‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 78 sur 173 · DE L’AVARICE · texte numérisé non relu

DE L’AVARICE

désirons pas de le devenir nous-mêmes ; ces biens fragiles et périssables ne font qu'irriter nos désirs, loin de les satisfaire. Le juste est plus heureux avec le peu qu’il possède, que les méchants avec de grandes richesses. ‘ Ne craignez point, disait le saint homme Tobie à son fils: il est vrai que nous sommes pauvres, mais nous aurons beaucoup de biens si nous craignons Dieu, si nous nous éloignons de tout péché, et si nous faisons de bonnes actions.’ Ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous vêtir, nous devons être contents. Ainsi, que ceux qui ont des richesses pensent bien qu’ils n’emporteront rien avec eux dans l’autre monde; qu’ils les répandent donc dans le sein des pauvres, afin de se faire par ce moyen un trésor qui ne périra jamais.

EXEMPLE.—On raconte, au sujet d’un avare, un trait bien singulier et une fin bien tragique. Cet homme, possédé, du démon de l’avarice, ne pensait qu’à accumuler biens sur biens et richesses sur richesses. Comme il craignait qu’on ne lui enlevât ses trésors, il avait pratiqué dans le fond de sa cave un endroit souterrain avec une porte de fer, masquée de manière à n’être point aperçue ; là, dès qu’il avait reçu quelque somme, il l’allait cacher, et contemplait à loisir son or et son argent, dont il faisait son dieu. Un jour qu’il porta une somme considérable dans ce sombre réduit, il oublia de tirer sa clef, et de la prendre avec lui: il ferma la porte sur lui et compta les trésors entassés, Quand il les eut comptés à loisir, il voulut se retirer ; mais la porte ne pouvait s'ouvrir en dedans, de sorte qu’il se vit renfermé sans pouvoir sortir. On peut juger de la situation horrible où il se trouva dans ce funeste moment. Il y a apparence qu'il cria, qu’il frappa longtemps ; mais qui aurait pu l'entendre, et qui se serait avisé de le chercher dans un tel endroit ?

Cependant, cet homme ne paraissant plus, sa famille fut, comme on peut le juger, dans la plus grande peine. On chercha, on fit chercher de tous côtés sans pouvoir en apprendre aucune nouvelle : on pensa, ou qu’il s’était peutêtre noyé, ou qu’il avait été assassiné ; en un mot, que, par quelque accident funeste, il avait péri. Dans cet intervalle de temps, un serrurier qui entendit parler de cet évènement se rappela que cet avare lui avait autrefois ordonné de faire secrètement une porte de fer, avec une serrure à ressort, et qu'il aurait bien pu arriver que, par méprise, il se fût malheureusement enfermé. Il déclara la chose : il conduisit dans l’endroit caché où il avait placé en secret

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