RÉFLEXIONS SUR LE GOUVERNEMENT DE SPARTE ET SUR LKS LOIS DE LYCURGUE
1 . Choses louables dans les lois de Lycurgue. \\ faut bien, à n'en juger même que par l'événement, qu'il y
ertt dans les lois de Lycurgue un grand fonds de sagesse et de prudence, puisque, tant qu'elles furent observées à Sparte, et elles le furent pendant plus de cinq cents ans , cette ville fut si puissante et si florissante. C'était moins ^ dit Plutarque en parlant des lois de Sparte , le gouvernement et la police d'une ville ordinaire, que la conduite et le règlement d'un homme sage qui passe toute sa vie dans les exercices de la vertu. Ou plutôt, continue ce même auteur, comme les poètes feignent qu'Hercule , avec sa peau de lion et sa massue seulement, parcourait le monde et le purgeait de voleurs et de tyrans , Sparte de même , avec une simple bande de parchemin * et une méchante cape , donnait la loi à toute la Grèce volontairement soumise à son empire , étouffait les tyrannies et les injustes dominations dans les cités , terminait à son gré les guerres , et calmait les séditions , le plus souvent sans remuer un seul bouclier, et en envoyant un seul ambassadeur, qui ne paraissait pas plutôt, que tous les peuples soumis se rangeaient autour de lui , comme les abeilles autour de leur roi , tant la justice de cette ville et son bon gouvernement imprimaient de respect à tous les hommes !
I. Nature du gouvernement de Sparte. On trouve à la fin de la vie de Lycurgue une réflexion de Plutarque , qui seule serait un grand éloge de ce sage législateur. 11 dit que Platon, Diogène , Zenon , et tous ceux qui ont entrepris de parler de l'éta- Jllissement d'un État politique , ont pris pour modèle la répuiilique de Lycurgue : avec cette différence qu'ils se sont bornés à des paroles et à des discours ; mais que Lycurgue , sans s'arrêter à des idées et à des projets , a mis en œuvre et produit au grand jour une police inimitable , et a formé une ville entière de philosophes.
Pour y réussir et pour établir une forme de république la plus parfaite qu'il fût possible, il avait comme fondu et mêlé ensemble ce que chaque espèce de gouvernement paraissait avoir de plus utile pour le bien public , en tempérant l'une par l'autre,
" Où TToXstoç T^ ÏTràûTy] TioXlTeiav, de parchemin roulée autour d'un bnton,
BX àvopèç àaXYlTOÛ xal (JOÇOU 8i0V °" ^^^ ordres que la république envoyait
éYOU<Ta[in Lyc. § 301. ^"'^ généraux étaient éci-its comme en
• C'était ce que les Lacédémoniens ^^^^^^^^' appelaient srytale , unp bnnde (}c cuir ou
et balançant les inconvénients de chacune en particulier par les avantages que procurait la réunion de toutes ensemble. Sparte tenait quelque chose de l'État monarchique par l'autorité de ses rois. Le conseil des trente, autrement dit le sénat, était une véritable aristocratie ; et le pouvoir qu'avait le peuple de nommer les sénateurs et de donner force aux lois , était un crayon du gouvernement démocratique. L'établissement des éphores corrigea dans la suite ce qu'il pouvait y avoir de défectueux dans ces premiers règlements, et suppléa ce qui pouvait y manquer. Platon , en plus d'un endroit , admire la sagesse de Lycurgue dans l'étabhssement du sénat, qui fut également salutaire aux rois et au peuple ; parce que, par ce moyen % la loi devint l'unique maîtresse des rois , et que les rois ne devinrent pas les tyrans delà loi.