génère florens, clamores facieliat adole
' « Itaqne , quam jam pêne evanuis- scens... (Erat in verborum splendore ele-
set Hortensias, et ego consul factus es- gans , compositione aptus , facultatc co-
»em , revocare se ad industriam cœpit : piosus... vox cano.a et suavis : motus
ne, qiium pares honore essemus, aliqua et gestus etiam plus artis -liabebat quam
re snperior viderer. Sic duodecim post ^rat oratori satis. ) Habebat illud stn-
raenm consnlatnm annos in maximis dium crebrarum venustarumqiie sentcii-
Cfiusis, qunm ego mihi illum, sihi me tiaram : in quibus erant qunpdam in.t;;:)
dans sa jeunesse que dans un âge plus avancé II avait donné dans un genre d'éloquence ornée et fleurie, où régnait une heureuse richesse d'expressions , une grande beauté et délicatesse de pensées , souvent néanmoins plus brillantes que solides ; une exactitude, une justesse, une élégance de composition, non communes. Ses discours , travaillés ainsi avec un soin et un art infini , et soutenus par un beau sonde voix , un geste très-agréable , et une déclamation parfaite, plurent extrêmement dans un jeune homme , et enlevèrent d'abord tous les suffrages. Mais dans la suite, comme le poids des charges par où il avait passé , et la maturité de l'âge , demandaient quelque chose de plus grave et de plus sérieux , cette éloquence enjouée ne fut plus de saison. C'était toujours le même orateur et le même style, mais non le même succès. D'ailleurs , comme son ardeur pour le travail s'était beaucoup ralentie , et qu'il ne se donnait plus la même peine qu'autrefois pour composer, les pensées qui jusquelà avaient fait briller son discours , n'ayant plus leur ancienne parure, mais paraissant sous un air négligé, perdirent presque tout leur éclat , et firent perdre aussi à l'orateur une grande partie de sa réputation.
Réflexions sur ce qui vient d'être dit.
Le simple récit que je viens de faire de la conduite qu'ont tenue les plus grands orateurs de l'antiquité montre assez aux jeunes gens qui se destinent au barreau la route qu'ils doivent suivre , s'ils veulent arriver au même but.
1 . Avant tout , ils doivent se former une grande idée de l'emploi qu'ils embrassent. Car, quoiqu'il ne conduise plus aux premières places de l'État , comme cela était autrefois ordinaire n Athènes et à Rome, quelle considération n'attire-t-il point encore à ceux qui s'y distinguent, soit pour la plaidoirie, soit
venastae dulcesque sententiae , quain aut et illa senior aactoritas gravius quiddara
necessariae, aut interdum utiles. Et erat requireret, remanebat idem, nec dece
oratlo quum incitata etvibrans, tum bat idem. Qaodqne exercitationem stu-
etiam accurata et polita... Etsi genns diumque dimiserat , quod in eo fueraf
illud dicendi auctoritatis habehat pa- acerrimum, conciunitas illa crebritas-
rum , tamen aptum esse aetati videbatur. que sententiarum pristina manebat , sed
Et certe , quod ingeaii qnœdam ferma ca vestitu illo orationis ^ quo consueve-
locebat... summam hominum admiratio- rat, ernata non erat. »f ibid. n. 325 ,
nem eicitabat. Sed quiim iam honores, 32G, 327 et 330. )
pour la consultation! Y a-t-ilrien de plus flatteur % pour un simple particulier, que de voir sa maison fréquentée parles personnes les plus qualifiées, et par les princes même, qui rous, dans leurs doutes et dans leurs besoins, viennent à lui comme à un oracle faire hommage à sa science et à ses rares talents , et reconnaître en lui une supériorité de lumières et de prudence que toutes les richesses et toute la grandeur ne peuvent donner? Est-il un plus beau spectacle que de voir un nombreux auditoire attentif, immobile, et comme suspendu à la bouche d'un avocat, qui sait manier avec tant d'habileté la parole, commune , ce semble , à tous , qu'il charme et enlève les esprits , et s'en rend absolument le maître? Mais, indépendamment de cette gloire , qui par soi-même pourrait être un motif assez frivole, quelle solide joie pour un homme de bien de penser qu'il a reçu de Dieu un talent qui le rend l'asile des malheureux, le protecteur de la justice , et qui le met en état de défendre les biens, la vie et l'honneur de ses frères!
2. Une suite naturelle de cette première réflexion est de se bien préparer à un emploi si important, et de suivre, au moins de loin , le zèle et l'ardeur infatigable de Démosthène et de Cicéron. Je sais * que le fonds de génie est la première qualité et la plus nécessaire pour un avocat : mais je sais aussi que le travail peut beaucoup. Il est comme une seconde nature ; et s'il ne donne pas l'esprit à qui en manque tout à fait , au moins il le redresse, il le polit, il l'augmente, il le fait valoir: et ce n'est point sans raison que Cicéron insiste extrêmement sur cet article ,
' « Quid est praeclarius , qnam hono- rum abundantia confitentes id quod op-
ribus et reip. muneribas perftinctum se- timnm sit se non habere? » {Dial. de
uem posse suo jure dicere idem , quod Orat. n. 6. )
apud Ennium dicat ille Pythius Apollo ? ^ « Quum ad iuTeniendum in dicen-
se eum esse , unde sibi , si non populi et do tria sint , acumen , ratio , diligentia ;
reges, at omnes sui cives consilium ex- non possum equidem non ingenio pri-
pétant : mas concedere : sed tamen ipsum inge-
Siiarum rerum Incerti : quos ego mea ope ex nium diligentia etiam ex tarditate in-
Inccrtis certos, cotnpotesqueconsili citât... Haec praecipue colenda est nobis :
D.mitto. ut ne res temere tractent turbidas. jj^g semper adhibenda : bœc nihil est
Est enim sine dnbio domus jurisconsalti quod non assequatup... Reliqua sunt in
totiusoraculum civitatis. M (Cic. de Orof. cura, attentione animi, cogitatione,
lib. I , n. 166-200.) vigilantia, assiduitate, labore : com-
'( Dllane tantaingentiumopum acma- plectar uno verbo , quo ssepe jam usi
piii' potentiaB voluptas, quam spectare sumus , diligentia ; qua una virtute om-
bomines veteres et senes , et totius nrbis nés virtates reliquae continentur. w ( Cic.
Ii-fi'i subnixos, in summa omniam re- de Orc4. lib. 8 , n. 147, 148, 150,)
54 TRATTÉ DES ETIIDl-S.
et déclare qu'en matière d'éloquence tout dépend du soin, du travail, de l'application , de la vigilance de l'orateur.
3. La connaissance des lois, des différentes coutumes, de la jurisprudence ancienne et nouvelle, est proprement la science de l'avocat. Prétendre être en état de plaider sans ce secours , c*est vouloir élever un édifice sans avoir posé de fondement.
4. C'est le talent de la parole qui fait l'orateur. Elle est comme Ymstrument commun qui le met en état de faire usage de tout le reste. Tl me semble qu'on ne s'y applique point assez. Soit paresse , soit confiance en soi-même , on croit que pour y exceller il suffît d'avoir de l'esprit. Cicéron ne pensait pas ainsi. Ce qu'il fit pour s'y rendre habile nous paraîtrait incroyable, si lui-même ne l'attestait en plusieurs endroits. Il doit être en cela , comme en toute autre chose , le modèle des jeunes gens. Puiser la rhétorique dans les sources mêmes , consulter d'habiles maîtres , lire avec grand soin les anciens et les modernes, s'exercer beaucoup dans la composition et dans la traduction, et faire une étude particulière de sa langue, tels furent les exercices que Cicéron crut nécessaires pour devenir habile orateur.
5. Mais ce qui est le plus négligé est l'action , la prononciation : et cependant c'est ce qui contribue davantage au succès de la parole Cette éloquence extérieure % comme l'appelle Cicéron, qui est à la portée de tous les auditeurs parce qu'elle ne parle qu'aux sens , a quelque chose de si séduisant et de si capable d'éblouir, que souvent elle tient lieu de tout autre mérite 2, et met un avocat médiocre au-dessus des plus habiles. Tout le monde sait la fameuse réponse de Démosthène sur la qualité qu'il jugeait plus nécessaire à l'orateur, dont le défaut pouvait moins se couvrir, et qui était plus capable de couvrir les autres. Aussi fit-il des efforts incroyables pour y réussir. Cicéron l'imita en cela comme dans le reste ; et il s'y trouva en quelque sorie forcé par le désir d'atteindre son rival Hortensius, qui excellait
' « Est actio qaasi corporis quaedam Sine hac summns orator esse in nnmr o
eloquentia. Nam et infantes , actionis nallo potest: mediociis, hac instructus,
(lignitate, eloquentiae ssepe fructum tu- summos saepe superare. Uuic primns dc-
ierunt :etdiserti, deformitate agendi, disse Uemosfhcnes dicitiir , quum rogi-
multi infantes putati snnt. » ( Orat.n. retur quid in dicendo esset primuia ^
55, 56. ) Iinir secnndas, huic tertias. » ( De Orc»'-.
■' « Actio in dicendo nna domiuafiir. I ^^ , n. '2J;'..
TBAITE DES )?TUnF.S. S5
ce côté. L'exemple de l'un et de l'autre doit être «ne forte len pour les jeunes avocats.
(\. Il manque aussi, ce me semble, à plusieurs avocats une certaine fleur de belles-lettres et d'érudition , qui orne néanmoins et enrichit infiniment l'esprit , et qui répand dans la composition une finesse , une délicatesse et des grâces qui ne se puisent point ailleurs. La lecture des anciens auteurs , et surtout des Grecs ^ est trop négligée. Combien Cicéron les avait-il étudiés ! Orateurs , poètes, historiens, philosophes, tout lui était connu, tout lui servait ; et les derniers encore plus que les autres. Les jeunes avocats devraient ne se livrer pas de si bonne heure à la plaidoirie, et prendre dans les premières années du temps pour amasser ce fonds si nécessaire et si précieux de connaissances , auquel on ne revient point dans la suite. J'avoue que l'usage du barreau est le meilleur maître pour eux , et le plus capable de les former; mais il ne doit pas consister d'abord à plaider souvent. On y entend assidûment les grands orateurs, on étudie leur génie, on observe leurs manières , on est attentif au jugement qu'en portent les connaisseurs , et l'on tâche ainsi de profiter également et de leurs perfections et de leurs défauts.
7. Quel est l'âge propre à entrer au barreau et à y exercer la plaidoirie ? C'est sur quoi l'on ne peut point établir de règle fixe ; et le conseil que donne Quintilien sur ce sujet est tout à fa=t sage. « Il faut, dit-il » , garder un certain tempérament, et tenir « un certain milieu ; en sorte qu'un jeune homme n'aille pas s'exposer au grand jour avant que d'être capable de le soutenir, ni faire montre de ses études lorsqu'elles sont encore, pour « ainsi dire, toutes crues : car par là il s'accoutume à mépriser ie travail; l'impudence s'enracine en lui; et, ce qui est un grand mal , la confiance et la hardiesse devancent les forces il ne faut pas aussi , d'un autre côté, qu'il diffère son appren tissnge à un i,i troD avancé : car la timidité augmente tous
' « Modas mihi videtur quidam tft- prœvenit yires fidncia. Nec rursus dif
ncodos, nt neque prœpropere distrin- leieiKluin est tyrocinium in senectutem.
gatnr immatura frons, et quidqaid est Nam qaotidie metns crescit, raajusquc
illnd adhac acerbum proferatur. Nam fit semper quoà ausuri samus : et dum
iod« et contemptas operis innascitur , et deliberamus quando incipiendnm sit ,
lundamenta jaciuntur impadentise, et incipere jam sérum est. » (Qot>ti l. lib
(.qood est^ uhique perniciosissimum 'j 12,ca)). (/)
« les jours; et, à mesure qu'où <jiffère , on seul plus de peine a *' se hasarder de parler en public. Ainsi , à force de délibérer « s'il est temps de commencer, il se trouve qu'il n'en est plus « temps. »
8. Il serait fort à souhaiter que la coutume observée autrefois parmi les Romains eût lieu parmi nous, et que la maison des anciens avocats devînt comme l'école de la jeunesse destinée au même emploi. Quoi, en effet, de plus digne d'un grand orateur que de terminer la glorieuse carrière du barreau par une si utile et si honorable fonction? On verra ', dit Quintilieu, une troupe de jeunes gens studieux fréquenter sa maison , et le venir consulter comme un oracle sur la vraie manière de bien parler. Il les formera , comme s'il était le père de l'éloquence; et, semblable à un vieux pilote instruit par une longue expérience, les voyant prêts à sortir du port, il leur marquera la route qu'ils doivent tenir et les écueils qu'ils doivent éviter.
ARTICLE III
Des mœurs de l'avoeat.
J'ai cru ne devoir pas terminer ce petit traité, qui regarde l'é* loquence du barreau , sans dire aussi quelque cliose des mœurs de l'avocat , et des principales qualités qui lui conviennent. Les ieunes gens trouveront cette matière traitée avec toute retendue qu'elle mérite dans le douzième livre des Institutions de Quiiitilien , qui est la partie de son ouvrage la plus travaillée et la plus utile.