DE L'ENVIÉ
2, Le premier effet de l’envie c’est la joie que cause le malheur d'autrui. Ceux à qui il porte envie tombent-ils en disgrâce, l’envieux s’en réjouit, il triomphe de leur chnt- ‘trouve un plaisir malin à les voir humiliés, quoique ‘x qu'il traite si indignement ne lui aient fait aucun mal. Un vindicatif n’attaque que ses ennemis, ceux dont il a reçu ou dont il croit avoir reçu de mauvais services ; mais l’envieux hait ceux à qui il n’a rien à reprocher que leurs vertus: tout leur crime est d’avoir trop de mérite et de talent. Quel monstre ! le cœur de l’homme est-il donc capable d'une telle noirceur?
3. Le second effet de l’envie c’est la médisance et la calomnie : l’envieux s’efforce d’obscurcir la réputation de ceux dont le mérite le blesse ; il affaiblit, autant qu'il peut, la bien qu’on en dit; il donne des interprétations malignes à toutes leurs actions ; il travestit en vices les vertus ies plus pures; leur piété n’est à ses yeux que dissimulation et hypocrisie, leurs succès que l’effet du hasard, et non pas le fruit des talents.
4. Le troisième effet de l’envie c’est l’attention de nuire au prochain. Des paroles on en vient aux actions; on traverse ses desseins, on emploie toutes sortes de moyens pour lui faire de la peine, pour l’empêcher d'obtenir ce qu'il désire, ou pour le lui ôter s’il l’a déjà obtenu. Enfin on se porte quelquefois aux plus grands excès et aux dernières violences. C’est par envie que Caïn tua son frère ; c’est l'envie qui inspira aux frères de Joseph le dessein de le faire mourir, et ensuite de le vendre comme esclave. C’est l’envie qui porta les Pharisiens et les docteurs de la loi à calomnier, à persécuter, à crucifier le Fils de Dieu même,
5. N’ouvrons done jamais notre cœur à ce vice détestable : faisons tous nos efforts pour acquérir la vertu opposée, c'est-à-dire une affection chrétienne, qui nous rende sensible au bonheur et au malheur du prochain, en vue de Dieu et du salut de nos frères.
Cette affection n’est autre chose que la charité : celui que la charité anime prend part à tout ce qui arrive à ‘ses frères ; il se réjouit avec ceux qui sont dans la joie, il s’afflige avec ceux qui soufirent : il partage avec eux le bien et le mal qu’ils éprouvent, les ressent l’un et l’autre comme s’il les éprouvait lui-même.
2. Quel est le premier effet de l'envie?-5. Quel est le second effet de
l’envie?—4, Quel eu est le troisième ?—5. Que faut-il faire pour déraciner ce vice détestable ?
236 Di LA GOURMANDISE.
EXEMPLE.—I1 y avait dans une ville deux marchands voisins et jaloux l'un de l'autre, qui vivaient dans une inimitié scandaleuse. L'un deux, rentrant en lui-même, écouta la voix de la religion qui condamnait ses ressentiments ; il consulta une personne de piété qui avait sa confiance, et lui demanda comment il fallait qu'il s’y prît pour se recueillir. ‘ Le meilleur moyen, répondit-elle, est celui que je vais vous indiquer: lorsque des personnes viendront à votre boutique pour acheter, et que vous n’aurez pas ce qu’il leur convient, conseillez-leur d'aller chez votre voi: sin.” Illefit. L'autre marchand, instruit d’où lui venait ces acheteurs, fut sensible aux bons offices d’un homme qu’il regardait comme son ennemi; il alla chez lui pour l’en remercier, lui demanda pardon de la haine qu’il lui avait portée, et le conjura de le recevoir au nombre de ses meilleurs amis. Sa prière fut exaucée et la religion unit étroitement ceux que l'intérêt et la jalousie avaient divisés. — Lect. Chrétiennes.
ARTICLE V
De la Gourmandise.
1. La Gourmandise est un amour déréglé pour le boire et le manger.
Il n’est pas défendu de sentir du plaisir en mangeant et en buvant: c’est par une sage prévoyance que Dieu a assaisonné d’un sentiment agréable l’usage des aliments qui sont nécessaires pour conserver notre santé et notre vie ; mais on abuse de ce bienfait quand on ne recherche que le plaisir seul : il faut manger et boire pour vivre, et non pour flatter la sensualité; on ne doit se proposer dans cette action que de satisfaire le besoin, afin d’être en état de remplir ses devoirs et de servir Dieu, suivant cette parole de l’Apôtre : ‘ Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, faites tout pour l’amour de Dieu.”
2. Pour observer cette leçon de saint Paul, il faut, dans les repas, ne point songer à contenter le corps, mais à suivre l’ordre de Dieu, qui veut que nous conservions notre vie. N'y chercher que la satisfaction des sens, c’est gourmandise ; c’est un vice indigne de l’homme : il appesantit l’âme, il abrutit l’esprit, il ruine la santé et abrège la vie.
1. Qu'est-ce que la Gourmandise ?—2, Indiquez les funestes suites de ce vice.