Sage émulation, éloignée d'une basse jalousie
Il n'y a point de lieu, ce me semble, plus propre à exciter et à entretenir une vive et sage émulation , que le barreau. C'est
1 u Opus est imprimis iagenio Teloci ^ <( Turpis volaptas, et inhumana, ac mobiii , animo praesenti et acri. Non et nalli audientium bouo grata : a lit!» enim cogitaadam, sed dicendum statim gatoribas quidem freqaenter exigitur, est , et prope sab conata adversarii ma- qai ultionem maluat qaam defensionas erigeoda. » ( Qdiiitii.. lib. 6, nem... Hoc quidem qnis bominum liberi cap. 5. ) modo sanguinis sastineat , petulans esse
2 « Hominibus foeetiset dicacibus dif- ad alterius arbitrium?... Orator a viro ficillimum est habere bominum rationem bono in rabulam latratoremque ccoveret temporuin , et ea quae oecurrant, titar, compositus , non ad animum judiqaum sal&issime dici possint, tenere. » cis, sed ad stomacham litigatoris. » ( Cic. de Orat. I. 2 , n. 221. ) (Qoimtii.. Ub. 12 , cap. 9. )
un assemblage nombreux de personnes en qui se trouvent réunies toutes les qualités les plus estimables : beauté et force de génie . délicatesse d'esprit, solidité de jugement, finesse de goût , v?.\r\i étendue de connaissances , longue expérience des affaires. L\ chaque jour se renouvellent des combats entre de fameux athlètes, sous les yeux de savants et judicieux magistrats, et au milieu d'un concours extraordinaire de spectateurs, attirés par l'importance des affaires qui s'y traitent , et encore plus par la réputation de ceux qui y parlent. L'éloquence s*y montre sous toutes ses formes : grave et sérieuse , dans Tim enjouée et plus gaie dans l'autre; quelquefois sans préparatif et avec un air négligé , d'autres fois avec toute sa parure et ses ornements ; étendue , ou serrée; pleine de douceur ou de force; sublime et majestueuse, ou plus simple et plus familière , selon la diversité des causes. Là nui mot n'est perdu; nulle beauté, nul défaut n'échappe à des auditeurs attentifs et intelligents : et pendant que d'un côté, les juges, la balance à la main, en présence et au nom de la justice souveraine, décident du sort des particuliers; d'un autre côté le public, dans un tribunal non moins inaccessible à la faveur, décide du mérite et de la réputation des avocats , et porte de leurs plaidoyers un jugement qui est sans appel.
Rien , ce me semble , ne relève davantage la gloire du barreau que lorsque au milieu de tous ces exercices , si capables de piquer l'amour-propre , il règne dans le corps des avocats un esprit d'équité et de modération , qui rend à chacun la justice qui lui est due, et qui en bannit toute envie et toute jalousie : lorsque les anciens avocats , près de sortir d'une carrière où ils ont été tant de fois couronnés, y voient avec joie entrer un nouvel essaim de jeunes orateurs qui vont succéder à leurs travaux , et soutenir l'honneur d'une profession qui leur est toujours chère, et à laquelle ils ne peuvent pas ne point s'intéresser; lorsque ceux-ci, de leur côté , bien loin de se laisser éblouir à l'éclat d'une réputation naissante , mettent toujours un grand intervalle entre e^ix et les anciens, et les respectent sincèrement comme leurs 'lères et leurs maîtres r enfin lorsque entre les jeunes règne cette inulation qui était entre Hortensius et Cicéron . dont ce dernier
nous a laissé un si beau portrait. J'étais bien éloigné' , dit-il en parlant d'Hortens-ius , de le regarder comme un ennemi ou un rival dangereux. Je l'aimais et l'estimais comme le témoin et le compagnon de ma gloire. Je sentais quel avantage c'était pour moi d'avoir entête un tel adversaire , et quel honneur de pouvoir quelquefois lui disputer la victoire. Jamais l'un ne trouva l'autre à sa rencontre , ni opposé à ses intérêts. Nous nous faisions un plaisir de nous entr'aider en nous communiquant nos lumières , en nous donnant des avis, et en nous soutenant l'un l'autre par une estime mutuelle, qui faisait que chacun mettait son ami audessus de lui-même.
Le barreau peut donc être pour les jeunes gens une excellente école, non-seulement d'éloquence , mais de vertu , s'ils savent y profiter des bons exemples qu'il leur fournira. Ils sont jeunes et sans expérience , et par conséquent ils doivent peu juger , peu décider, mais écouter et consul ter beaucoup. Quelque esprit et quelque talent qu'ils puissent avoir, la modestie doit être leur partage. Cette vertu , qui fait l'ornement de leur âge , en paraissant cacher leur mérite , ne servira qu'à le relever. Mais surtout ils doivent éviter une basse jalousie pour qui la gloire et la réputation d'autrui sont un tourment , au lieu qu'elles devraient être le lien de l'amitié et de l'union » ; ils doivent , dis-je , éviter la jalousie comme le vice le plus honteux , le plus indigne d'un homme d'honneur, et le plus ennemi de la société.
' « Dolebam quod non , ut plerique a Sic duodecim post meum consula-
putabant, adversariumautobtrectatorem tum annos in ntaximis causis, quum
laudum mearum , sed sociain potius et ego mihi IHum, sibi me iUe anteferret,
consortem gloriosi laboris amiseram.... conjunctissime versati sumus. » ( Ibid.
Quo enim animo cjus mortem ferre de- n. 323. )
bui , cum quo certare erat gloriosius , ^ « ^Equalitas vestra , et artium «tu-
quam omnino adversarium non haberc? diornmque quasi finitima vicinitas, tan-
quum prœsertim non modo nunquum tum abest ab obtrectatione invidiée , qute
sit, aut illius a me cursus impeditus , solet lacerare plerosque, uti ea non
aut ab illo meus, sed contra semper al- modo non exulcerare yestram gratiam,
ter ab altero adjutus et communicando , sed etiam conciliare videatur. » (. Brut.
et monendo, et favendo. » («ruf. n. 2,3.) n. 156.)
TRAlTé DES ÉTUDES. 65