‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 72 sur 173 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Tu ne convoit ras point la femme de ton prochain,

L'œuvre de chair ne désireras, Qu'en mariage seulement.

1. Dieu, après avoir défendu, par le sixième Commandement, toutes les actions extérieures de l’impureté, en défend, par le neuvième, tous les désirs et toutes les pensées. Ne croyons pas qu'il suflise, pour accomplir Ja Loi de Dieu sous ce rapport, de s'abstenir des actions criminelles. Non, cela ne suffit pas : le désir seul est un crime, Dieu, qui sonde les cœurs et les reins, ne se contente pas d’une pureté extérieure, il veut que notre cœur soit pur; il ne permet pas de désirer ce qu’il défend de faire. La pensée même du mal nous rend coupables à ses yeux quand elle est délibérée et consentie, c'est-à-dire quand on s’y arrête avec réflexion et qu’on prend plaisir à s’en occu-

er. ‘Les mauvaises pensées, dit l’Ecriture, séparent de Dieu.” Elles donnent donc la mort à notre âme, si l’on n’a pas soin d’en détourner son esprit, et de les rejeter aussitôt qu’on s’en aperçoit.

2, Aïnsi la loi de Dieu va jusqu’à la racine du mal: elle l’étouffe dans son principe. L'expérience prouve qu’on n’en vient pas tout d’un coup à des actions criminelles; ce n’est que par degrés qu'on s’y abandonne. Le mal commence par une pensée que l’on écoute, à laquelle on s'arrête volontairement ; de la pensée naît le désir, et du désir on passe aux effets extérieurs. ‘ C’est du cœur, dit Jésus-Christ, que sortent les mauvaises pensées, les fornications, les homicides.” Ce divin Maître met les mauvaises pensées à la tête de tous les crimes, parce qu’elles en sont le principe et la source.

8. Le vrai moyen de prévenir le désir du mal, c’est donc d'en rejeter la pensée; et celui d'empêcher la mauvaise action, c’est d’en étouffer le désir. Nous ne pouvons pas, à la vérité, nous garantir de toutes les mauvaises pensées ;

1. Que défend le neuvième commandement.-2. Pourquoi les manvais désirs sont-ils condamnés®—3. Peut-on se garantir de toutes les mauyaises pensées ?

ou NEUVIÈME COMMANDEMENT DE DIEU, 203

mais nous pouvons n’y pas consentir : il ne dépend pas de nous de ne pas en avoir; mais il dépend de nous de ne pas y donner occasion, de n’y pas prendre plaisir, et de les combattre quand elles se présentent, Il ne faut point espérer dans cette vie une paix qui soit exempte de combats.

4, La vertu ne consiste pas à n'être point attaqué, mais elle consiste à résister avec courage à tous les assauts que nous livrent les passions, et à ne jamais donner occasion à la tentation. Si, malgré notre vigilance, elle se présente à notre esprit, détournons aussitôt notre attention, élevons notre cœur à Dieu, appliquons-nous à quelque occupation honnête.

5. C’est un grand remède contre le vice impur que de s'appliquer sérieusement à quelque travail utile, et de ne jamais rester oisif, Que le démon nous trouve toujours occupés, et ses traits seront impuissants. Soyons fidèles, et ne craignons rien; si le démon nous importune et cherche à nous eflrayer, ne l’écoutons pas, et nous l’aurons vaincu, Attachons-nous à Dieu ; il ne permettrn jamais que nous soyons tentés au-delà de nos forces ; alors la tentation que nous aurons combattue, loin de nous nuire, deviendra le sujet de notre triomphe, et notre fidélité méritera une récompense éternelle.

EXEMPLES.—Saint Jean, anachorète de Scété, avait coutume de dire que comme un homme qui voit venir à lui une bête féroce ou venimeuse monte sur un arbre pour l’éviter, de même celui qui se voit assailli de mauvaises pensées doit s'élever à Dieu par une fervente prière afin de se mettre à l’abri du danger.

—Lorsque quelqu'un prend un charbon ardent dans ses mains et le rejette tout de suite, il ne se brûle pas et n’éprouve aucune douleur; mais s’il le garde pendant seulement une seconde, ilne peut plus le rejeter sans conserver une grave blessure. Il en est de même des mauvaises pensées dans notre cœur; il faut les rejeter aussitôt, comme on rejette les charbons ardents.—$, CÉ- FAIRE D'ARLES, |

—$aint Bernardin de Sienne avait une si grande horreur pour tout ce qui pouvait blesser la chasteté, que,

4. La vertu consiste-t-elle à n’être pointtenté?—5 Quels moyens faut-il prendre pour triumpher des tentations ?

lorsqu'il arrivait à quelqu'un de ses compagnons de tenir un propos un peu libre, il en rougissait pour lui, Ka seule présence les retenait dans les bornes de la plus grande honnêteté. Lorsqu'ils le voyaient venir à eux, ils disaient : ‘“ Voici Bernardin, prenons garde à ce que nous dirons.”?

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