‹ Traité des devoirs du chrétien envers Dieu [microforme]Chapitre 96 sur 173 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ARTICLE PREMIER

Nature, forme et nécessité de la Pénitence.

1. La Pénitence est un Sacrement qui remet les péchés commis après le Baptème, quelque grands et en quelque nombre qu’ils soient, pourvu que le pécheur s’en accuse avec les dispositions nécessaires. Ce Sacrement a été institué par Jésus-Christ lorsque, après sa résurrection, il souffla sur ses Apôtres, et qu'il leur dit : ‘“ Recevez le Saint-Esprit ; les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez.”?

2. La forme de ce Sacrement consiste dans ces paroles du prêtre qui l’administre : Je t’absous.....……. ,au nom du Père, etc. Les trois Actes du pénitent, savoir : la Contrition, la Confession et la Satisfaction, doivent accompagner l’Absolution, sans quoi le Sacrement est nul pour la rémission des péchés, et l’on commet un sacrilège.

3. Celui donc qui est coupable de péché mortel ne peut en obtenir la rémission que par ce Sacrement, ou, dans le cas d’impossibilité de le recevoir, par un Acte de Contrition parfaite qui renferme le désir ardent de le recevoir. Que personne ne dise : Je fais pénitence en mon particulier, je fais pénitence devant Dieu. Cela ne suffit pas, dit saint Augustin, il faut recourir au Sacrement. Comme les péchés commis avant le Baptème ne peuvent être remis que par ce premier Sacrement, de même les péchés commis après le Baptème ne peuvent être effacés que par le sacrement de Pénitence.

1, Quels sont les effets üx sacrement de Pénitence?—2. Quelle est la forme de ce sacrement, et quels actes ou parties doit-il renfermi:r nécessairement ?—3, A quoi ce sacrement est-il nécessaire ?—Comment et dans quel cas peut-il être suppléé ?

4, Nous parlons des péchés mortels ; car pour ce qui est des péchés véniels, on peut en obtenir la rémission par des prières et d’autres bonnes œuvres. Il est cependant utile de les soumettre au Sacrement et d’en recevoir l’absolution, parce que c’est toujours le moyen le plus efficace d’en obtenir le pardon, et parce que l’absolution que l’on en reçoit augmente la grâce en nous. il n’est d’ailleurs pas toujours facile de distinguer ce qui est péché véniel de ce qui est péché mortel,

5. Le sacrement de Pénitence est donc comme un second Baptême offert aux pécheurs qui auraient perdu la grâce du premier ; mais ce second Baptême est un Baptême pénible et laborieux, qui demande des larmes, des gémissements, des travaux. Au lieu que, dans le premier, Dieu, voulant signaler sa pure miséricorde, tient le pécheur quitte de tout sans se rien réserver ; dans le second, par une conduite mêlée de miséricorde et de justice, il ne se réconcilie avec lui qu’à des conditions dures et humiliantes. D'ailleurs, les saintes rigueurs de la Pénitence sont non-seulement un remède salutaire pour l’expiation des péchés passés, mais encore une espèce de frein qui en arrête le cours, qui réprime les passions de l’homme, et qui l’oblige d’être à l’avenir plus vigilant et plus ferme à résister aux attraits séduisants de la chair et du monde.

6. Trois choses sont nécessaires pour recevoir dignement le sacrement de Pénitence: savoir, la Contrition, la Confession et la Satisfaction.

—Mgr de la Mothe d'Orléans, évêque d'Amiens se confessait tous les huit jours ; dans la préparation qu’il faisait pour se bien confesser, il faisait trois stations: la première dans l’Enfer, la seconde dans le Ciel, la troisième sur le Calvaire. Il entrait d’abord par la pensée dans le lieu de tourments, et y voyait la place qu'il croyait avoir méritée au milieu du feu dévorant et éternel, dans la société des démons et des réprouvés. Il remerciait le Seigneur de ne pas l’y avoir précipité, et le priait de lui faire miséricorde ; il lui demandait les grâces dont il avait besoin pour s’en préserver.—Il montait ensuite dans le séjour de la gloire et du bonheur ; il gémissait de ce que par le péché il s’en était fermé les

4. Peut-on se dispenser de recourir à ce sacrement pour obtenir le pardon des péchés véniels?—5. Quelle différence y a-t-il entre cesacrement et celui du Baptême ? — 6. Combien de choses sont nécessaires pour rece=

voir dignement le Sacrement de Pénitence ?

portes ; il suppliait le Seigneur de le lui ouvrir, et invoquait les Saints.— Il allait ensuite, par la pensée, au Calvaire : là, fixant attentivement et avec amour son Sauveur crucifié, il se disait à lui-même: ‘ Voilà mon ouvrage ! je suis la cause des douleurs que Jésus-Christ a endurées ; j'ai coopéré par mes péchés avec les autres pécheurs à couvrir de plaies le corps de l'Homme-Dieu, à le crucifier, à lui donner Ia mort, O Jésus, quel mal m'avez-vous fait ? Comment ai-je pu vous traiter ainsi, vous qui m'avez aimé jusqu'à l’excès, vous que je devrais aimer d’un amour infini, si je pouvais vous aimer infiniment ? C’est parce que vous êtes infiniment aimable que je vous aime et que je me repens de vous avoir offensé.”

Quel fruit ne retirerions-nous pas de nos confessions, quels progrès ne ferions-nous pas dans les voies de Dieu, si nous suivions la méthode de ce vertueux prélat !— Vie de Mgr. de la Mothe.

ARTICLE II

De la Contrition.

1. La Contrition est une douleur et une détestation du péché que l’on a commis, avec une ferme résolution de n’en plus commettre à l’avenir. Cette première disposition est si nécessaire, que sans elle aucun péché, même véniel, ne peut jamais être remis. Une maladie qui ôte l’usage de la parole dispense de la Confession ; une mort prompte exempte de la Satisfaction, au moins dans cette vie ; mais rien ne peut dispenser de la Contrition.

2. Dieu ne promet le pardon qu’à ceux qui se convertissent à lui de tout leur cœur, dans les pleurs et dans les gémissements d’une douleur amère et profonde, à ceux qui déchirent leurs cœurs, et non pas leurs vêtements. La Contrition, pour être véritable, doit avoir quatre caractères : 1° Elle doit être intérieure, c’est-à-dire dans le cœur, et non pas seulement sur les lèvres ; il ne suffit pas de lire ou de prononcer des actes de Contrition ; c’est le cœur qui a péché, c’est dans le cœur que doit être la douleur et la détestation du péché. 2° La Contrition doit être surnaturelle : il faut qu’elle soit excitée par un mouvement du Saint- Esprit, et non par un mouvement de la nature ; car détester le péché parce qu’il nous à causé quelque malheur

1. Qu'est-ce que la Contrition, et quelle est sa nécessité ?—2, Dites quels sont les caractères de la véritable contrition. |

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temporel, comme un châtiment, une maladie, une yperte de biens, ce n’est point là une contrition suffisante pour en obtenir le pardon ; il faut s’en repentir en vue de Dieu, parce que le péché l’offense et qu’il lui déplaît ; il faut donc que le repentir soit produit par la grâce et par des motifs de foi. 3° La Contrition doit être souveraine, c’est-à-dire l’emporter sur toute autre douleur ; en sorte que nous soyon: disposés à tout perdre plutôt que de retomber. En effet, le péché est le plus grand de tous les maux, et il nous fait perdre le plus grand de tous les biens, le souverain bien : nous devons donc en être plus afligés que de tous les maux du monde. Iln’est cependant pas nécessaire que cette douleur soit sensible ; elle peut être au fond de notre cœur, sans se manifester au dehors autrement que par les œuvres qui en sont l’effet et la preuve. 4° Enfin la Contrition doit être universelle, c'est-à-dire qu’elle doit s'étendre à tous les péchés mortels que l’on à commis. On n’a point une véritable Contrition s’il y a un seul péché mortel auquel le cœur demeure attaché, puisque par cet attachement à un péché mortel on reste dans la haine de Dieu. Il n’y en a donc aucun que nous ne devions détester, si nous voulons rentrer en grâce avec Dieu.

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