DES
DE .PROVINS (i).
A. U bas des collines qui bordent, au nord et à l’est, la ville de Provins, on remarque , au printemps et dans les temps pluvieux, beaucoup de veines d’eaux minérales ferrugineuses , recon-
(i) Cette ville très anciennement renommee par ses roses, et depuis par ses eaux minérales, est à vingt lieues de Paris, sur la grande route d’Allemagne et de Suisse. Elle contient près de 6,000 âmes; elle se partage en ville haute et en ville basse : c’est un quartier pour les
noissables tant au goût qu’à une pellicule irisée qui couvre leur surface.
Elles sont très abondantes dans le pré qui se trouve entre les fossés de la ville et le chemin qui passe au bas du clos de l’hôpital général. On voit aussi des traces d’eaux ferrugineuses du côté de St.-Brice et dans plusieurs autres endroits.
troupes. On y trouve des médecins instruits, des pharmacies bien montées, des bains publics bien tenus, etc.
La fontaine minérale est sur de pelles promenades; les rues de la ville sont larges et aérée*; plusieurs fontaines donnent dans chaque quartier une eau saine et pitre; une police exacte et surveillante s’occupe de tous les moyens qui peuvent contribuer à la salubrité. Il y a une biblioüièque publique; la société y est très bouue, et les étrangers y sont parliculicremeut bien accueillis.
Comme plosietirs articles de ce traitt^ sont extrait* de la Minéralogie de Provins, nous y renvoyons pour de plus grands détails. Elle se trouve chez Lsbeav, imprimeur-libraire à Provins.
Dans le pré dont je viens de paider, il y a un espace assez grand dans lequel, en quelqu’ endroit que l’on fouille, on trouve des eaux ferrugineuses. Lorsqu’on y creuse quelques pieds de profondeur, on remarque que la terre qu’on en retire est compacte, ductile, grasse au toucher, et par lits de couleurs rouge , jaune , enfin noire. On voit sur les côtés de ce fossé ruisseler une eau claire, dont la saveur est douceâtre, légèrement sucrée , ferrugineuse et astringente. Elle laisse sur la terre d’où elle sort des empreintes rougeâtres avec une pellicule argentine, et ressemblant à une espèce de guhr.
Ces matières ne se dessèchent pas à l’air, ni même sur le feu. Elles conservent toujours une consistance molle.
L’eau ferrugineuse se v réunit au fond du fossé J elle se trouble et se couvre d’une peUicule forte qui présente les couleurs de l’iris, et dépose une terre d’un jaune tirant sur le louge. On voit
aussi nager dans celle eau des flocons légers de même couleur, el qui sont de la terre martiale soutenue par des bulles d’air, Pierre Legivre, médecin à Provins, avoit fait toutes ces observations dès la découverte et rétablissement de la fontaine minérale.
C’est sur le bord de ce pré, et très près des murs de la ville, qu’est ouvert le puits minéral, appelé plus communément la fontaine minérale, qui fournit l’eau pour le service des malades. C’est improprement que l’on dit que cette eau a été découverte eu 1648, puisque, comme nous avons dit, elle sort d’elle-mêine, et paroît à la surface de la terre, 11 seroit plus exact de dire que celte année-là on fit, pour la première fois, des fouilles, et qu’on rassembla dans un bassin les veines d’eau minérale qui fournissolent le plus.
Ce fut un médecin de Provins , nommé Michel Prévôt , qui , dans l’in-
tenlion d’appliquer ces eaux aux usages, de la médecine, entreprit à ses frais ce pi’emier travail (i). Le succès surpassa l’attente , et , en reconnoissance du service qu’il avoit rendu à l’humanité , ses concitoyens lui accordèrent l’exemption de logement de gens de guerre, et de taille, ainsi qu’à sa veuve, sa vie durant.
Les meilleures choses éprouvent à leur naissance des contradictions, et même ont peine à s’établir : c’est ce qui arriva aux eaux de Provins; mais les bons effets qu’elles ne tardèrent pas à produire sur un grand nombre de malades, firent taire les envieux et les malveillans , et firent revenir ceux qui s’étoient prévenus contre ces eaux qu’on disoit être les égoûts de
(i) Ainsi qu’il est d’usagjs dans les traites d eaux luine'rales, je donnerai la partie histr rique de ces eaux, jusqu’à l’époque actuelle.
la prairie , et qu’on vouloit faire passer pour impures et mal-saines.
Le bassin où se réunlssoient ces sources minérales fut appelé d’abord la fontaine de St.-Micliel, en l’honneur de Michel Prévôt à qui on la devolt.
Mais, comme le pré se trouve être sur la paroisse de Slc.-Croix, on lui donna par la suite le nom de fontaine de Stc.- Croix, pour la distinguer d’une autre qui fut découverte peu de temps après, et dont il sera parlé plus bas.
En 1O54 > Etienne Rose , père de Toussaint Rose, secrétaire du cabinet de Louis xiv, ayant ele élu maire de Provins , contribua a 1 etablissement et à l’ornement de la fontaine minérale. Probablement que ce fut alors qu’on construisit le puits que l’on voit aujourd’hui. Quelques années après, Qulrlace Erélon, conseiller du roi, et maire de la ville, acheva ce qui avoit été commencé par Etienne Rose , son prédécesseur, et, considérant que la
fontaine avoit besoin d’être bien entretenue , il y établit un fontenier particulier pour avoir soin de la conserver toujours en bon état, et donner cours aux eaux dans toutes les saisons.
Ce fut aux soins et aux ouvrages de Pierre Legivre, médecin à Provins, et originaire de Château-ThieiTy (i), que les eaux de cette fontaine doivent la réputation qu’ elles ont eue d’abord. Il commença à écrire sur ces eaux en
1654, et donna plusieurs ouvrages sur leur nature et sur leurs propriétés médicinales j un, entr’autres, écrit en latin, imprimé en 1682 : c’est le dernier et le plus complet. On voit, dans cet ouvrage, que son sentiment sur l’état du fer dans ces eaux fut combattu par des médecins de Paris et de Montpellier, et qu’il étoit l’élève de Guenaut, premier médecin de Louis xiv.
(i) Les details que l’on vient de lire sur ces eaux sont extraits des ouvrages de ce mëdecia.
Il lui dédia même une analyse de ces eaux, imprimée en 165g,
On sent combien des analyses faites dans un temps où la chimie étoit encore dans l’enfance dévoient être informes. Suivant P. Legivre, les eaux de Provins coulenoient le fer résous en ses cinq principes, savoir ; en mercure, soufre et sel, principes utiles, et en terre et flegme, principes inutiles.
On voit que , comme chimiste , P. Legivre ne peut être d’aucun secours pour déterminer les prlnclpés qui miuéralisent ces eaux j mais, comme il étoit bon observateur, savant médecin, et qu’il n’a cessé, pendant plus de trente ans, de ‘s’occuper des propriétés médicales de ces eaux, son autorité doit être pour nous d’un grand poids sous ces derniers rapports. Les cures intéressantes et très multipliées, qu’il avoit vu s’opérer sous ses yeux, les lui faisolent appeler la 'vraie panacée, le vrai cathoUcon et pendiima-
gogiie qui purge toutes les humeurs, 11 les eslimoit supérieures à plusieurs eaux ferrugineuses très en réputation, 11 nous dit qu’il étoit d’une complexion très délicate, et toujours infirme, et que c’est à l’usage de ces eaux qu’il doit la vie et l’état de sauté où il vivoit depuis nombre d’années.
Les éloges que P. Legivre fait de nos eaux ne peuvent paroître suspects, car les cures qu’elles avoient opérées, et qu’il 0*116, étoient connues de toute la ville. Il nomme les per-»
sonnes 3 et, comme il y avoit des envieux, nous dit -il, et des gens qui chercboient à déprécier ces eaux, et à mettre en doute leur efficacité, il n’a pu rien avancer de hasardé.
Nous avons vu que, dans les premiers temps où l’on faisoil usage de ces eaux , il y avoit des constructions commodes et agréables pour les malades. P. Legivre nous dit aussi qu’étant tombé malade, en i654, et tous les remèdes
( lO )
ordinaires ne lui procurant aucun soulagement , il attendit avec impatience qne les batimens de la fontaine fussent achevés. Ces constructions ont été détiuites apparemment, et ne furent pas rétablies : depuis long-temps il n’en existoit aucun vestige, ni aucun souvenir. En lySG, on abandonna une demi-lune du rempart au fontenier , pour y construire un petit batiment, et c’est celui qu’on voit aujourd’hui. Le fontenier y avoit établi sa demeure.
{f^'ojez le post-scriptum, i.)
Quant au puits minéral , jusqu’en i8o5, on n’en avoit pris aucun soin. Il éloit resté isolé dans la prairie, exposé à être submergé à la première inondation, n’étant élevé que d’un pied et demi au-dessus de la terre. Un mauvais couvercle de bois et une simple serrure , que plusieurs clefs pouvoient ouvrir, en fermoient l’ouverture, et ne pouvoient empêcher que de jeunes étourdis n’altérassent ces eaux en in-
Iroduisant dans le puits des matières étrangères et nuisibles.
Il n’y avoit pas encore eu d’inspecteur pour ces eaux, lorsque, sans m’y attendre, j’en reçus le brevet, daté de Mayence, le 5 vendémiaire an i5. Jusque-là je ne m’etois occupe que de recherches sur les propriétés physiques et médicinales de ces eaux , mais je regardai dès lors comme mon premier devoir de m’occuper des moyens de mettre la fontaine à 1 abri de tous accidens , d’en decorer 1 extérieur , et d’inspirer par i là plus de confiance aux malades. M. Moreau (i), homme plein de bonne volonté et de zèle pour
(i) M. Moreau, un des premiers dessinateurs de Paris, possède à Provins une maison, cloître de St. -Quiriace, où il vient passer quelques temps. Le nom de la rue, où il n’y a que cette maison, u’claut plus connu, on lui donna, sur ma proposition, le nom de rue des Beaux-Arts, en reconnoissance du service que nous avoit rendu ce célèbre artiste.
notre ville, m’envoya les plans d’un petit monument pour notre fontaine, d’une galerie ou promenoir , et de quelques autres bâtimens utiles aux preneurs d’eau; mais il n’y avoit aucun fonds pour exécuter la moindre partie de ces plans. Nous avions alors à Provins l’inspecteur général de la navigation de l’intérieur, M. Magin. Nos eaux lui avoient rendu la santé; il leur devoit la vie. A ma sollicitation, il voulut bien déposer les fonds pour la construction du petit monument dans lequel la fontaine se trouve aujourd’hui renfermée. Sa forme demi - circularle est devancée par un péristyle composé de quatre colonnes, surmontées d’un fronton.
Cette bâtisse fut exécutée et finie en octobre i8o5; le mois et l’année que les armées françolses remportèrent , sur la troisième coalition , les batailles si glorieuses d’Ulin et d’Austerlitz. 11 me parut à propos de rat-
tacher la ckite de ce monument à une époque aussi mémonl le, et de faire inscrire, sur la part e de la frise qui regai’de l’orient , ce vers :
Tune hydrarn clâvà sternebat gallia victrix. Sur la partie de la frise, à l’occident, on lit l’inscription suivante, qui rappelle le souvenir de celui à qui nous devons ce monument :
Munificentiâ civis grati, ob sanitatem mire redditam.
Lorsque le matin on enlève le couvercle qui ferme le puits minéral, on remarque à la surface de l’eau une pellicule nuancée des couleurs de l’iris. Elles ont une odeur qui leur est particulière , et qui se fait plus sentir dans les chaleurs.
Quand le temps se dispose à l’orage, et lorsque le baromètre descend et indique la pluie ou la tempête, ces ces eaux se troublent dans leur source j elles blanchissent, et des bulles d’air
en grande quantité se réunissent à leur surface , ét forment une espèce de mousse. Ces obsei*valions se faisoient mieux lorsque le puits étoit à découvert : alors il étoit une espèce de baromètre pour les propriétaires de la prairie, qui retardoieiit la fauche de leurs prés, si l’état de la fontaine iiidiquüit un orage ou une pluie prochaine.
J’ai fait voir, dans ma minéralogie , que les temps humides et orageux occasionnoient de grands changemens dans les eaux communes; mais l’état de l’atmosphère influe plus puissamment sur nos eaux minérales. La colonne d’air, dans les temps de pluie et de tempête, devenue plus légère, comme l’indique le baromètre, et pesant moins sur ces eaux, il s’y opère une sorte de dilatation; les liens déjà si relâchés qui unissent leurs principes minéraux se rompent en partie; une portion de leur air, ou de leur acide, sous cette forme , se détache et pai'oît
en bulle à leur surface j et les terres, devenues libres, troublent leur transparence. Les eaux aussi moins comprimées pressent moins à leur tour sur les dépôts qui se trouvent au fond de la fontaine : alors les parties les plus légères des terres qui forment ces dépôts remontent, se mêlent aux eaux , et les blanchissent. Ce n’est pas seulement dans les eaux communes et dans les eaux minérales que les variations de l’atmosphère exercent leur influence; je démontre, dans ma minéralogie, qu’elles exercent ime action puissante sur les fluides des végétaux et des animaux ; ce qui a été la matière d’un mémoire à l’institut, qui a paru intéresser les physiciens.
Nos eaux minérales , examinées sortant de la fontaine , ont en tout temps un coup d’œil un peu louche; elles tiennent suspendues beaucoup de petites masses isolées qui leur ôtent leur transparence ; on peut de suite les dé-
pouîller de celte terre étrangère, en les lîllrant; elles passent alors parfaitement claires. La terre restée sur le filtre eslaiiie terre ocreuse et cxilcalre, dissoluble dans les acides. Cette terre paroit avoir été originalrcmeiit dans l’état de combinaison, et être le résultat d’une décomposition qu’une partie de ces eaux aura éprouvée à l’occasion des communications qu’elles ont
eues avec l’air extérieur. Il est hors de
doute aussi qu’une partie de ces petites masses isolées s’est détachée du fond du puits où elles étolcnt déposées» et qu’elles se sont mêlées à ces eaux par la forte agitation qui résulte de l’action de les tirer avec un seau.
Ces eaux, sans des causes particulières, serolent donc parfaitement limpides : c’est ainsi qu’on les buvoit dans les premiers temps de leur découverte, où on ne les puisoit pas avec un seau, mais avec des verres, à mesuie qu’on vouloit les boire.
Ces eaux n’appartiennent pas a la classe des eaux gazeuses j cependant elles ne sont pas dépourvues de gaz.
Une bouteille pleine de ces eaux , bouchée brusquement , et maniée sans précaution , saute quelquefois en éclat , comme elle le feroit avec du vin mousseux. P. Legivre nous dit même que plusieurs bouteilles pleines de ces eaux et bien bouchées ont été cassées, quoiqu’on les maniât fort doucement, et qu’il en an-ivoit autant aux verres avec lesquels on les puisoit souvent; effet , dit - il , qu’il faut attribuer à l’abondance et à la violence des esprits que ces eaux contiennent. Ces effets actuellement sont moins sensibles. Quelle en est la raison? {Voyez te post-scriptum.)
Si l’on tient ces eaux dans une bouteille exactement bouchée , elles n’éprouvent aucun changement, seulement les molécules stagnantes et non combinées se déposent au fond, et les
eaux reprennent leur limpidité. Ces eaux ont un goût feiTugineux, douceâtre, astringent; elles l’ougissent légèrement la teinture du tournesol. Quelques personnes, dans les temps chauds, leur trouvent une petite acidité. P. Legivre avoit fait cette même remarque; ‘ . il dit aussi que plusieurs buveurs d’eau la faist)ient comme lui.
Ces eaux , tirées de la fontaine et filtrées de suite , ne tardent pas à se troid)ler; bientôt elles deviennent d’un jaune opaque. 11 se forme des bulles d’air au fond et aux parois des vaisseaux qui les contiennent; elles s’éclaircissent à mesure que celte terre jaunâtre se dépose; leur surface se couvre d’une pellicule graisseuse et de couleurs variées. lüles ont alors perdu leur odeur, toute leur saveur , et leur qualité minérale. 11 y a des temps où, après deux et trois jours , elles conservent encore quelques propriétés minér.ales, que la noix de galle rend sensibles.
Dans les endi’oits de la prairie où se ramasse un peu d’eau minérale, elle est aussi couverte d’une pellicule graisseuse et irisée ; mais j’ai remarqué que, sous cette pellicule, l’eau avoit une saveur minérale, ce qui prouveroit que la pellicule , une fois formée , conserve minérale l’eau qui se ramasse dessous, en lui interceptant la communication avec l’air. Elle est à cette eau ce qu’est aux sucs sucrés et fermentescibles la couche d’huile que '
l’on met dessus pour les conserver sans altération. Il seroit curieux d’essayer si, en doublant et triplant la couche de pellicules, ou en mettant une certaine quantité d’huile sur ces eaux , contenues dans une bouteille d’étroite ouverture , on empêcheroit ou retarderoit leur décomposition j ce qui pourroit présenter quelques avantages.
La fontaine minérale, qui anciennement portoit le nom de fontaine de
Ste.*Croix, est la seule qui existe aujourd’hui. En i653 ou en ouvrit une autre, ainsi que je l’ai dit plus haut, pi'ès de l’église de Notre-Dame-des- Chainps (i); ce qui lui fit donner le nom de fontaine de Notre-Dame, Elle avüit, comme celle de Stt.-Croix, la forme d’un puits s’élevant dans les derniers temps à environ un pied et demi de terre : ce puits se trouvoit au milieu du chemin de charroi qui conduit de la porte de Ti’oyes à Saint- Brice. Nous voyons, dans les ouvrages de P. Legivre, qu’elle contenoit les mêmes principes que la fontaine de Ste.-Croix , mais dans des pi’oportions moins fortes. Elle éloit moins active j ce qui, dans quelques circonstances la faisoit préférer à celle de Ste.-Ci'oix, On ne sait pas quand on a cessé d’en faire usage j ce qui est certain, c’est
(i) Cette église D'existe plus par suite de la révoluliou.
qu’il y a bien cinquante ans qu’il n’en existe plus rien. Cette fontaine avoit aussi ses pyrites, mais d’une forme particulière, (P'ojez la minéralogie.)
Le médecin, P. Legivre, étoit le seul qui eût écrit sur nos eaux minérales (x). Lorqu’en 1770 je donnai au public une nouvelle analyse de ces eaux, je ne me contentai pas de les analyser , je fis des recherches aux envii'ons de la fontaine. Je fus assez heureux pour découvrir , dans des fouilles profondes , faites sur la colline qui domine la prairie où se trouve notre fontaine, un lit de deux pieds de pyrites, qui coupe un grand banc
(i) Ce qui a paru en 1^38 n’étant que l’extrait fidèle de ses ouvrages.
Dans les mémoires de l’académie des sciences, année 16 , on voit que toutes les eaux mi-
nérales de Diance ont été, par ordre de l’académie , soumises à l’évaporation , et que celle de Provins a laissé un résidu de 17^5*
de glaise. Ce lit de pyrites se continue et descend dans la prairie, où il se trouve encore mêlé avec une terre argileuse. Dans des fouilles faites en descendant vers la prairie, ou remarque que les pyrites perdent de plus en plus de leur solidilé^ et ne paroissent plus que sous la forme d’un sable humide, couleur d’ardoise foncée, et dans une disposition très prochaine à s’eftlcurir et à donner des sels. Dans la prairie, ce sable pyriteux se trouve mêlé avec la terre argileuse à laquelle il donne une couleur noirâtre.
P. Legivre , comme nous l’avons vu, avoit remarqué qu’eu creusant le terrain , pour chercher des veines d’eaux minérales , on trouvoit différentes couches de terres argileuses, jaunes et rougeâtres, et d’autres tirant sur le noir. Les couches noirâtres sont dues à la pyrite réduite en ses parties intégrantes j les couches jaunes et rouges sont le fer de la pyrite ,
décomposé et plus ou moins oxidé.
( Nous renvoyons à la minéralogie de Provins , pour de plus grands détails sur la pyrite et son analyse. ) Ces pyrites contiennent beaucoup de soufre et de fer, de l’alumine et du manganèse. Elles s’effleurissent spontanément et se couvrent en peu de temps de filamens déliés qui deviennent ensuite des cristaux de sulfate de fer, sur lesquels s’élève une végétation en filets minces , serrés, blancs , brillans, soyeux et extrêmement légers; ce qui est un véi’ilable alun de plume, substance très rai'e. Quelques bons cliimisles, même M. Sage {Elém.
de minéralogie , tome 2, page 186), en nient l’existence, et prétendent que ce n’est qu’un vitriol déguisé. Mais une preuve, sans réplique, que celui que donnent nos pyrites est de l’alun de plume , c’est que , si on le décompose par un alkali , la terre qui se précipite peut se dissoudre dans l’acide
sulfurique, d’où s’ensuivent des cristaux d’alun.
Le sulfate de fer de la pyrite dissout dans une pinte d’eau commune, à la dose de deux grains, avec une portioncule d’alun de plume, forme une eau minérale toute semblable , quant au goût et aux propriétés médicinales, à celle de la fontaine (i).
Ce sulfate de fer se décompose dans l’eau , et s’oxide plus promptement que celui que l’art compose; ce qui annonce un acide plus volatil ou une combinaison moins parfaite.
Je profilai des fouilles qui avoient été* faites pour extraire de la glaise à l’usage d’une tuilerie, et je me procurai toutes les pyrites (plusieurs quin-
(i) Il est à remarquer que P. Legivre, dans un de ses ouviagos, a dil qu’il a trouvé h ces eaux une saveur alumineuse. Il est question de cette obser>ation de Legivre, dans le journal de pharmacie, à l’occasion des eaux de Torges.
taux) qui s’y trouvoienl. Ces fouilles qui sont a l’occident et très voisines du lieu dit l’Hermitage, et dont on verra long-temps les traces, ne se renouvelleront plus': la glaise ne pouvant plus se' tirer avec profit de ces endroits, on n’at plus l’espoir de se procurer d’autres pyrites, quand les premières seront épuisées de sels.
L’identité des propriétés de l’eai* de la fontaine, et de celle préparée avec les sels, me donna lieu de croire qu’on pouvüit tirer un parti très avantageux, pour les malades, des sels de la pyrite. En effet, nos eaux ne se prenant que ipendant deux saisons, et en tout l’espace de trois mois dans une année, on fit bientôt usage des sels pendant les autres neuf moisj et même dans la saison des eaux, quand le temps étuit pluvieux ou froid , les malades prirent chez euXj l’eau minérale faite aveci les sels. Ceux que l’eau de la fontaine incommodoit, à cause du vo-
lume d’eau qu’il falloit en prendre , et que leur estomac ne pouvoit supporter, eurent recours aux sels qui leur réussissoient, parce qu’étant maîtres de les étendre dans une moindre quantité d’eau , ils pouvoient prendre dans une demi - bouteille d’eau la quantité de sels qui dans la fontaine représentoit une bouteille.
Ces sels se distribuoient par paquets pour une bouteille , et dosés suivant les proportions qui me parurent exister dans l’eau de la fontaine. Les étrangers, en quittant les eaux, emportoient une quantité de paquets de sels. Leur réputation s’étendit, et il y en eut des déptits à Paris {chez M, Costel, pharmacieti) et dans quelques autres villes : des médecins de la capitale en conseilloient l’usage. C’étoit la première fois qu’on voyoit des sels principes d’une eau minérale, présentés par la nature, et n’étant dus à aucun procédé de l’aiU
Ces sels, dont les succès étoient à la connoissance de tout le monde , n’eurent point de contradicteurs j les • médecins étoient les premiers à les conseiller. M. Naudot, médecin habile, et qui étoit le plus consulté à Provins par les preneurs d’eau, en recommandoit beaucoup l’usage. Il a fait l’éloge de ces sels dans le journal de médecine, de juillet 177g. « Les eaux de » Provins , dit - il , doivent leurs dif- » férens sels et leurs vertus à des pj- » rites qui donnent un vitriol de fer,
» lesquelles se trouvent dans un banc » de glaise , au-dessus de l’endroit où » la fontaine est ouverte. C’est de ces » pyrites que M. Opoix est parvenu » à extraire les sels principes de nos » eaux , dont il a publié la découverte » dans le journal de physique de » Rozier, août 1 777 .... Ces sels peu- » vent tenir lieu des eaux ; ils les )j imitent parfaitement, ils en ont les ‘ » propriétés.,,. Les expériences mul-
» tipliées de toutes les personnes de » l’art, dans Provins et dans les en- » virons, la mienne, si elle peut être » de quelque poids, en sont un sûr » garant.... Nous avons pensé rendre » service au public en cherchant à » faire connoître la découverte de » M. Opoix (i) ».
L’analyse que je donnai de ces eaux , en 1770 (a), paroîtroit bien imparfaite aujourd'hui (jue l’on a trouvé d’autres moyens d’analyser, qui rendent le travail plus facile et plus sûr. D’autres chimistes, depuis, ont analysé ces eaux,
(0 “ Eu rcconnoissance des services que
» M. Opoix. a rendus k nos eaux, le conseil de » la ville l’a exemple de logement de gens de » guerre et de fourniluies aux casernes. »
(a) Elle fut accueillie dans le temps; voyez dans la minéralogie, page i a3 , l’approbalion motivée de M. Lassonc, premier intklecin du roi, et ce qu’en a dit le célèbre Macquer, jounial des savaus, janvier 1771*
et, comme il arrive ordinairement, aucuns ne se sont rencontrés. J’en ai fait dans ces derniers temps plusieurs fois l’analyse, mais je me garderai de la donner ici , parce que n’étant pas d accord sur quelques points de la chimie avec les chimistes actuels, mon travail seroit à bon droit suspect. Je ne puis mieux faire que de rapporter l’analyse que viennent de faire de nos eaux les premiers chimistes en cette partie, MM. Vauquelin et Thenaixl, par ordre et sous les yeux de la première classe de l’institut, aujourd’hui l’académie royale des sciences. Cette analyse a été faite sur cinquante bouteilles d’eau, envoyées par M. le sous-préfet, et cachetées de son cachet , sur la demande que lui en fit M. Vauquelin.
MM. les commissaires disent , dans leur rapport k l’institut, qu’ils ont mis à cette analyse beaucoup de temps et toute l’attention dont ils sont capables. Nous pouvons donc nous flatter
(l’avoir tout ce qu’on peut faire de mieux dans l’etat présent où se trouve la science. M, Vauquelln, rapporteur, dit aussi que « cela terminera le » grand procès que M. Opolx a depuis » long-temps avec les chimistes (i) ».
V oici ce qui a donné lieu à cette ana-
(l) On verra que cela ne termine rieu, et, qnaud je penlrois ce procès-lë, il en est un autie d’une bien plus grande importance, et où je pouriüis avoir gain de (.anse. J'ai fait voir, lians nia tliroiic des couleurs (à Pans, chez Gabon, libraire, rue île l' Ecole- de -Médecine), que les cliimistcs d’anjoui-d’hui n’ont plus que ■<lc tauàscs notions sur le feu, les combustions, la respiration , les oxidalions , les réductions métallirpics, le soufre, le charbon, le phosphore, les principes de l’eau, rii^ drogênc, etc. Mes preuves sont tinlcs des ouvrages et des expériences mêmes des cliimistes que je combats. J’ai invité la première classe de l’institut et autres sociétés savantes de s’établir juges de ce différent; ce qui a été refusé, et personne n’a répondu. On pourroit croire que c’est parce qu’on a pensé que cela n’en valoit pas la peine; mais voici
lyse faite avec tant d’appareil et d authenticité :
ce qui peut prouver le contraire : L’extrait de ma théorie des couleurs, sous le nom de rapport , et mes opinions , sont imprimés dans le journal de pharmacie (n.® lo, a.* année), dont les rédacteurs, au nombre de sept, sont comptés parmi les plus savans chimistes de Paris. Or voici la note qu’ils ont ajoutée à la fin de l’extrait : « M. Opoix , qui ne tient à ses opi- » nions qu’autant qu’il les croit rigoureusement » vraies , nous prie d’inviter nos lecteurs à nous » faire parvenir toutes les objections qu’ih » roui pouvoir opposer à son seutiment. , » L’importauce de ce mémoire et l’estime par- » ticulière que nous avons pour son respectable m auteur , nous ont engagé à l’imprimer tout » entier, quoiqu’il excède de beaucoup les li- » mites de notre bulletin; mais nous croyons » que nos abonnés nous sauront gré de n’avojr » pas syncopé un rapport aussi intéressant, fl même pour ceux qui n’en admettroient pas » les conséquences et la conclusion ».
Il n’est parvenu à MM. les rédacteurs aucune objection, mais des cncoinagemens pour l’auteur, et de nouvelles preuves qui appuient son opinion.
Nous avons vu que l’eau de la fontaine et l’eau préparée avec le sel des pyrites ne se dislint/uoient pas au gout, et qu’elles avoient les mêmes propriétés médicales. Ou désiroit depuis long-temps savoir d’une manière certaine si l’analyse chimique présenteroit quelques différences quant à l’état du fer dans ces deux eaux :
on ne pouvoit mieux s’adresser qu’à M. ^ auqueliiij il lui fut donc envoyé deux bouteilles, l’ime pleine d’eau minérale récemment puisée , et l’autre contenant de l’eau commune dans laquelle on mit quatre grains de sulfate de fer en cristaux, pris sur la pyrite. Les deux bouteilles furent de suite bien bouchées et cachetées : ce fut en présence de MM. le sous-préfet et le maire que le tout s’opéra , et on y mit la plus scrupuleuse exactitude.
M. Vauquelln, sur la prière qu’on lui en avoit faite, voulut bien analyser ces deux bouteilles d’eau sous les ii.°® i et 2.
Il résulte des analyses de M. Vaucjuelin, auxquelles, comme il l’annonce dans sa lettre , il prit le plus grand soin, que ces deux eaux contiennent le fer uni à l’acide carbonique seulement ( i ) : cependant une de ces deux bouteilles coutenoit quatre grains de sulfate de fer. Ce qui est à remarquer aussi, c’est la présence de la manganèse que M. Vauquelin a trouvée dans ces deux eaux ; ce qu’il donne comme extraordinaire dans des eaux minérales.
Les mêmes résultats, obtenus par un chimiste tel que M. Vauquelin , quant à l’état du fer contenu dans l’eau de la fontaine, et dans celle prépai'ée
(i) Dans son rapport à l’institut, M. Vauquelin dit qu’il est probable qu’il n’a analysé que le numéro i • mais il a également opéré sur le numéro 2. Ces deux analyses existent, et sont signées de lui. Il trouve dans les deux des traces de manganèse, et estime que toutes les deux doivent avoir les mêmes vertus.
avec le sel de la pyrite, joint à l’identité reconnue des propriétés médicales de ces deux eaux, appuyoiciit on ne peut mieux mon opiïiion , que nos eaux dans leurs sources contenoient un léger sulfate de fer qui, à la vérité, échappe aux expériences, et que ce n’élüit pas les connoître que de ne les juger que par les produits de l’analyse. Ayant de meme Heu de croire que ce qui arrivoit à nos eaux pouvoit leur être commun avec les autres eaux minérales ferrugineuses froides, je crus qu’il étoit de l’intérêt de la science d’attirer sur mon opinion l’attention des savans. Je présentai donc à l’institut un mémoire portant ce titre :
Invitation à la première classe de l’institut de résoudre cette question :
Doit-on en chimie ne juger de la nature des choses que parce qu’on en voit? et, lorsqu’on ne trouve, par l’aualyse d’une
eau ferrugineuse, que de l’acide carbonique uni au fer, doit-on en conclure que c’est nécessairement un carbonate de fer qni constituoit celte eau minérale à sa source ?
Après avoir rapporté dans ce mémoire ce qu’on a vu plus haut : l’identité généralement reconnue des propriétés médicales de l’eau de la fontaine, et de celle préparée avec le sulfate de la pyrite; les analyses des deux eaux, par M, Vauquelin, je cite le fragment suivant d’une lettre que m’écrivoit , en septembre i8o^ M, Chaussier, médecin , qui jouit, à Paris d’une haute réputation. « J’ai visité , monsieur , *» avec le plus grand intérêt , l’établis- » sement des eaux minérales de votre » ville. Je ne les ai pas assez exami- » nées pour prononcer sur tous leurs » principes ; d’après la seule dégusta- » tion, je ne puis douter qu’elles ne » contiennent du sulfate de fer et » une petite quantité d’icide carbo-
» nique (i) ». Il ajoute que, si on ne trouve pas ces principes par l’analyse, il ne doute pas que cela ne dépende de quelques altérations qui surviennent dans ces eaux après qu’elles ont été puisées.
Je fais aussi observer dans ce mémoire que, dans la prairie où est creusé le puits minéral , et à la profondeur où se trouvent les sources, il y a une couche de terre arjjileuse noire (P. Legivre en fait aussi la remarque), laquelle est mêlée de pyrites très divisées, et que lorsqu’on curoit le puits on Irouvoit, au fond, de cette terre noire où l’on pouvolt encore distinguer des gi’alns pyrlteuxj
Que M. Sage, dans sa minéralogie, ro/. I , pag. 176, dit (ce qu’il n’est pas indifférent de remarquer ici)
(1) Je dis dans le mémoire que, des débris du léger sulfate, il pouvoilcu résultei*de l’acide carbonique.
qu’ayant distillé de l’argile noire , il a trouvé dans le récipient de l’acide sulfureux, et que les argiles blanches, par la distillation, ne lui ont donné que de l’eau purej
Que les pyrites, comme on l’a vu ci"dcssus, contenoient de la manganèse, et que M. Vauquelin, dans la double analyse citée plus haut, avoit reconnu des traces du la manganèse dans l’eau de la fontaine, et dans celle formée par le sel de la pyrite , ce qu’il regardoit comme peu commun dans les eaux minérales J (on verra que MM. Vauqueliii et Thénard, dans la nouvelle analyse qu’ils viennent de faire de nos eaux, ont aussi trouvé cette manganèse; ce qui prouve sans répbque que l’eau de la fontaine doit ses propriétés minérales aux pyrites qu’elles lavent. ) Que, dans cinq endroits près de notre ville ('voyez la minéralogie')^ où l’on voit sur la terre de fortes traces d’eau minérale ferrugineuse,
couvertes de j elücnlcs irisées , j’ai rencontré tout j'i’ès et à très peu de profondeur, soit des pyrites, soit des matières grises, terreuses, sulfuro-niartiales et engagées dans la glaise, lesquelles transportées chez moi se sont efileuries spontanément , et couvertes de sulfates de fer. Je les ai fait voir sur place, j’en ai donné à plusieurs personnes, et j’en conserve encore;
Que l’on trouve autour de Provins beaucoup de terres très ferrugineuses plus ou moins oxidées , et que cependant, dans aucun de ces endroits, quoique baignés d’eau de pluie ou d’eau commune , on ne voit point d’iris se former, et qu’elles n’ont rien de minéral , remarque qui se fait dans tous les pays où ia mine de fer est très abondante (i); d’où l’on peut con-
(i) Je m’attends bien qu’on me dira que, si ces terres ne donnent pas d’eau minérale, c’est qu’elles sont simplement saturées d’adde car-
dure qu’il ne suffît pas, pour rendre une eau minérale, qu’elle lave des terres ferrugineuses , mais qu’il faùt la présence de matières sulfuro-martiales, susceptibles de se décomposer spontanément, et de donner du sulfate j Que, d’après ces observations, il paroîtroit que toutes les eaux minérales ferrugineuses froides, de la classe de celles de Provins, sont formées par des matières sulfuro-marliales qu’on pourroit trouver tout auprès, en les y
boiiiquc, et qu’il faut qu’il soit en excès pour rendre ces terres solubles dans l’eau : mais je demanderai comment, dans le sein de la terre, se fait cette combinaison avec excès d’acide carbonique? pourquoi elle se décompose si promptement à l’air? et sur-tout pourquoi, les oxides de fer étant si généralement répandus sur la terre, cette combinaison avec excès d’acide est si rare, puisqu’il ne se rencontre des eaux ferrugineuses que de loin eu loin, et que de grands pays en sont dépourvus, quoique la'mine de fer y soit très commune.
cherchant, et que le malade qui prend ces eaux sur la source boit un léger sulfate de fer, comme cela arrive à ceux qui prennent les nôtres, quand le chimiste n’y trouve qu’un carbonate de fer;
Qu’il est vrai que M. Vauquelln dit , dans des réflexions qu’il a faites au sujet de sa première analyse de nos eaux, que ce qui distingue une eau simplement ferrugineuse et composée d’un carbonate de fer, de celle qui contient du sulfate de fer, c’est que la première foi'ine des iris à sa surface, et que le sulfate de fer n’en donne pas. Mais j’ai observé à l’institut que ce que dit M. Vauqueliii n’est pas exact , et ne paroît vrai que quant au sulfate que l’art prépare, tel que celui du commerce; car, toutes les fois qu’on mettra dans de l’eau des pyrites en efflorescence ou en vitriollsation , on aura constamment des iris à la surface de l’eau , ce que j’éprouve
* journellement avec les pyrites de nos eaux.
On me dîi’a, il est vrai, qu’en aualysant nos eaux on y trouve un carbonate et non un sulfate de fer. Mais M, Vauqueliii n’a trouvé que du carbonate de fer dans une eau où l’on avoit mis quatre grains du sulfate de Ja, pyrite. On en auroit mis le double qu’il n’auroit pas trouvé davantage de ce dernier. D’où tout cela peut-il venir? Voici l’explication que j’en donne dans mon mémoire à l’institut :
I.a nature dans ses opérations doit commencer par des ébauches qui passent successivement à l’état parfait. Le sulfate de fer .dans uos eaux peut ou n’élre pas arrivé à son terme , ou n’avoir pas une- constitution aussi solide que celui que l’art prépare (i).
(i) Pent-elre l’alua de plume de nos pyrites, et même l’alun de plume en gênerai doiventils de même ce qui les distingue de l’alun
(^e léger sulfate, dont les liens d’ailleurs sont extrêmement relâchés par le grand volume d’eau où il se trouve elendu, n’aura donc plus qu’une existence fugitive et instantanée; il échappera aux réactifs : mais par sa volatilité il n’eu est que plus propre à se répandre de suite dans toute l’iiabitude du corps; ce qui explique les lieureux effets qu’il produit souvent, après deux ou trois jours, dans les maladies les plus graves { voyez plus bas).
Cet état moins caractérisé, où peuvent se trouver quelques substances dans les eaux minérales, étoit reconnu des meilleurs chimistes. C’étoit le sentiment de Bayen. C’est ce qui faisait
ordinaire, et leur cristallisation parüculière, à l’ëtat mèihs caracte'risé de tour acide; ce qu’il y a de certain, c’est que la saveur de notre alun de plume est moins piquante que celle de l’alun du commerce.
dire à Macquer que l’analyse des eaux minérales étoit l’opération la plus délicate de toute la chimie. Monnet , qui a beaucoup écrit sur les eaux minérales, et qui en a analysé un grand nombre, non à de grandes distances de leurs sources, mais sur les lieux mêmes, a dit qu’il y avoit dans certaines eaux des principes équivoques, imparfaits, dans l’état d’embryon, et qu’il falloit deviner.
Mais ce n’est plus ce qu’il faut dire aujourd’hui. La tâche d’un chimiste est devenue plus facile j il peut démontrer les principes d’une eau minérale à telle distance de sa source qu’elle ait été ü'ansportée, et cela sans la moindre hésitation, et cependant sans avoir pris aucuns renseignemens préliminaires , et aucunes conuoissances locales j aussi voici ce qui arrive : comme il a opéré sur une nature morte , il ne prononce que sur des débris; et l’état primitif, l’esprit de vie, qui dans la source
animoient ce squelette , lui restent inconnus (i).
Selon moi, analyser n’est pas toujours connoître. Les eaux minérales sont des combinaisons mystérieuses et délicates J il laudroit, pour ainsi dire, ne les toucher que des yeux, ou n’y porter la main qu’avec beaucoup de circonspection : aussi n’est-il pas étonnant que, sous la main de plomb de la chimie moderne , tout se réduise en des capiit mortuum,
La nature n’est plus ce protée qui prenoit des formes différentes pour échapper à nos recherches : on lui a tracé sa marche et fait la loi; elle doit répondre catégoriquement et avec une précision mathématique. Qui n’auroit end>rassé une pareille doctrine? et qui est-ce qui n’y liendroit pas? il est
(i) Le séjour des grandes villes est peu propre à faire de bons juges eu agriculture : eu scroitil de même eu eaux minérales?
si satisfaisant de marcher avec sécurité , et si commode de ne plus douter ; au lieu que dans l’ancienne chimie on n’étoit jamais content de soi , parce qu’on étudioit la nature, et quelle ne répond que par des à-peu-près :
mais cette révolution opérée par Lavoisier (i), comme toutes celles où les choses seront dans un état forcé et contre nature, aura son terme j l’histoire de la chimie aura aussi son interrègne : on reviendra à beaucoup d’égards aux anciens erremens, et la théorie des couleurs aura des lecteurs
et des partisans.
MM. les commissaires disent qu’ils ne sauroient admettre un acide sulfurique dans un état moyen, et qui §e détruiroit sans laisser aucunes traces ■ de son existence. Mais , nous l’avons déjà dit, les opérations de la nature
(i) Lavoisier, victime d’une autre révolution, et dont les arts pleureront long-temps la perte.
n’ont-elles pas leur commencement, et ne s’avancent- elles pas progressivennnl, en restant plus bu moins de temps dans un état moyen? Si vous les saisissez dans les premiers pas de cette marche, vous n’aurez tjue des ébauches et des résultats imparfaits.
Leur consolidation n’arrive qu’avec le temps, encore dépend-elle du rapprochement des principes; s’ils deviennent trop étendus, leur attraction cesse, et la décomposition commence et se continue. Le sulfate de nos eaux peut donc être dans un de ces états moyens, mam^uatit de solidité, et susceptllde de se détruire plus aisément, mêum de se soustraire en tout ou partie à l’action des réactifs, qui dans un état plus parfait aurolt décelé sa présence aux yeux.
Mais ces messieurs vont appuyer mon opinion en voulant la détruire.
Voici ce qu’ils disent ( voyez leur analyse) : 8.® la muriate de baryte n'y produit (dans les eaux de Provins)
aucun effet sur-le-champ , mais il se forme quelques temps après un précipité blanc-sale. . . Qu’est-ce qu’annonce un précipité de baryte ? La présence de l’acide du soufre. Pourquoi ces messieurs ont-ils essayé le muriate de baryte dans ces eaux? C’est pour constater la présence de cet acide, dans le cas où il se formeroit un précipité : or, voilà un précipité j donc il y a de l’acide du soufre. Mais , ajoutent ces messieurs , ce précipité se redissout en totalité dans U acide muriatique. Pourquoi, leur dirai-je? C’est que l’acide du soufre, dans ces eaux, étant dans un état moins prononcé et peu adhérent, n’a attaqué la baryte que foiblementj il lui a même fallu du temps ^ et qu’il n’a pu résister ensuite à^’action de l’acide muriatique à nu. Ses principes peu fixes se sont désunis , et il s’est dissipé j , . ce qui prouve, concluent ces messieurs, qu’il n’jr a pas d’acide sulfurique, c’est-
à-dire , leur répôiidrai-je , d’acide sulfurique fî\e et solidement constitué, tel que celui des laboratoires.
D’aillems, disent ces messieurs, il y a mille preuves que , dans toutes les eaux où il y a du fer, c’est l’acide carbonique qui leur sert de tlissolvant J mais ce seroit prouver le même par le même, si, comme je le crois, les eaux ferrugineuses, pour la plupart, sont de la classe de celle de Provins, et ont aussi leuis pyi’iles, ou matières sulfuro-marliales (i) : loin
(i) Pour s’cn assurer voici ce qu’il faut faire: Dans tous les endroits où l’on verra de fortes ttaccs d’eau ferrugineuse cou\erlcs de pellicules irisées , on enlèvera de la terre, suit à l’endroit même, soit à peu de distance. Si on n’y trouve j>as de fragmeus de pyrites sulfureuses, je suis presque sûr que cMtc terre , h laquelle on n’avoit d’abord trouvé aucun goût, prendra après peu de temps une saveur vitriolique , meme qu’elle se couvrira d’une espèce de mousse saline.
qu’on 'doive les opposer à cette dernière, elles font cause commune avec elle.
Ces 'messieurs ajoutent qu’en admettant même avec moi que la pyrite fournisse un sulfate de fer à l’eau, le carbonate de chaux que cette eau contient abondamment le décomposeroit À Uinstàiit. Cela n’est pas exact, et ces messieurs ' li’ont pas consulté l’expéirience.î J’ai mis dans ime pinte d’eau de puits quatre grains de sulfate de fer : ce^ ne fut qu’après une demi-heure que l’eau commença à se troubler, et il fallut plusieurs heures pour que la décomposition fut complette. Il est vrai que dans nos eaux le sulfate paroissant moins solide , et son acide plus volatil , la décomposition de l’un et de l’autre doit être plus prompte. Leur existence pouiTa donc n’être saisie que sur la fontaine; encore, comme je l’ai dit, péut-elle éluder l’action des sels de baryte : ce que cependant elle n’a pas fait
complètement, même à Paris, comme ou vient de le voir dans l’expérience de 31M. les commissaires.
On n’est pas bien venu, je le sais, à dire qu’il se trouve des principes qui , légèrement combinés , peuvent échapper aux expéi'iences. Aujoui'd’hui ou n’admet rien que ce qui tombe sous les sens. Les chimistes veulent palper, mesurer, peser : ce sont leims termes.
J’ai fait voir cependant qu’il ne falloit pas toujours nier par la raison qu’on ne voit pas. Je ne me contenterai pas d’ajouter ici, pour le leur prouver, qué, quand je fais la lessive de nos pyrites couvertes de cristaux de sulfate de fer, presque tout se décompose, je ne retrouve plus l’acide, et je ne palpe que du carbonate J mais je leur rappellerai que, même dans les vitiûolisations en grand, il se fait aussi des décompositions et de gi’ands déchets. Je n’en éprouve pas quand j’ajoute à la lessive de nos pyrites de l’acide sulfurique;
tout alors se convertit en sulfate de fer, et cristallise sans perte, parce que l’acide bien constitué, que j’ai mis, remplace l’acide foible qui s’est détruit eu se volatilisant.
Je désire que ces messieurs, pour démontrer que c’est du carbonate de fer qui constitue les eaux minérales ferrugineuses comme celles de Provins, et non un sulfate léger, s’y prennent comme le savant dont j’admire avec eux les talens. Lavoisier prouvoit l’analyse par la synthèse, et c’est où j’attends ces messieurs. Pour régénérer une eau toute semblable, qu’ils fassent dissoudre une portion de fer par l’acide carbonique dans une certaine quantité d’eau commune. Qu’en résvdtera-t-il? une eau sans odeur et d’un goût piquant - mais nos eaux ont une odeur qui le«,ir est particulière, et un goût qui n’est rien moins que piquant. Au contraire, comme je l’ai dit, elles ont un goût douceâtre qui,
sur-tout , quanti elles sont fortes, laisse après qu’on les a bues une saveur un peu sucrée , comme seroit une eau ordinaire dans laquelle ou auroit dissout deux grains de sulfate de ferj elles ont de plus des vertus médicales que sera loin d’avoir leur eau factice, comme j’en donnerai plus bas des exemples.
C’est donc moi qui ai prouvé , à la manière de Lavoisier. Une multitude de malades et d’ofliclers de sauté, ainsi que je l’ai dit, conviennent unanimement que l’eau préparée avec le sulfate de la pyrite a le meme goût et la même propriété que l’eau de la fontaine minérale.
Nous allons passer à l’analyse de ces messieurs, à la suite' de laquelle je ferai quelques réflexions auxquelles elle aura donné lieu.
Analyse de VEau Minérale de Proi^ins , extraite du rapport de MM. Thénard g/ Vauquelin , commissaires à V académie royale des sciences, (i)
Cjette eau nous a été envoyée - sur notre demande, par le sous-préfet de Provins, qui l’a fait puiser devant lui à la source, et sur laquelle il a apposé son cachet.
Depuis son arrivée -à Paris, cette eau avoit formé par le repos, sur la paroi intérieure de la bouteille, un léger dépôt rougeâtre qui s’est aisément détaché par l’agitation.
(i) Cette analyse est inséiée dans le bulletin ou journal de pharmacie, annc'e i8i3.
Earomen de cette eau par les réactifs.
*■ 1.® Exposée à l’air elle sc trouhle, eu déposant une matière ja\me pMej
2.® Le nitrate d’argent y forme un précipité blanclialre, dont la plus grande partie est rcdlssoule par l’acide nitrique; la liqueur ne reste que simplement opaline ;
r».® I«a noix de galle y produit un précipité floconneux de couleur purpurine (i);