‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 94 sur 173 · DU BAPTÈME, ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

DU BAPTÈME, ARTICLE PREMIER

Nécessité de ce Sacrement.

1, Le Baptême est un Sacrement qui efface le péché originel, et nous fait enfants de Dieu et de l'Eglise.

C’est le premier de tous les Sacrements, et il donne le

ouvoir de participer aux autres. Notre-Seigneur l’a nstitué lorsqu'il a dit à ses Apôtres : ‘ Allez, instruisez tous les peuples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit : tous ceux qui croiront et seront baptisés seront sauvés.” Ces paroles sont la forme du Baptême, et l’eau naturelle en est la matière,

C’est donc pour sauver les hommes que Jésus-Christ a institué le Baptême ; c’est pour les délivrer du péché et de la mort éternelle, qui est la peine du péché, et pour les rendre, par une nouvelle naissance, les enfants de Dieu et de l'Eglise. Le Baptême remet le péché originel dans les enfants, et dans les adultes il efface encore tous les péchés actuels qu’ils peu.ent avoir commis depuis qu’ils ont l’usage de la raison ; le Baptême remet aussi toutes les peines dues à ces péchés ; c’est pour cela que l'Eglise n’a jamais imposé de satisfaction ou de pénitence aux nouveaux baptisés ; mais il n’ôte pas les suites du péché originel, qui sont l'ignorance, la concu-

iscence, les misères de la vie et la nécessité de mourir.

Jieu nous laisse ces suites du péché originel, après même qu'il a été effacé, afin qu’elles servent d'exercice à notre vertu par les combats que nous avons à soutenir pour éviter le mal et faire le bien. Si le Baptême nous délivrait de l'ignorance et de l’inclination au mal, nous ferions le bien sans peine et comme naturellement ; et quel mérite y aurait-il à le faire s’il ne nous coûtait rien? Le Baptême imprime dans notre âme un caractère ou une marque spirituelle et D NP qui consacre à Dieu ceux qui sont baptisés, et qui les distingue de ceux qui ne le sont pas. Ce caractère de consécration fait qu’on ne peut recevoir

1 Quel est le premier et le plus nécessaire de tous les Sacrements ?

le Baptème qu'une fois, car ce qui est une fois consacré à Dieu lui appartient par un droit inaliénable,

2. Le Baptème est si nécessaire, qu’on ne peut être sauvé sans le recevoir, conformément à ces paroles de Jésus- Christ : ‘ Si l’homme ne renaît de l’eau et de l’Esprit, il ne

eut entrer dans le royaume des cieux.” Mais il peut être suppléé, ou par le martyre, ou même par le désir du Sacrement, dans les cas où il y aurait impossibilité de le recevoir ; et c’est pour cela qu’on distingue trois sortes de Baptême : le Baptème d’eau, le Baptème de désir, et le Baptême de sang.

3, Il n’y a que le Baptème d’eau qui soit un véritable Sacrement ; et si on donne le nom de Baptême aux deux autres, ce n’est que parce qu'ils suppléent au défaut de ce Sacrement lorsqu'on ne peut le recevoir, et qu’ils ont le même effet.

Le Baptême de désir doit être accompagné d’un véritable et sincère regret de ses péchés, avec un grand amour de Dieu,

4, Le Baptème de sang consiste à souffrir le martyre pour l’amour de Dieu et pour la foi de Jésus-Christ avant d’avoir été baptisé : on le nomme ainsi parce qu’on regarde celui qui meurt en souffrant pour la défense de la foi comme baptisé dans son sang, et qu'il obtient la même

râce qu'il aurait reçue par le Baptême d’eau, et même Glen plus parfaitement, parce que le martyre est l’acte suprême de la charité.

EXEMPLES.—Saint Louis, roi de France, préférait le -nom de chrétien, qui lui avait été donné dans le Baptême, aux titres qui sont les plus honorables selon les hommes. Il estimait plus le lieu de Poissy où il avait été baptisé, que la ville de Rheims où il avait été couronné roi de France. Lorsqu'il écrivait des lettres, il avait coutume de signer Louis de Poissy, sans prendre la qualité de roi. Chrétien dit plus que roi de l’univers.—Catéchisme de Rhodez.

—J’ai connu une vertueuse femme, dit le pieux Boudon, toute pauvre des biens de la vie présente, mais trèsriche des biens du ciel, pleine de l'esprit de Jésus-Christ,

2. Jusqu'à quel point le Baptême est-il nécessaire, et comment peut-il être suppléé ?—3. Les diverses manières de suppléer le Baptême sontelles aussi des Sacrements ?—4, En quoi consiste le Baptême de sang, et pourquoi le nomme-t-vn ainsi ?

et d’un amour tendre pour la très-sainte Vierge. Comme on élevait une magnifique église dans la ville qu’elle habitait, elle se sentit pressée d'offrir un écu, fruit de ses épargnes, pour contribuer en quelque sorte à la construction du pieux édifice. Mais le prêtre à qui elle présenta son offrande la refusa, et lui témoigna même qu'il serait bien aise de lui faire accepter quelques secours, au lieu d’en recevoir d'elle, parce qu’il voyait bien à ses habits qu'elle était pauvre. Alors, cette femme, avec une foi admirable, lui répondit : ‘* Moi pauvre, mon père ? eh ! ne suisje pas chrétienne, fille d’un grand roi, et héritière ‘ d’un grand royaume ? ?’—Mois de Marie par le P. DEBUSSI.

ARTICLE II

Ministre du Sacrement de Baptême.

1. Le Baptême étant aussi nécessaire qu’il l’est pour le salut, Jésus-Christ, en l’instituant, a donné aux hommes toutes les facilités imaginables de le recevoir ; c’est pour ce sujet que, quoique ordinairement il n’y ait que les prêtres qui aient droit de baptiser, et qu’il faille porter les enfants à l’église pour y recevoir ce Sacrement avec les cérémonies ordinaires, cependant toute personne peut baptiser dans le cas de nécessité ; et le baptëme est valide, pourvu qu'elle verse de l’eau naturelle sur le baptisé en prononçant ces paroles : Jete baptise au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Pour être véritablement baptisé, il faut que l’eau ait touché quelque partie considérable du corps, autrement il faudrait regarder le Baptême comme douteux, et baptiser ensuite l’enfant sous condition.

C’est ce qu’on doit faire aussi si l’on a un doute fondé

ue l’enfant ait vie, ou qu’il ait été baptisé, ou qu’il l’ait dé comme il faut, ainsi que dans d’autres cas extraordinaires ; car alors on doit le baptiser ainsi, en disant, lorsqu’on verse l’eau sur lui: Si tu es capabie du Baptême, ou : Situ n’es point baptisé, je te baptise au nom, etc.

2. Le Baptème étant absolument nécessaire à tous les hommes, c’est une obligation à ceux qui se convertissent

1. Quel est le ministre du Sacrement de Baptême, et qui peut le remplacer en cas de réelle nécessité ? Quelles sont les paroles, ou plutôt quelle est la forme du Baptême, et que faut-il faire en cas de doute sur la validité de ce Sacrement ?—2. Le Baptême est-il absolument nécessaire à tous les hommes ? lustre 4 $

cu =

554 DÜ BAPTÈMÉ.

à la foi catholique, ayant l’usage de la raison, de recevoir ce Sacrement ; mais alors on a soin de les disposer à cette grande action par une instruction suflisante et par la

réparation de leur cœur, principalement en les excitant lu contrition de leurs péchés. Autrefois on n’administrait le Baptême à ces sortes de personnes que deux fois l’année, les veilles de Pâques et de la Pentecôte, à moins que quelqu’une ne fût en danger de mort, et c’est de là qu'est venue la pratique de bénir en ces deux jours l’eau qui doit servir au Baptème.

EXEMPLE.—Un missionnaire de l'Amérique parcourait les régions les plus écartées pour gagner des âmes à Jésus- Christ. Il se présenta un jour à lui un sauvage dont les dispositions lui parurent extraordinaires. Dès qu’il fut bien instruit des mystères de notre sainte Religion et de ce qui regarde les Sacrements, il lui administra le Baptême et la sainte Eucharistie, qu’il reçut avec les plus vifs transports de la reconnaissance et de l’amour. Le missionnaire partit pour aller faire d’autres excursions apostoliques, etrevint un an après dans le lieu où était le sauvage devenu chrétien. Dès que celui-ci eût connaissance de l'arrivée du missionnaire, qu’il regardait comme son père, il se rendit auprès de lui, et le conjura de lui donner de nouveau la sainte communion. ‘“ Oui, mon fils, lui dit-il; mais il faut auparavant que vous confessiez les péchés mortels dont vous avez pu vous rendre coupable : ne craignez rien, je vous aiderai à vous accuser.—Quoi ! mon père, répondit le sauvage avec étonnement, il y aurait des Chrétiens qui, après avoir été baptisés et avoir reçu le corps de Jésus-Christ, seraient assez ingrats pour l’outrager par quelque péché mortel ? Grâce à Dieu, je ne crois pas être coupable d’aucun de ces péchés. ” Il fondait en larmes en accusant les fautes les Eh légères. Le missionnaire, dans l’admiration, bénissait Dieu, voyant qu’il était servi et glorifié par des âmes fidè- - les et ferventes jusque parmi les peuples les plus sauvages. — Lettres édifiantes.

ARTICLE III

Des Cérémonies du Baptême.

1. Comme le Baptême ost le premier et le plus nécessaire des Sacrements, l'Eglise, afin de mieux faire con-

1. Rapportez en peu de mots les principales cérémonies du Baptême. :

DU BAPTÈMÉ. 055

naître quelle en est l'excellence, et ce à quoi l’on s’engage en le recevant, veut qu’on l’administre avec un grand nombre de cérémonies. On fait très souvent le signe de la Croix en administrant le Baptème, pour marquer que ce Sacrement tire toute sa valeur de la Croix de Jésus-Christ, et pour marquer que la vie d’un Chrétien est une vie de croix et ds souffrances continuelles, et qu’il doit marcher sur les traces de Jésus- Christ, On y fait plusieurs onctions tant avec l’Huile des Catéchumènes qu'avec le saint Chrême, pour marquer l’onction intérieure de la grâce que le Saint-Esprit répand dans l'âme de celui qu’on baptise; car, cumme l'huile pénètre le corps, le fortifie et guérit ses plaies, ainsi la grâce qu’on reçoit dans le Baptème pénètre le cœur et le fortifie contre les passions.

Celui qui doit être baptisé reste d’abord à l’entrée de l’église, pour marquer qu’étant esclave du démon, il n’a aucun droit d'entrer plus avant dans la maison de Dieu, à cause du péché originel dont il est souillé.

Là le prêtre marque l’enfant du signe de la Croix sur le front et sur la poitrine ; il fait sur lui des exorcismes our éloigner de lui le démon; il lui met du sel dans la

ouche pour signifier qu’il va lui communiquer l’esprit de sagesse. Puis, ayant de nouveau fait le signe du salut sur le front de l’enfant, avec défense au démon de jamais oser violer ce signe auguste, il invoque etconjure instamment Dieu, auteur de toute lumière et de toute vérité, en faveur du nouveau serviteur qui est présenté à son service, En introduisant l’enfant dans l'Eglise, il demande aux parrain et marraine de réciter avec lui le Symbole des Apôtres, l’Oraison Dominicale et la Salutation Angélique,

Il fait encore des exorcismes, touche les oreilles de l’enfant avec de la salive, en demandant qu'elles soient ouvertes aux vérités du salut, et repousse de nouveau le démon.

Les exorcismes ainsi terminés, le prêtre exige une renonciation formelle à Satan, puis il fait à l’enfant l’onction avec l’huile des Catéchumènes,

Evsuite il lui fait faire une profession de foi en l’interrageant sur les points principaux du Symbole. Et enfin, sur son désir formellement exprimé, il lui administre le Sacrement au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, et achève sa consécration par l’onction du saint Chrême

au sommet de la tête, qu’il revêt ensuite d'un vètement blanc, symbole de l'innocence de l’âme régénérée par l’eau sainte qui vient de couler sur le front.

2. Les parrain et marraine interviennent dans le Baptême solennel pour présenter à l’église celui qui doit être baptisé, être témoins de son Baptême, répondre pour lui s’il n’a pas l’usage de raison, et lui servir de caution pour

la grâce reçue dans ce Sacrement.

3. L'obligation des parrains et des marraines est d'aimer leurs filleuls comme leurs enfants spirituels, et de veiller à leur éducation et à leur conduite pour qu'ils remplissent fidèlement les engagements de leur Baptême. Ils doivent y veiller par leurs prières, par leurs exemples et leurs avis dans les circonstances où ils le peuvent. Ils contractent avec l’enfant, et les parents de l'enfant, une alliance spiritueiie dont l'Eglise a fait un empêchement dirimant au mariage. '

EXEMPLE.—Lorsque le dauphin, père de Louis XVI fit suppléer les cérémonies du Baptême de ses enfants, i se fit apporter le registre de la paroisse où leurs noms avaient été inscrits; et, l'ayant ouvert, il leur fit remarquer que celui qui les Lo robes était le fils d’un pauvre artisan, et leur dit ces belles paroles: ‘“ Vous le voyez! mes enfants, aux yeux de Dieu, les conditions sont égales, et il n’y a de distinctions que celles que donnent la foi et la vertu, Vous serez un jour plus grands que cet enfant dans l'estime des peuples; maisil sera lui-même plus grand que vous devant Dieu, s’il est plus vertueux.”

ARTICLE IV

Promesses du Baptéme.

1. Présentés à l’église pour y recevoir le saint Baptême, on nous a demandé si nous croyions en Dieu, si nous voulions vivre selon les maximes de l'Evangile, et si nous renoncions de cœur et d'affection au démon et à ses pompes, au monde et à ses maximes; et ce n’est qu'après une réponse formelle et affirmative qu’on nous à admis au nombre des enfants de Dieu.

mcm

2. Pourquoi donne-t-on un parrnin et une marraine à ceux qui reçoivent le Baptême ?—3 Quelle est l'obligation des parrains ct des marruines envers les baptisés et envers l'Eglise ?

1. Quelles sont les promesses du Baptême, et quelle est leur importance pour le salut ? !

2. C'est donc à la face du ciel et de la terre, en présence de Dieu et de ses Anges, que nous avons promis de nous soumettre à la Loi de Jésus-Christ, et de l’observer dans toute son étendue, Nous n'avions pas, il est vrai, l'usage de la raison quand nous avons reçu le Baptème ; mais c’est pour nous et en notre nom que ces promesses ont été faites ; nous les avons ratifiées depuis, toutes les fois que nous avons fait profession publique du Christianisme ; nous les ratifions encore tous les jours par le signe de la Croix, la récitation de l’Oraison Dominicale, l’assistance au saint sacrifice de la Messe, la participation aux Sacrements. Nous ne sommes done plus à nous, nous appartenons à Dieu ; notre âme, notre corps, tout est à lui. Suivre les maximes du monde, rechercher ses vanités, aimer les pompes du démon, rougir de l'Evangile, ce serait renoncer à la qualité de Chrétien, violer ses engagements, devenir prévaricateur, fouler aux pieds le sang de Jésus-Christ, outrager l'Esprit saint, et le chasser honteusement de son cœur, N'oublions donc jamais que ces promesses sont écrites dans le livre de vie, que Dieu les garde dans le ciel, et qu’elles deviendront le sujet du jugement que nous aurons à subir à l'heure de notre mort, Notre salut, notre éternelle destinée déend de notre fidélité à les remplir. Pour ne pas les ou-

lier, nous devons les renouveler souvent, et remercier sans cesse le Seigneur de nous avoir arrachés à la puis-

sance des ténèbres pour nous appeler au royaume de son Fils,

ExEMPLE.—Nous lisons dans l'Histoire de l'Eglise qu'un saint diacre nommé Murrita, re tenu sur les fonts sacrés un jeune homme nommé Elpidophore, eut la douleur de le voir devenir apostat, et persécuteur des Chrétiens. Un jour qu'il exerçait publiquement la persécution au milieu d'une foule immense, le saint diacre parut tout à coup ; il avait conservé les vêtements blancs dont Elpidophore avait été revêtu lorsqu'il fut baptisé, et, les lui montrant, il lui adressa ces foudroyantes paroles ‘ “ Voilà les témoins de ton apostasie ; ces témoins t’accuseront au tribunal du souverain Juge. La voilà, cetta robe blanche dont je t'ai revêtu sur les fonts sacrés ; ella demandera vengeance contre toi ; elle se changera en un

2 Les promesses du Baptême obligent-elles, quoiqu’on les ait faites par l'organe des parrains et des marraines avant d'avoir l'usage de Ja raison ? Quand et comment ratifie-t-on les prornesses du Baptême? Pourquoi faut-il renouveler souvent les promesses du Baptême ?

vêtement de feu, de flammes qui te dévoreront pendant l'éternité tout entière.” Ceux qui entendirent ces paroles fondirent en larmes, et Elpidophore se retira couvert de confusion.—/}Histoire de l'Eglise,

Page 1