‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 73 sur 173 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain. . .ni rien qui soit à lui.

Biens d'autrui ne convoiteras, Pour les avoir injustement.

1. Dieu, après avoir défendu, par le septième Commandement, de prendre ou de retenir le bien d'autrui, défend,

ar le dixième, de le désirer à son préjudice. Remarquons a différence essentielle qu’il y a entre la Loi de Dieu et les lois humaines. ‘ Celles-ci ne règlent que les actions extérieures, parce que les hommes ne voient que ce qui paraît au dehors ; mais la Loi de Dieu défend jusqu'au désir et aux pensées les plus secrètes, parce que Dieu voit le fond du cœur. Sans doute il n’est point défendu de désirer le bien d'autrui quand on se propose de l’acquérir par des voies légitimes et de son consentement ; autrement il ne serait pas permis de rien acheter. Quand on achète une maison, une terre, c’est qu’on désire de l'avoir; mais ce désir est légitime lorsqu'on n’emploie, pour s’en rendre maître, que les moyens justes et autorisés par les lois.

2. Ce quiest défendu par ce Commandement, c’est le désir d'acquérir injustement ce qui appartient au prochain, c'est l'attachement déréglé pour les richesses, c’est l’empressement d’en acquérir, c’est la cupidité, que saint Paul appelle la racine et la source de toute sorte de maux, et que Dieu maudit en ces termes dans le prophète Isaïe : ‘ Malheur à vous qui joignez maison à maison, qui ajoutez terres à terres, jusqu’à ce que la place vous manque, comme si vous étiez les seuls qui habitiez sur la terre !??

1. Montrez la différence qu’il y a entre la loi divineet les lois humaines. Est-il toujours défendu de désirer le bien de son prochain ?—2. Qu'est-ce qui nous est défendu par le dixième Commandement ?

3. Rien n’est plus opposé à l'esprit de l'Evangile que cette avidité de richesses qui veut toujours acquérir, qui fait que l’on n’est jamais content de ce qu’on a et que l'on craint toujours de manquer, que l’on amasse, que l’on accumule comme si l’on ne devait pas mourir, Un horime livré à cette passion n’est occupé que du soin de la satisfaire. Il y pense le jour, il y réfléchit la nuit, il sacrifie son repos, sa santé, sa vie même, À force de vouloir se procurer un prétendu bonheur, que l'imagination fait consister dans l’opulence, il se rend malheureux, et il consume ses années dans un tourment perpétuel. Que d’injustices cette passion ne fait-elle pas commettre! que de fraudes! que de violence! On compte pour rien sa con science et son salut, pourvu que l’on grossisse son trésor : en un moi, on ne connaît plus d’autre Dieu que l'argent. C’est pour cela que saint Paul appelle cette sion une idolâtrie, et que Notre-Seigneur nous dit dans l'Evangile qu’on ne peut servir deux maîtres, qu’on ne peut aimer en même temps Dieu et l'argent,

4, Ce n’est pas qu’il nous défende de posséder des richesses, puisque c’est la Providence qui les donne ; mais il défend de s’y attacher ; il défend d'y mettre son affection, de faire consister son bonheur à les posséder : ce ne sont pas les richesses qu’il condamne, c’est le désir immodéré de les acquérir. Des biens passagers, des biens périssables, qui coûtent mille peines à acquérir, que l’on ne conserve qu'avec des inquiétudes infinies, qui nous seront certainement enlevés un jour, et dont on n’emportera rien avec soi; des biens qui nous causeront d'autant plus de douleur, quand malgré nous il faudra les quitter, que nous y aurons été plus attachés : de tels biens sont-ils propres à nous rendre heureux ? Rien n’est donc plus sage que cette leçon que nous donne le saint roi David : ‘ Si vous avez des richesses, n’y attachez point votre cœur ; ” et si Dieu ne vous a point fait naître dans l’opulence, ne cherchez point à devenir riches. C’est encore le conseil que Jésus-Christ nous donne : ‘ Ne cherchez point à amasser des trésors sur la terre, où la rouille et les vers consument tout, nous dit-il ; mais travaillez à amasser des trésors dans le ciel, où il n’y a ni rouille ni vers qui les consument; .. car, où est votre trésor, là aussi est votre cœur.”

3. L’avidité des richesses est-elle bien opposée à l'Evangile ? Quelles ecnt les suites de l’ardent désir de s'enrichir ?—4. L’Evangile défend-il de LCsséder des richesses ? Comment faut-il les posséder ?

EXEMPLE.—"Tabie, qui était devenu aveugle, ayant entendu-crier un chevreau qu’Anne, sa femme, avait eu pour salaire de son travail, lui dit: ‘ Prenez garde qu'il n’ait été dérobé. Rendez-le à ceux à qui il appartient. Ilne nous est pas permis de toucher à quelque chose qui ait été dérobé.” Se voyant proche de sa fin, il donna cet avis à son fils; “ Lorsque quelqu'un aura travaillé pour vous, payez-lui aussitôt ce qui est dû pour son travail. Que la récompense du mercenaire ne demeure jamais chez vous.”? —ToB., IV.

Page 1