CHAPITRE III
DE l'ÉLOQU RINCE DE l'ÉCRITURE SAINTE.
Lorsque je me propose ici de faire quelques réflexions sur l'éloquence des livres sacrés, je suis bien éloigné de vouloir qu'on les confonde avec ceux des auteurs profanes, en n*y faisant remarquer aux jeunes gens que ce qui flatte l'oreille et l'esprit, et ce qui peut les former au bon goût. Le but que Dieu s'est proposé en parlant aux hommes dans ses Écritures n'a pas été sans doute de nourrir leur orgueil et leur curiosité , ni d'en faire des orateurs et des savants , mais de les rendre meilleurs. Son dessein , dans ces livres sacrés, n'est pas de plaire à notre imagination, ou de nous apprendre à remuer celle des autres , mais de nous purifier et de nous convertir, et de nous rappeler du dehors, où nos sens nous conduisent , à notre cORiifr, où la grâce nous éclaire et nous instruit.
Il est vrai que la sagesse divine mène à sa suite tous les biens et qu'elle a dans sa main toutes les qualités que le siècle respecte et qu'il ne peut recevoir que d'elle. Et comment ne serait-ellô pas éloquente , elle ' qui ouvre la bouche des muets, et qui rend élo quentesles langues des petits enfants? Qui a fait la bouche de
' « Sapïpntia apeniit os mutorum , et lingiias infnntium fecit disertas. » {Sap 10, -21.)
THAITÉ DES ETliDES. 107
rko))ime^? dit-elle ailleurs en répoiulaiit à Moïse, qui croyait miiiiquer du talent de la parole); quia formé te muet et te sourd, ('lui qui voit et celui qui est aveugle? N'est-ce pas moi?
Mais cette divine sagesse , pour se rendre plus accessible eî plus intelligible, a bien voulu se rabaisser jusqu'à notre langage, prendre notre ton , et balbutier, poiîr ainsi dire , avec les enfants. Delà vient que le caractère dominant des Écritures , et qui s'y fait sentir presque partout, est la simplicité.
Cela est encore plus sensible dans les Écritures du Nouveau Testament , et saint Paul nous en découvre une raison bien sublime. D'abord le dessein du Créateur avait été d'attirer les hommes à sa connaissance , par l'usage de leur raison , et par la considération de la sagesse de ses ouvrages. Dans ce premier plan et dans cette première manière d'enseigner, tout était grand et magnifique , tout répondait et à la majesté du Dieu qui parlait, età la grandeur de celui qui était instruit. Le péché a renversé cet ordre , et a fait prendre une voie tout opposée. Dieu voyant que le monde avec la sagesse humaine ne l'avait point connu dans les oui-rages de la sagesse divine, il lui a plu de sauver par la Jolie de la prédication ceux qui croiraient en lui. Or, une partie de cette folie consiste dans la simplicité de la parole et de la doctrine évangélique. Dieu a voulu mettre au décri la vanité de l'éloquence, de la science et de l'esprit des philosophes, et rendre méprisables le faste et l'enflure de l'orgueil humain , en faisant écrire les livres saints, seuls destinés à convertir les hommes , d'un style tout différent de celui des auteurs païens : au lieu que ceux-ci ne paraissent presque occupés que du soin de relever leurs discours par des ornements, les auteurs sacrés ne songent jamais à faire paraître de l'esprit dans leurs écrits, pour ne point ravir à la croix de Jésus-Christ l'honneur de la conversion du monde en le donnant ou à l'agrément de l'éloquence, ou à la force du raisonnement humain. .
Si donc , malgré cette simplicité , qui est le vrai caractère des Ecritures , on y trouve des endroits si beaux et si éclatants , il
' •< Obsecro, Domine : non sum elo- mutum et aurdum , videntem et caecam''^ qaens ab heri et nudius tertius. . . Quis Nonne ego?» ( Exod 4, fO et II. ) fecitos hominis? aut quis f abricatus est '^ Cor. I ,21.
est très-remarquable que cette beauté et cet éclat ne viennent point d'une élocution recherchée et étudiée , mais du fond même des choses qu'on y traite , qui sont par elles-mêmes si grandes et si élevées qu'elles entraînent nécessairement la magnificence du style.
D'ailleurs il en est de la manière dont la sagesse divine a parlé aux hommes par les Écritures, comme de celle dont elle a conversé avec eux par l'Incarnation, et dont elle a opéré leur salut. Elle était voilée , à la vérité , et obscurcie par les dehors rebutants de l'enfance , du silence , de la pauvreté , des contradictions, des humiliations, des souffrances; mais au travers de tous ces voiles elle laissait toujours échapper des traits et des rayons de majesté et de puissance, qui annonçaient clairement sa divinité. Ce double caractère de simplicité et de grandeur éclate aussi partout dans les livres sacrés ; et quand on examine avec attention et ce que cette sagesse a souffert pour notre salut , et ce qu'elle a fait écrire pour notre instruction, on reconnaît également dans Tun et dans l'autre le Verbe éternel , par qui tout a été fait, In principio erat Ferbum, voilà la source de sa grandeur ; mais qui s'est fait chair pour nous , et Ferbum carofactum est, voilà la cause de ses faiblesses.
Il était nécessaire de prendre ces précautions et d'établir ces principes, avant que d'entreprendre de faire remarquer dans les l^critures ce qui regarde l'éloquence : car sans cela , en faisant trop valoir ces sortes de beautés, on exposerait les j«unes gens au péril de respecter moins les endroits de l'Écriture où elle est [)lus accessible aux petits, quoique dans ces endroits-là même elle soit aussi divine que dans les autres , et qu'elle y cache souvent de plus grandes profondeurs ; ou on les exposerait à un autre danger non moins à craindre , qui est de négliger les choses mêmes que nous dit la sagesse, et de n'être attentifs qu'à la manière dont elle les dit, et ainsi d'estimer moins les avis salutaires qu'elle nous donne que les traits d'éloquence qui lui échappent : or, c'est lui faire injure que d'admirer sa suite et son cortège , et de ne la pas regarder *, ou d'être plus touché des présents qu'elle fait souvent à ses ennemis, que des grâces qu'elle réserve pour ses enfants et ses disciples.
Je parcourrai différentes matières , mais sans y garder un ordre bien exact. J'ai déjà averti ailleurs que la plupart des re« flexions que l'on trouvera ici sur l'Écriture sainte ne sont pas de moi , et la beauté du style le fera assez remarquer.
§ I. Simplicité des Écritures mystérieuses.
Ibi cruclfixerunt eum ^ « Là ils crucifièrent Jésus-Christ. » Plus on fait attention au caractère inimitable des évangélistes , plus on y reconnaît la conduite d'un autre esprit que celui de l'homme. Ils se contentent de dire en un mot que leur maître fut crucifié , sans marquer ni étonnement , ni compassion , ni reconnaissance. Qui parlerait ainsi d'un ami qui aurait donné sa vie pour lui ? Quel fils rapporterait d'une manière si courte et si simple comment son père l'aurait exempté du dernier .supplice , en le souffrant à sa place ? Mais c'est en cela que le doigt de Dieu est évident ; et moins l'homme paraît dans une condui te si peu humaine, plus l'opération de Dieu est manifeste.
Les prophètes " décrivent les souffrances de Jésus-Christ d'une manière vive , touchante , pathétique. Ils sont pleins de sentiments et de réflexions. Mais les évangélistes les racontent d'une manière simple, sans mouvements , sans réflexions , sans rien permettre à leur admiration et à leur reconnaissance , sans paraître avoir aucun dessein de changer leurs lecteurs en disciples de Jésus-Christ. Il n'était pas naturel que des hommes éloignés de tant de siècles de celui du Messie fussent si touchés de ses souffrances. Il n'était pas naturel que des témoins oculaires de sa croix , et si zélés pour sa gloire , parlassent d'une manière si modérée du crime inouï commis contre sa personne. Le zèle des évangélistes eût été suspect : celui des prophètes ne pouvait l'être. Mais si les évangélistes et les prophètes n'avaient été inspirés , les premiers eussent écrit d'une manière plus animée, et les seconds d'une manière indifférente. Les uns eussent marqué un dessein de persuader, et les autres une timidité et une hésitation dans leurs conjectures , qui n'eût
' Lhc. 23,33. Jerem.c. Il , etc.
■ David. Ps. 21 et 68. Isai. c. 50 et 53. lU. JiK> LTtU. i:*
IlO TliAITE DES ETUDES.
louché personne. Tous les prophètes sont ardents, zélés, pleins (le respect et de vénération pour tous les mystères qu'ils annoncent : tous les évaugélistes sont tranquilles ; et, avec un zèle égal à celui des prophètes , ils ont une modération admirable. Qui peut ne pas reconnaître la main qui a conduit les uns et les autres ? et quelle preuve peut être plus sensible delà divinité des Écritures, que de ne ressembler en rien à tout ce qu'écri vent les hommes ? Mais en même temps combien un tel exemple (et il y en a une infinité d'autres pareils) doit-il nous aj)prendreà respecter l'auguste simplicité des livres saints, qui souvent cache les plus sublimes vérités et les plus profonds mystères !
C'est ainsi à peu près que l'Écriture ' rapporte qu'Isaac fut mis par Abraham sur le bois qui lui devait servir de bûcher, et qu'il fut lié avant que d'être immolé, sans nous dire un seul mot ni des dispositions de ce fils, ni du discours que son père lui tint; sans nous préparer à un tel sacrifice par quelques réflexions , et sans nous dire avec quels sentiments le fils et le père s'y étaient soumis. L'historien Josèphe met dans la bouche d'Abraham un discours assez long , qui est fort beau et fort touchant : Moïse lui fait garder le silence, et le garde lui-même. C'est que l'un écrivait en homme , et par son propre esprit , et que l'autre n'était que l'instrument et la plume de l'esprit de Dieu , qui lui dictait toutes ses paroles.
§ II. Simplicité et grandeur.
I . Ju commencement Dieu créa le ciel et la terre ». Quel homme, ayant à parler de si grandes choses, eût commencé comme Moïse ? Quelle majesté, et en même temps quelle simplicité! Ne sent-on pas que c'est Dieu lui-même qui nous instruit d'une merveille qui ne l'étonné point, et au-dessus de laquelle il est? Un homme ordinaire aurait voulu s'efforcer de répondre par la magnificence de ses expressions à la grandeur de sott sujet ; et il n'aurait montré que sa faiblesse. La sagesse
' Gen. c. 22. -^ Gen. I, I.
TllAlTE DES ETUDES 1 1 >
éternelle, qui » s'est jouée en faisant le monde, en fait le récit sans s'émouvoir.
T.es prophètes , dont le but est de nous faire admirer les merveilles de la création , en parlent d'un ton bien différent.
« Le Seigneur » prend possession de son empire : il s'est re- « vêtu de gloire. Le Seigneur s'est revêtu de force ; il s'est armé « de son pouvoir 3. »
Le saint roi , transporté en esprit à la première origine du monde , dépeint en termes magnifiques comment Dieu , qui jusque-là était demeuré inconnu, invisible, et caché dans le secret impénétrable de son être , s'est tout d'un coup manifesté par une foule de merveilles incompréhensibles.
Le Seigneur, dit-il , sort enfin de sa solitude. Il ne veut plus être seul heureux , seul juste , seul saint : il veut régner par sa bonté et par ses largesses. Mais de quelle gloire ce roi immortel est-il revêtu ! quelles richesses vient-il d'étaler à nos yeux ! de quelle source partent tant de lumières et tant de beautés ! Où étaient cachés ces trésors et cette riche pompe qui sortent du sein des ténèbres? Quelle est la majesté même du Créateur, si celle qui l'environne imprime un tel respect ? Que doit-il être, puisque ses ouvrages sont si magnifiques?
Le même prophète , dans un autre psaume , sortant d'une profonde méditation sur les ouvrages de Dieu , et pénétré d'admiration et de reconnaissance , s'exhorte lui-même à louer et à bénir une majesté et une bonté infinie , dont les merveilles l'étennent et les bienfaits l'accablent. « O mon âme 4 , bénissez le Seigneur. « Seigneur mon Dieu , vous avez fait éclater excellemment votre • grandeur. Vous vous êtes revêtu d'honneur et de gloire : vous «vous êtes couvert de la lumière comme d'un manteau s. » Ne •emble-t-il pas que tout d'un coup le Roi des siècles s'est revêtu de magnificence et de gloire , et qu'en sortant du secret de son palais , il s'est fait voir tout brillant de lumière ? Mais tout cela
'( Ludens in orbe terrarum. >j (^Prov. * « Benedic, anima mea Domino. Do-
il.) mine Deas meus, magnificatas es yehe-
(( Dominas regnavit : decorem indu- menter. Confessionem (Ae6. glorîam )
ins est. Indntas est Dominus fortitndi- et dccoremiaduisti, amictasiumine sicut
nem,Gt i nicinxit se • vestimento. »
3 l's '.»2, I. î PS. 103, 1,2
/12 - TBAITÉ DES ETUDES.
n*est que sa parure extérieure , et comme un manteau qui le cache. Votre majesté , ô mon Dieu , est bien au-dessus de la lumière qui l'environne. J'arrête mes regards sur vos habits , ne pouvant les fixer sur vous. Je puis discerner la riche broderie de votre pourpre : mais je cesserais de vous voir si j'osais élever mes yeux jusqu'à votre visage.
Il n'est pas inutile de comparer ainsi la simplicité de l'historien avec la sublime magnificence des prophètes. Ils parlent du même objet, mais dans des vues toutes différentes. Il en est ainsi de toutes les circonstances de la création. J'en rapporterai seulement quelques-unes , qui feront juger des autres.
2. « Dieu fit deux grands corps lumineux * : l'un plus grand « pour présider au jour , et l'autre moindre pour présider à la « nuit ; il fit aussi les étoiles. »
Y a-t-il rien en même temps de plus grand et de plus simple ? Je ne parlerai que du soleil et des étoiles , et je commencerai par les dernières.
Il n'appartient qu'à Dieu de parler avec cette indifférence du plus étonnant spectacle dont il avait orné l'univers, et stellas. Il dit en un mot ce qui ne lui a coûté qu'une parole. Mais qui peut sonder la vaste étendue de cette parole ? Faisons-nous réflexion que ces étoiles sont innombrables , toutes infiniment plus grandes que la terre , toutes , excepté les planètes , une source inépuisable de lumière ? Mais ' quel est l'ordre qui a fixé leurs rangs.!* et à qui obéit si ponctuellement et avec tant de joie cette armée du ciel , dont toutes les sentinelles sont si vigilantes? Le firmament 3 , parsemé de ce nombre infini d'étoiles , est le premier prédicateur qui a annoncé la gloire du Dieu tout-puissant : et, pour rendre tous les hommes inexcusables , il ne faut que ce livre écrit en caractères de lumière.
Pour le soleil, qui peut l'envisager fixement, et soutenir quelque temps l'éclat de ses rayons ? « C'est 4 l'ouvrage admirable
' « Fecit UeuB auo luminana magna : jucuuuiiaïc , qui icuit mas. « (Baruc. 3 ,
luminare luajus , ut praeesset diei; et 34, 35.)
luminare minus , ut praeesset nocti ; et '« Cœli enarrant gloriam Ijci , et
stellas. » {Gen. I , 16.) opéra manuumejusannuntiat firmame"-
■■* « Stellae dederunt lumen in custo- tum. » ( Ps. 18 , I. )
dijs suis , et lartatae sunt. Vocatac sunî , * Eccl. 43 , 2 , 5. et dixerunU .Vdsumus , et luxerant ei cum
« du Très-Haut '. Il brûle la terre en son midi ; et qui peut sup- « porter ses vives ardeurs ? 11 conserve une fournaise de feu tou- « jours agissante. Il brûle les montagnes d'une triple flamme : il n élance des rayons de feu , et la vivacité de sa lumière éblouit '^ les yeux. Le Seigneur qui l'a fait est grand, et il hâte sa course H pour lui obéir. » Est-ce donc là le même soleil dont la Genèse parle d'une manière si simple : Fecit luminare majus^ iitprxesset diei ? Que de beautés renfermées et comme voilées sous ce petit nombre de paroles ! Peut-on concevoir avec quelle pompe et quelle profusion le soleil commence sa course, de queîles couleurs il embellit la nature, et de quelle magnificence il estlui-
nème revêtu en s'élevant sur l'horizon, comme l'époux que le
lel et la terre attendent, et dont il fait les délices? Ipse tanquam sponsus procedens de thalamo suo. Mais voyez comme il allie avec la majesté et les grâces d'un époux la course rapide d'un géant, qui songe moins à plaire qu'à porter partout la nouvelle du prince qui l'envoie , et qui est moins occupé de sa parure que de son devoir : Exsultavît ut gigas ad currendam • iam. A summo cœlo egressîo ejus ; etoccursus ejus usqiieaa
immum ejus ; nec est qui se abscondat a calore ejus. Sa lumière est encore aussi vive et aussi abondante qu'au premier jour, sans que ce déluge continuel de feu qui se répand de toutes parts ait affaibli la source incompréhensible d'une profusion si pleine et si précipitée. Le prophète a bien raison de s'écrier : Magnus Dominus qui fecit illum ! Quelle est la majesté du Créateur ! et que doit-il être lui-même , puisque ses ouvrages sont si magnifiques!
3. J'ajouterai encore ce qui regarde la formation de la mer : « Dieu dit que les eaux qui sont sous le ciel se rassemblent en « un seul lieu, et que Vêlement aride paraisse '. »
Si les prophètes ne nous aidaient à découvrir les merveilles cachées sous la surface de ces paroles , leur profondeur serait encore plus impénétrable pour nous que celle de la mer.
' « Sol.,, vas admirabile , opns Ex- tes, radios igneos exsufllans , et reful-
cclsi. In meridiano exurit terram ; in gens radiis suis obcœcat oculos. Magnus
coospectu ardoris ejus quis poterit sus- Dominus qui fecit illum ^ et in sermoni-
tiacre? Fornacem custodiens in operi- bus ejus festinavit iter. »
bus ordoris : triplicifer sol exuren» mon- * Gen. I , 9.
Ce commandement, qui n'est ici qu'une «impie parole, est une menace terrible , et un tonnerre, selon le prophète. « Les « eaux avaient surpassé les montagnes ^ ; mais votre voix mena- « çante les a mises en fuite. Au bruit de votre tonnerre, elles se « sont retirées avec empressement et frayeur ». » Au lieu de s'écouler tranquillement , elles prirent la fuite avec épouvante; elles se hâtèrent de se précipiter et de s'entasser les unes sur les autres , pour laisser libre l'espace qu'elles avaient , ce semble , usurpé , puisque Dieu les en chassait. Il arriva quelque chose de semblable quand Dieu fit passer à son peuple la mer Rouge et le Jourdain : Inci^epuit mare Rubrum , et exsiccatum est. Ce qui donne lieu à un autre prophète de demander à Dieu ^ si c'est donc contre la mer et contre les fleuves qu'il est irrité.
Dans cette obéissance tumultueuse, où les eaux effrayées paraissaient devoir porter le désordre partout où elles se déborderaient, une main invisible les gouverna avec autant de facilité qu'une mère gouverne et manie un enfant qu'elle avait d'abord emmaillotté , et qu'elle place ensuite dans son berceau. C'est sous ces images que Dieu lui-même nous représente ce qu'il fit alors : « Qui prit soin de la mer 4 , lorsqu'elle sortait du sein où « elle avait été retenue ; lorsque je la couvris d'une nuée comme « d'un vêtement , et que je l'environnai de vapeurs obscures « comme de langes et de bandelettes; lorsque je lui donnai mes « ordres , et que je lui opposai des portes et des barrières, en lui « disant: Tu viendras jusqu'ici, mais tu n'iras pas au delà; et «< ce terme arrêtera l'orgueil de tes flots ^7 y>\\ n'est pas nécessaire de relever la beauté de ces dernières paroles : à qui ne se lait-elle pas sentir? Dieu marqua des bornes à la mer, et elle n'osa les passer. Ce qu'il avait écrit sur son rivage^ l'empêcha
1 (( Super montes stabnnt aqaae. Âb in- tum ejus , et caligine illud , qnasi pannis crepatione tua fagieat : a voce tonitrui infantiae, obvolverem? Circamdedi illud tui formidabunt. » terminis meis {heb. Decrevi super eo
2 Ps. 103, 6, 7. decretum meum), et posui vectem et
3 « Is^umquid in fluminibus iratus es, ostia. Et dixi : Usque hue veniea , et no» Domine ? vel in mari indignatio tua ? » procèdes amplius, et hic confringes tu- (Habac. 3,8.) mentes fluctus tuos ( heb.meia. haec con-
•» « Quis conclusit ostiis mare ? dit-il fringet tumorem fluctuum tuorum ). » à Job, {heb. Quis protexit in valvis * Job. 38,8, 10. mare , quum ex utero prodiens exiret ? ) ^ « Posui arenam terminum mari ,
quando erumpebat, quasi de vulvapro- prœceptum sempiternum , quod non
cedens; quum poneremnuberavestimea- praeteribit. Et comroovebuntur, et ii)
TRAITÉ DES ETUDES. tH
d'aller au delà ; et réiément qui paraît le plus indoeile fut éga*^ lemeut obéissant et dans sa fuite et dans son repos. Cette obéis* sance est toujours la même depuis tant de siècles ; et, quelque agités que paraissent les flots , dès qu'ils approchent du bord la défense de Dieu les tient en respect et les arrête tout court.
§ III. La beauté de l'Écriture ne vient point des mots , mais des choses.
On sait que les auteurs les plus excellents , soit grecs , soit latins , perdent presque toutes leurs grâces lorsqu'ils sont traduits littéralement , parce que l'expression fait une grande partie de leur beauté. Comme celle des livres saints consiste plus dans les clîoses mêmes que dans les termes , nous voyons qu'elle subsiste et se fait sentir dans les traductions les plus simples et les plus littérales. Il ne faut qu'ouvrir l'Écriture sainte , pour se convaincre de ce que je dis ici. Je me contenterai d'en rapporter deux ou trois passages.
1. « Malheur à vous ^ qui joignez maison à maison, et qui « ajoutez terres à terres, jusqu'à ce qu'enfin le lieu vous manque ! « Serez- vous donc les seuls qui habiterez sur la terre? J'entends le « Seigneur : sa voix est à mes oreilles. Je vous déclare , dit-il, quj « cette multitude de maisons, ces maisons si vastes et si embel « lies, seronttoutes désertes, sans qu'un seul homme y habite *. «
L'éloquence profane n'a rien qu'on puisse comparer à la vivacité du reproche que fait ici le prophète aux riches de son temps, qui . perdant de vue la loi de Dieu , laquelle avait assigné à chaque particulier une portion de la terre promise, avec défense de l'aliéner pour toujours, engloutissaient dans leurs vastes parcs la vigue, le champ, la maison de ceux qui avaient le malheur d'être leurs voisins.
poterant , et intomescent fluctas ejus , et medio terrae ? In auribus meis * ï>omi-
non transibunt illud. » ( Jeekh. 5 , 22.) nus exercituum : Nisi domus multae de
' (( Vae qui conjnngitis domum ad do- sertae fuerint grandes et pulchra; absqn*
mum , et agrum agro copulatis usque habitatore. » id terminum loci! ( heb. donec deficiat ^ Isai. 5j 8, 9. lucus. ) Numquid habitabitis vos soli in
* C'est ainsi que porte l'hébreu; au aurïbus meis sunt hccc, dicit DotninUt iita que la versien latine attribue ces exereituum paroles à Dieu , et nop iu prophète. /»
i 10 TBAITÉ DES ÉTUDES.
]\Iais la reflexion qu'ajoute le prophète ne me semble pas moins éloquente, quelque simple qu'elle paraisse : In aurihus meisDominus exercituum, « J'entends le Seigneur; sa voix est « à mes oreilles. » Pendant que tout le monde n'est attentif qu'à ses plaisirs, et que personne n'écoute la loi de Dieu, j'entends déjà gronder son tonnerre contre ces riches ambitieux qui ne pensent qu'à bâtir et qu'à s'établir sur la terre. Dieu fait retentir à mes oreilles une continuelle menace contre leurs vaines entreprises, et une espèce de jugement plus effrayant encore que la menace, parce qu'il est une preuve qu'elle est près d'éclater, et qu'eUe est irrévocable : Si non doinus multx desertxfuerint^ etc. 2. Le même prophète, dans un autre endroit, peint avec des traits merveilleux le caractère du Messie. « Un petit enfant nous « est né * , et un fils nous a été donné. Sa principauté sera sur son « épaule ; et il sera appelé V Admirable, le Conseiller , Dieu, le « Fort, le Prince du siècle futur , le Prince de la paix ». »
Je ne m'arrête qu'à cette expression , et erit principaius super humerum ejus, « sa principauté sera sur son épaule, » qui a un sens merveilleux et une énergie toute particulière quand on l'approfondit.
Jésus-Christ naîtra enfant , mais il n'attendra ni l'âge ni l'expérience pour régner. Il n'aura besoin ni d'être reconnu par ses sujets , ni d'être aidé par ses armées à soumettre les rebelles. Il sera lui-même sa force, sa puissance, sa royauté. Il sera infiniment différent des autres rois , qui ne peuvent l'être s'ils n'ont un État qui les reconnaisse, et qui retombent dans la condition d'un homme privé si leurs sujets reftisent de leur obéir. Leur autorité n'est point à eux : elle ne tire point d'eux son origine ni sa durée. Mais l'enfant qui naîtra , lors même qu'il paraîtra avoir besoin de tout et n'être capable d'aucun commandement , portera tout le poids de la majesté divine et de la royauté. Il soutiendra tout par son efficace et sa puissance 3 , et la souveraine autorité
I « Parvulus natas estnobis, etfilius » Isai. 9, 6.
datas est nobis : et factus est {heb. et ^ „ portans omnia verbovirtutis suae. »
erit) principatus super hamerum ejus ; ( Heb. 1,3.)
et vocabitur nomen ejtis, Admirabilis , « Ecce Deus vester: ecce Dominuf
Consiliarius , Deus , Fortis , Pater futuri Deus in forlitudine veniet , ei brachin-n
••cali , Princeps pacis. u saum dominabUttr. » (ls4i. 40, 10. j
TRAITE DES ÎÎTUDES. |17
ésidera pleinement et solidairement sur lui: et erit prîncîpatus super humerum ejus. Rien ne le pronvera mieux que la voie même qu'il choisira pour régner. Il faudra qu'il ait par lui-même, et inàiépendamment de tous les moyens extérieurs , une souveraine puissance pour se faire adorer par tous les hommes malgré l'ignominie de la croix dont il aura bien voulu se charger, et pour convertir T instrument de son supplice en l'instrument de sa victoire , et en la marque la plus éclatante de sa royauté : sa principauté sera sur son épaule. »
Quand on étudie avec quelque soin les Écritures, ou reconnaît que c'est toujours la force des pensées et la grandeur des sentiments qui en font la beauté.
§ IV. Descriptions.
1. Cyrus a été le plus grand conquérant et le prince le [plus accompli dont il soit parlé dans l'histoire. L'Écriture nous en découvre la raison. C'est que Dieu avait pris plaisir à le former luimême pour l'accomplissement des desseins de miséricorde qu'il avait sur son peuple. Deux cents ans avant sa naissance il l'appelle par son nom , et avertit que c'est lui qui lui mettra la couronne sur la tête et l'épée en main , pour le rendre le libérateur de son peuple.
« Voici ce que dit le Seigneur à Cyrus qui est mon christ ^ que « j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour met- » treles rois en fuite, pour ouvrir devant lui toutes les portes « sans qu'aucune lui soit fermée. Je marcherai devant vous : « j'humilierai les grands de la terre : je briserai les portes d'airain « et de bronze... Je suis le Seigneur, et il n'y en a point d'autre, « il n'y a point de Dieu que moi. Je vous ai mis les armes à la « main, et vous ne m'avez point connu *. » Dans un autre endroit il commande à Cyrus, roi des Perses,
' a Haec dicit Domiaus chr^sto meo miliabo : portas aereas conteram , et vec-
Cyro, CDJas apprchendi dexteram, ut tes ferreos confringam.... Ego Dominus,
•abjiciam ante faciem ejus gentes , et et non est amplius : extra me non est
dorsa regum vertam , et aperiam coram deus. Accinxi te , et non cogn» Tisti me ;? eo januas, et portae non claudentnr. '^ Isai. 45 , I , 12 , n, 5. Ego ante te ibo, et gloriosos terrse bu-
appelés pour lors Elamites , de partir avec les Mèdes : il donne Us ordres pour le siège, et Babylone tombe. « Marche % Élaoi ; « Mède , assiège la ville. Enfin Babylone ne fera plus soupirer «lesautres*. » Qu'il vienne maintenant à mon ordre: qu'il munisse aux Mèdes : qu'il assiège une ville ennemie de mon culte et de mon peuple : qu'il m'obéisse sans me connaître ; qu'il me suive les yeux fermés : qu'il exécute mes volontés sans être ni de mon conseil , ni dans ma confiance : et qu'il apprenne à tous les princes, et même à tous les hommes , combien je suis maître des empires, des événements, des volontés même, puisque je me fais également obéir par les rois et par chaque soldat de leur armée, sans avoir besoin ni de me montrer , ni d'exhorter , ni d'employer d'autres moyens que ma volonté, qui est aussi ma puissance : ut sciant hi qui ab ortu solis, et qui ah accidente ^ quoniam absque me non est. Ego Dominus, et non est alter^.
Qu'il y a de grandeur dans ce peu de paroles: Ascende, yElam : Prince des Perses, partez. Obside, Mede : Et vous , prince des Mèdes, formez le siège. Omnem gemitum ejus cessarefeci: Babylone est prise et pillée ; elle est sans pouvoir ; sa tyrannie est finie.
2. Comme Dieu est extrêmement sensible à l'oppression des pauvres et des faibles , aussi bien qu'à l'injustice des juges et des grands de la terre, c'est ce que l'Écriture a peint avec les couleurs les plus vives.
Isaïe 4 nous représente la vérité faible et tremblante ^ , qui im plore en vain le secours des juges , et qui se présente inutilement devant les tribunaux. Tout accès lui est fermé. Partout elle est rebutée, mise en oubli, foulée aux pieds. Le crédit l'emporte sur le bon droit. L'homme de bien est livré eu proie à l'injuste. « Le Seigneur Ta vu, dit le prophète, et ses yeux ont été bles-
* a Ascende, /Elam : obside , Mede: ruit iu platea veritas , et aequitas non omnem gemitum ejus cessare feci. » potuit ii^redi. Et -farta est veritas ia
* Isai. 21,2. oblivionem : et qui recessit a malc, ^ Isai. 45 , 6. prœdae patuit : et vidit Dominus , et ma»
* Isai. 59, 14-16, > lum apparaît in oculis ejus, quia non est
* « Conversum est retrorsum judi- judicium. Et vidit quia non est vir : et cinm , et jtistitia longe stetit : quia cor- aporiartusest , quia non estqui occurrat. »
t ses de ce qu'il n'y avait plus de justice au monde. Il a vu qu'ii « ne restait plus d'homme sur la terre, et il a été saisi d'éton» « nement de voir que personne ne s 'opposait à ces maux. »
Son silence fait croire, ou qu'il ne voit point ces désordres , ou qu'il y est indifférent. 11 n'en est pas ainsi , dit le prophète dans un autre endroit. Tout se prépare pour le jugement, sans que les hommes y pensent. Le juge invisible est présent *. Il est debout pour prendre en main la défense de ceux qui n'en ont point d'autre , et pour prononcer contre les injustes, et pour les faibles et les pauvres , un jugement très-différent. « Le Seigneur « entrera en jugement avec les anciens et les princes de son peu- K pie. Quoi ! c'est vous qui avez ravagé la vigne ? La dépouille « du pauvre paraît dans vos maisons. Pourquoi foulez-vous aux « pieds mon peuple ? pourquoi brisez- vous les pauvres ? dit le « Seigneur, le Dieu des armées ^. » Rien n'est plus vif ni plus éloquent que les reproches que Dieu fait ici aux juges et aux princes de son peuple. Quoi ! vous qui deviez défendre mon peuple , comme une vigne dont vous aviez la garde ; vous qui deviez lui servir de haie et de rempart, c'est vous-mêmes qui avez ravagé cette vigne et qui l'avez ruinée, comme si le feu y avait passé ^f Et vos depasti estis vîneam. Encore si vous aviez la modéra tion de ménager vos frères, et de ne pas les ruiner entièrement ! Mais , après avoir dépouillé mon peuple , vous le mettez sous le pressoir pour tirer de ses os quelque suc, atteritis; et vous le brisez sous le moulin pour achever de le mettre en poudre, co»imolitis. Vous prétendez peut-être me déguiser vos vols et vos rapines, en les convertissant en de superbes ameublements dont vous ornez vos maisons. J'ai suivi avec des yeux attentifs et jaloux tout ce qui était à votre frère et que vous lui avez enlevé. Je le vois , malgré l'apphcation que vous avez à me le cacher : Rapina pauperîs in domo vestra. Tout demande vengeance et l'obtiendra. Elle tombera sur vous et sur vos enfants ; et le fils
' « Stat ad judicandum ( heb. concer- tra. Quare atteritis populum meam , et
taadam ) Dominus , et stat ad judicandos faciès pauperum commolitis ? dicit l)o-
popalos. Dominus ad judicium veniet minus Deus exercituum. »
cum senibus popuU sui , et principibus 2 isai. 3, 13-15.
ejus. Vos enim {heh. Et vos) depasti estis 3 C'est la force du texte original, vineam. Kapina pauperis in domo res-
îlO TBAlTÉ DES ÉTUDES.
d'un père injuste , en héritant de son crime , liéritera aussi de ma colère.
« Malheur à vous » , dit-il ailleurs , qui bâtissez vos maisons « du sang du peuple ! La pierre criera contre vous du milieu « de la muraille ; et le bois qui sert à lier le bâtiment rendra « témoignage contre vous ». »
On voit un caractère tout opposé dans la personne de Job , qui était le modèle d'un bon juge et d'un bon prince. « La compas- « sion 3, dit-il, m'a élevé et m'a nourri dès mon enfance, et je «t l'ai eue pour guide dès le sein de ma mère.... Mon vête- « ment était la justice, et elle me servait de manteau. L'équité « de mes jugements était mon diadème. Je délivrais le pauvre « qui demandait justice par ses cris , et l'orphelin qui était sans « protecteur. Celui qui était près de périr me comblait de béné- ^ dictions; et je consolais le cœur delà veuve. J'étais l'œil de « l'aveugle et le pied du boiteux. J'étais le père des pauvres... « Je brisais les mâchoires de l'injuste, et je lui arrachais sa proie « d'entre les dents 4. »
3. Je finirai par une description d'un genre bien différent de celles qui ont précédé , mais qui n'est pas moins remarquable : c'est celle d'un cheval de bataille , que Dieu lui-même nous a tracée dans le livre de Job.
« Est-ce vous ^, dit Dieu à Job, qui avez donné au cheval la « force et le courage , qui l'avez rendu terrible par un frémisse- « ment semblable au tonnerre ? Le rendrez- vous inquiet ? et le « ferez-vous bondir comme une sauterelle, dans le temps que la
' « Vœ qui œdiflcat civitatem in san- lius anferebam praedam. » guinibas... Qoia lapis de pariete clama- * Job. cap. 31,18; et cap. 29 , 12-17. bit : et lignam , quod inter jnncturas * Numqaid praebebis equo fortitudi-
Kdificiornm est, respondebit. m nem , aut circnmdabis collo ejus hinni-
2 Habac. 2 , Il , 12. tum?Namquid snscitabis enm quasi lo-
5 «c Ab infantia mea crevit mecum custas ? Gloria uarium ejus terror. Ter-
miseratio (Aeb. educavit me), et ab ram ungnla fodit: exsultat audacter : in
utero matris deduxi iilam... Liberabam occarsum pergit armatis. Contemnit pa-
panperem vociferantem , et pupillum rorem , nec cedit gladio. Super ipsum
oui non erat adjntor. Benedictio perituri sonabit pharetra , ribrabit hasta et
super me yeniebat, et corviduœ conso- clypeus. Fervens et fremens sorbet ter-
latus sum. Justitia indutus sum ; etves- ram, nec reputat tubœ sonare clango-
tiri me , sicnt vestimento et diademate , rem. Cbi audierit buccinam , dicit , Vah l
judicio meo. Oculus fui caeco , et pes Procul odoratur bellum , exhortationem
claudo. Pater eram pauperum... Con- dacam , et nlulatum exercitas. » ttr«bam molas iniqui , et de dentibns il-
TIIAITÉ 11 ES ÉTUDES. 151
« fierté qui paraît dans le mouvement de ses narines inspire la « terreur ? Il creuse du pied la terre : il est plein de confiance « en sa force : il va au-devant des hommes armés. Il se rit de la n peur, et il en est incapable ; et la vue de l'épée ne le fait point « reculer. Ne pouvant retenir son inquiétude et son ardeur, il « frappe la terre et l'enfonce ; et il ne devient point tranquille « par les premiers signaux de la trompette. Mais lorsqu'elle « donne un signal décisif, alors il dit, Courage! Il distingue
comme par l'odorat que le combat va se donner avant qu'il se « donne. Il entend , ce semble , le commandement des généraux, ■ et il prend garde au bruit confus de l'armée '. »
Chaque mot demanderait d'être développé , pour en faire sentir la beauté : je ne m'arrêterai qu'aux derniers , qui donnent une espèce d'entendement et de parole au cheval.
Les armées sont longtemps à se mettre en ordre de bataille, et elles sont quelquefois longtemps en présence sans s'ébranler. Tous les mouvements sont marqués p?'' des signaux particuliers ; et les différents sons de trompette apprennent aux soldats tout ce qu'ils doivent faire. Cette lenteur importune le cheval. Comme il est prêt au premier son de trompette , il supporte avec impatience qu'il faille avertir tant de fois l'armée. Il murmure en secret contre tous ces délais ; et , ne pouvant demeurer en place , ni aussi désobéir, il bat continuellement du pied , et se plaint en sa manière qu'on perde inutilement le temps à se regarder sans rien faire : Fervens et f remens sorbet terram. Dans son impatience il compte pour rien tous les signaux qui ne sont point décisifs , et qui ne font que marquer quelque détail dont il n'est point occupé : Nec reputat tubœ sonars clangorem. Mais quand c'est tout de bon , et que le dernier coup de la trompette annonce la bataille, alors toute la contenance du cheval change. On dirait qu'il distingue comme par l'odorat que le combat va se donner, et qu'il a entendu distinctement l'ordre du général : et il répond aux cris confus de l'armée par un frémissement qui marque son allégresse et son courage : Ubi audierit buccinam , dicîf, yahî Procul odoratur hélium, exhortationem ducum, etululatum exerciius.
' Job. 39, 1925.
Qu'on compare les admirables descriptions qu'Homère el Virgile ont faites du cheval , on verra combien celle-ci est supérieure.
§ V. Mgures.
Ce serait une chose infinie que de vouloir parcourir toutes les différentes espèces de figures qui se rencontrent dans l'Écriture. Les passages que j'ai déjà cités en renferment un grand nombre. J'y en ajouterai encore quelques-unes , surtout de celles qui sont les plus communes , telles que sont la métaphore, la similitude, la répétition , l'apostrophe , la prosopopée.