Autres réformes, — Conclusion
5 I . Et Dieu dit , au commencement des siècles , il n'est pas bon que Thomme soit seul.
Et par la toute-puissance de Dieu , la compagne de l'homme fut tirée de Thomme lui-même, et cette séparation ne nuisit point à son unité , il n'y avait toujours qu'un seul être.
Et leur amour était pur, car ils ignoraient le ma], mais ils transgressèrent les lois de la Providence , et voulurent dépasser la sphère de leur pouvoir.
Et ils connurent le mal, et l'univers en gémit.
Et l'amour des sexes prit naissance , et la femme enfanta avec douleur.
Et la race du premier homme fut nombreuse , condamnée à souSrir sur la terre , pour reconquérir le rang qu'elle a perdu.
Et cette loi n'était pas injuste ; les fils ayant été conçus par le péché du père.
Et les filles de rhomme» s'unirent aux fils de rhomme, pour se consoler les uns les autres, et s*aider à porter le poids de la colère divine.
Et la femme fut maudite par le genre humain, car la première elle avait péchë.
Et cette malédiction explique deux faits, la pluralité des femmes, et leur état d'esclavage.
Mais une femme sauva le monde qu'une femme avait perdu ; de là date la réhabilitation de la femme.
Longtemps les mariages avaient été sans règles fixes, mais les passions des hommes devenaient de plus en plus mauvaises , les chefs des peuples, et les législateurs des nations , firent des lois sur le mariage.
Et du droit divin nous passons au droit positif.
5 3 . Considéré sous le point de vue de la propagation de l'espèce, le mariage est le conservateur de la société, la force morale des états, l'objet le plus digne de l'attention des législateurs. Ce ne sont pas ces unions vagues et illicites , qu'un instant voit naître , et que l'instant d'après voit finir; ce ne sont pas ces voluptés illégitimes a un amour délirant, qui décident le plus l'accroissement de la population. Que de milliers d'individus étouffés dans leur gertne par de coupables et hideux stratagèmes ! . • .Et supposons même que les lois delà nature triomphent, et qu'un être naisse à la vie; que devîendra-t-il ? Sa mère elle-même le repoussera de son sein; la crainte du déshonneur l'emportera sur son amour, et cet enfant qui n'a pas demandé à venir au monde , et qui y est cependant , cet exemple vivant de sa honte, elle l'abandonnera, destiné à
Ï lasser sa vie dans ces asiles , où la charité recueille es malheureuses victimes de la débauche et du vice. Livrés au soin des étrangers, leurs cœurs seront fermés aux doux épanchements de la vertu et de l'amitié. Rarement aussi, a-t-on vu un de ces enfants abandonnés, parcourir avec gloire la carrière de la vie, et payer son tribut à la société, et cela vient peut-être de cette proscription significative qui frappe
le bâtard, et dont il ne peut se relever, que parle mariage de ses parents , ou par un talent vraiment hors de ligne; et cependant les fautes sont personnelles ; est-il juste que l'innocent subisse la conséquence d'un crime qui lui est étranger? non sans doute. Mais la société a dû, même en consacrant une injustice apparente, traiter avec rigueur le fruit d'un amour illégitime. L'environner des mêmes honneurs , le doter des mêmes droits , des mêmes avantages , que l'enfant du mariage , c'eût été , par là même , effacer toute ligne de séparation , entre une union fortuite et illégale, et celle qu'ont approuvée les lois civiles et religieuses.
$ 3. Le mariage a encore sur le bien-être des états , des effets non moins directs, non moins importants. L'individu qui était naguères un membre isolé de la nation , qui n'avait peut-être d'autre mobile de ses actions, que ses intérêts et son ambition personnelle, se trouve attaché à la conservation de la paix et de l'ordre public, par les liens de sa nouvelle famille; des pensées graves et élevées, viennent remplacer dans son esprit la frivolité des soins qui l'assiégeaient ; c'est un voyageur longtemps errant, qui a enfin fixé sa place sur le sol. Plus de ces vains caprices, de ces désirs fugitifs, de ces amours déjeune homme; plus de ces passions qui ne laissent après elles que le vide et le dégoût ; il va dans les charmes d'une union solide et durable , chercher des motifs à ses travaux , des consolations à sa vieillesse. Ils croîtront, s'il plaît à Dieu, ces rejetons chéris; celui-ci saura défendre au barreau l'honneur de ses clients, celui-là consacrera ses veilles au soulagement de l'humanité souffrante , et la gloire des fils rejaillira sur leur père, et le vieillard emportera en mourant la consolation de laisser après lui de dignes continuateurs de sa vie.
$ 4* Considéré sous le point de vue de l'assistance mutuelle que se doivent les époux , le mariage est une nécessité de l'homme social. Il n'y a personne
^7 qui n'ait sa part d'affliction; le malheur est le creuset 011 rhomme se purifie; c'est par lui qu'il reprend dans la création la place dont son orgueil l'avait fait descendre. Dans ces peines continuelles , dans cette épreuve de tous les jours , qui le soutiendra? qui affermira son ame chancelante? ce sera cet être de prédilection , uni à ses destinées par une chaîne jéternelle , et qui doit tout partager avec lui , et souffrances et plaisirs. Est-il heureux , sa joie se doublera; est-il malheureux, sa tristesse sera allégée par le partage.
$ 5. La loi civile proclame et assure la liberté des mariages; elle na pas voulu que l'on pût être contraint à un acte qui a tant d'importance dans la vie, à un acte qui entraîne l'aliénation des facultés naturelles. Mais aussi', quand le choix est fait, quand le mariage a été consommé par la volonté libre et réfléchie des parties, le lien est indissoluble. Il faut donc , avant de se décider au mariage , consulter ses goûts et ses penchants , son caractère et ses habitudes, ses travers et ses vices ; il faut , avant de s'engager irrévocablement, soumettre à un contrôle sévère l'état qiie l'on va quitter et celui qu'on se propose d'embrasser. Êtes-vous vraiment homme? avez-vous la fermeté nécessaire d'un chef de famille ? vous sentez-vous capable de remplir les obligations du mariage , d'élever dignement vos enfants? alors choisissez une compagne que vous aimiez et qui vous aime , et vivez avec elle une nouvelle vie , à laquelle la mort seule pourra mettre un terme. Les plaisirs du monde commençaient à vous devenir insipides ; depuis longtemps vous étiez mort au siècle, et dans un état d'abattement et de langueur indéfinissable; une indifférence presque complète avait remplacé cette ardeur juvénile, cette imagination brûlante que vous aviez à vingt ans : en choisissant une épouse , vous renouez les chaînes brisées de votre existence ; vous n'éprouvez pas pour elle cet amour violent fondé sur
Tunique impression des sens, et qu éteindra la possession de l'objet aimé; mais un sentiment particulier et inconnu prendra naissance dans votre ame. C'est moins que de l'amour, plus que de Tamitié. C'est tous les deux à la fois. Et, de ce mélange, naît une affection qui ne peut être décrite que par ceux qui Tont ressentie; il n'y a plus deux êtres séparés et distincts, mais un seul être renfermant deux êtres; et c'est cette dualité qui se résout en unité , et cette unité qui absorbe la dualité, qui est le symbole de nos cérémonies civiles et religieuses ; c'est ce qu'indique surtout cette identité de nom, qui fait des deux époux la même personne civile.
§ 6. Si , en rentrant en vous-mênae , vous trouvez des passions encore vivantes dans votre cœur , et que votre penchant à la colère et à la jalousie soit encore dans toute sa force ^ mieux vaut renoncer aux charmes du mariage , que de s'exposer à rendre malheureuse celle qu un lien légitime vous attachera pour compagne. La ferme résolution de renoncer à tous les vagues anK)urs, de borner ses désirs au seul lit conjugal , la douceur de caractère et la confiance en celle que l'on épouse , sont les préliminaires indispensables du mariage; sans cela , on s'expose à de grands malheurs.
5 7 . Le célibat n'est pas d'ailleurs par lui - même une chose immorale et contre nature: il ne faut pas croire aux rêveries de certains philosophes, et moralistes , qui ont pensé que le célibat était une infraction directe des lois de Dieu. L'immoralité du célibat est relative à l'individu , et on ne saurait prétendre , absolument parlant , que c'est un mal . Si le célibataire préfère sa position à celle de l'homme marié , par des raisons tirées de la froideur de son tempérament, et de la presque nullité chez lui du sens de l'amour, il n'y a rien là d'illicite; il n'y aurait immoralité qu'autant qu'il préférerait le célibat pour avoir plus de liberté dans ses passions et ses dé*^
^ordres. Par rapport à la sociëtë, le célibat n'est encore qu'un mal relatif; peut-être le célibataire a renoncé au mariage , pour avoir plus de temps à donner à l'étude et à l'instruction de ses semblables; il serait absurde de soutenir qu'on ne peut servir l'humanité qu'en travaillant à la propagation de l'espèce. Si donc vous n'avez pas les dispositions morales nécessaires pour le mariage , demeurez dans le célibat , sans vous inquiéter du tort que votre réputation de bonnes mœurs pourra en souffrir ; il suffit que vous ayez pour vous le témoignage de votre conscience , et que vous soyez persuadé que la vertu n'est incompatible avec aucun état , avec aucune condition.
58. Le mariage convient à presque toutes les positions sociales et intellectuelles , au riche comme au pauvre , à l'ignorant comme au savant.
Les plaisirs de l'amour ne sont pas comme presque toutes les autres commodités de la vie , le partage exclusif d'un petit nombre d'hommes privilégiés; les dons de la naissance et de la fortune n'ont point été répartis entre tous dans une mesure égale; les uns sont destinés à vivre par le travail , les autres à jouir de leurs richesses dans une douce oisiveté; il n'est pas donné à tous les hommes d'habiter des appartements somptueux , de prodiguer l'or à pleines mains, de posséder de vastes domaines ; maïs ces biens extérieurs à l'homme ne sauraient constituer qu'un bonheur factice; c'est au dedans de nous-mêmes qu'est la source de notre félicité. Aussi , par l'inappréciable bienfait de l'auteur de notre être , les plaisirs de l'amour ont été accordés aux pauvres comme aux heureux du monde. L'artisan , épuisé par le travail de la journée , retrouve ses forces dans les bras de sa compagne , et le baiser de sa bouche est le charme qui guérit son cœur : vraie baguette de fée , l'amour transforme un obscur réduit en palais , et le jardin étroit de l'arrière-bou tique en bosquets délicieux.
L'amour est peut-être la seule distraction du pau*
vre , les instants qu'il passe près de son épouse, sont les seuls où il goûte un bonheur sans mëlange. Le riche est porté au mariage par d'autres motifs ; il ne veut point que sa fortune passe dans les mains d'étrangers ou d'avides collatéraux , il se marie pour avoir des héritiers, à qui il ne regrette pas de laisser ses biens à sa mort.
§ 9. Il arrive quelquefois que, pleins d'amour pour Tétude et rêvant de glorieux travaux, le savant et rhomme de lettres renoncent au mariage. Les soins d'une famille , les embarras de la paternité , les charmes mêmes d'une heureuse union sont incompatibles avec une vie d'études et de dévoûment scientifique; et d'ailleurs dans quel but contracteraient-ils mariage? pour jouir des douceurs de l'amour? La science et la poésie leur offrent des plaisirs intellectuels plus purs, plus nobles et plus grands. Leur fiancée , à eux , c'est la gloire ; pour présent de noce , elle ornera leur front de couronnes immortelles. Se marieraientils pour perpétuer leur nom par le moyen de nombreux enfants? Ah ! ce n'est point ainsi qu'ils espèrent vivre dans la mémoire des hommes ; ces œuvres , objet de toutes leurs pensées, où ils ont laissé une empreinte vivante de leur ame, voilà quelle sera leur postérité !
§ lO. Ces réflexions sont générales; mais les exceptions sont nombreuses. On rend rarement justice» pendant leur vie, aux hommes remarquables. L'envie, qui s'attache à tout ce qui est grand, réunit contre eux ses efforts , et très souvent le mérite ne saurait étouffer l'envie; la louange, même la plus juste, déplaît toujours par son air d'adulation. Ajoutez à cela que , par un certain orgueil de nous-mêmes , nous n'aimons pas entendre .les éloges des autres; élever autrui , c'est en quelque sorte nous rabaisser. Au contraire, le blâme nous charme par un faux air d'indépendance; avant même que le calomniateur ait parlé, tous les suffrages sont déjà pour lui , les préventions contre l'accusé.
Si celui-ci est assez heureux pour rencontrer une femme qui comprenne son anie , qui , tandis que les autres hommes à qui il a confié ses pensées l'ont traité de fou et d'insensé , partage les sentiments qui rinspirent, à l'ardeur qui le dévore , que son avenir est heau ! C'est pour elle qu'il travaillera » pour elle qu'il composera ses ouvrages , et si le monde revient de son injuste jugement , si le suffrage de ses contemporains accueille ses compositions, c'est aux pieds de sa compagne qu'il déposera ses couronnes.
5 1 1 • Le mariage convient donc à presque tous les états , car dans toutes les positions sociales l'homme , a besoin d*amour; et l'amour n'est légitime que par le mariage.
Quant aux femmes, nous leur conseillerons à toutes le mariage; être faible, elle a besoin d'un soutien; douée d'une sensibilité exaltée et d'une imagination vive , il lui faut un guide pour prévenir ses écarts ^ et un objet sur lequel elle puisse reporter le fonds inépuisable d'affection et d'amour que renferme son cœur. Dans nos mœurs actuelles , les femmes sont exposées à des épreuves de tous les jours , à des dangers sans cesse renaissants. Il est tout simple qu'un voyageur prenne un compagnon fidèle avant de s'engager dans une route peu sûre. Oublier les périls qu'on va courir, serait dangereux , les mépriser c'est folie.
5 1:2. Dans le choix d'une femme, ne considérez pas trop les richesses et la beauté; attachez - vous plutôt aux qualités solides , à la bonté du cœur , à l'agrément du caractère , aux dons précieux de l'esprit. Le plus beau visage paraît bientôt monotone quand on le contemple à chaque instant; on s'ennuie à la longue, des contours harmonieux d'un beau sein, et le charme qui nous avait séduit, cesse par la possession ; si donc la beauté seule a guidé votre choix, après deux mois de mariage, l'ennui envahira jusqu'au lit conjugal; le dégoût suit de près la satis-
faction de l'amour. Les femmes connaissent instinctivement cette vérité ; aussi quand un homme les environne de soins et d'hommages , et qu elles ont agréé ses vœux , elles reculent , autant que possible , l'instant où elles se donneront à lui; elles savent, par expérience ou par ouï dire, ou, comme je Tai dit , par un instinct particulier , que la possession de l'objet aimé n'augmentera pas l'amour de leurs adorateurs empressés, que leur pouvoir ne pourra qu'y perdre ; et cependant , dans ces liaisons fugitives et passagères , dont j'entends parler, l'amour trouve' encore des aliments dans les dj^cultés et les obstacles qui s'opposent à la réunion des deux amants : il , n'y a pas jusqu'à ce plaisit de goûter un fruit défendu , qui n'entretienne longtemps peut-être leur passion réciproque.
Dans le mariage, au contraire, l'extrême facilité des plaisirs de lamour , la pensée qu'ils sont irrévocablement unis l'un à Tautre, ne contribuent pas peu au refroidissement inévitable des deux époux. S'ils se sont décidés au mariage, plutôt par convenance de caractère et d'esprit, que par la considération des avantages physiques, ils ne s'étonneront pas de ne plus avoir l'un pour l'autre des sentiments aussi vifs, aussi passionnés. Ils trouveront dans leur société mutuelle le même charme qu'auparavant; et cela ne suffit-il pas au bonheur?
5 1 3. Que les femmes aussi se défient de ces dehors brillants, de ces apparences trompeuses qui les éblouissent et les captivent; il existe, de nos jours, une classe de jeunes gens , qui , sauf de rares exceptions sont tous d'une complète nullité. Vous les reconnaissez dans ces cercles où se réunissent les oisifs du jour , à leur air fier et dédaigneux , à l'apprêt de leur mise , à l'afféterie de leur langage. Ils n'ont, pour la plupart » ni religion, ni amour; ils insultent par leurs sarcasmes et leurs railleries , à tout ce qu'il y a de grand , de noble et de beau. Leur insolence est
sans égale 9 leur ton tranchant et décisif, soit quen se vantant de faveurs qu'ils n'ont point reçues , de triomphes qui ont été pour eux de véritables défaites , ils calomnient le sexe entier , sans croire même à la vertu de leurs sœurs ou de leur mère; soit qu'ils essaient d ébranler nos institutions sociales par les grands mots de liberté et de progrès, et que peu instruits par les leçons du passé , ils révent le rétablissement d'un état de choses dont la France n'a déjà que trop subi les fatales conséquences (i). Et cependant leur langage séduit, leur assurance persuade ; ils ont un certain aplomb qui est souvent mi indice de l'ignorance, mais que l'on prend pour du mérite; ils ont sans cesse à la bouche des phrases banales propres à toutes les circonstances, vraie monnaie courante des salons. Mais sortez-les de la sphère de leurs raisonnements journaliers , et bientôt vous vous convaincrez qu'il y a [en eux beaucoup plus de brillant que de solide , plus d'esprit que de véritable talent. Ne soyez pas dupe d'un bel extérieur. Quand le moral est peu développé , il est tout naturel de chercher à se distinguer par ses qualités physiques , à en imposer par son air , à briller par le côté qu'on a seul brillant ; mais c'est en vain qu'ils se font passer pour ce qu'ils ne sont pas , le riche et magniâ^ue cadre
(i) Certes, nous ne prétendons pas dire que la généralité des femmes soient vertueuses et que le crime soit l'exception; nous voudrions qu'il en fût ainsi et nous serions heureux de le proclamer , mais nous pensons qu'on a singulièrement exagéré la dépravation des mœurs en mettant même en doute la vertu. La vertu n est pas un vain nom , elle se rencontre encore fréqiiemment dans les différentes relations du monde, dans tous les états , dans toutes les conditions.
De même aussi nous ne lançons pas l'analliême contre toute théorie progressive; le progrès est la loi de l'humanité; et nous ne pourrions noas élever contre lui qu'en abdiquiant ^notre nature d'homme, mais tout avancement progressif, pour être durable , doit être longuement préparé par des mutations successives ; tout ordre de choses qui s'établit yloiemment et par des catastrophes imprévues et soudaines a peu de stabilité. Contentons-nous de préparer les voies d'amélioration à nos descendants, et ne prenons pas par anticipation, dans la série des événe* ments, wn rôle- qu'il rie noiis- est pas donné de remplir.
qui entoure un mauvais tableau , empéche-i-il le i^noaUseut de prononcer un juste jugement.
§ 14. Les meilleures loiis sont celles qui tendent à favoriser les mariages. Mais comment les législateurs ^ peuvent-ils favoriser les mariages ?
^ On peut assigner au tnfttiage deux buts principaux
et essentiels , le besoin d amour et le désir des enfants ; flétrir autant que possible toutes les unions illégitimes qui répondent à ce besoin d'amour, et rendre impossibles hors mariage les avantages de la paternité, ce serait l'office de bonnes lois.
Nos lois remplissent-elles cette fin , ou bien au contraire , sont-elles imparfaites et trop douces ? C'est ce qu'il s'agit d'examiner. ,
§ i5. Et d'abord, un des vices les plus communs de notre époque, l'adultère, est-il puni par des peines assez sévères. Il n'y a peut-être pas de crimes qui entraînent après eux d'aussi graves conséquences.
Une nation se compose de tribus , les tribus de familles, et le fondement^ la source des familles, c'est le mariage.
La violation de la foi conjugale est donc en définitive un crime de lèze nation. Les scènes de la vie privée ont plus d'influence qu'on ne le croit généralement sur le bien-être d'un état ; et les querelles et les catastrophes domestiques ont souvent leur retentissement et leur contre-coup dans Tordre social et politique. C'est la décadence des mœurs, qui amena celle de la Grèce et de Rome; c'est aussi au même écueil que se brisera notre belle civilisation européenne.
Si la femme adultère a des enfants de son mari , le résultat de son crime effraie la pensée ; des héritiers légitimes se verront dépouillés d'une partie de leurs biens par le fruit de coupables amours ; et cet étranger frauduleusement introduit dans la famille , leur ravira peut-ètte la tendresse paternelle : on a vu souvent, celui que la rumeur publique désignait
comme leafant du criaie ^ devenir l'objet de prédi*leclion de raveugic mari , et traité mieux que les autres dans toutes les circonstances de sa vie. L'adui»tère» considéré sous ce point de vue> est donc un vol odieux.
Si lepoux désabusé, apprend la faute de son épouse» daps le doute , il se détournera de ses enfants avec horreur , même de ceux qui lui appartiennent. Privés de l'amitié de leur père, et forcés de mépriser leur mère, que deviendront-ils ? Est-il une position plus malheureuse ? Une mère bien-^aimée ne leur donneni pas les premiers principes de la vertu et de la religion ^ leçons précieuses qui restent longtemps gravées dans l'ame du jeune homme et qui souvent décident de son avenir» de ses destinées. Heureux, mille fois heureux» celni à qui le Ciel donne une sainte mère!!! Ce sont les parents vertueux qui forment les bons citoyens. Si, oubliant un crime, qu'elle voudrait racheter au prix de sa vie , leur mère essaie de les instruire sur les devoirs qu ils sont appelés à remplir dans la société , quel poids auront des paroles auxquelles une conduite honteuse viendra donner un démenti éclatant et formel ? Et le malheur des enfants ne sera point borné au sanctuaire de la famille; le monde, si souvent injuste dans ses jugements, les rendra responsables d'une faute étrangère , et les filles de la femme adultère trouveront difficilement des époux ; et les fils entendront parfois sur leur passage des railleries insultantes , des outrages amers à l'honneur de leur mère. Pleins d'une Uoble indignation , ils courront à leurs armes*.... et voici là-bas une femme qui arrose de ses larmes le cadatre sanglant d'un jeune homme. Pleure, pleure, mère infortunée, non pas sur lui , mais sur toi-même, car tu as assassiné son fils.
Poarl'cpoux innocent quel outrage! Cette femme de %0Q choix, en qui reposaient ses plus chères espérances
I (t les consolations de sa vie, cette femme à qui il