicieux dans ceux dont la conduite extérieure est régulière et édifiante. Rien cependant n’est plus ordinaire que de voir la malignité répanäre son poison sur des actions vertueuses. Ce fonds de malignité, qui voit le vice à travers les apparences de la vertu, ne peut donc partir que d’une âme noire et corrompue. Les gens de bien jugent des autres d’après eux-mêmes ; comme ils sont droits et sincères, ils se persuadent aisément que les autres le sont aussi; ils sont édifiés d’un extérieur qui convient à la vertu, et il ne leur vient ‘pas dans l’esprit que ces dehors puissent cacher le vice. Occupés de leurs propres défauts, dont ils doivent rendre compte, il ne font point attention à ceux des autres; et, par cette conduite charitable envers le prochain ils se préparent à eux-mêmes un jugement favorable au tribunal de Dieu, car Jésus-Christ nous a promis de nous juger de la même manière que nous aurons jugé les autres.
ExEMPLE.—L'Evêque Firmus, dit saint Augustin, cachait par charité dans sa maison un homme qu’on cherchait pour le faire mourir. Les officiers de l’empereur demandèrent à cet évêque où était cet homme. ‘ Je ne puis pas vous répondre, leur dit Firmus, parce que je ne puis ni mentir, ni découvrir celui que vous cherchez.” Où fit souffrir au saint évêque de cruels tourments pour savoir de lui où était cet homme; on le menaça même de la mort. ‘Je sais souffrir et mourir, leur dit-il, mais je ne sais point parler quand il s’agit de parler contre la vérité où contre le prochain.” On le présenta à l’empereur, qui ayant admiré la vertu de ce saint évêque, le renvoya, et fit grâce à celui qu’il cachait chez lui. Ce trait nous fait voir qu’il vaut mieux souffrir la mort que de mentir ou de blesser la charité envers le prochain.— KRapporté par S. AUGUSTIN.
—Pendant la Révolution Française de 1793, le curé
d’Autun ayant été arrôté, le maire, qui voulait le sauver,
11. Interpréter le bien en mal, juger témérairement. est-ce un défaut bien rare ? Que doit-on penser de ceux qui voient si facilement les défauts d'autrui ?
lui conseilla de laisser croire au peuple qu’il s'était soumisau serment, bien qu’en réalité il n’eut Sr voulu le prêter. ‘‘ Je ne saurais, répondit le curé, racheter ma *.e par un mensonge, Dieu, qui ne me permet pas de prêter ce serment, ne me permet pas davantage de laisser croire que je l’aie prêté.” Le maire n'insista pas, et le curé mourut en martyr.
Saint Augustin, pour empêcher la médisance, qui est trop ordinaire dans les repas, avait fait écrire dans Île lieu où il mangeait, deux vers latins dont voici le sens :
Loin d'ici médisants,
Dont la langue coupable Déchire l'honneur des absents!
On ne permet à cette table
Que des entretiens innocents.
Et un jour que quelques-uns de ses amis commençaient à parler des défauts de leur prochaïn, le saint les en reprit aussitôt en leur disant que, s’ils ne cessaient, il fallait ou qu’il fit effacer ces vers, ou qu'il se levât de table. —C'’est ainsi que nous devons user de fermeté pour empècher la médisance autant que nous le pouvons.— Vie de Saint Augustin par PoOSSIDIUS.
—La France et l'Espagne entière ont pleuré la mort de Lonoso Cortès, ambassadeur d’Espagne à Paris, décédé dans cette capitale le 3 mai 1853. Il a été, de l’aveu de tous, un grand esprit, un éminent penseur, un philosophe de génie, et en même temps un des types chrétiens les plus achevés qu’on puisse offrir à l'admiration et à l’imitation de tous. Au milieu des splendeurs de la naissance, de la fortune, des dignités humaines, il sut conserver toujours ces vertus héroïques de simplicité, de piété, de foi, de charité, que tant d’âmes, non moins admirables, mais plus craintives, ne peuvent rencontrer qu’en s’isolant du monde, qu’en épousant la solitude, M. Louis Veuillot a dit de lui avec une parfaite justesse: ‘ Sa parole prompte, ardente et sincère était en raême temps la plus inoffensive que l’on pût entendre, et c'était un charme de voir qu’il eût toujours innocemment tant d'esprit.” —‘ Ce qui m'’étonne le plus, disait la sœur qui a reçu son dernier soupir, ce que je n’ai encore vu que chez lui, c’est qu'il ne dit
jamais de mal de personne,”