Contribuer de bon cœur à la réputation des autres
Scipion l'Africain » , pour obtenir à son frère la conduite de l'importante guerre qu'on allait faire contre Antiochus le Grand, s'était engagé à servir sous lui comme un de ses lieutenants. Dans cette fonction subalterne , loin de songer à partager avec son frère l'honneur de la victoire , il se fit un devoir et un plaisir de lui en laisser la gloire toute pure et tout entière, et de se l'égaler à lui-même en tout par la défaite d'un ennemi non moins redoutable qu'Annibal , et par le titre d' .asiatique , aussi glorieux que celui d'Africain.
Marc-Aurèle*, par une semblable délicatesse, et par un désintéressement de gloire aussi généreux , renonça au plaisir qu'il s'était fait de mener en Orient Lucille sa fille, qu'il donnait en mariage à Lucius Vérus , occupé pour lors à faire la guerre aux ?arthes , de peur d'étouffer par sa présence la réputation naissante de son gendre, et de paraître s'attirer, à son préjudice, l'honneur d'avoir achevé cette importante guerre.
On sait avec quelle fidélité et quelle soumission Cyrus ^ rapportait à Gyaxare , son oncle et son beau-père, toute la gloire de ses exploits; avec quelle attention Agricola 5, qui acheva la conquête de l'Angleterre, faisait honneur à ses supérieurs de tous ses succès , et avec quelle modestie il cédait une partie de sa pr pre réputation pour relever la leur.
' Liv. lib. 37. ' Xenoph. in Cyrop.
" lui. Caoitol. in Vifn M. Aiirel * Tacit in Vifa Agric
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Plutarque raconte * la conduite pleine de modération qu'il garda lui même dans la députation dont il fut chargé, de la part de sa ville , vers le proconsul de la province. Son collègue ayant été obligé de rester en chemin , il s'acquitta seul de la commission, et y réussit. A son retour , lorsqu'il fut près de rendre publiquement compte de sa députation , son père l'avertit de ne point parler en son nom seul , mais de s'expliquer comn>e si son collègue avait été présent , et qu'ils eussent tout concerté et tout exécuté ensemble. Et le motif d'un conseil si sage était qu'un tel procédé non-seulement est plein d'équité et d'humanité *, mais ôte encore à la gloire du succès ce qui a coutume d'affligCJ^ et d'irriter l'envie.
Ce que Cicéron dit de Tunion parfaite qui était entre Hortensius et lui 3, et de l'attention mutuelle qu'ils avaient à s'eiitr'aider dans la noble carrière du barreau, à se communiquer réciproquement leurs lumières, et à se faire valoir l'un l'autre, est un exemple bien rare parmi les personnes d'une même profession , et bien digne en même temps d'être imité. Un historien remarque qu*Atticus 4 , leur ami commun, était le nœud et le lien de cette union si intime, et que c'était lui qui faisait que la vive émulation de gloire qui se trouvait entre ces deux illustres orateurs n'était point altérée par de bas sentiments d'envie et ae jalousie.
Lélius *, ami intime du second Scipion , avait plaidé, à deux différentes reprises, une cause fort importante; et les juges avaient deux fois ordonné un plus ample informé. Les parties l'exhortant à ne point se rebuter, il leur persuada de remettre leur affaire entre les mains de Galba , qui était plus propre que lui à la plaider, parce qu'il parlait avec plus de force et de véhémence. En effet, Galba, dans une seule audience , emporta tous les suffrages , et gagna pleinement sa cause. Il fa ut avouer qu'un tel désintéressement , en fait de réputation , a quelque chose de
. ' Plut, in Praec. reip. ger. commanicando, et monendo , et faven-
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ôo|r.;. p.,),,. „ (Corn. Nkp. in nta Att. cap. 5..>
^ >t. Siitipei- aller ab altero adjutus, et =■ De clar. Orat. n. 85-88
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bien grand. Mais , dit Cicérou, c'était la coutume de ce temps de rendre, sans peine, justice au mérite d'autrui. Erat omnino ium mos , utjaciks essent in suuni cuique tribuendo.
J'ai toujours admiré la droiture et la candeur d'âme de Virgile S qui ne craignit point, en produisant Horace à la cour de Mécène, de se donner un rival qui pourrait disputer avec lui la gloire du bel esprit, et, sinon lui enlever entièrement, du moins partager avec lui les faveurs et les bonnes grâces de leur commun protecteur. Mais, dit Horace, on ne se conduisait point ainsicbezMécène. Jamais il n'y eut de maison plus éloignée de ces bas sentiments que la sienne, ni où l'on vécût d'une manière plus pure et plus noble. Le mérite et le crédit de l'un ne faisaient point ombrage à l'autre. Chacun avait sa place , et en était content.
Non isto vivimus illic Quo tu rere modo. Domus hac nec purior ulla est, Nec magis his aliéna malis. Nil mi ofScit unquam , Ditior hic, aut est quia doctior. Est locus uni- Cuique suus \