Probité
Cicéron et Quintilien établissent en plusieurs endroits de leurs ouvrages, comme un principe incontestable, que l'éloquence ne doit point être séparée de la probité; que le talent de bien parler suppose et exige celui de bien vivre; et que, pour être orateur, il faut être homme de bien, conformément à la définition
* « Freqnentabunt ejas domum op- rens , et ut vêtus guhcFnator, littora et
timi juvenes more veterum, et veram portus , et quae tempestatum signa, quid
dicendi Tiam vehit ex oraculo petcnt. secundis flatibus, quid adverais ratis
llosille Turmabit quasi eloqacntiae iM- poscat, docebit. » (Idem, ibid. cap. II. )
TBAITB DES ÉTUDES. 5t
qu'en donnait Caton : Orator, vîr bonus dicendi perilus. Sans cela *, dit Quintilien, l'éloquence, qui est le plus beau don que ia nature ait fait à l'homme , et par où elle l'a particulièrement distingué du reste des animaux, deviendrait pour lui un présent bien funeste; et la nature en cela, bien loin de le favoriser, l'aurait plus traité en marâtre et en ennemie qu'en mère, en lui faisant part d'un talent qui ne servirait qu'à opprimer l'innoceuc et à combattre la vérité, en mettant, pour ainsi dire, des arme entre les mains d'un furieux. Il vaudrait bien mieux, ajoutet-il, que l'homme fût destituéde la parole, et même delà raison, que de les employer à un si pernicieux usage.
La plus légère attention suffit pour reconnaître combien la probité est nécessaire à un avocat. Tout son but est de persuader ; et le moyen le plus sûr de le faire est que le juge soit prévenu en sa faveur^ ; qu'il le regarde comme un homme vrai et sincère, plein d'honneur et de bonne foi, à qui l'on peut se fier pleinement, qui est ennemi capital du mensonge, et incapable d'user de fraude et d'artifice. Il doit en plaidant apporter non-seulement le zèle d'un avocat, mais l'autorité d'un témoin. La réputation d'intégrité qu'il se sera faite ajoutera beaucoup de poids à ses raisons : au lieu qu'un orateur décrié dans l'esprit des juges, ou même suspect, est un fâcheux préjugé pour la cause.